Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 21 juillet 2015

Les Monstres de l'espace - Quatermass and the Pit, Roy Ward Baker (1967)

Lors de travaux de prolongation de la ligne « Hobbs Lane » du métro londonien, les ouvriers font la découverte d'ossements fossiles emprisonnés dans la glaise ; les squelettes sont ceux d'humanoïdes de petite taille et au crâne développé. Par la suite, on découvre également un engin de grandes dimensions, fait d'un matériau extrêmement résistant et qui ne semble pas être du métal. L'armée pense qu'il s'agit d'un missile et fait évacuer la station de métro qui est devenue le centre de toutes les curiosités. Le professeur Quatermass, physicien réputé, est appelé à la rescousse pour étudier la question…

Le troisième volet des aventures surnaturelles du professeur Quatermass arrivait tardivement, près de dix ans après le second volet La Marque qui remporta pourtant un grand succès à sa sortie. Nigel Kneale avait pourtant dans la foulée écrit un troisième épisode avec Quatermass and the Pit qui comme les précédents fut produit sous forme de serial à la BBC en 1958. La Hammer en acquiert bien évidemment les droits et lance la préproduction du film où Val Guest et Brian Donlevy doivent rempiler pour une sortie prévue en 1963 sur un script de Nigel Kneale. Malheureusement, la Hammer a conclu un deal de distribution avec le studio américain Columbia qui n'a que faire de Quatermass et préfère continuer à exploiter le filon de l'épouvante gothique.

Anthony Hinds (producteur des deux premiers films pour la Hammer) et Nigel Kneale soumettent un script à l'ambition plus modeste en 1964 mais la Columbia mettra à nouveau son veto. En 1966 la Hammer change de partenaire et signe un contrat de distribution avec Seven Arts et la Twentieth Century Fox, rendant enfin possible la production de Quatermass and the Pit. Nouveau maître du fantastique au sein du studio, Roy Ward Baker remplace Val Guest et Andrew Keir prend le relai de Brian Donlevy dans le rôle de Bernard Quatermass. Tous ces atermoiements n'auront pas d'effet sur la norme qualitative de la série puisqu'il s'agit du meilleur des trois épisodes.

Lors des travaux de prolongation de la ligne de métro Hobbs Lane, de mystérieux ossements ainsi qu'un engin d'un métal inconnu sont découverts. Quatermass dépêché sur place va aller de surprise en surprise en cherchant les origines de ces objets. Contrairement aux autres épisodes où tunnels de dialogues scientifique constituaient de vrais creux dans la montée du suspense, Roy Ward Baker nous tient près d'une heure en haleine autour de discussion théorique. Les ossements passent un temps pour des fossiles préhistoriques, avant que la reconstitution ne révèle des êtres humanoïdes disparus et l'engin d'abord pris pour une bombe allemande sa nature extraterrestre. Le ton oscille habillement entre la rigueur scientifique et un irrationnel plus indicible. Le scénario développe ainsi une théorie éculée depuis mais alors novatrice quant au passage d'aliens venus envahir la terre sans s'adapter à son atmosphère tout en provoquant les mutations qui conduiront à la naissance de l'Homme.

 Parallèlement cette idée prend un tour plus teinté de fantastique, Quatermass and the Pit étant le volet penchant le plus ouvertement sur Lovecraft. La menace ne vient plus du ciel mais des entrailles de la terre et de la nuit des temps tel les fameux "Grands Anciens" de Lovecraft, les visions de "l'Autre" évoquent les illustrations moyenâgeuses du Malin et la station de métro délestée d'un lettre donne Hobs soit démon en anglais. On retrouve même la nature d'horreur indescriptible dont le contact conduit à la folie, toutes les apparitions restant hors-champs (hormis sous formes de visions mentales, de reproduction ou de créatures éteintes on ne verra jamais l'extraterrestre/démon en action à l'image) et laissant les témoins aux confins de la folie. L'angoisse naîtra donc autant des théories scientifiques dont les conclusions conduiront à une thèse glaçante que du côté rituel et ancestral de la menace puisque cette zone aura été témoin de phénomènes étranges à travers les siècles dès qu'on approchait ce tunnel.

