Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 23 avril 2019

Traitre sur commande - The Molly Maguires, Martin Ritt (1970)


En 1876, dans les mines de charbon de Pennsylvanie, des mineurs sont sans défense, exploités de façon éhontée pour les besoins de l'industrie en plein essor. Une seule consolation dans leur misère, les exploits des "Molly Maguires", société secrète qui venge par la violence les injustices faites aux ouvriers. La police décide alors d'infiltrer cette organisation et envoie sur place un détective, qui réussit à entrer en contact avec eux.

The Molly Maguires constitue pour Martin Ritt un retour aux sources de ce qui est le fil rouge de sa carrière mais aussi de sa vie à savoir son engagement de gauche. Il débute ainsi au théâtre dans des pièces en réaction aux injustices sociales ayant cours durant la Grande Dépression, d’abord en tant qu’acteur (étant un des seuls acteurs blancs à jouer dans la pièce afro-américaine Porgy and Bess) puis metteur en scène de pièces de gauche radicale. Bien que n’ayant pas adhéré au Parti Communiste, cela lui vaudra évidemment quelques ennuis aux heures sombres du maccarthysme mais il échappera fort heureusement à la liste noire. Cette veine sociale se prolonge lorsqu’il passe à la réalisation et ce dès son premier film L’Homme qui tua la peur (1957), récit de lutte sociale sur fond de racisme dans le milieu des dockers. Ces thématiques sont tout aussi frontalement abordées dans The Molly Maguires et son monde des mineurs, Norma Rae (1979) et l’exploitation des travailleurs en usine.

Les succès critiques et publics récemment rencontrés avec Le Plus sauvage d’entre tous (1963), L’espion qui venait du froid (1965) et le western Hombre (1967) vont donc permettre à Ritt de revenir à cette approche engagée. Le film s’inspire de faits réels sur les Molly Maguires groupuscule de migrants irlandais en lutte contre les patrons d’exploitations minières (à la fin du 19e siècle en Pennsylvanie) à travers des actions radicales comme le sabotage ou la séquestration d’industriels. Le scénario (adapté d’un roman d’Arthur H. Lewis) brosse autour de ce cadre une intrigue romanesque où se fondent tous les questionnements habituels de Ritt autour de la lutte sociale, le rapport entre l’individu et le collectif. 

Tout le dilemme du film repose sur la notion de survie et ce que l’on est prêt à faire pour subsister. Pour Jack Kehoe (Sean Connery) et ses acolytes Molly Maguires, la voie de la violence semble le seul recours à l’injustice. Pour James McParlan (Richard Harris), policier infiltré chez les mineurs, la fin justifie les moyens afin d’échapper à un dénuement qu’il ne connaît trop bien. La belle Mary Raines (Samantha Eggar) se pense elle capable de céder au premier homme suffisamment riche et vaillant qui pourrait la sortir de cette fange. Tous verront leurs convictions ébranlées dans le déroulement du récit. 

 Ce dilemme passe par les mots pour Mary qui en tant que femme n’a pas encore la possibilité de se libérer par les actes. Les hommes s’avèrent plus taiseux, Ritt excellant à faire comprendre leur radicalité de manière diserte (une phrase de Harris face au policier à qui il rend des comptes suffit à exprimer toute sa frustration), dans les manifestation viriles et tout simplement par l’environnement sinistre de cette communauté minière. Conditions dangereuses des tunnels, demeures austères et sans confort et un salaire minimal amputé de la moindre erreur ou concession attisent ainsi cette colère. Tous les personnages vacillent pourtant au point de bascule qui pourrait les rapprocher de leur but, l’humanité de la camaraderie et/ou de la romance hésitant face à la simple quête matérielle ou idéologique. 

