Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 15 décembre 2015

Qu'elle était verte ma vallée - How Green Was My Valley, John Ford (1941)

Au moment de quitter sa maison natale, Huw Morgan se remémore son enfance passée au début du siècle dans un petit village minier du Pays de Galles. Ce seront tour à tour l’évocation des bonheurs et des malheurs qui toucheront sa famille : successions de mariages, décès, naissances, conflits familiaux, départs, retrouvailles, grèves, fêtes, joies simples de la vie quotidienne...

Cinéaste des valeurs et grands espaces américains par excellence, John Ford se rappelait au souvenir de ses origines irlandaise avec ce sommet de sa période classique. Adapté du roman éponyme de Richard Llewellyn, le film est initialement destiné à William Wyler qui doit le tourner au Pays de Galles en technicolor avec dans l'idée une sorte d'Autant en emporte le vent gallois. La Fox par crainte de dépassement de budgets antérieurs de Wyler confie finalement le film à John Ford tandis que le début de la Deuxième Guerre Mondiale impose un tournage en studio où sera construit le village minier. De nombreux choix de Wyler resteront cependant (comme casting de Roddy McDowall en héros juvénile) puisque Ford n’aura guère le temps d’être impliqué dans la pré-production. Il n’en aura que plus de mérite d’imprégner d’un humanisme universel (encouragé par Darryl Zanuck) et plus forcément rattaché à un environnement américain comme dans Les Raisins de la colère réalisé l’année précédente.

La voix et la silhouette adulte de Huw Morgan (Roddy McDowall) ouvrent le film alors qu’il s’apprête à quitte la maison familiale et son village chargé de souvenir. L’expression tendre et nostalgique accompagne le paysage contemporain qui se transforme bientôt (par un mouvement de caméra traversant un portail - effet typique du réalisateur – qui nous emmène vers le passé) pour laisser place à la vallée au temps de sa splendeur, à ce village minier alors au pic de son activité. L’imagerie élégiaque déploie une beauté immaculée où la photo d’Arthur Miller, les cadrages magnifiant les somptueux décors de Thomas Little et la direction artistique de Nathan Juran entoure ce cadre d’une aura quasi mythologique de paradis perdu. Cette grâce des lieux se conjugue à celle de ses habitants avec le portrait tout aussi idéalisé de la famille Morgan (John Fod trouvant un écho a sa propre famille et enfance dont il s'inspire). 

On en reste au tableau idyllique avec les descriptions archétypale mais ô combien attachantes de ses membres à travers la scène du retour de la mine des hommes et le repas familial : le père bougon (Donald Crisp) mais juste, la fratrie adulte mais d’un respect filial palpable, la figure maternelle (Sara Allgood) truculente mais vraie régente du foyer et le benjamin en quête d’attention. Ce rêve éveillé va progressivement s’effriter face à la réalité du changement d’époque. L’ère industrielle et son exploitation des travailleurs créeront une première une première scission générationnelle entre des fils souhaitant se syndiquer pour mieux résister et un père aux vieilles valeurs pour lequel cet élan de « socialisme » est impensable. 

Chaque épreuve parait pourtant pouvoir être surmontée par l’amour mutuel unissant les protagonistes et semble même triompher des séquelles physiques endurées. La longue immobilisation de Huw et sa mère n’entame pas le lien et magnifie d’une force humaniste (le retour des fils au foyer) et biblique leur rémission avec cette aura presque religieuse qui fait un miracle du moment où Huw parvient à remarcher, ombre chétive sous une lumière céleste. L’intelligence d’un casting cosmopolite (où se côtoient acteurs britanniques et américains) amène une authenticité chère à John Ford à travers l’atmosphère gaélique festive teintée de chant traditionnels, auquel le visuel répond puisqu’aux scènes féériques et aux compositions typiques du tournage studio répond la véracité des scènes de mine et du quotidien du village.

