Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi
Divorcée, mère d'un adolescent, Marie a
décidé de ne pas garder l'enfant qu'elle attend de Serge, dont elle
souhaite se détacher. Parallèlement à ses propres difficultés, on
découvre les soucis et les drames de ses amis - tel le suicide de
Jérôme, menacé de licenciement. Marie se rapprochera de son ex-mari
Le temps d'une remarquable série de films (Les Choses de la vie, Vincent, François, Paul... et les autres, César et Rosalie, Mado),
Claude Sautet s'était fait le grand peintre de la psychologie
masculine. Il explora ainsi sous toutes ses formes les travers d'un
certain type d'homme, quarantenaire et souffrant des mêmes maux : coincé
entre le machisme qu'on leur avait inculqué et une sensibilité qu'il
n'arrivait pas à exprimer, indécis, aussi déterminé professionnellement
que faible sentimentalement.
Le cycle démarrait dans une flamboyance
romantique totale, tragique ou optimiste (Les Choses de la vie, César et Rosalie) pour virer vers une résignation presque sans issue (Vincent, François, Paul... et les autres et surtout Mado).
Les femmes, toujours en retrait n'en constituaient pas moins des
personnages fort et excellemment écrit mais n'étaient jamais
complètement au centre de l'intrigue, plutôt les enjeux de la révolution
que les hommes étaient prêt à faire pour gagner leur cœur.
Avec Une histoire simple,
Sautet opte donc enfin pour le récit au féminin à travers le regard de
celle qui lui a inspiré ces plus beaux personnages de femmes, Romy
Schneider. A l'inverse des hommes, les femmes apparaissent chez Sautet
comme des êtres plus assurés, déterminés et donc soumis à l'inconsistance
du sexe opposé. Le film s'ouvre d'ailleurs sur un choix fort de son
héroïne Mary (Romy Schneider), avorter de l'enfant de l'homme avec qui
elle vit (Claude Brasseur) car elle ne l'aime plus et va le quitter. Une
décision incompréhensible pour l'éconduit puisqu'elle ne le quitte pas
pour un autre et que "ça ne se fait pas de quitter quelqu'un comme ça".
Il ne saura d'ailleurs réagir réellement (et violemment) à cette rupture
que quand il pensera que Marie voyait un autre homme.
Le script oppose
ainsi la modernité du personnage de Romy Schneider dont les choix de vie
(vivre seule, avorter le film étant d'ailleurs un des premiers à en
faire un ressort dramatique alors que la loi Weil n'est en place que
depuis 3 ans) se détachent d'une vision masculine dépassée mais également féminine plus rangée lors d'une remarquable scène où le point de vue des amies diffèrent (Sautet capture d'ailleurs ses groupes féminins dans le quotidien avec la même sensibilité et naturel que les hommes dans les films précédents). Marie choisit de vivre seule quand son ex-mari est en
concubinage car ne supportant plus cette solitude, le personnage d'Eve
Darlan vit des aventures sans lendemain avec aplomb s'opposant à la
détresse et la repentance là encore de son ex-mari qui l'a pourtant
quitté le premier.
Pour Sautet, l'homme est figé dans des
certitudes dépassées quand la femme semble constamment capable de se
réinventer. On retrouve ici les figures masculines typiques de Sautet
avec ses hommes imposants et assurés dans les hautes responsabilités de
leur carrière. Tous sont pourtant des faibles que ce soit le gouailleur
et speedé Claude Brasseur et surtout le tragique personnage de Jérôme
(Roger Pigaut) dépressif et aussi angoissé à la perspective de perdre
son travail que de le conserver. On suit ainsi une Romy Schneider qui
fait son chemin, suit ses instincts en se moquant des codes établit
(l'entrevue avec sa mère la préférant avec un homme qu'elle n'aime pas
que seule) et illustrant ainsi une forme d'émancipation féminine forte
dans la société française.