Richard Harris se montre d’une brillante ambiguïté, le cynisme et l’héroïsme se disputant constamment dans ses actes au contact de ses mineurs qu’il trahit et admire à la fois. Sean Connery (fraîchement et provisoirement échappé de son rôle de James Bond) n’est pas le militant forcené que la brillante et silencieuse introduction laisse croire, préférant corriger plutôt que tuer un patron lors d’une action contrairement à ses amis. Le personnage pivot est celui de Mary qui tourne le dos à ses velléités de fuite face à une morale qu’elle aura finalement conservée quand les protagonistes masculins, proche de la victoire ou d’une défaite inéluctable, font preuve d’un jusqu’auboutisme fatal pour leur vie ou leur conscience - ce qui les rend plus vulnérables qu'un personnage désincarné comme le chef de la police ancien mineur ayant aussi basculé par ambtion. Une œuvre absolument captivante et un des sommets de la filmographie de Martin Ritt. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

vendredi 2 août 2013

L'Obsédé - The Collector, William Wyler (1965)


Un jeune employé de bureau, Freddie Clegg, collectionneur de papillons, nourrit une passion éperdue pour une jolie étudiante, Miranda Grey. Tels les papillons, il la prend en filature et finit par l'enlever en la chloroformant. Il la séquestre dans une maison isolée et annonce a sa victime qu'aucun mal ne lui sera fait.

Après le déjà fort sulfureux La Rumeur, William Wyler tenait encore une sacrée forme en fin de carrière en signant le très trouble The Collector. Le film adapte très fidèlement le roman éponyme (et premier de son auteur) de John Fowles qui participe également au scénario. Le récit narre le long face à face entre Freddie (Terence Stamp) et sa victime Miranda Grey (Samantha Eggar) qu'il a enlevée et séquestrée dans l'espoir de s'en faire aimer. Collectionneur de papillon, il est bien décidé à y ajouter celle qui n'a jamais cessé de l'obséder et qui pourra contrairement aux insectes ailés lui rendre l'affection dont il semble tant manquer.

Cette dualité entre le geôlier impitoyable et l'amoureux éperdu parcours tout le film grâce à la fascinante interprétation de Terence Stamp et à l'ambiguïté exprimée par Wyler. L'ouverture où l'on voit Freddie attraper des papillons, la découverte des traits délicats de Terence Stamp puis de son timbre paisible en voix-off l'entourent d'une aura de douceur rapidement contredite par les allures de prédateur embusqué de la séquence suivante où il traque méticuleusement Miranda (on comprendra qu'il a longuement appris son emploi du temps) et l'enlève.

Le malaise se décuple une fois le huis-clos installé. Loin de la tyrannie mais faisant preuve d'une prévenance encore plus inquiétante, Freddie a tous prévu pour mettre dans les meilleures dispositions de confort physique et intellectuel sa prisonnière qu'il a longuement eu le temps d'observer. Le plus agressif des deux n'est pas celui auquel on s'attendrait, Miranda se montrant fort vindicative et finalement prenant l'ascendant psychologique sur son gardien en attente d'affection.

Terence Stamp par sa gestuelle empruntée et son visage crispé évoque plus l'adolescent complexé que l'amant dominateur (ce que confirmeront les flashbacks), ses rares pulsions érotiques s'avérant plutôt timorées et plus tendre que réellement perverses. Le film fascine surtout quand il élève au-delà du rapport bourreau/victime le rapport entre Freddie et Miranda et l'incompatibilité d'un rapprochement.

Freddie recherche l'amour de Miranda mais ses attentions envers elle l’associent plus à l'un de ses papillons qu'il collectionne, les jolies robes et l'environnement douillet remplaçant les cadres mettant en valeurs ses meilleurs spécimens. Il recherche une chaleur humaine alors que son comportement n'aura cessé de faire de Miranda un objet sans tenir compte de ses émotions et lorsqu'il cherchera à nouer un lien intime, il sera constamment confronté à ses propres limites relationnelles et intellectuelles.

S'il ne peut être réellement attachant, le personnage en devient malgré tout touchant face à cette impasse insoluble. A l'inverse si l'on compatit forcément au sort terrible de Miranda elle apparaîtra paradoxalement plus froide. Le moment clé se situera lorsque Freddie cherchera à échanger sur l'art et la littérature (plus précisément L'attrape-cœurs de Salinger et un dessin de Picasso) et que Miranda pour l'amadouer (ou par simple prétention) le prendra de haut, le plaçant face à son inculture.