Même quand arrive l'heure des explications concrètes le mélange de science et d'occultisme domine et on devine où John Carpenter (qui n'a jamais caché son admiration pour le film) a pioché son inspiration pour son terrifiant Prince des ténèbres (1987). Les racines de l'invasion s'avèreront ancrée en l'homme de manière inattendue et très originale se déployant pleinement dans un final spectaculaire et cauchemardesque où enfin nous verrons la silhouette du mal absolu.

Loin de la prestation antipathique et rigide (mais pas inintéressante) de Brian Donlevy, Andrew Keir campe un Quatermass bien plus attachant (et proche de la vision de Nigel Kneale), humaniste et vulnérable, constituant la meilleur incarnation du personnage. On tremble en voyant sa raison vaciller lors du climax et les seconds rôles s'avèrent remarquables : Julian Glover en militaire obtus niant l'évidence, l'anthropologiste flegmatique joué par James Donald et son assistante sensible au force occulte joué par la belle Barbara Shelley. Fascinant, original et terrifiant, le meilleur Quatermass et un grand classique Hammer.

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan 

dimanche 8 mars 2015

L'Évadé du camp 1 - The One That Got Away, Roy Ward Baker (1957)

Seconde Guerre mondiale, 5 septembre 1940, lors des opérations de la Bataille d'Angleterre. L'aviateur allemand Franz von Werra, abattu au-dessus de l'Angleterre, est fait prisonnier. Il ne fournit aucun renseignement aux officiers qui l'interrogent et, de surcroît, parie avec l'un d'eux qu'il s'évadera bientôt et regagnera l'Allemagne. Interné au 'camp n° 1' de Grizedale Hall (Lancashire), il s'enfuit effectivement peu après puis, repris et transféré dans un autre camp, il s'évade à nouveau...

Durant les années 50 et hors du contexte propagandiste qu’incluait la Seconde Guerre Mondiale, le cinéma se plut à offrir des biopics des grandes figures militaire allemandes du conflit. Parmi les plus fameux on pense à l’excellent Le Renard du désert (1951) d’Henry Hathaway, captivant portrait de Rommel joué par James Mason. L’évadé du camp 1 s’attarde sur une icône oubliée, l’aviateur Franz Von Werra resté célèbre pour avoir été le seul prisonnier de guerre allemand qui réussit à s’évader des geôles britannique et à rentrer au pays au terme de mémorables aventures. Avant même ces exploits, Von Werra est un personnage romanesque en diable dont le parcours explique déjà les hauts faits à venir. 

Descendant d’une noble lignée allemande remontant au XIIIe siècle, Von Werra ne découvrira cette parenté qu’à l’adolescence, sa famille ruinée ayant dû le placer en adoption avec sa sœur Emma alors qu’il est bébé.  Cette découverte le bouleverse et renforce son côté rebelle, le voyant fuir à la Nouvelle Orléans alors qu’il n’a que 18 ans, reprendre son patronyme de Von Werra puis s’engager dans la Luftwaffe en 1936. Là encore il se distinguera par son côté flamboyant, s’imposant comme un pilote chevronné, prenant un lionceau comme emblème et gonflant ses statistiques ce qui lui vaudra une certaine notoriété dans l’opinion publique allemande. Ce sont cependant ses spectaculaires évasions qui façonneront sa légende.