Là encore Sautet se montre d'une rare finesse
puisque s'il fait renouer Marie avec son ex-mari, l'enjeu du film ne
repose pas sur cette réunion (voir l'absence totale de dramatisation
lors de l'ultime entrevue entre Bruno Crémer et Romy Schneider). Une
telle conclusion contredirait le propos de l'ensemble en suggérant que
la femme se doit d'avoir un "protecteur" par la force des choses, quand
bien même tous se seront montrés faible tout au long de l'intrigue.
Au
contraire, le film laisse notre héroïne dans une situation "indigne"
mais qu'elle assume complètement, enceinte à nouveau et célibataire. Une
facette signifiée par une magnifique image finale avec une Romy
Schneider radieuse et prenant le soleil, libre et sans attache,
maîtresse de son destin. Une belle vision progressiste portée par Sautet
et une performance d'une grande justesse de Romy Schneider qui lui
vaudra son second César dans ce sommet de leur collaboration.
Pierre (Michel Piccoli), architecte
d'une quarantaine d'années, est victime d'un accident de voiture. Éjecté
du véhicule, dans le coma, au bord de la route, il revoit son passé et
les deux femmes qui comptent dans sa vie, Catherine (Léa Massari) dont
il est séparé et avec qui il a eu un fils, et Hélène (Romy Schneider),
avec qui sa relation amoureuse est à un tournant...
Avant Les Choses de la vie les premiers films de Claude Sautet n'étaient guère représentatifs de sa personnalité, entre la grosse comédie Bonjour Sourire (1955) qu'il reniera par la suite, et les pourtant efficaces collaborations avec Lino Ventura avec le polar Classe tout risques (1960) et le film d'aventure L'Arme à gauche
(1965). Peu satisfait de ces films qui ne lui ressemblent pas, Sautet
abandonne donc la réalisation pendant quatre ans pour mieux officier dans
l'ombre et contribuer aux scripts des films de ses amis avec La Vie de Château (1965) de Jean-Paul Rappeneau ou Le Diable par la queue
(1969) de Philippe de Broca pour l'officiel puisque cette activité de
script doctor courant sur toute sa carrière ne fut pas forcément
créditée à chaque fois. C'est avec Les Choses de la vie
qu'il se réinvente, le succès du film lui permettant enfin de creuser
ce sillon personnel qui donnera tous ses grands classiques des années 70
que sont César et Rosalie, Vincent, François, Paul... et les autres, Max et les ferrailleurs, Mado...
En
adaptant le roman éponyme de Paul Guimard, Claude Sautet développe tous
les grands thèmes de ses films suivants, le manque de communication
dans le couple et surtout la figure masculine incapable d'extérioriser
ses émotions. Ces questionnements seront plus approfondis dans les
œuvres à venir, et c'est justement cette approche tout en esquisses qui
fait tout le prix des Choses de la vie.
Le film est traversé par le poids du souvenir et de l'inéluctable.
La
fatalité est exprimée d'emblée avec les images de cette foule inquiète
et curieuse observant la carcasse calcinée d'une voiture dont on ne voit
pas encore l'occupant gisant à terre. Tout semble déjà joué lors de ce
générique rembobinant le terrible accident et ramenant le blessé à sa
vie paisible quelques jours plus tôt. Pierre (Michel Piccoli) coule des
jours heureux avec sa nouvelle compagne Hélène (Romy Schneider) mais n'a
jamais vraiment oublié Catherine (Lea Massari), sa première épouse.
Cette hésitation pas encore résolue fragilise le couple lorsque Pierre
va tergiverser alors qu'ils préparent un départ définitif à l'étranger.
Saute distille subtilement les éléments reconstituant le puzzle de la
personnalité de son héros, que ce soit une conversation où on devine les
liens intact entre Catherine et Pierre ou encore l'égo de ce dernier
qui fait volte-face en découvrant (ou se souvenant) sur un détail qu'un
ami est désormais l'amant de son ex. C'est ce même égo et cette
carapace qui va l'amener à faire preuve d'une révoltante froideur envers
Hélène, qui à l'opposé est un livre ouvert pour exprimer ses sentiments
et est éperdument amoureuse de lui. Romy Schneider est absolument
magnifique avec ce personnage tout en abandon, bouleversant sans un mot
le temps d'une scène où elle ressurgit de l'entrée de son immeuble pour
observer Piccoli parti sans un mot ni un regard après une dispute.