Wyler n'atténue jamais l'aura inquiétante de Terence Stamp, mais en fait néanmoins un être sincère dont la quête d'amour peut émouvoir. Samantha Eggar suscitera forcément l'empathie pour le cauchemar que vit son personnage mais ne manquera pas de paraître hautaine et manipulatrice. Le rapport se dégrade d'ailleurs réellement quand Freddie découvrira qu'aucun rapprochement n'est possible et qu'il est constamment dupé, Wyler rendant alors réellement menaçant Terence Stamp par sa mise en scène au cordeau

(ce mouvement de caméra sur le regard furieux de Freddie après la réponse à sa demande en mariage) tout renforçant d'un coup la tension érotique avec la séduction trouble (et simulée) de Miranda bien décidée à s'en sortir. Freddie aussi sincère et emprunté qu'il soit use de moyens inhumains pour combler sa solitude et Miranda victime sera devra jouer de duperie pour s'en sortir tout au révélant une nature hautaine.

La situation exacerbe les rapports de classes et les différences de caractères qui rendraient de toute façon toute relation impossible entre eux dans un contexte plus "normal". C'est ce que Wyler ne cesse de nous dire tout au long du film avec une réalisation séparant constamment les personnages, les séparant même comme ils sont dans le même plan (Freddie en arrière-plan observant amoureusement l'activité de Miranda au premier plan lors de leurs scène commune dans la chambre), par le montage lorsqu'ils sont rapprochés (le dîner "d'adieu") et il faut un instant de tension extrême pour un vrai rapprochement physique (la scène de la salle de bain, l'étreinte chaste lorsque Miranda est inconsciente à la fin).

Le réalisateur aura constamment cherché à maintenir ce climat malsain et cette incompatibilité, incitant Terence Stamp à la plus grande froideur envers Samantha Eggar durant le tournage et limitant leur échange hors plateau. La fin très osée (le studio ayant souhaité atténuer la conclusion très noire du livre finalement conservée) semble faire reprendre le cycle mais quelque chose a changé : Freddie est cette fois définitivement devenu un monstre qui cherchera maintenant à plier et soumettre ses victimes plutôt que d'attendre des sentiments impossibles en retour.

Sorti en dvd zone 1 chez Columbia et doté de sous-titres français


jeudi 15 mars 2012

Le Phare du bout du monde - The Light at the Edge of the World (1971)


En 1865, le capitaine du phare de la pointe du Cap Horn et son acolyte sont sauvagement assassinés sous les yeux de Denton par des pirates qui s'emparent du phare. Une lutte sans merci va alors s'engager entre le chef des pirates, Jonathan Kongre et Denton...

Adaptation d'un roman méconnu de Jules Verne, cette coproduction américano espagnole est l'occasion d'un beau face à face entre les deux monstres sacrés Kirk Douglas et Yul Brynner. C'est le premier qui s'en sort le mieux, dans son rôle de gardien de phare increvable menant la vie dure à une horde de pirate, parvenant malgré le contexte à construire un personnage intéressant et au passé douloureux. C'est un peu plus compliqué pour Brynner dont le personnage est bizarrement écrit et contradictoire.

Tour à tour présenté comme une vraie ordure impitoyable, puis fait montre d'une tristesse et d'une compassion un peu forcée lorsque Douglas décime sans pitié ses meilleurs hommes (dont il se débarrasse pourtant sans soucis quand le besoin s'en fait sentir) sans parler de penchant homo sous-jacent vu la froideur qu'il témoigne à Samantha Eggar seule présence féminine ici. Il faut tout le charisme taciturne de Brynner pour faire passer l’écriture bancale.

Kevin Billington exploite parfaitement la beauté et la topographie de son décor, avec une île qui sera parcourue de fond en comble lors de la traque de Kirk Douglas (et rendant parfaitement compréhensibles les manœuvres stratégique entre Douglas et Brynner) et offre quelques prises de vue de toutes beauté du paysage rocailleux entourant le phare.

Le film étonne par ses quelques moments de violence bien corsés. On retiendra cette scène où Douglas se fait malmener par les pirates (une sacrée galerie de trognes patibulaire qui pille, tue et viole sans états d'âmes avec un casting où on trouve Jean Claude Drouot, oui Thierry la Fronde en personne ici en pirate efféminé) ou encore le sort final du personnage de Samantha Eggar.

Billington offre une mise en scène solide et sans génie où il tire le meilleur des morceaux de bravoures que ce soit un naufrage impressionnant ou encore l'ultime affrontement Douglas/Brynner dans le phare valent le détour. Pas parfait non plus, loin de là et souffrant de quelques longueurs et effets vieillots (la marionnette bien visible quand Douglas plonge dans la falaise) est néanmoins un solide film d’aventures qui se suit sans ennui.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal