Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Sandrine Bonnaire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sandrine Bonnaire. Afficher tous les articles

lundi 3 août 2015

Quelques jours avec moi - Claude Sautet (1988)

Un fils de bonne famille, Martial, mal dans sa peau, dépressif, PDG d'une chaîne de supermarchés, profite de raisons professionnelles pour prendre un peu de recul. Il se pose à Limoges semant le trouble dans la vie des bourgeois locaux, dont les gérants du supermarché de la ville, Monsieur Fonfrin et sa femme, comme dans le cœur d'une provinciale, Francine, à qui il propose de rester quelques jours avec lui, en échange de quoi elle pourra se voir offrir tout ce qu'elle veut.

Après l’échec commercial de Garçon ! (1983), Claude Sautet était passé par une période de doute. Le cinéaste était alors considéré comme associé dans l’imaginaire cinéphile à un cinéma du passé, celui des années Giscard à travers ses castings récurrents (Michel Piccoli, Yves Montand, Romy Schneider ou Serge Reggiani) et le leitmotiv de la crise de la quarantaine courant dans tous les films de cette période. Un procès d’intention assez injuste tant Sautet aura su faire évoluer ses thèmes, que ce soit le féminisme de Une histoire simple (1978) ou le point de vue plus lumineux et juvénile de Un mauvais fils (1980). Seulement ses œuvres avaient remporté un succès moindre, enfermant Sautet dans une case. Celui-ci fera donc véritablement sa révolution avec Quelques-jours avec moi.

Le projet naît au fil d’entretiens réalisés entre Sautet et Philippe Carcassonne dans le cadre de la revue Le Cinématographe. Les deux hommes sympathisent et Carcassonne annonce à Sautet son projet de se lancer prochainement dans la production se propose de produire son film à venir. Sautet y voit l’occasion qu’il attend de renouveler son œuvre et partant de la base du roman éponyme de Jean-François Josselin va tenter une autre approche avec de nouveaux scénaristes (les débutants Jacques Fieschi et Jérôme Tonnerre), une équipe technique renouvelée et un casting rajeuni. Sautet se sera plu dans des œuvres comme Max et les ferrailleurs (1971) ou Mado (1976) à montrer des figures masculines dépassées par les femmes dont ils se pensaient les mentors. Quelques jours avec moi reprend ce schéma dans une tonalité différente. Martial (Daniel Auteuil) est un jeune héritier d’une famille de propriétaire de supermarché qui va justement retrouver gout à la vie en partageant le quotidien de Francine (Sandrine Bonnaire). Celle-ci est la bonne de Monsieur Fonfrin et sa femme (Jean-Pierre Marielle et Dominique Lavanant) propriétaire du supermarché provincial qu’il était venu inspecter. Fasciné par Francine, il l’engage pour sa compagnie durant quelques jours moyennant finance et un curieux rapport va s’installer.

La première partie du film exprime le regard décalé et distancié qu’entretient Martial par rapport au monde. Daniel Auteuil, le regard absent observe ses interlocuteurs s’agiter sur leurs petites ou grandes affaires qui lui semblent si insignifiante. On a ainsi un portrait mordant de la bourgeoisie parisienne (la mère jouée par Danielle Darrieux, le triangle amoureux admis avec son épouse) comme provinciale avec comme pic ce dîner où il raillera les discussions politiques creuses des Fonfrin et leurs convives. Cette vacuité se vérifiera autant par le cynisme parisien que par la stupidité provinciale, Fonfrin étant idéalement incarné par un Marielle à la bonhomie vide de sens. C’est un même jeu ironique mêlé d’attirance qui semble se nouer entre Martial et Francine mais notre héros va être pris à son propre piège par sa protégée qui ne s’en laisse pas compter.