La
narration est entrecoupée d'inserts de l'accident (très impressionnant)
jetant un voile funeste sur toute les erreurs commise par Piccoli et
qui ne pourront être réparées. Des souvenirs en flashback interviennent
également du point de vue de notre héros, symbole de son dilemme puisque
alternant entre les images estivales de son bonheur avec Lea Massari
sur l'île de Ré et le romantisme plus flamboyant des moments avec Romy
Schneider avec une première rencontre fabuleuse où d'une voix perdue
dans une pièce sa présence se concrétise par son regard bleu magnétique
envahissant soudain l'écran.
Après avoir adopté une certaine hauteur de
point de vue, Sautet fait enfin se rejoindre les deux temporalités du
récit et plonge totalement dans l'intime en faisant partager les ultime
pensées d'un Michel Piccoli mourant et qui l'ignore. Les flashbacks se
mue en hallucinations synonyme de mort, la voix-off déterminée de Pierre
dénote avec le délabrement de son corps, se raccrochant à la vie pour
déchirer cette horrible lettre qu'il n'aurait jamais dû écrire. Michel
Piccoli est extraordinaire, ne dévoilant sa fragilité qu'une fois seul
(magnifique moment de mélancolie quand de nuit en voiture son regard
trahi les regrets de son attitude, émotion suspendue appuyée par les
notes de Philippe Sarde) ou totalement démuni et vulnérable après
l'accident.
Sautet offre de belles idées narratives et visuelles pour
traduire la confusion de Pierre : la fougère du sol où il git se
confondant avec une autre traversée en souvenir avec Romy Schneider, la
voix-off de Piccoli de plus en plus erratique, les détails qui
transforment les flashbacks en rêveries du condamné. Rien n'est
excessivement appuyé, la narration progresse à l'image du maelstrom et
de la confusion de souvenirs qui assaillissent Piccoli et exprime ainsi
ce qu'est Les Choses de la vie, un long et ultime songe teinté de regrets éternels.
Dans le beau cadre de la plage de
Noirmoutier un « ménage à trois », avec César, un parvenu hâbleur mais
généreux, David, un artiste effacé assez intellectuel qui se régale de
la vulnérabilité de son confident, et une Rosalie bovarienne, partagée
entre l'homme avec qui elle vit et son amour de jeunesse faisant
irruption dans sa vie, qui prend cette thérapie pour une connivence.
Claude Sautet prolongeait dans César et Rosalie son exploration du couple amorcée dans le magnifique film de sa réinvention artistique, Les Choses de la vie. On retrouve ici un triangle amoureux inversé par rapport aux Choses de la vie où ce sont cette fois les hésitations d'une femme au milieu de deux hommes qui la vénèrent qui sera le moteur de l'intrigue. César et Rosalie
se démarque également par son ton moins ouvertement dramatique mais
tout aussi touchant. Rosalie (Romy Schneider reprenant un rôle
initialement écrit pour Catherine Deneuve) est la compagne heureuse de
César (Yves Montand) mais l'équilibre du couple est brisé par le retour
de David (Sami Frey), amour de jeunesse qu'elle n'a pas revu depuis cinq
ans et qui ne l'a pas oublié.
Tout oppose les deux hommes et c'est bien
leur qualités et défauts complémentaires qui vont amener les va et
vient sentimentaux de Rosalie. César est un "homme du peuple", riche
entrepreneur qui s'est fait tout seul au tempérament sanguin et
possessif. David est un artiste, dessinateur de bd effacé et ténébreux.
La chaleur de César est un bienfait et une malédiction, protectrice et
étouffante à la fois. A l'inverse David est doux, attentionné mais
finalement trop distant. César poursuivrait Rosalie jusqu'au bout du
monde si elle disparaissait avec un autre, David au contraire
s'effacerait résigné sans moins l'en aimer pour autant.
Sautet
filme le quotidien lentement se déliter au fil des élans de Romy
Schneider de l'un à l'autre de ses prétendants. On admire ainsi les
remarquables interprétations d'Yves Montand et Sami Frey qui font de ses
archétypes (autant dans le caractère que l'origine sociale) des êtres
de chair et de sang. Montand, boule de nerfs incontrôlable et amant
généreux alterne ainsi numéros de charme et dérapages violents dévoilant
l'angoisse qui ronge cet homme sous son aisance. Sami Frey plus sobre
dissimule lui sous son masque froid une tout aussi grande agitation du
cœur et c'est par des regards tendres et discrets, des gestes simples
que s'exprimera sa passion.
Dans le même ordre d'idée les scènes
tendres ou de conflits des deux couples sont captés de manière
différente par Sautet. L'amour est sautillant et enlevé entre César et
Rosalie (l'ouverture sur les préparatifs du mariage) et les disputes un
véritable chaos de violence verbale et physique. Au contraire pas de
conflit entre Rosalie et David, les non-dits et ellipses amorçant la
séparation avant qu’ils surgissent par une fuite en avant de Sami Frey
et la relation amoureuse y est paisible radieuse et laissent les amants
s'oublier.
Le script de Sautet et Jean-Loup Dabadie prend des
détours étonnants qui vont justement bouleverser cette forme d'équilibre
du ménage à trois. D'abord rivaux, les deux amoureux vont comprendre
que l'objet de leur attention s'éteint à leur contact en l'absence de
l'autre. Si David abandonne bien vite la partie, César prendra les
choses en main pour le forcer à partager le quotidien de Rosalie.
L'opposition devient complémentarité voire complicité pour les deux
hommes où ces amours partagés révèlent le meilleur d'eux même. César
perdra de ses élans machos (la partie de poker en début de film) pour
être plus attentionné et sacrifier sa fierté en s'effaçant pour son
rival quand David se verra forcé à prendre enfin l'initiative.
C'est
finalement celle qui se nourrissait de cet interdit et de cette tension
qui sera la plus décontenancée, Rosalie. Romy Schneider humanise ainsi
enfin cette figure féminine séductrice et mystérieuse en lui instaurant à son tour le doute auquel elle a soumis "ses" hommes. L'actrice fait preuve
d'un naturel, d'une sensualité et magnétisme fascinant qui ne rendent
jamais antipathique ce personnage libre et s'abandonnant à ses penchants
du moment. C'est finalement d'elle que devra venir l'ultime chemin à
parcourir, le temps d'une sobre et touchante scène de retrouvailles
finale.
Simon Léotard, 49 ans, promoteur immobilier, bourgeois libéral, rencontre Mado, 22 ans, et découvre en elle un personnage secret et attachant...
Claude Sautet poursuivait dans Mado son portrait des relations homme/femmes et plus précisément de cette génération d'hommes d'âge mûr handicapé émotionnellement, incapable d'extérioriser leur sentiments. Michel Piccoli, entre le mourant plein de regrets des Choses de la vie, le flic glacial et méticuleux de Max et les ferrailleurs et le mari trompé sans réaction de Vincent, François, Paul... et les autres est la figure emblématique de ce type de personnages chez Sautet à cette période.
Ici une complexe affaire de malversations immobilière se mêle au drame intimiste pour une nouvelle fois confronter un homme à ses manques. Simon Léotard riche promoteur immobilier va voir sa destinée professionnelle et sentimentale se dérober sous lui. D'un côté le suicide d'un collaborateur le place sous le joug d'un dangereux et douteux personnage et de l'autre il se découvre de réels sentiments pour Mado (Ottavia Piccolo) jeune femme avec laquelle il couche moyennant finance. Le parallèle entre l'intrigue politico-financière et sentimentale sert à confronter le héros à ses contradictions. Capable de révolte et de vraie astuce pour contrecarrer les plans du redoutable Lepidon (Julien Guiomar), il s'avérera incapable de dévoiler avec sincérité ses sentiments à Mado.
L'intrigue révèle progressivement Simon comme un homme froid et détaché qui a tendance à fuir lorsque les difficultés se posent dans ses relations avec les femmes puisqu'il a déjà été marié deux fois et qu'une brève entrevue avec une ex (Romy Schneider) à l'état d'épave nous montre une autre victime de ses abandons. Cette dernière scène nous montre ainsi ses difficultés à communiquer puisqu'il restera finalement muet sur ses problèmes face à elle malgré la visite qu'il aura lui-même sollicité. Avec Mado, Simon semble servi puisqu'elle semble aussi détachée et froide que lui, passant d'un client à un autre sans remord et vivant sa vie sans complexe. Confronté à la jalousie, Simon ne saura rien faire d'autre que mettre fin à leur relation plutôt que se livrer à elle.
L'humanité de Mado se révèle pourtant progressivement, entre ses amis nombreux qu'elle cherche à aider et surtout lorsqu'elle se révèle capable d'aimer avec le peu fréquentable Manecca (Charles Denner) pourtant plus ouvertement amoureux que Simon. Ottavia Piccolo est formidable dans ce personnage sensuel et secret dont la fragilité se dévoile peu à peu. Sa distance n'est qu'un masque prêt à tomber face à celui qui saura se montrer doux avec elle (son récit de sa première rencontre avec Manecca) et l'actrice d'autant plus touchante lorsqu'elle s'abandonne aussi intensément que sobrement (Manecca lui annonçant partir sans elle, la conclusion).
Michel Piccoli est tout aussi formidable, Sautet capturant avec finesse les élans amoureux imperceptibles de cet homme tel ce bref regard de déception lors de cette scène où il se rend compte que Mado n'est pas venue seule lui rendre visite chez lui.
Il acquiert une vraie dimension tragique dans la dernière partie, errant seul sans oser se rapprocher d'une Mado dépitée pour un autre et trouvant son réconfort ailleurs (Jacques Dutronc excellent second rôle récompensé d'un César). La joyeuse allégresse et anarchie de la péripétie routière finale ne fera donc que l'enfoncer davantage et l'éloigner de Mado. La belle dernière scène (un temps coupée par Sautet furieux de voir Romy Schneider mise en avant par le producteur alors qu'elle n'a qu'un rôle très court) le montre possiblement changé par l'épreuve mais celle qu'il cherchait réellement est définitivement perdue.
Quelques histoires courtes à propos de l'horreur de la guerre, pendant la seconde guerre mondiale, qui montrent que l'individualisme fait toujours perdre.
Grand scénariste et producteur hollywoodien, Carl Foreman sort de deux énormes succès avec les scripts du Pont de la Rivière Kwai et Les Canons de Navarone lorsqu'il décide de passer enfin derrière la caméra pour donner sa vision de la Seconde Guerre Mondiale.
J'ai fais Les Vainqueurs parce que je voulais dire que nous avions perdu la guerre, que tout ce moment d'espérance qui avait secoué le monde n'avait abouti à rien, qu'il n'y avait plus de cause, plus d'espoirs, que les hommes étaient morts pour rien.
Victime du Macarthysme et placé sur la liste noire suite à son passé communiste et son refus de donner des noms à la commission des activités anti-américaines (son scénario du Train sifflera trois fois produit à l'époque de ses démêlées est souvent vu comme une allégorie du Mcarthysme) Foreman tirera de ses douloureuses expériences une profonde amertume sur le genre humain bien résumé dans cette note d'intention sur sa vision de The Victors. Le film est une adaptation de The Human Kind, troisième et dernier volet d'une série de roman de l'auteur britannique Alexander Baron et basé sur sa propre expérience du front.