Le film de Roy Ward Baker élude en partie ce passif tout en parvenant à exprimer cette dimension excentrique et romanesque du personnage. Dès son crash en terre anglaise et son attitude hautaine face à ses geôliers, on comprend que l’on a affaire à un vrai personnage. Les anglais lui renverront d’ailleurs ce côté vantard en quête de lumière durant son interrogatoire et c’est véritablement par l’audace de ses évasions que le personnage devient progressivement une légende. Production anglaise, le film rivé à son héros est totalement dépolitisé, le parcours de Von Werra ne disant pas grand-chose de l’Allemagne d’alors (si ce n’est leur confiance et sentiment de toute puissance) et dénué de toute allusion au nazisme (les soldats allemands semble ainsi plus des troufions ordinaire que des fanatiques) contrairement par exemple au Caporal épinglé (1961) de Jean Renoir, saisissant portrait de la déconfiture française.

On est ainsi captivé par les aventures de Von Werra sans pour autant ressentir de l’empathie grâce à l’interprétation magnifiquement opaque de Hardy Krüger le rendant aussi charmeur qu’insaisissable, ainsi obsédé par la fuite (le devoir d'un prisonnier de guerre est de s'évader tel est son leitmotiv annoncé d'entrée).. Les évasions iront en crescendo spectaculaire, témoignant à chaque fois d’une facette de la personnalité singulière de Von Werra. Ayant parié une caisse de champagne au chef de camp qu’il s’évaderait, il s’exécute durant une promenade mais les rigueurs de la météo anglaise et la traque en campagne de l’armée et de la population anglaise auront raison de lui mais sa capture sera pleine de panache. Un panache qui se retrouve dans le meilleur moment du film, cette seconde évasion où il dupe son monde en se faisant passer pour un pilote hollandais et accède à l’aérodrome lui donnant accès au avion de chasse anglais. Le charme, le bagout et l’audace de Von Werra épate dans une longue séquence toute en duperie.

Après le sens du défi et l’audace, c’est la profonde détermination de Von Werra qui sera à saluer avec l’ultime évasion. Déporté au Canada, son ultime fuite, la plus improvisée, le verra traverser les paysages enneigés pour gagner les Etats-Unis alors encore pays neutre. Aucune traque ni ennemi duquel se cacher cette fois, l’échappée consistera à aller au bout de lui-même dans ce territoire hostile et glacial. Le personnage gagne enfin son statut héroïque nous faisant oublier son camp pour seulement voir un homme seul et déterminé face à la nature tel ce moment où il traîne une barque sur une interminable lande neigeuse. Epuisé, il trouvera tout de même la force pour un ultime bon mot et pied de nez lancé avec le plus beau des sourire. Une œuvre surprenante et un portrait finalement très original. Un des meilleurs rôles d’Hardy Kruger. 

Sorti en dvd zone 2 français che Elephant Film

mardi 12 novembre 2013

Troublez-moi ce soir - Don't Bother to Knock, Roy Ward Baker (1952)

Des clients fortunés d’un grand hôtel, appelés à se rendre à une soirée, font appel à une baby-sitter pour garder leur fille. Leur choix se porte sur Nell, la nièce du garçon d’ascenseur, une jeune femme gentille et discrète d’apparence. Mais Nell se révèle vite être une personne psychologiquement instable. Ce que va découvrir un voisin de chambre, d’abord attiré par sa beauté et son mystère.

Après une série de second rôles remarqués où elle sut faire apprécier ses talents d'ingénue au sex-appeal ravageur (Quand la ville dort de John Huston en 1950, All About Eve de Mankiewicz (1950), Chérie, je me sens rajeunir de Howard Hawks (1952)) Don't Bother to Knock était donc pour la Fox un véhicule idéal pour mettre en valeur la star montante qu'était Marilyn Monroe. Celle-ci saura exploiter son physique avantageux vers une noirceur surprenante l'année suivante en jouant la vénéneuse femme fatale de Niagara (Henry Hathaway, 1953) et annonce déjà son penchant pour les personnages troubles en jouant cette fois de sa vulnérabilité dans Troublez-moi ce soir. Elle est d'ailleurs le principal atout de ce petit thriller à l'intrigue simple.