Le temps qui passe semble pourtant l’ennemi le plus redoutable de cette douce harmonie. Il est le révélateur d’une réalité économique cruelle forçant l’éclatement du foyer (le départ définitif des fils faute de travail), les amours déçues (la romance avortée entre Maureen O’Hara et Walter Pidgeon) et un envers bien moins idyllique de cette communauté rongée par le jugement moral et l’aveuglement religieux. La perte d'illusion et le coeur brisé du pasteur joué par Walter Pidgeon symbolise parfaitement cette bascule, le personnage étant réellement le vecteur des idéaux sociaux et humaniste de John Ford. Chronique familiale, drame social mais aussi récit d’apprentissage constituent ainsi le cœur du film. Les premières expériences de Huw contiennent encore ce semblant d’innocence dans la tonalité contrastée encore charmante du point de vue de notre héros juvénile, même dans ses déboires (la difficile découverte de l’école) quand chez les adultes les rendez-vous manqués et auront pour conséquence le drame d’une vie pour Maureen O’Hara. 

Ford choisit d’ailleurs de conclure l’histoire sur le drame et la perte la plus douloureuse, un sommet d’émotion au lyrisme flamboyant qui se mêle à un vrai regard sensible et intime pour capturer l’affliction des personnages. Les envolées du score d’Alfred Newman accompagnent la simple image des yeux rougis et du visage meurtri de Huw. Tout s’arrête sur cet instant, le présent cruel devant laisser sa place au passé idéalisé pour que ne survivent que les moments heureux dans une reprise de la scène d’ouverture, cette scène de repas ou toute la famille étaient réunies. Dernière réalisation de Ford avant son engagement dans la Seconde Guerre Mondiale, Qu'elle était verte ma vallée sera un de ses plus grand triomphe commerciaux et critiques couronnés par cinq Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur second rôle masculin pour Donald Crisp, meilleure photographie, meilleure direction artistique) remportés face à Citizen Kane.

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Fox

samedi 21 décembre 2013

Tam Lin - The Ballad Of Tam Lin, Roddy McDowall (1970)

L'inspiration de la ballade écossaise de Tam Lin, un guerrier des Borlands qui, tombé amoureux de la fille d'un pasteur, défie le Diable et rompt son serment.

Son exil en Europe puis la rupture de son contrat avec la MGM aura donné un tour différent à la carrière d'Ava Gardner durant les 60's. Courant les cachets avantageux qui lui étaient refusé lors de sa période MGM, la star s'illustre dans des productions luxueuses comme Les 55 Jours de Pékin (1963) de Nicolas Ray ou Mayerling de Terence Young (1968) qui exploite finalement plus son statut d'icône que ses talents dramatiques. Seul son ami John Huston saura encore lui proposer de grands rôles notamment dans La Nuit de l'Iguane (1964), le segment de La Bible (1966) où elle joue une magnifique Sara et Juge et Hors-la-loi (1972) qui donne un tour bien plus touchant à cette facette d'icône. Alors que des Bette Davis, Olivia de Havilland ou Joan Crawford se refont une santé chez Robert Aldrich (Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? (1962), Chut... chut, chère Charlotte (1964)) ou qu'une Audrey Hepburn saura magnifiquement vieillir à l'écran (Voyage à deux (1967) de Stanley Donen, La Rose et la Flèche (1976) de Richard Lester), Ava Gardner passe un peu à côté des cinéastes de la nouvelle génération, excepté Sept jours en mai (1964) de John Frankenheimer où elle tient un petit rôle. Installée à Londres depuis 1968, l'actrice voit l'occasion de se reconnecter à une certaine modernité avec cet étrange film qu'est Tam Lin tout en donnant un tour plus torturé à son image de beauté surnaturelle inaccessible.

Le film est une transposition moderne d'une légende du folklore écossais, La Ballade de Tam Lin. Celle-ci voit Tam Lin, guerrier écossais, tomber sous le charme de la Reine des Fée qui le retient en captivité durant de longues années. Seule une femme l'aimant d'un amour véritable saura le faire échapper à sa prison. La légende se voit ici revue et corrigée à la sauce Swinging London et psyché par un Roddy McDowall dont ce sera la seule réalisation. Micki Cazaret (Ava Gardner) est une femme richissime qui malgré son âge mûr vit entouré d'une cour de jeune hippie qui l'idolâtre et la suit partout. Parmi eux, elle a jeté son dévolu sur Tom Lynn (Ian McShane) son amant soumis et aimant depuis de longues années.

