Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 5 octobre 2015

Female - Michael Curtiz (1933)

Alison Drake dirige d'une main de fer une grande entreprise automobile, la Drake General Motors, qu'elle a héritée de son père. Lassée d'être sans cesse courtisée pour son argent et non sa personne, elle s'amuse à inviter des employés de l'entreprise à diner en tête à tête, puis dans son lit, avant de les rejeter le lendemain. À la suite d'une soirée mondaine où elle est une fois de plus courtisée par tous, elle décide de sortir incognito et de se fondre dans la masse d'une fête foraine. Elle y rencontre un homme très séduisant Jim Thorne, qu'elle retrouve dans son usine le lendemain et qui n'est autre que l'ingénieur qui doit sauver l'entreprise de la faillite.

Hormis une conclusion expédiée faisant sans y croire rentrer la situation dans la "norme", Female est une œuvre emblématique d'une certaine vision de la femme dans ce cinéma Pré Code des années 30. Les figures féminines s'y élèvent à la force du poignet en se montrant aussi impitoyable que les hommes, tout en ne pouvant totalement s'empêcher d'être rattrapée par leurs émotions. Le schéma prend généralement un tour social, cette élévation marquée par la Grande Dépression servant autant à sortir de la fange qu'à triompher du machisme dominant telle la Barbara Stanwyck de Baby Face (1933). Ruth Chatterton incarne un autre versant de cette thématique, symbolisant à la fois cette ascension sociale mais également une femme de pouvoir glaciale en mère maquerelle dans Frisco Jenny (1932). Son humanité ressurgissait par la maternité dans ce film quand ce sera les tourments inattendus de l'amour qui la feront vaciller dans Female.

Elle y incarne Alison Drake, l'héritière d'une grande entreprise automobile qu'elle dirige d'une main de fer. Une position qui l'isole dans ses émotions contenues et son rapport aux autres complexes. La scène d'ouverture nous plaçant dans une grande réunion de comité d'entreprise exprime bien cela, faisant surgir Alison presque par surprise dans ce monde d'homme où elle s'imposera par une volonté de fer en rabrouant brutalement un employé. Elle n'en reste pas moins une femme avec ces désirs mais ceux-ci s'exécutent avec la même rapidité et autorité que celle exigées par les grandes décisions industrielles de son quotidien professionnel. Un regard bref et concupiscent vers un employé bien de sa personne, une invitation à dîner tout autant dénué de spontanéité dans son déroulement (les appels codés d'Alison à ses majordomes) et une nuit dont il ne devra plus rien subsister de retour à l'entreprise. Les amants d'un soir trop insistants seront expédiés dans une obscure succursale canadienne.

Les personnages masculins du film ne semblent guère mériter mieux d'ailleurs. Le machisme latent et le sentiment de possession (la désinvolture d'un amant s'asseyant sur le bureau d'Alison après une première nuit) et la déférence plus ou moins intéressée (le jeune amant bellâtre, un autre voyant dans l'union une fusion industrielle) semblent faire du pouvoir d'Alison un obstacle insurmontable dans son rapport aux hommes. En séduisant incognito un homme qui ne sait rien d'elle, Alison découvre le plaisir d'être aimée pour elle-même mais finalement la frustration aussi de ne pouvoir faire plier à ses volontés l'objet de son affection. Cet homme c'est Jim Thorne (George Brent) une sorte de mâle alpha guère impressionné même quand il découvrira qu'Alison est sa patronne. Notre héroïne découvre donc tardivement les vertus de la séduction, de la minauderie et d'une partie du renoncement à soi-même que suppose le lien à l'autre. C'est un aspect des plus amusants du film, offrant de superbes scènes romantiques. Le scénario est malheureusement assez maladroit, ce chemin nécessaire d'Alison devenant un retour pur et simple à l'image de femme au foyer ménagère et génitrice avant tout.

Pas de juste milieu dans une conclusion trop précipitée qui gâche toutes les audaces du film. Cela passait sans doute mieux dans le contexte de sortie du film mais nettement moins pour un spectateur contemporain. L'esthétique fouillée du film rattrape un peu cet écueil. William Dieterle débuta le tournage (l'audace des rapports amoureux rappelle bien l'auteur de Jewell Robbery (1933)) que malade il abandonna à William A. Wellman qui filma quelques scènes avant de rejoindre une autre production (College Coach (1933)) et laisser Michael Curtiz tourner l'essentiel du film.

