Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 21 décembre 2016

Embuscade - Ambush, Sam Wood (1950)

À la suite de l'enlèvement d'une jeune femme par les Apaches, un groupe de cavalerie commandé par le Capitaine Ben Lorrison se lance à leur poursuite. Ils sont aidés, dans cette affaire, par l'éclaireur Ward Kinsman.

L'inégal Sam Wood signe son dernier film et une de ses plus belles réussites avec ce Ambush, unique incursion dans le western. Le film s'inscrit dans la lignée des films de cavalerie de John Ford mais volontairement délesté de ses éléments les plus marquants, que ce soit la truculence des personnages (pas absente mais largement atténué avec le personnage de John McIntire), l'humanisme et le lyrisme de la mise en scène. A la place, Sam Wood privilégie une sécheresse qui s'exprime autant dans les moments forts que ceux plus creux. Pour le premier point la scène d'ouverture magistrale donne le ton avec ce traveling avant arpentant un sol jonché de cadavres fraîchement massacrés, avant que la caméra dévoile le paysage montagneux et leurs bourreaux apaches fuyant au loin. L'éclaireur Kinsman (Robert Taylor) nous révèle ainsi ses compétences dans l'action, sa connaissance des rocheuses et des mœurs des apaches lui permettant de s'extirper du danger. Pourtant à peine sauvé il est sollicité par Ann Duverall (Arlene Dahl) pour secourir sa sœur enlevée par le redoutable chef apache Diablito (Charles Stevens).

Plutôt que nous embarquer dans l'aventure le scénario use du refus initial de Kinsman pour s'attarder longuement sur le quotidien de la garnison. L'ennui et le comportement excessif que suscitent l'attente, la place fragile des femmes et le poids de la rumeur, tout cela se ressent à travers les différentes sous-intrigues du récit. Le personnage alcoolique et violent Tom Conovan (Bruce Cowling) qui bat son épouse secrètement amoureuse du Lieutenant Delaney (Don Taylor) donne ainsi une idée des passions qui se jouent sous l'étiquette militaire. Il en va de même avec l'autre triangle amoureux où le rigoureux Capitaine Ben Lorrison (John Hodiak) se dispute les faveurs d'Ann Duverall avec le Kinsman dont le tempérament plus libre s'oppose au sien.

Sam Wood ne force jamais son postulat de possible mélodrame, restant dans une retenue qui impose cette notion de quotidien. Ainsi à cheval sur le règlement qu'il soit, Ben Lorrison ne cède jamais à une folie autoritaire (façon Henry Fonda dans Le Massacre de Fort Apache (1948)) lorsque l'action se noue et s'avère même étonnement valeureux le temps d'une scène de bagarre où il surclasse Kinsman. Les deux triangles amoureux trouveront leur résolution à travers les sacrifices au combat mais en amont Sam Wood ne cède pas au mélo ou au romantisme trop appuyé sans pour autant négliger les sentiments (notamment le destin douloureux de l'épouse malmenée jouée par Jean Hagen).

Après cette longue introduction intimiste, Sam Wood retrouve la nervosité de son entrée en matière dans la traque de Diablito. La tension sourde parcours l'ensemble de la traversée de ce panorama montagneux, la violence est sèche et inattendue (la confrontation entre Kinsman et un indien sournois) et le réalisateur se montre constamment inventif pour mettre en valeur son décor. Le film a la justesse de faire jouer de vrais indiens, autant respecté dans leur culture (usage de la vraie langue) que mis en valeur dans leurs aptitudes guerrières avec une mémorable et inventive embuscade finale qui justifie le titre. Robert Taylor est comme souvent excellent et qui amorce là une belle décennie dans le western (Convoi de femmes (1950) de William A. Wellman, La Porte du diable (1950) d'Anthony Mann, Libre comme le vent (1958) de Robert Parrish...).

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

mardi 30 avril 2013

Kitty Foyle - Kitty Foyle : The Natural History of a Woman, Sam Wood (1940)


Une jeune femme, le soir de son mariage voit resurgir son amour de toujours qui désire l'emmener avec lui. Pendant qu'elle prépare ses bagages, elle se remémore sa vie.

Kitty Foyle marque l'aboutissement du virage de carrière amorcé par Ginger Rogers et qui se verra récompensé par l'Oscar de la meilleure actrice. Ginger Rogers se sera progressivement détachée de l'imagerie glamour rattachée à ses comédies musicales avec Fred Astaire et se réinventa à la fin des années 30 pour incarner désormais la fille du peuple, symbole de cette Amérique en crise dont elle devient la représentante à l'écran avec des personnages vivant les mêmes difficultés et luttant pour survivre au quotidien. Ce registre donna des chefs d'œuvres chez Gregory La Cava (Pension d'artistes, La fille de la Cinquième avenue, Primrose Path) et de jolis films ailleurs comme Mariage Incognito (1938) de George Stevens Mademoiselle et son bébé de Garson Kanin (1939).