Le film fonctionne un peu (en beaucoup moins niais) sur le principe du Cri de la Victoire de Raoul Walsh, c'est à dire ne reposant pas sur les combats et moments guerrier mais plutôt sur les expériences humaines vécues par les soldats. La narration obéit à un motif narratif répétitif qui mêle constamment la grande Histoire avec les destins collectifs comme individuels.Le film s'ouvre ainsi sur des actualités, où les informations les plus futiles (les chorus girl qui testent les équipements militaires amusant) se mêlent aux plus essentielles, nous informant sur la période et le cadre du conflit pour ensuite introduire le groupe de personnages que nous allons suivre. On commence ainsi d'abord dans le chaos de la Bataille d'Angleterre, suivra ensuite la campagne d'Italie puis la reconquête suivant le débarquement en France et en conclusion Berlin tronçonnée annonçant les heures sombres de la Guerre Froide.
Le ton se fait léger et tendre dans un premier temps avant que le désespoir contamine progressivement le film sans retour possible. L'épisode italien est donc l'occasion de joyeux moments comiques avec notre groupe de soldats dissipé qui mène la vie dure à leur sergent joué par Eli Wallach en dévalisant les boutiques des villes abandonnées, courant les femmes ou mettant à sacs les caves à vin abandonnées par leur propriétaires. En quelques vignettes on s'attache immédiatement a ses soldats où sont surtout mis en avant George Peppard (grand habitué de l'uniforme au cinéma) et George Hamilton.
Ces dans ces premiers instants que Foreman laisse court à sa facette la plus tendre avec la romance (presque) platonique entre un soldat américain et Rossana Schiaffino même si la douleur n'est jamais loin puisqu'elle élève un bébé mis au monde suite au viol d'un allemand. Ombres et lumières s'alternent ainsi lors de ses rares instants de répit comme la poignante intimité qui s'instaure un court instant entre Eli Wallach et Jeanne Moreau, terrorisée par la bombardements et qui va trouver refuge dans le lit du soldat.
Pour le reste le constat est très noir et l'on a même pas besoin de se confronter à l'ennemi perdre toute fois en l'humanité : tabassage en règle des noirs dans l'armée américaine, profiteurs de guerre cyniques menant la grande vie, filles à soldats avide dénuée de tout sentiments (dont un épisode assez douloureux avec Romy Schneider, soldats qui abattent un chiots auquel s'était attaché un camarade (tout jeune Peter Fonda)...
Les deux instants les plus marquants restent cependant une cruelle fusillade pour désertion d'un jeune soldat le soir de noël avec les chants donnant un terrible contrepoint à la situation et surtout la conclusion où un soldat russe et américain s'entretuent de la manière la plus stupide qui soit.
En dépit de cette touche intimiste le film n'en oublie pas d'être très spectaculaires par instants et offre des vues impressionnantes du Londres sous les bombes de 1942 ou encore Berlin en ruines durant l'épilogue, le tout reconstitués à grande échelle en studio (les extérieurs se partageant entre la Suède, l'Angleterre et la France.Pour un premier (et unique) film, Foreman délivre un objet formellement impressionnant avec un scope parfait et un noir et blanc somptueux de Chistopher Challis. Un grand film de guerre désespéré qui ose même alors que le sujet était encore tabou à l'époque montrer les camps de la mort et ses prisonniers décharnés le temps d'une terrible séquence. Rarement un titre de film aura eu un tel fossé avec son contenu.
Sorti récemment en dvd zone 2 anglais chez Sony et doté de sous-titres anglais. Très belle copie voyez les captures !
Montauban, 1944. Julien Dandieu, chirurgien, envoie son épouse et sa fille dans un château à la campagne pour les mettre à l'abri des Allemands. Au bout d'une semaine, il se décide à les rejoindre et découvre avec effroi que les soldats ont investi le village...
Un film que je voulais voir depuis longtemps, le "César des césar" un des grands chef d'oeuvre du cinéma français et la déception est un peu à la hauteur de l'attente. Le film s'inspire sans l'évoquer directement du terrible massacre d'Oradour sur Glane mais également pour la thématique au coeur du récit d'une anecdote racontée au scénariste Pascal Jardin sur un paysan qui avait trouvé un allemand ivre dans sa cave après qu'il ait violé et tué sa femme. C'est donc précisément l'idée de faire ressentir ce qui se passe dans l'esprit d'un homme face à une perte si violente, injuste et barbare qui intéressera Robert Enrico.
Le cadre du récit avec cette armée allemande en déroute et aux abois donnent le ton dès les premières images où on aperçoit une rangée de milicien pendus le long d'une route. Un peu plus tard, ce sentiment de danger omniprésent se reproduira lors de la violente arrestation d'un résistant dans l'hôpital où officie Philippe Noiret effectué par des français. Le seul refuge dans ce monde sombrant dans le chaos est pour Noiret sa famille avec une Romy Schneider qui n'a jamais été plus belle et sa fille. En quelques courtes scène, l'amour unissant ce couple, cette famille offre un contrepoint saisissant à l'enfer de l'extérieur qui pour un temps n'existe plus. Et c'est en voulant préserver ce cocon que Noiret le perdra à jamais.
C'est à la fois la grande qualité mais aussi le plus gros défaut du film, tout miser sur l'émotion. La séquence où Noiret découvre le sort réservé à sa famille par les SS est absolument insoutenable et la douleur ressentie dans son hurlement muet est réellement poignante. Arrive donc l'heure de la vengeance et le film perd progressivement de son intérêt... L'idée est d'apporter un contrepoint à la violence implacable déployé par Noiret avec des flashbacks reproduisant ce bonheur serein aperçu au début, mais dans un passé idéalisé et figé désormais disparu à jamais. La prestation habitée de Philippe Noiret est le principal point d'ancrage de Enrico dans cette approche. Le regard perdu qu'il arbore lorsque caché il observe les allemands regardant ses films de vacances ou encore la rencontre en forme de coup de foudre avec Romy Schneider sont de vrais beaux moment mais ces retours en arrière se répètent trop sans égaler ces deux moments et donnant finalement l'impression qu'on joue avec nos sentiment pour justifier les actions de Noiret.
La manière caricaturale dont sont présenté les nazis assassins (si on sait la violence avérée par les faits historiques et leur monstruosité pourquoi cette interprétation grotesque), la façon limite "ludique" dont il les piège (on serait presque tenté d'y voir un Piège de Cristal sur le mode drame intimiste) et les explosions de violence vraiment plus extravagantes (le lance flamme final) que cathartique finissent par faire décrocher du film. La réelle virtuosité de l'action (la gestion de l'espace est remarquable) pose problème car Enrico n'a que cette émotion crue et ces flashbacks à proposer en réponse, jamais l'escalade de cet homme calme et réfléchi en vengeur impitoyable n'est questionnée, le souvenir du regard bleu azur de Romy Schneider devant balayer toute interrogation.
Ca marche en partie et c'est ce qui a fait le succès et la renommée du film, le rendant sans doute de plus en plus difficilement attaquable avec le temps. Pourtant le film paraît bizarrement trop court ou trop long pour ce qu'il cherche à raconter (car appelant par moment une hauteur qui ne vient jamais) , soit trop simple ou trop complexe pour les réflexions qu'il peut être amené à susciter. Les Chiens de paille de Sam Peckinpah est autrement plus ambigu et intéressant sur un sujet similaire. On est en droit d'en ressortir insatisfait même si les motifs qui ont justifiés le film sont finalement atteints, en témoigne la déchirante scène finale ou Noiret réalise soudainement que plus rien ne sera comme avant et fige une dernière fois le souvenir d'une paisible ballade à vélo. La réelle émotion ressentie par intermittence ne suffit pas à écarter l'approche trop simpliste de Enrico dont l'humanisme s'exprime bien mieux dans d'autres de ses films comme Les Grandes Gueules ou Les Aventuriers...
Longtemps indisponible à cause de problème de droits, le film est enfin sorti récemment chez MGM.