Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 27 juin 2015

Klute - Alan J. Pakula (1971)

John Klute est détective privé. Un jour, l'épouse et l'associé de son ami Tom Gruneman, disparu depuis six mois, lui demandent de le retrouver. Il se rend de Pennsylvanie à New York pour mener l'enquête. La seule piste est une call-girl, Bree Daniels, à qui Tom aurait adressé des lettres obscènes.

Klute est un des films les plus marquant des 70's, contribuant  à en établir les canons esthétiques par son ton et atmosphère. Un certain David Fincher ne s'en est jamais remis tant on retrouve des traces de Klute dans toute sa filmographie, que ce soit la lenteur savamment calculée de Zodiac, la photo de Seven ou la paranoïa de The Game. Portrait de femme dont les éléments de thriller serviront à pénétrer et faire évoluer la personnalité de son héroïne, le film tient en grande partie sur la performance de Jane Fonda. 

Un personnage formidablement écrit que cette prostituée peu satisfaite de son existence qui se réfugie dans l'insensibilité nécessaire à son "métier" pour accepter son quotidien morne semé d'échecs, notamment dans ses tentatives de mener une carrière d'actrice. Pakula joue astucieusement avec l'image glamour de l'actrice en la montrant sous un jour séducteur en début de film, passant d'un client à l'autre sans états d'âme et prenant un vrai plaisir à se jouer du désir des hommes notamment une scène troublante où elle se déshabille tout en racontant ses fantasmes à un client de 70 ans sur le score planant de Michael Small.

 Cette imagerie séductrice va voler en éclats au fur et à mesure de l'avancée du film, Bree dévoilant sa facette autodestructrice troublée qu'elle est par la menace du tueur et la présence du détective incarné par Donald Sutherland. Jane Fonda livre une prestation poignante avec ce personnage terriblement humain dans ses contradictions et ses revirements, cachant son mal être sous un prétendu caractère détaché de tout. Donald Sutherland en détective un peu mystérieux, tout en retenue et sobriété est tout aussi bon en personnage révélateur tandis que Roy Scheider campe avec brio un détestable et tentateur personnage de mac. Niveau esthétique le film subit l'influence d'un certain cinéma européen comme le Blow Up d'Antonioni et annonce par bien des aspects le Conversation Secrète de Coppola. En résulte un sentiment de paranoïa permanent, même dans les instants les plus relâché du film où l'on a constamment l'impression d'être observé, épié, Pakula jouant souvent des plan lointain sur ses personnages dans leurs environnement, questionnant constamment le spectateur sur la nature subjective ou pas de ce regard.

Le film ose un rythme déroutant aujourd'hui pour ce genre de thriller sans pour autant relâcher la tension comme le démontre quelque moments angoissants comme la traque d'un observateur sur les toits par Sutherland ou le glaçant face à face final entre Fonda et le tueur (dont l'identité est très rapidement connue autre entorse étonnante dans le genre et donnant une dynamique différente à l'intrigue). La photo sombre aux teintes brunâtre de Gordon Willis fera école, accentuant l'aspect réaliste et amplifiant le ton désespéré du New York décrit par Pakula, de quartiers mal famés en soirée disco glauques, le tout traversé par des junkies n’étant plus que l’ombre d'êtres humains. C’est le deuxième film de Pakula qui déploie là tous les aspects de ce qu'on appellera sa trilogie paranoïaque poursuivie dans l'angoissant A cause d'un assassinat et Les Hommes du Président. Quant à Jane Fonda un Golden Globe et un oscar bien mérité viendront saluer sa performance. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

lundi 21 juillet 2014

Le Convoi de la peur - Sorcerer, William Friedkin (1977)


Trois hommes de nationalités différentes, chacun recherché par la police de son pays, s'associent pour conduire un chargement de nitroglycérine à travers la jungle sud-américaine...