Le scénario dépeint ainsi l’éveil à l’amour et à la vie de Martial. Le regard amusé se fait progressivement tendre pour les Fonfrin, bien plus attachant que la caricature sous laquelle ils ont été introduits. Contrairement aux personnages obstinés et fonçant vers leurs destinée tragique des œuvres désespérées des70’s (Vincent,François, Paul... et les autres (1974), Mado), Sautet pose ici un regard bienveillant où il croit en des protagonistes capable d’évoluer. Le ton est également très différent pour l’exprimer, s’autorisant des moments de comédies enlevés (la longue scène de la fête dans l’appartement) où les barrières sociales tombent par la désinhibition festive. Sautet s’éloigne de la veine pesante d’antan, osant un mauvais goût assumé (les tenues criardes de Sandrine Bonnaire) qui rend l’ensemble plus léger. Ce cheminement, Martial semble comme surpris de devoir l’emprunter en tombant réellement amoureux de Francine. 

Cette dernière sentant l’hésitation de cet homme encore prêt à lui échapper préfèrera ainsi se perdre entre les mauvaises mains. Martial va donc paradoxalement prouver sa sincérité en perdant tout espoir de d’accomplir leur union dans un sacrifice final poignant. Daniel Auteuil (après le diptyque  Jean de Florette et Manon des sources) acquérait définitivement la reconnaissance d’acteur dramatique et ce rôle chez Sautet hanterait nombres de ses prestations à venir. Sandrine Bonnaire, lumineuse et ardente offre également une composition magnifiques tandis que Marielle confère une humanité rare à Fonfrin qui reste touchant dans la bêtise comme l’émotion. Succès public et critique, le film ramène Sautet au premier plan avec ce qui est à la fois autant une brillante synthèse qu’un renouveau brillant de son œuvre. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Studiocanal


mardi 28 avril 2015

Police - Maurice Pialat (1985)

L'inspecteur Maugin fait la chasse aux petits trafiquants de drogue. Au cours d'une descente de police, il rencontre Noria, la petite amie d'un dealer, et tombe amoureux d'elle. Elle devient sa maîtresse et est désormais en danger de mort.

Après le succès de À nos amours (1983), Maurice Pialat éprouve le désir de réaliser un "film d'homme". Ces réussites au box-office vont lui permettre d'avoir un budget plus conséquent ainsi que de bénéficier d'un casting prestigieux, ici avec le couple que forment Gérard Depardieu (déjà dirigé dans Loulou (1980)) et une Sophie Marceau en train d'amorcer une carrière plus adulte. En dépit de ce confort, la préparation du film sera aussi chaotique que son tournage futur (brusquerie de Pialat envers Sophie Marceau, brouille avec Richard Anconina) dans une confusion typique de Pialat. Police devait être au départ l'adaptation d'une série noire américaine mais le réalisateur souhaite se détacher de la rigueur et des codes du polar pour un résultat plus spontané. Il dépêche donc son amie Catherine Breillat au scénario (ce qui est paradoxal pour un film voulut "d'homme") qui partant de la base du roman va construire une trame originale inscrite dans un contexte français mais aussi plus conforme à ses propres préoccupations.

Peu intéressée par le genre policier, elle effectuera néanmoins un rigoureux travail de recherche en accompagnant un ami avocat sur différentes affaires menées au commissariat. L'ensemble de Police reprend des pans entier de réelles situation auxquelles elle a assisté et notamment le personnage trouble de Noria incarnée dans le film par Sophie Marceau. Police est ainsi une œuvre assez schizophrène, partagée entre une vraie trame de polar au traitement documentaire assez inédit jusque-là, le côté sur le vif et improvisé cher à Pialat et une dimension romanesque surprenante apportée par Catherine Breillat qui l'éloigne du projet initial.

La première partie du film est un modèle du genre par sa rigueur et son réalisme. L'Inspecteur Mangin (Gérard Depardieu), à coup de roublardise, d'intimidation et d'interrogatoire musclé remonte la piste d'un trafic de drogue dont un des pontes est acoquinée à la mystérieuse Noria (Sophie Marceau). Tout dans ce segment du récit respire l'authenticité, notamment le sentiment d'attente au sein de ce commissariat autant dû aux lourdeurs administratives qu'à la volonté des policiers de faire mariner les suspects qu'ils cuisinent.