C'est vraiment la patte de ce dernier que l'on ressent le plus à travers la stylisation des décors reflets des personnalités d'Alison : froidement géométriques, oppressant et industriels pour le monde de l'entreprise et aérien, chatoyant et Art déco pour son antre de séduction. Une dualité qui se ressent également dans les robes et négligés élégants se disputant aux tailleurs monochrome et stricts, appelant tour à tour au rapprochement ou à une intimidante distance. Passionnant donc si ce n'était cette fin discutable.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dan leurs collection consacrée au Pré-Code 


samedi 22 juin 2013

Frisco Jenny - William A. Wellman (1932)


Frisco Jenny est devenue orpheline durant le tremblement de terre de San Francisco en 1906. Plus tard, elle se retrouve patronne d'une maison de débauche. Ayant mis son fils dans une famille d'adoption, celui-ci, après avoir suivi des études de droit, devient procureur et est désigné pour instruire un procès afin d'éradiquer la prostitution dans la ville…

Un très grand mélodrame qui affirme définitivement Wellman comme un des maîtres du genre en ce début des années 30, lui qui signera l'un des plus grands de la décennie avec sa première version de une étoile est née en 1937. Avec Frisco Jenny il réalise en quelque sorte la matrice de quelques grands mélodrames "maternels" à venir comme À chacun son destin de Mitchell Leisen (1946) ou encore Madame X (1966) (encore que pour ce dernier le script de Wilson Mizner sur Frisco Jenny doit sans doute déjà pas mal à la pièce originale et antérieure de Alexandre Bisson) mais ici rehaussé par la provocation Pré-Code et le sens de la tragédie qu'instaure Wellman.

Le récit est celui d'une femme dont la maternité perdue représente le seul îlot d'une existence scandaleuse aux yeux des autres. Le début du film voit la jeune Jenny Sandoval (Ruth Chaterton) tout perdre dans le tragique tremblement de terre de 1906, sa situation, son père et son fiancé. Quelque chose a cependant survécu des décombres et constituera son seul lien émotionnel désormais : elle est enceinte. Ce fils deviendra l'objet de bien des renoncements et sacrifices pour Jenny, l'immoralité apparente du personnage (en plein ascension par la réussite dans le proxénétisme et le trafic d'alcool) contrebalançant constamment avec la mère dévouée que tout le monde ignore.

Le scénario la fait ainsi constamment naviguer entre deux eaux, le stupre et la pureté d'âme, la seconde provoquant cruellement le basculement dans la première. En début de film, ses fiançailles lui promettraient un horizon plus noble que le commerce douteux de son père mais le tremblement de terre vient briser ces beaux projets. Devenue mère, la pauvreté l'obligera à se prostituer puis à développer un talent certain dans le crime. Cette facette prendra un tour tragique dans la dernière partie où c'est celui auquel elle a tout sacrifié qui la conduira à perte, le fils adopté et devenu procureur se faisant l'inquisiteur impitoyable de sa propre mère.

Le brio narratif de Wellman fait merveille pour dépeindre cette destinée tragique, le récit fonctionnant ainsi par ellipse où nous faisant presque à chaque fois redécouvrir Jenny et son environnement toujours plus luxueux et scandaleux le rebondissement concluant la séquence précédente déterminant toujours un peu plus la dépravation croissante de la suivante.

Drame et perdition morale sont toujours constamment liés dans la trajectoire de notre héroïne, culminant lors de la formidable scène du tribunal. Le montage alternant la diatribe du procureur, le visage désapprobateur des jurés et le visage accablé de Jenny fait sonner chaque mot comme un coup de poignard quand on connaît les raisons de ses méfaits.

Ruth Chaterton (qui avait expérimenté justement ce type de personnage avec une version de Madam X en 1929) est bouleversante, visage de poupée de porcelaine progressivement altéré par la vie, tout aussi digne et déterminée des bouges sordides à la solitude de sa prison en conclusion. Dans ue magnifique idée visuelle finale, Wellman illustre symboliquement sa mort avec la brûlure des photos de son fils, la faisant disparaitre avec les images de celui pour lequel elle s'est tant raccrochée à la vie.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Pré-Code