Elle campe ici Nell, une jeune femme appelée pour faire la baby-sitter des riches clients d'un hôtel par à l'entremise de son oncle garçon d'ascenseur. Dès sa première apparition, une sourde angoisse et un certain malaise semble se dissimuler derrière ses manières douces, ce qui va dangereusement se vérifier. D'une gentillesse forcée avec la fillette qu'elle garde, elle va d'abord arborer tenues et bijoux de ses patrons et prolonger son fantasme en séduisant le voisin d'en face, Jed (Richard Widmark) en froid avec sa petite amie.

Il faut toute la conviction de Richard Widmark et Anne Bancroft (dans son premier rôle) pour s'intéresser au sort du couple au second plan dans ce récit en huis-clos alors que l'on est captivé dès que Marilyn est à l'écran. De son visage triste et allure fragile peuvent surgir en un instant le regard et le geste le plus menaçant (glaçant moment où la petite fille est suspendue à la fenêtre) et quand elle fait son numéro de vamp séductrice parait constamment ailleurs, extérieure aux évènements dans une quête indistincte d'affection.

Il en faudrait peu pour que le film s'aventure dans des territoires plus inquiétants mais la mise en scène trop sage d'un Roy Ward Baker qu'on a vu plus inspiré (malgré quelques moments réussis comme la silhouette de Nell formant une ombre terrifiante pour la petite fille recroquevillée dans son lit) et le script unidimensionnel atténue tout ce potentiel. Reste donc une Marilyn fébrile qui déjà brille à susciter la compassion et l'empathie malgré les actions néfastes de son personnage, plus victime que criminelle. Il est vraiment dommage qu'elle n'ait pas eu l'occasion creuser ce registre par la suite mais à elle seule elle assure la postérité de ce Troublez-moi ce soir.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

samedi 9 février 2013

Atlantique, latitude 41° - A Night to Remember, Roy Ward Baker (1958)


Le 10 avril 1912, le nouveau transatlantique britannique Titanic, luxueux paquebot de 269 mètres de long, quitte Southampton pour une traversée inaugurale à destination de New York, emportant à son bord quelque deux mille deux cent huit passagers. Le 14 avril, vers 23 h 40, le vapeur file dans l'Atlantique alors que la fête bat son plein à tous les niveaux des classes sociales, quand la vigie signale un iceberg droit devant. Malgré le changement de cap immédiat, l'énorme masse de glace éventre la coque sur une longueur de 100 mètres. Après avoir rapidement évalué les dégâts, les ingénieurs rendent leur verdict sans appel : le Titanic est condamné à couler dans les délais les plus courts...
 
Avant la récente et célébrissime version de James Cameron, Atlantique, latitude 41° fut longtemps considéré comme la vision la plus juste du naufrage du paquebot. Cela s’explique par la profonde passion pour le sujet des initiateurs du film qui contribuèrent à défricher des informations encore méconnues sur les causes du drame. William MacQuitty, producteur à l’initiative du projet resta profondément marqué le départ du Titanic du port de Belfast en 1911 auquel il assista enfant. De même l’historien spécialiste de l’histoire navale Walter Lord consigna la somme d’informations et témoignages récoltés au fil de longues années de recherche dans son récit documentaire La Nuit du Titanic (A Night to remember en vo et également titre original du film) paru en 1955 et dont le succès relança l’intérêt pour le naufrage et rendra possible son illustration via l’adaptation.

C’est cette rigueur et ce souci de réalisme qui guident une production dont les rares incohérences sont surtout dues à des faits encore inconnus à l’époque (l’épave du Titanic ne sera retrouvée qu’en 1987) la plus manifeste étant lorsque le paquebot coule tout droit à la verticale sans que la coque ne se casse en deux. James Cameron corrigera ce dernier point et quelques autres dans sa version mais il est indéniable qu’il emprunte énormément au film de Roy Ward Baker. Certaines scènes sont absolument identiques : le directeur de la White Star Line Ismay se dissimulant dans une barque à la vue d’un second qui n’ose l’en chasser, l’instant cocasse où en plein chaos un agent réprimande des passagers pour la destruction du matériel de la compagnie…

Dans sa volonté romanesque Cameron faisait découvrir essentiellement le paquebot à travers le regard de son couple dont les milieux opposés permettaient d’explorer les différences sociales régnant sur le Titanic. A Night to Remember exprimait déjà cette idée mais mise en œuvre sous forme de film choral. Cela annonce en quelque sorte les schémas qui feront les beaux jours des films catastrophes des 70’s mais l’approche est plus subtile ici. 

Sans se focaliser longuement sur aucun personnage (même si la star Kenneth More est plus légèrement mise en avant en 2e officier Charles Lightoller) cela s’exprime de manière plus diffuse à travers quelques vignettes sur les espérances des émigrants pauvres partis chercher fortune dans le nouveau monde, en opposition aux nantis plus préoccupés d’être les premiers à profiter du luxe du Titanic. Les scènes de joyeuses et poignantes séparations des classes populaires parties chercher fortune, la liesse de la 3e classe, répondent ainsi au ton guindé et à l’ennui de la 1ère classe.

Baker effectuera le même genre de parallèle au moment du naufrage avec les passagers de 3e classe piégés dans les sous-sols, tandis que les nantis ont accès aux barques et que certains se permettent des remarques malvenues sur le confort. Baker, comme Cameron plus tard, cherche par ces procédés à dépeindre cette réalité des rapports de classe et à quel point le naufrage du Titanic représente par ses manquements et son désastre la fin de ce mode de pensée, la chute d’un monde. Le Titanic, symbole de cette toute-puissance, entraîne donc dans les abysses les dernières cendres du XIXe siècle, la Première Guerre mondiale à venir deux ans plus tard déclenchant l’ère moderne.

Hormis quelques apartés, la première partie du film se consacre méticuleusement à dépeindre les éléments menant au désastre final, autant dû au hasard malheureux qu’à une arrogante  l’inconscience : l’avalanche de télégrammes de passagers futiles empêchant l’envoi de celui crucial signalant la présence d’iceberg,  la démonstration de force du paquebot dont la vitesse trop grande empêchera d’éviter l’obstacle fatal (ce dernier point étant plus explicite chez Cameron).  La reconstitution dans son ensemble et le naufrage constituent un tour de force technique qui conserve toute sa puissance aujourd’hui.

La production négocia de pouvoir filmer la façade et certains intérieurs du  RMS Asturias, paquebot laissé à l’abandon par l’International Mercantile Marine Company  (ancien propriétaire de la White Stare Line). Une façade fut repeinte afin de le rendre semblable au Titanic  tandis que l’autre désormais détruite fut récrée en matte painting par des étudiants au Beaux-Arts, un effet de miroir rendant l’illusion invisible lorsque l’on passe d’un côté à l’autre. Ces images seront notamment utilisées lors du grand départ au port de Southampton , et d’autres recyclées du Titanic de 1943 produit par l’Allemagne Nazie dont les scènes en mer calme où celle montrant la salle des machines.

 Tout ce qui concerne le naufrage sera filmé aux studios Pinewood que ce soit l’envahissement du décor par les eaux, la fuite désespérée en canots de sauvetage,  et bien sur l’image mythique du Titanic coulant à pic à la vue des survivants médusés et se débattant pour leur survie. L’aspect choral n’aura pas suscité une empathie marquée sur la longueur du film (ce n’était pas le but) mais ces silhouettes et personnalités entraperçues en diagonale auparavant acquièrent soudain une émotion palpable dans leurs derniers instants.   