Là aussi les interrogatoires oscillent entre prise au piège du suspect voyant les preuves accablantes se cumuler et le mettre au pied du mur avec des explosions de violence qui font vaciller sa volonté. Sophie Marceau en fera les frais, poussée à bout par Pialat lors de sa scène d'interrogatoire où Gérard Depardieu lui assènent de vraies gifles. Une méthode assez radicale qui rend en tout cas le malaise visible à l'écran avec une séquence d'une intensité incroyable. Le monde de la rue est traité avec le même souci de véracité avec ces paumés ordinaires (Sandrine Bonnaire dans un petit rôle de prostituée) et cette première couche du grand banditisme ici évoquée avec des immigrants tunisiens.

Les limites semblent donc bien établies mais le personnage d'avocat de truands joué par Richard Anconina et son amitié avec Depardieu annoncent pourtant des frontières plus ténues en la loi et l'illégalité. Après la rigueur qui a précédé Pialat ose ainsi une seconde partie à la trame bien plus lâche où l'exploration des fêlures de ses personnages l'intéresse bien plus que le réalisme de sa trame policière. Tous les personnages reposent sur une dualité qui les rendent insaisissable et finalement humain, dépassant leur simple fonction de voyous ou policier. Mangin capable du machisme le plus balourd peut s'avérer un être vulnérable dont la sensibilité à fleur de peau explose lors d'une incroyable scène d'amour en voiture avec Sophie Marceau (dans son meilleur rôle et de loin). Cette dernière a sur le papier et par ses actes tous les atours de la femme fatale, mais la froideur de ses calculs et mensonges s'effondrent lorsqu'elle succombera à son tour sincèrement au charme rude de Depardieu.

Tous deux sont des paumés qui transcendent leurs archétypes par leur amour, Pialat osant les rebondissements les plus improbables en préférant nourrir la dimension romanesque du récit plutôt que son réalisme (la scène d'amour en plein commissariat). Donc même si Police est le modèle de nombre de polars "documentaires" à venir (L627 (1992) de Bertrand Tavernier, le référencé Polisse (2011) de Maïwenn) les successeurs s'avéreront bien plus rigoureux et le film de Pialat décevra si l'on est vraiment venu chercher cet aspect.

A l'inverse le mélodrame et le sentiment d'inéluctable emporte au final puisque même si les barrières sont floues, le rapprochement est impossible sous peine de basculer (Anconina, Depardieu comme Marceau étant chacun au bord du précipice). La conclusion ne résout rien et dresse un futur sombre entre solitude et mort en sursis (Noria sans doute rattrapée pour ses agissements) et fait du film un bref moment d'abandon où ce couple se sera autorisé à s'aimer, au-delà des lois du milieu.

Sorti en dvd zone 2 français chez Gaumont


mercredi 8 avril 2015

À nos amours - Maurice Pialat (1983)

Suzanne a quinze ans. En vacances sur la Côte d'Azur, elle repousse Luc, le jeune homme qui est amoureux d'elle, puis se donne à un Américain inconnu sur la plage. De retour à Paris, elle multiplie les aventures amoureuses. Ses parents se séparent. Son père quitte la maison. Elle doit faire face à l'hostilité de sa mère et de son frère.

Pialat capture avec une rare force les tumultes de l'adolescente avec cette œuvre poignante où il révèle une Sandrine Bonnaire initialement venue postuler en tant que figurante et qui décrochera son premier rôle au cinéma. Pialat part de ce que l'adolescence a de plus beau et candide avant d'explorer les sentiments plus tourmentés de cette période charnière. On débute donc par le versant lumineux lorsque Suzanne (Sandrine Bonne) adolescente de quinze s'épanouit en vacance sur la Côte d'Azur, partagée entre esquisses de premiers émois artistiques et surtout amoureux.

La sincérité, la curiosité et le gout du défi se disputent à cet âge et lui causeront sa première déception. Amoureuse de Luc (Cyr Boitard) un garçon de son âge, elle se refusera pourtant à lui pour finalement céder au premier venu avec ce touriste américain qui la possèdera sans passion et l'ignorera le lendemain. La conscience de ce rendez-vous manqué court ainsi tout au long du film où cette mélancolie se conjugue au délabrement de sa cellule familiale avec le départ de son père (Maurice Pialat).

Le début du film montre donc des conflits parents/adolescents certes épidermique, une Suzanne qui soigne son mal-être dans des bras éphémère mais où le retour au foyer semble toujours représenter une forme d'équilibre pour la jeune fille. Cela donnera une merveilleuse scène intimiste à où père et fille font montre d'une complicité touchante, le jeu très sensible de Pialat se mariant à merveille à la spontanéité des émotions de Sandrine Bonnaire (sa réaction lors de la remarque sur sa fossette). Tous va lentement se disloquer avec le départ du père, d'autant que dans le script celui-ci est supposé être décédé (la remarque de Bonnaire sur son œil jaune était censé être un avertissement de sa mort) et donc joué comme tel par les survivants dont le manque se manifestera par un désespoir hystérique lors de séquences terriblement intense.

Suzanne semble chercher la protection de ce père disparu à travers ses multiples amants, sa mère (Évelyne Ker) ne sait comment répondre à sa dérive et dépérit elle-même de sa solitude et son frère (Dominique Besnehard) tente maladroitement d'endosser ce rôle de chef de famille dans la violence. L'espace scolaire est quasiment absent du quotidien de Suzanne rythmé de fêtes et d'étreintes d'un soir avec des amants plus âgés. En scrutant le malaise de son héroïne, Pialat illustre aussi un choc des générations où si les situations sont toujours d'actualité, elles n'en illustrent pas moins un malaise face à cette libération sexuelle de la jeunesse pour les adultes (la mère apaisée de voir sa fille prématurément mariée, les réactions violentes du frère). Le père joué par Pialat, méfiant mais compréhensif s'efface donc vite du récit pour laisser s'installer cette tension. Le film est clairement un anti La Boum (1980 et où Sandrine Bonnaire fait de la figuration) par sa vision crue et brutale de situations souvent voisines.

Sandrine Bonnaire démontre d'emblée son grand talent, tour à tour lumineuse (merveilleuse ouverture montrant sa silhouette longiligne et sensuelle à l'avant d'un bateau), masque de tristesse et/ou d'indifférence trahissant par ces regards une éternelle quête d'affection. C'est dans les moments muets que Piala saisit le mieux cela comme cette errance urbaine lorsqu'elle découvre que Luc sort avec une de ses amies. La spontanéité, la recherche de l'inattendu par la constante improvisation de Pialat auront courus tout au long du tournage, préparant ainsi les acteurs à une incroyable scène de repas familial en fin de film. Le père ressurgit ainsi comme un spectre venu faire des reproches à ce que sa famille est devenue, ces derniers réagissant comme ils peuvent, taciturne ou furieux.

Le personnage était supposé être mort dans le script et la stupeur des acteurs renforce la vérité de la scène face à l'absent (la caméra n'ayant pas cessée de tourner) la maladresse, la gêne mais aussi la colère improvisée n'en paraissant que plus vrais. Il en va de même pour l'épilogue où le réalisateur use d'un vrai évènement (les vacances de Sandrine Bonnaire aux Etats-Unis avec son petit ami) pour nous offrir un final tendre entre Suzanne et son père. Si celui en début de film avait représenté la dernière trace de son enfance, ce dernier échange semble une entrée plus apaisée dans l'âge adulte. Une grande réussite et un des grands succès de Pialat récompensé du César du meilleur film, du Prix Louis-Delluc et du César du meilleur espoir féminin pour Sandrine Bonnaire.

 Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Gaumont

 

mardi 1 mars 2011

Joueuse - Caroline Bottaro (2009)


Une île. Une femme sur son vélo. Hélène s'éclipse de chez elle afin de commencer sa journée de femme de ménage dans un hôtel. En entrant dans une chambre, elle surprend un couple en train de jouer aux échecs. Fascinée par la tension et l'intimité qui se dégagent de cette scène, elle va se passionner pour ce jeu jusqu'à l'obsession, mettant en péril tout ce qui faisait sa vie.