Le film s'ouvre sur une eux enlacé au lit et malgré le contexte tendre, le poids et l'étreinte de l'amour que voue Micki à Tom se ressent déjà même si celui-ci passif n'a pas l'ai de s'en plaindre. Cela va changer lorsque Micki va emmener sa troupe dans son château écossais, le contexte laissant ainsi progressivement s'installer l'intrigue de la ballade de Tam Lin. Roddy McDowall laisse largement la modernité envahir ce cadre solennel, que ce soit les tenues criardes et multicolores de tout le monde, le parfum d'hédonisme ambiant de cette communauté et l'érotisme prononcé de certaine séquence.

Déesse pour lesquels quiconque se damnerait dans des films comme Pandora, Ava Gardner prolonge cette image ici (somptueuse scène où elle déambule dans la nature en robe longue multicolore) mais McDowall la déforme progressivement, l'allégeance et soumission des prétendants subjugués étant remplacé par la crainte de son courroux d'une cour profitant de ses largesses.

Ava Gardner pour rester dans l'analogie de conte passe ainsi de la princesse capricieuse à la sorcière vieillissante avec une grande lucidité et l'intrigue va accentuer cette direction. Tom tombe en effet sous le charme de Janet (Stephanie Beacham) fille du pasteur local. Là aussi, McDowall tisse un parfum de légende, de destinée et d'inéluctable à leur passion par les effets appuyés accompagnant chacune de leur rencontre.

Le temps semble comme se figer lors de l'arrivée de Janet au château dès le moment où elle pose les yeux sur Tom à coup de ralentis avantageux et de gros plans sur le regard subjugué de la jeune femme, plus tard la rencontre en pleine lande écossaise s'affranchit de tout dialogues pour orchestrer leur rapprochement à coup d'image fixe, comme un roman photo filmé.

En opposition au stupre et à l'hypocrisie guidant la vie de la communauté au château, les mots et attitudes forcés sont inutiles pour exprimer la pureté de cette passion. Ian McShane adoptant jusque-là les attitudes de viveur antipathique parait enfin habité et voit ses traits juvéniles enfin mis en valeur quand Stéphanie Beacham allie magnifiquement sensualité et douceur immaculée. Le fait quelle soit fille de pasteur (joué par Cyril Cusack) offre d'ailleurs un envers symbolique entre religion et païen représenté par Ava Gardner.

En opposition, son pouvoir mis à mal va révéler toute la noirceur d'âme de Micki et l'envers du décor. On découvrira le sort peu enviable des précédents compagnons de Micki, congédiés quand elle s'en lasse où tués dans d'affreuses circonstances s'ils daignent la délaisser. Promis à son tour à ce funeste destin Tom va devoir subir le courroux de son ancienne amante. La dernière partie du film bascule quasiment dans le fantastique et prend un tour bien plus sombre. Ava Gardner devient véritablement une sorcière de conte, autant par son jeu outré que ses tenues extravagantes mais aussi les postures et cadrages menaçant où l'expose Roddy McDowall.

La photo de Billy Williams donne une allure baroque et cauchemardesque aux décors naturels et du château si bienveillant et bucolique en début de film et révélant leur vraies natures tandis que l'âme damnée de leur propriétaire s'affirme. La course poursuite finale est assez stupéfiante visuellement, les idées les plus folles s'entrechoquant pour un résultat flamboyant et ridicule, fascinant de too much.

Tom perdu et submergé par les "sortilèges" de Micki va se reposer sur le l'amour d'une Janet repoussant tous les démons nocturnes pour lui pour accomplir la légende. Une conclusion bluffante qui achève de faire Tam Lin une fascinante curiosité. A noter score envoutant de Stan Myers accompagné des chansons du groupe Pentangles dont la ballade de Tam Lin revisitée et croisant élans celtiques et influences indiennes psyché typique de l'époque.

  
Sorti en dvd zone  chez Olive et sans sous-titres

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