A la fin des années 70, William Friedkin règne sur le toit d’Hollywood après les triomphes de French Connection (1971) et L’Exorciste (1973). Friedkin restera pourtant quatre ans sans réaliser après cet enchaînement tant les scripts qu’on lui propose s’inscrivent dans la veine du genre de ces deux réussites, le polar et le film fantastique. Alors que ses amis du Nouvel Hollywood accumulent à leur tour les succès commerciaux et artistiques, Friedkin souhaite revenir avec un projet vraiment personnel. L’idée lui viendra alors de revisiter l’un de ses traumatismes cinématographique de jeune spectateur en signant un remake du Salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot, ou plus précisément une seconde adaptation du roman éponyme de George Arnaud. Ce sera d’ailleurs la cause d’un malentendu puisque l’idée vient à Friedkin au cours d’un dîner arrosé en compagnie de Clouzot où il demandera à celui-ci les droits pour réaliser un remake et que Clouzot les lui donnera en signant sur un coin de table alors qu’il ne les possède pas. Tout cela montre la manière plutôt légère dont Friedkin aborde le projet qu’il voit au départ comme une œuvre de transition avant son prochain gros film supposé The Devil's Triangle. En engageant le jeune scénariste et documentariste Walon Green (responsable du script légendaire de La Horde Sauvage (1969)), Friedkin prendra pourtant la mesure d’une ambition et ampleur nouvelle à travers les lectures que lui suggère Green quant à la tonalité du film comme le Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Finalement Le Convoi de la Peur ne conservera que le postulat de base voyant trois hommes aux abois convoyer un chargement de nitroglycérine à travers la jungle mais pour aller dans une direction différente.

Chacun des protagonistes a un rôle symbolique et représente un mal du monde moderne et plus particulièrement associé à cette très agitée décennie des 70’s. C’est la fin des trente glorieuses et l’arrivée des premiers scandales financiers avec l’homme d’affaire français Victor Manzon (Brun Crémer) fuyant la justice pour fraude à la spéculation. Le conflit israélo-palestinien à travers Kassem (Amidou), jeune terroriste arabe en fuite après avoir commis un attentat. Le crime organisé et la mafia pour Jack Scanlon (Roy Scheider) recherché par le parrain local suite à un hold-up dans une église blanchissant de l’argent. Tous vont devoir fuir et se réfugier dans un mystérieux pays totalitaire d’Amérique du sud où ils travaillent dans une raffinerie pétrolière. 

Après l’urgence des prologues ayant présentés les personnages, le rythme se ralenti à l’image de leur existence fauchée en plein vol, et la caméra s’attarde désormais sur l’enfer que constitue leur quotidien. Misère ambiante, atmosphère humide et boueuse, cadavres jonchant les rues et corruption policière, ces lieux semblent tout désignés pour les damnés et parias de la terre. Dans cet enfer et prison à ciel ouvert, nul échappatoire pour nos fugitifs sans moyens si ce n’est la perspective de transporter une cargaison de nitroglycérine hautement instable et destinée à éteindre l’incendie d’une des raffineries de la compagnie.

Friedkin dénude ses héros de tous les motifs vains et superficiels liés à la civilisation qui les ont conduits à cette situation pour les réduire à des hommes d’horizons différents cherchant à survivre. Paradoxalement, c’est en servant à de purs intérêts capitalistes qu’ils pensent trouver le salut avec cette compagnie exploitant la misère lors de séquences cruelles où la population locale sert de bête de somme négligeable mais susceptible de se rebiffer avec fureur lors de la séquence du retour des cadavres calcinés d’ouvriers au village. La quête de rédemption est viciée d'emblée et annonce la suite. Friedkin semble avoir réellement voulu se mettre dans l’état d’esprit de ses héros n’ayant plus rien à perdre en prenant tous les risques pour le film. Son égo l’empêchera d’enrôler Steve McQueen pour le rôle de Scanlon, la star souhaitant un petit rôle pour sa compagne Ali McGraw avec laquelle il était en froid et ne pouvait s’éloigner trop longtemps pour un tournage aux antipodes. Là aussi alors que Coppola s’englue dans l’enfer d’Apocalypse Now aux Philippines, Friedkin va vivre le sien en choisissant pour plus de véracité de filmer l’odyssée dans la jungle de la République Dominicaine. 

La furie des éléments et l’environnement hostile mettra bien sûr l’équipe à cran et occasionnera des dépassements d’un budget initial de 5 millions de dollars grimpant bientôt à 15 pour finir à 22. Friedkin sur un pied d’égalité des personnages et prend symboliquement les mêmes risques pour obtenir le film qu’il entend. L’un des studios coproducteur du Convoi de la peur est Paramount, propriété de la compagnie Gulf+Western depuis 1966 et dont le patron Charles Bluhdorn a justement mis en œuvre diverses affaires en République Dominicaine. Le film illustre ainsi la mainmise et les écarts de la compagnie sur l’économie du pays et si elle n’est pas ouvertement nommée, le spectateur attentif repérera une affiche avec son logo le temps d’une scène. Une prise de risque insensée pour un Friedkin en roue libre qui se permettait tous les écarts.

Tous ces éléments contribuent à une tension maximale lors de la fameuse traversée de la jungle en camion. Les séquences inouïes s’enchaînent la terreur est double entre ce qui se déroule à l’écran et ce qu’on imagine d’instinct suicidaire pour les avoir tournées. On pense bien sûr à cette traversée d’un pont de bois brinquebalant sous une tempête déchaînée. Crissement de pneu, bourrasque de vents ininterrompue et visages crispés, la scène est un grand moment qui laisse le spectateur à bout de souffle. Les personnages sont ainsi poussés à tel point dans leurs derniers retranchements que les différences, les inimitiés et horizon variés s’estompent pour en faire une entité solidaire faisant face à l’adversité. Chacun conserve sa zone d’ombre et de mystère, ni bon ni méchant, les plus douteux finissant par faire profiter de leurs aptitudes au collectif à l’image de Kassem dont l’expertise des explosifs permettre de vaincre un obstacle ou le très inquiétant Nilo (Francisco Rabal qui fut d’ailleurs envisagé pour jouer Charnier dans French Connection) dont le maniement de la gâchette les sortira d’un mauvais pas. 

Friedkin les caractérise avec son ambiguïté habituelle tout en leur conférant un charisme imposant en quelques vignettes (Manzon intimant à Kassem de prendre le volant du camion lors de la traversée d’un pont). Friedkin illustre de cette façon une possibilité d’union et d’entraide entre les hommes loin des codes viciés et calculateurs de la civilisation, où les besoin les plus élémentaires ramènent à une fraternité oubliée. C’est une quête coutumière dans le cinéma de Friedkin de l’époque, l’instinct de justice de Popeye Doyle (Gene Hackman) le poussait à traquer le dealer Charnier jusqu’au bout dans French Connection, tout comme le Père Karras affronterait le démon pour le triomphe du bien dans L’Exorciste. Les héros de Friedkin courent toujours après leur humanité et c’est précisément quand ils l’atteignent qu’ils sont les plus vulnérables, le symbole ici étant notamment le souvenir ému de son épouse qu’entretien Manzon. 

Le Convoi de la peur ne déroge pas à la règle, le drame surgissant alors que le plus dur est passé et que laisse poindre un semblant d’amitié ou lorsqu’une menace oubliée renaît en conclusion alors que l’apaisement semblait de mise. Le score synthétique de Tangerine Dream nous noie ainsi dans une forme de noirceur torturée et sans espoir annonçant toujours le pire dans une œuvre véritablement sans espoir. Parmi les derniers vestiges de ce cinéma américain 70’s désabusé, Le Convoi de la peur connaîtrait un échec cinglant, le public las de ce ton faisant un triomphe au plus lumineux Star Wars sorti en même temps et annonçant le virage des années à venir. Film maudit par excellence, c’est aussi sans doute la plus grande réussite de William Friedkin.

Introuvable depuis des lustres, le film est enfin ressorti dans une édition blu ray all région

dimanche 16 mai 2010

2010 : l'Année du Premier Contact - 2010 : The Year We make Contact, Peter Hyams (1984)


Neuf années ont passé depuis l’incident, toujours inexpliqué, survenu au vaisseau DISCOVERY qui poursuit seul son errance, en orbite autour de Jupiter. Alors que les relations russo-américaines ne sont pas au beau fixe, le Dr Dimitri Moisevitch s’arrange pour rencontrer Heywood Floyd et émettre l’idée d’une mission conjointe entre astronautes et cosmonautes. Après de nombreuses tergiversations, les instances des deux puissances spatiales finissent par trouver un accord. L’équipage du "LEONOV", sous commandement russe, comportera quelques membres de la NASA, plus à même de remettre en fonction HAL et ramener DISCOVERY sur Terre.Impensable jusque là, il fallu la folie SF générée par les succès de Star Wars et Alien (qui retomba avec ce film et Dune de David Lynch sortis la même année et échec cuisant au box office) pour que cette suite décriée de l'intouchable chef d'oeuvre de Kubrick voit le jour. A la place du réalisateur visionnaire, un solide technicien déjà rompu au genre avec l'excellent "Outland" 3 ans plus tôt et un ton radicalement différent mais qui parvient à inclure les élément les plus fascinant du film de Kubrick dans son intrigue. Adapté du roman de Arthur C. Clarke faisant suite à 2001, "2010 : Odyssée Deux", l'intrigue s'en trouve paradoxalement plus datée en plongeant les personnages en pleine guerre froide, ce qui amènera quelques interactions intéressante entre les membres de l'équipage mais qui sape un peu la tension du final sur fond de 3e guerre mondiale. Chose qui étonnement n'aura jamais posé problème à la revoyure dans Abyss, le contexte et la conclusion des deux films étant très proche, la petite touche de génie et d'émotion en plus pour le Cameron.