Une belle surprise que ce premier film au pitch étonnant qui montre Sandrine Bonnaire, femme de ménage au quotidien terne voir sa vie transformée lorsqu'elle se découvre une passion pour les échecs. Cette trame sert de déclencheur à plusieurs thèmes passionnants, tout en provoquant une ferveur surprenante tenant plus du film sportif (on s’étonne de ressentir des émotions à la Rocky lors de la dernière partie du film en tournoi) lors de la progression et de la confiance acquise par l’héroïne.

Le film questionne sur le décalage que peut provoquer l’éveil intellectuel, la naissance d’une passion avec un entourage plus terre à terre. Ainsi Sandrine Bonnaire réellement emportée par quelque chose pour la première fois de sa vie a bien du mal à conjuguer cette lubie avec sa vie de famille et son job plus ordinaire. Les autres personnages, très bien écrits (notamment un excellent Francis Renaud dans le rôle du mari) expriment d’ailleurs leurs incompréhensions à son égard, et cette opposition confère au film une dimension sociale très réussie. Sans le savoir, en se découvrant une passion où elle possède un vrai talent, Hélène s’élève au-dessus de la mêlée bien à ses dépends et se trouve finalement "différente" et "décalée" face à ses fréquentations de tous les jours. Ainsi la dimension stratégique et militaire des échecs (la plus utilisée lorsqu'on aborde ce jeu au cinéma) est totalement effacée au profit de cet aspect plus social et féministe, notamment par l’accentuation sur la figure de la Reine (pion le plus puissant du jeu).

Sandrine Bonnaire livre une prestation époustouflante, son visage si détaché au départ s'illumine au fur et à mesure que le film avance et qu'elle s’affirme dans son art. Elle qu'on a plus l'habitude de voir dans des rôles très dramatique (même s'il y a bien sûr des exceptions comme le beau Mademoiselle de Philippe Lioret qui en faisait une héroïne romantique) est radieuse dans ce registre plus positif. Caroline Bottaro enfonce le clou en multipliant les astuces visuelles ludiques pour montrer l'invasion des échecs dans son esprit. Parmi les meilleures idées, notre héroïne lancée dans des parties imaginaires avec des miettes sur une nappe à carreau pendant un dîner au restaurant, ou encore sur un carrelage à damier pendant un ménage ce même carrelage prenant une couleur uniforme lorsqu'elle se met à douter.

Comme dans tout film "sportif", un mentor est nécessaire, ici génialement campé par Kevin Kline en docteur bourru et solitaire. Une nouvelle fois, Caroline Bottaro traite de leur relation avec justesse, évitant l’histoire d'amour attendue (sans négliger l’attirance mutuelle ressentie en filigrane) ainsi que le pathos facile via la maladie de Kline. La mise en scène des parties d’échecs est fort réussie. Elles suscitent l’intérêt des initiés et des autres (qui auront bien envie de s’y mettre après le film) en alternant les manœuvres sur les plateaux avec les réactions des joueurs, tendues ou amusées. On est ainsi pris par la partie autant par la teneur du jeu en lui même que par la teneur dramatique et du suspense de la situation (va t elle gagner ?).


La partie qui conclut le film enfonce le parallèle avec le schéma de film sportif en usant de tous les artifices narratifs possible pour renforcer la tension. L'accomplissement d'Hélène se fait ainsi par un dialogue intérieur en voix off, l'usage de flash-back et une belle idée de télépathie entre Kevin Kline et Sandrine Bonnaire. Une étonnante surprise apparaît au casting avec la présence discrète de Jennifer Beals en élément déclencheur et il est difficile de ne pas établir de parallèle avec son rôle culte Flashdance où elle se sortait également de sa condition par son don pour la danse. Peut être que c'est un hasard totalement involontaire mais il offre une profondeur supplémentaire à la touche féministe du film. Une des belle réussites française récentes auquel Caroline Bottaro n'a toujours pas donné suite. On l'espère pour bientôt !

Sorti en dvd chez Studio Canal