John Trent est
enquêteur pour les assurances. Il est chargé par Jackson Harglow, le directeur
de la maison d'édition « Arcane », de retrouver Sutter Cane, un écrivain à
succès qui a disparu. Durant ses investigations, John se rend compte que le
monde d'épouvante apparemment fictif créé par Sutter Cane serait en fait bien
réel.
L’Antre de la folie
vient conclure ce que l’on nomme « la trilogie de l’apocalypse dans la
filmographie de John Carpenter avec The Thing (1982) et Prince des ténèbres
(1987). Grand amateur de l’œuvre de Lovecraft, Carpenter laissait planer l’ombre
de l’auteur dans ces films, reprenant à son compte l’horreur indicible et innommable
de ses monstres avec la terrifiante créature protéiforme de The Thing et laissant entrevoir la porte
donnant sur l’ailleurs inconnu d’où viennent ces horreurs dans Prince des ténèbres. Carpenter
dépeignait une fin du monde s’affirmant par la rencontre avec l’Autre, figurant
les Grands Anciens imaginés par Lovecraft soit des abominations venues du fond
des âges prêt à détruire l’homme en le contaminant (The Thing) ou en forçant le passage séparant les deux mondes (Prince des ténèbres). L’Antre de la folie poursuit cette veine
en la renouvelant par une fascinante approche « méta ».
Dans The Thing et Prince des Ténèbres, le chaos naissait à
la fois de la perte d’identité qu’amenait la contamination d’un mal
insaisissable mais aussi de la paranoïa et de la suspicion introduits chez l’Homme
si prompt à s’autodétruire. Carpenter procède de la même manière ici avec une
contamination qui se fait par la lecture des romans de Sutter Cane, écrivain d’horreur
à succès dont les ouvrages réveillent les penchants les plus noirs de ses
lecteurs. On assiste d’abord avec une certaine distance ce chaos latent, avant que l’imagination
morbide de Sutter Cane infecte le récit à travers la folie croissante de John
Trent (Sam Neil). Enquêteur d’assurance chargé de retrouver un Sutter Cane
disparu, il doit s’imprégner de l’univers de sa cible et causera ainsi sa
perte. Carpenter orchestre des moments de terreur où le réel se disloque
soudain pour laisser surgir de glaçante hallucination qui font vaciller le
cynisme cartésien de Trent.
Il est ainsi progressivement conditionné pour se
faire happer par les visions infernales de Cane, dans la ville imaginaire de
Hobb’s End. Sutter Cane (Jürgen Prochnow) est un savant mélange de Stephen King
(pour la figure d’auteur de best-seller d’horreur) et surtout Lovecraft dont l’imaginaire
est grandement repris. L’imagerie provinciale américaine révélant un envers
horrifique évoque King mais la nature indescriptible du mal, sa faculté à nous
faire perdre la raison à sa seule vue vient bien de Lovecraft. Carpenter ne va pas
au bout de la démarche d’un hors-champ difficilement transposable et ose une
horreur graphique plus (la tenancière de l’hôtel révélant sa vraie nature dans
la pénombre de la cave) ou moins (la poursuite finale où Trent fuit une nuée de
créatures) réussie mais c’est quand il joue du mystère qu’il glace le plus.
Certaines images sont sources de pur malaise comme ce vieillard cycliste
annonçant la boucle et la prison que constitue Hobb’s End, l’alliance entre
suggestion et illustration fait merveille avec la lecture du dernier livre de
Cane provocant la démence par le montage saccadé qu’il présente de futurs
évènement du film.
L’alliance de l’horreur et de la réflexion méta donnent des
réflexions passionnantes par les possibilités offertes. Les bas-instincts
humains génèrent leur propre destruction par leur attrait pour la violence
symbolisée par les romans de Sutter Cane et la punition sera cette démence
collective qui s’empare du monde. Carpenter célèbre la toute-puissance du
conteur, capable de plier le réel à sa guise en stimulant les peurs de ses
lecteurs. Cet ode à Lovecraft fonctionne tout autant en supposant que les
écrits de Cane lui sont dictés par des êtres terrifiant se nourrissant des
émotions sinistres qu’il provoquent pour mieux passer « de l’autre »
côté et nous envahir. Cet entre-deux est savamment maintenu dans un final
mordant, entre cynisme et effroi. Le dernier vrai grand film de Carpenter qui
ne retrouvera plus ces sommets par la suite.
Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan




