Les autres grosses différences sont plutôt dû à la volonté de Peter Hyams de donner au film son identité propre, sachant bien qu'il serait lapidé en marchant sur les traces de Kubrick. Là où 2001 est tout en ellipses, mystère et questionnement constant, le scénario de "2010" explique en détail tous les faits restés en suspens dans le premier film, le dysfonctionnement de HAL n'étant pas des moindres. Réalisé au pic de la fascination du grand public pour la conquête spatiale (avec le premier homme sur la lune l'année suivante), Kubrick usait d'une imagerie flamboyante qui dépaysait totalement le spectateur, le faisant rêver en l'emmenant ailleurs. Au contraire Peter Hyams dans la lignée de son Outland et fidèle au parti pris réaliste instauré par Alien nous dépeint un vaisseau au intérieur moins clinquant que le Kubrick et à l'aspect plus austère et fonctionnel. Il en va de même pour les scène sur Terre identique à l'Amérique de l'époque. Plus globalement, là où Kubrick rendait son monde le plus éloigné possible du notre, Hyams cherche au contraire à entretenir la proximité entre eux.

Une première demi heure exemplaire de concision qui met en place la nouvelle mission et les enjeux pour se retrouver assez rapidement dans l'espace en route pour le Discovery. Roy Scheider reprend le rôle de Heywood Floyd (incarné par un William Sylvester plus mûr dans 2001) rongé par la culpabilité au vu de sa responsabilité de l'expédition du premier film et qui constituera la principale motivation à repartir. Le reste du casting est tout aussi solide avec Helen Mirren en commandant russe, John Lithgow en ingénieur de la NASA et Bob Balaban technicien en charge de révéler les secrets de HAL.

L'intrigue assez classique utilise bien les élément mis en place dans 2001, notamment l'attraction et les objectifs obscurs généré par le Monolithe, peu présent mais occasionnant des séquence de toute beauté. Le personnage de Dave Bowman totalement transfiguré par son expérience du premier film revient également et Hyams utilise brillamment ses différentes incarnation de la fin de 2001 lors d'une scène où il vient mettre Roy Scheider en garde. Hyams livre d'ailleurs volontairement d'autres séquences miroirs de 2001, visuellement comme la réactivation de HAL ou encore une haletante sortie dans l'espace, ou thématiquement comme lors du final tendu où une nouvelle crise de paranoïa de HAL pourrait conduire au désastre.Tout n'est pas parfait cependant, le surexplicatif par le dialogue est assez pénible par moment, tout en en révélant paradoxalement moins que le tout image de Kubrick qui donnait une vraie hauteur aux évènements et laissait libre court à l'interprétation. Kubrick avait d'ailleurs manifesté son mécontentement à ce sujet dans le livre d'entretien de Michel Ciment.


Là où le film s'avère par contre irréprochable, c'est sur son design et ses effets visuels avec la crème des techniciens de l'époque aux commandes, notamment Syd Mead à la conception des décors (des petites choses comme Blade Runner, Tron ou Aliens au CV) et Richard Edlund aux effets visuels. Entre les maquettes saisissantes de détails et les matte painting invisibles, les séquences spatiales sont fabuleuses dans l'ensemble et le film s'avère encore très impressionnant aujourd'hui, la photo splendide de Hyams en personne ajoutant encore à la tenue technique exceptionnelle de l'ensemble. Dénué du génie visionnaire et du pouvoir de fascination du Kubrick, une suite tout à fait honorable donc, tenant largement la route sans être un classique du genre.

Dvd facilement trouvable chez Warner en zone 2 et zone 1