Le parallèle entre ces jeune mariés et ce vieux couple ne souhaitant pas se quitter, ce cuisinier ivre mort qui trouve l’astuce de s’en sortir ou encore les passagers s’agrippant désespérément à la partie émergeante du navire sombrant constituent  des images marquante illustrant l’aspect irréel et apocalyptique de la situation. Si le film de James Cameron a désormais inscrit son imagerie du naufrage dans l’inconscient collectif et implique sans doute plus par sa teneur sentimentale, A Night to Remember demeure un témoignage saisissant tout aussi recommandable.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films

vendredi 13 avril 2012

Highly Dangerous - Roy Ward Baker (1950)


Un film d'espionnage aussi fantaisiste qu'efficace que ce Highly Dangerous . Margaret Lockwood est ici une entomologiste que les services secrets britanniques envoient dans un pays de l'est pour étudier les insectes d'un laboratoire local soupçonnés d'être modifié génétiquement pour une attaque biologique. A partir de ce pitch nous sommes partis pour 85 minutes trépidantes, inventives et bourrées de rebondissements inventifs. Au départ avec cette scientifique sérieuse on a le sentiment que Margaret Lockwood délaisse les rôles piquant qui ont fait sa renommée mais quelques indices laissent poindre que ce ne sera pas tout à fait le cas. Elle refuse la mission qui lui est proposée dans un premier temps mais le script révèle les lubies de cette femme rangée lorsqu'on nous la montre surexcitée au volant par un serial radio d'espionnage qu'elle écoute pour le narrer à son neveu avec moult détails.

On ne s'embarrasse pas trop de réalisme (pas de formation au terrain, un rapide briefing et elle est dans l'avion) et on se trouve déjà dans cette république totalitaire hostile. Roy Ward Baker instaure d'emblée une atmosphère oppressante notamment lors de l'arrivée de Margaret Lockwood (dont le jeu anxieux fait merveille) à la gare où la photo de Reginald H. Wyer joue superbement sur les ombres pour y rendre la moindre silhouette menaçante.

Autre atout de taille, Marius Goring grimé et bien vieilli qui campe un mémorable méchant avec ce chef de police à la bonhomie de façade et assez redoutable et perspicace. Le début voit le piège se refermer sur Margaret Lockwood dont le contact est rapidement tué et qui se retrouve aux mains de la police locale. On aura droit à une éprouvante scène d'interrogatoire (ou le montage percutant d'Alfred Roome fait merveille pour traduire la confusion de l'héroïne) avant qu'un étonnant rebondissement nous emmène dans une direction inattendue.

Soumise à un sérum de vérité, Margaret Lockwood pour ne rien révéler se réfugie dans son inconscient et fusionne sa personnalité avec celle du héros radio qu'elle écoutait au début (ce qui est annoncé subtilement précédemment lorsqu'elle choisit Frances "Conway" comme couverture soit le même nom que le personnage radio). Stupéfaction alors notre frêle et fragile héroïne se métamorphose pendant près d'une demi-heure en quasi barbouze totalement casse-cou laissant son seul allié le journaliste Bill Casey (Dane Clarke) complètement dépassé.

Totalement fantaisiste sur le papier, l'argument fonctionne parfaitement à l'image grâce à l'efficacité et au rythme soutenu qu'instaure Baker ne nous laissant pas réfléchir à l'improbabilité de la chose. Margaret Lockwood est excellente pour exprimer ce basculement passant de la fébrilité apeurée à la détermination sans faille et comiquement on a parfois l'impression que c'est Dane Clarke qui remplit le cliché de figure "féminine" peinant à suivre le héros énergique (même si les choses rentrent un peu plus dans l'ordre sur la toute fin). Le suspense est redoutable et les péripéties variées notamment une traque finale en forêt des plus palpitante et une fuite finale des plus fine. On sentait déjà le savoir-faire de Roy Ward Baker dont c'est un des premiers films et qui serait un touche à tous des plus doué du cinéma britannique notamment au sein de la Hammer. Excellent et très enlevé divertissement en tout cas.

Disponible en dvd zone 2 anglais notamment dans un très beau coffret consacré à Margaret Lockwood chez ITV et doté de sous titres anglais.

lundi 26 avril 2010

The Vampire Lovers - Roy Ward Baker (1970)


Avec Docteur Jekyll and Sister Hyde ou encore Captain Kronos, The Vampire Lovers est un des derniers soubresauts d'une Hammer sur le déclin à l'orée des 70's. Une nouvelle fois c'est au très doué Roy Ward Baker que la firme parvient à maintenir une vraie inventivité et exigence qualitative. Ici le scénario adapté du roman Carmilla de Sheridan Le Fanu dépeint les agissement d'une vampire qui introduit insidieusement les maisonnées de noble pour séduire et vider de leur sang les jeunes filles.

Le grand élément novateur repose donc sur le saphisme ouvertement prononcé donnant une ambiance érotique troublante et plus du tout sous-jacente comparé à d'anciennes production Hammer. Ingrid Pitt incarne une vampire au charme vénéneux et hypnotique, et Baker ne se gêne pas pour dévoiler ses charmes lors de situations bien scabreuse tel cette scène où elle déniaise une jeune fille innocente qui ne comprend pas bien ce qui lui arrive et se laisse faire, finalement satisfaite.

Un des atouts est de donner une certaine dimension tragique à l'intrigue grâce au sous-texte lesbien, Ingrid Pitt malgré tout son vice semblant réellement tomber amoureuse de ses victimes. Le besoin de se nourrir n'empêche pas les sentiments de s'éveiller (même si le but de la provocation est plus de titiller le public masculin, nudité, corsage pigeonnant et postures indécentes sont légion) et la conclusion va clairement dans ce sens.

Roy Ward Baker délivre un bien bel objet, l'ambiance gothique même si moins prononcé que dans d'autres Hammer est superbement traduite avec un saisissante scène d'ouverture et un final flamboyant où Peter "Van Helsing" Cushing (qu'on voit peu) se charge d'embrocher de son pieu la vampire. Les scènes de cauchemars quasi expérimentales sont particulièrement inventives également.


Sorti tout récemment en dvd zone 2 avec le magazine Mad Movies.

jeudi 22 avril 2010

Dr Jekyll and Sister Hyde - Roy Ward Baker (1971)


Sur le déclin au début des 70's la firme Hammer tente de se renouveler à coup de pitch improbable, plus moderne et dans l'air du temps. Parfois c'est bien loupé (Les 7 vampires d'or coproduit avec la Shaw Brothers et mélangeant kung fu et gothique, Dracula 73 revival dans l'air du temps flashy et disco) et d'autres fois donne de belles réussites (Captain Kronos écrit par Brian Clements le créateur de Chapeau Melon et Botte de Cuir qui officie à nouveau ici) comme cette relecture brillante du roman de Stevenson.

Les expériences du Docteur Jekyll ne le transforme donc plus en bestial Mister mais en vénéneuse et perverses Sister Hyde. Le scénario y mêle en le réinventant habilement le mythe de Jack l'éventreur (avec une pincée de Frankenstein pour la quête de cadavre de Jekyll nécéssaire aux transformations) en offrant une ambiance gothique à souhait dans un Londres nocturne et menaçant, dont le brouillard dissimule des dangers innommables. Le fameux récit de schizophrénie se voit teinté d'une bonne dose de trouble sexuel, avec un Jekyll attiré par les hommes, sa personnalité étant progressivement dominé par Sister Hyde qui elle déchaîne les passions dans la gente masculine. Les moments troublants sont légions lors des scènes d'amour même si le film n'ose pas aller totalement au bout de son idée avec une vraie relation sexuelle de Sister Hyde avec un homme.

La magnifique Martine Beswick est absolument vénéneuse en Sister Hyde, look flamboyant en robe rouge, un regard brûlant et son visage anguleux et androgyne permet de conserver la confusion des identités sexuelles. Très belle et inventive réalisation de Roy Ward Baker qui en profite pour nous offrir quelques scène de meurtres bien brutales et sanglantes façon giallo (les élans haineux de Sister Hyde sont dévastateurs), s'inspirant des succès du moment et renouvelant bien le ton Hammer.


Trouvable pas cher en dvd zone 2 français chez Studio Canal