Ginger Rogers incarne à nouveau le peuple et plus précisément LA femme dans la symbolique scène d'ouverture de Kitty Foyle. Sam Wood traverse ainsi le début du siècle jusqu'à l'époque contemporaine avec Ginger Rogers incarnant l'évolution du statut de la femme : fille bonne à marier et mère de famille qui progressivement obtient le droit de vote, travaille et devient autonome. Ginger Rogers est ici Kitty, femme moderne et confrontée à de nouvelle difficulté avec ce progrès et évolution de statut. Cela va s'amorcer avec le dilemme proposé à l'héroïne demandée en mariage par son prétendant de longue date Mark (James Craig) et qui voit ressurgir son amour de toujours Wyn (Dennis Morgan).

On découvrira dans un flashback introspectif où Kitty se questionne sur son choix les enjeux qui se jouent à travers les deux soupirants. Wyn représente toute la magie, le romantisme de conte et la lumière dont rêvait la jeune Kitty lorsqu'elle guettait les bals mondain de l'assembly dans sa jeunesse à Philadelphie. Wyn est le prince charmant de ses rêves et Sam Wood traduit leur séquence commune dans une tonalité de rêve éveillé et de romantisme idéalisé envoutants et bien sûr trop beau pour être vrais. Chaque scène aussi flamboyante soit-elle est ainsi brutalement ramenée au fossé social entre Wyn et Kitty notamment la belle scène de bal et le mariage suivit de la rencontre avec la condescendante famille aristocrate.

A l'inverse Mark, le médecin bienveillant est issu du même milieu et affronte des réalités similaires à Kitty (très amusant premier rendez-vous où il la joue pingre avec un grand sourire) les séquences avec lui jouant plus de la comédie et la complicité entre eux. Difficile de choisir pourtant entre le rêve dégagé par Wyn et la sécurité véhiculée par Mark, là aussi la bonhomie de James Craig s'opposant aux penchants plus torturés de Dennis Morgan.

Le script oscille ainsi sans que l'on puisse réellement anticiper le choix et il est dommage que Trumbo cède finalement ouvertement aux contraintes du code Hays puisque (même si cela reste cohérent dans la progression) on devine que le couple "légitime" est privilégié au profit de l'aventure. Sam Wood délivre une mise en scène délicate et inspirée notamment les flashbacks confondant la boule de neige à la réelle tempête en fondu et magnifie les traits d'une Ginger Rogers à la fragilité palpable mais déterminée (dont cette scène où elle s'interroge sa conscience à travers le miroir). Wood peine cependant à atteindre l'émotion et la force dramatique d'un La Cava ici plus dû aux acteur et à la construction habile de Trumbo plutôt qu'à sa réalisation. Une belle réussite tout de même.

Sorti en dvd zone 2 français aux Editions Montparnasse mais l'image n'est franchement pas fameuse donc pencher plutôt pour le zone 1 Warner qui comporte des sous-titress français

lundi 27 septembre 2010

Pour qui sonne le glas - For Whom the Bell Tolls, Sam Wood (1943)

Venu combattre aux côtés des républicains lors de la Guerre d'Espagne, l'américain Robert Jordan est chargé de faire sauter en Castille un pont défendu par les fascistes afin de couper la route à l'armée franquiste. Il tombe amoureux de Maria, une des résistantes du groupe dirigé par Pablo et sa femme Pilar.

Parmi les plus grands romans de Heminghway, Pour qui sonne le glas inspiré de son expérience de journaliste lors de la Guerre Civile espagnole se voyait donc adapté en 1943 dans cette superproduction hollywoodienne. Sans tomber aussi bas que la pénible transposition de L'Adieu aux armes de Charles Vidor en 1957, ce n'est pas une franche réussite. Heminghway mêlait dans son livre grande romance, réflexion sur la foi en une cause, esprit de camaraderie le tout surplombé par l'ombre de la mort, du destin inéluctable et de l'esprit de sacrifice. Tout ça se retrouve dans le film mais dans une tonalité tellement simplifiée et niaise que l'ennui et l'agacement se font rapidement sentir.

Les protagonistes sont tous réunis dans le but de la destruction d'un pont permettant une offensive décisive des républicains. Tout le récit est donc un lent préambule à ce final spectaculaire annoncé, le crescendo dramatique devant montrer l'attachement et la passion qui anime les différents personnages. Gary Cooper (familier de Heminghway car dans la mythique adaptation de L'Adieu aux armes de Borzage en 1932) est impeccable comme souvent en américain aventurier (et pendant de Heminghway forcément) venu défendre la cause républicaine. Malheureusement le scénario de Dudley Nichols en voulant dépeindre le caractère pittoresque des acolytes espagnols frisent le racisme involontaire surtout en début de film en accentuant ton jovial, ignorance crasse (par rapport à l'américain) et candeur confinant à l'idiotie avec en fond une réelle condescendance.

Cela va en s'atténuant mais empêche un réel attachement au personnages ce qui est dommageable vu la nature de l'histoire. Katina Paxinou s'en sort néanmoins mieux dans le rôle de Pilar, parvenant finalement à exprimer une belle sensibilité sous les grimaces. Ingrid Bergman est quant à elle assez transparente et forcée en amoureuse éperdue, et les quelques moments devant lui donner plus de profondeur (la révélation des maltraitances infligées pa les fascistes) tombent constamment à plat.

Les choix de Sam Wood sont fort discutables tel le tournage quasi intégral en studio tuant tout enracinement et authenticité à coup de transparence criante voir d'esthétisation ridicule lors de la scène d'amour entre Bergman et Cooper avant la bataille sous une lumière bleutée. Un instant voulue d'une grande intensité dramatique et passionnée se voit annihilée par des ornements criards. Heureusement quelques moments de noirceur parviennent à distiler quelques réflexions passionnantes du livre tel ce flashback montrant la barbarie des républicain et rendant le récit plus universelle en montrant la guerre comme nid des bas instincts de l'homme quelque soit son camp.

Le personnage de Pablo passionnant mais grotesque à l'écran y gagne un peu en intérêt. Reste de donc la conclusion impressionnante qui tient ses promesse et parvient à être palpitant avec la longue bataille entourant la destruction du pont. Malheureusement Sam Wood rate totalement sa fin en assénant les sentiments d'un Cooper d'une lourde voix off littéraire (précédé d'une séparation qui laisse froid un comble à ce stade du film) qui force le trait. Très moyen donc et autant dire que l'on sent les presque 3h douloureusement passer.

Pour ceux qui veulent malgré tout tenter l'expérience, sorti en dvd zone 2 français.

mercredi 12 mai 2010

Au revoir Mr Chips - Goodbye Mr Chips, Sam Wood (1939)

Une ouverture sur la rentrée scolaire au sein d'un collège privé anglais de garçon guindé comme on en voit tant d'autres. L'ambiance rigoureuse se voit bientôt troublé par l'arrivée d'un vieux bougre un peu farfelu à l'oeil malicieux qui, étonnant semble incroyablement aimé par ses jeunes élèves. Cet homme c'est Mr Chips dont le film va parcourir la carrière de professeur jalonnées de haut et de bas. Les bas ce sont les débuts en tant que jeune enseignant, emprunté et malmené par les élèves. Il finira par gagner leur respect mais demeurera sans flamme, un peu ennuyeux et vieilli avant l'âge en étant la risée de ses collègues.

L'étincelle vient avec la rencontre du très attachant personnage incarné par Greer Garson qui va donner l'assurance à Chips pour gagner l'amour de ses élèves et savoir rentre passionnant les cours de latin les plus poussiéreux. Robert Donat offre une prestation magnifique (Oscar à la clé) en professeur traversant les décennies, acquérant la sagesse et voyant défilé des générations d'élèves. Aussi convaincant en vieille chouette excentrique qu'en jeune professeur maladroit, on le suit avec empathie du début à la fin.

Le seul reproche serait le côté elliptique vraiment frustrant où le film privilégie la grande fresque intimiste plutôt que s'attarder sur l'instant, le passionnant personnage de Chips vampirisant un peu les autres aspects du film. On aurait aimé voir plus longuement la prose de Chips s'animer et l'intérêt naître dans les yeux de ses élèves, là tout tient à la seule prestation formidable de Donat mais les nombreuses ellipses gâchent un peu. De même le beau personnage Greer Garson, magnifique disparait un peu brutalement du récit. Cependant les scènes poignante abondent tel ce moment où Chips après avoir subi une perte atroce décide tout de même d'aller assurer son cours et que ses élèves, au courant observent fébrilement leur professeur tenter de ne pas vaciller. Désormais seul au monde, sa vie sera uniquement consacré à ses élèves.

Le passage difficile de la Seconde guerre mondiale offre aussi de beaux moments d'émotions comme ce cours assuré sous les bombes où encore les pertes subies parmi les anciens élèves engagés. Imparfait mais dégageant une telle chaleur et humanité que les défauts s'estompent pour ne garder que le souvenir de la moue espiègle de Mr Chips, porté par une conclusion très émouvante. Et il y a fort à parier que Powell et Pressburger ont vu ce film tant on pense par instants au futur Colonel Blimp (personnage ridicule et attachant, dépassé par les évènements, transcendé, la gestion des différentes temporalité et même une amitié avec un allemand en temps de guerre !) notamment cette belle idée du visage qui traverse le temps sous différentes identités. A la place de Deborah Kerr, ce sera pour notre héros un même acteur jouant les garçonnets d'une même famille dont Mr Chips voit passer les générations. Goodbye Mr Chips...


Trouvable facilement en dvd zone 2

Sinon il existerait un remake dans les 70's avec Peter O'Toole en Mr Chips, curieux de voir ça.