Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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Affichage des articles dont le libellé est Scarlett Johansson. Afficher tous les articles
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mercredi 29 mars 2017

Ghost in the Shell - Rupert Sanders (2017)

Dans un futur proche, le Major est unique en son genre: humaine sauvée d’un terrible accident, son corps aux capacités cybernétiques lui permet de lutter contre les plus dangereux criminels. Face à une menace d’un nouveau genre qui permet de pirater et de contrôler les esprits, le Major est la seule à pouvoir la combattre. Alors qu’elle s’apprête à affronter ce nouvel ennemi, elle découvre qu’on lui a menti : sa vie n’a pas été sauvée, on la lui a volée. Rien ne l’arrêtera pour comprendre son passé, trouver les responsables et les empêcher de recommencer avec d’autres. 

Ghost in the Shell représente après la pantalonnade Dragon Ball Evolution (2009) la première vraie grande adaptation d’une icône de la culture manga/japanimation. La porosité entre le blockbuster et ce courant n’avait cessé de s’affirmer avec les méchas de James Cameron dans le final d’Aliens (1986), les expérimentations formelles vertigineuses des Watchowski sur Speed Racer (2008), les emprunts peu discrets à Perfect Blue (1997) ou Paprika (2007) par Darren Aronofsky et Christopher Nolan sur leurs Requiem for a Dream (2000) et Inception (2010) respectivement. On franchit donc un pas avec une influence artistique qui s’inscrit dans une norme industrielle hollywoodienne où l’on adapte une franchise emblématique de japanime pour en tirer une grosse production à visée commerciale. La conjonction entre des exécutifs ayant cerné le potentiel de ce matériau auprès du grand public et l’arrivée aux affaires de réalisateurs baignés de cette culture nous amène donc à ce moment. Dans l’ambition, les moyens déployés et le ton adopté, on voit la connaissance et le respect de Rupert Sanders de ce qu’il adapte, même si cela ne suffit pas à faire un bon film.

Néanmoins, on sent l’éducation désormais faite par l’industrie qui aborde le projet avec le même sérieux que pour le X-Men de Bryan Singer (2000), acte fondateur de l’omniprésence du film de super-héros (précédé des réussites plus éparpillées du Superman (1978) de Richard Donner ou des Batman (1989, 1992) de Tim Burton) dans le blockbuster moderne. C’est une éducation également à faire chez la très chatouilleuse communauté de fans voyant cette culture lui être « volée » à des visées grand public. La production du film aura ainsi eu droit à son lot de polémiques stériles, le choix de Scarlett Johansson entraînant des accusations de « whitewashing » (alors qu’un simple coup d’œil au manga de Masamune Shirow ou au film de Mamoru Oshii suffit pour voir l’absence de traits japonais de l’héroïne dessinée) tandis que les premières bandes-annonces entraînaient un jeu des sept erreurs un peu vain. Donc autant il aura fallu du temps aux studios pour savoir aborder cet univers, autant il faudra aux fans assimiler les changements, ajustement et modifications que tout lecteur de roman, pièce de théâtre ou comics acceptent désormais dans ce qui demeure une ADAPTATION.

Le film de Rupert Sanders fonctionne sur un équilibre réussi entre appropriation et déférence. Le scénario reprend les questionnements existentiels plus appuyés dans Ghost in the Shell (1995) de Mamoru Oshii que dans le manga de Masamune Shirow tout en mettant plus en avant la facette enquête policière à la façon de la série Ghost in the Shell: Stand Alone Complex. Rupert Sanders explore également les doutes du Major (Scarlett Johansson) sur son humanité, elle qui constitue le premier cyborg alliant cerveau humain et corps synthétique amélioré. Seulement, il le fait en creusant une facette simplement esquissée chez Oshii, la vie humaine passée du Major ainsi que le lien ambigu entretenu avec la compagnie qui l’a sauvée et « améliorée ». La mythique scène de fabrication du cyborg qui ouvrait le film de 1995 est donc reprise ici mais pour véritablement illustrer l’acte de naissance du Major qui découvre, apeurée, ce corps artificiel qu’elle va devoir apprendre à dompter. Lorsqu’on la découvrira en action via une ellipse, Major déploie ses capacités de façon spectaculaire, où s’exprime le libre-arbitre de l’humain (sa désobéissance à l’ordre du chef Aramaki (Takeshi Kitano)) et l’efficacité de la machine. Rupert Sanders dans un beau ballet croise la bizarrerie déstabilisante (les robots-geisha) du Ghost in the Shell: Innocence (2004) et le morceau de bravoure voltigeant à l’américaine bien digéré depuis Matrix (1999).

Scarlett Johansson est remarquable et surprend par une prestation très différente du rôle « autiste » d’Under the Skin (2013) qui lui avait pourtant donné assez de crédibilité pour jouer dans Ghost in the Shell. Si dans Under the Skin, elle incarnait une extraterrestre dont la froideur s’estompait au fil de son lien aux humains, elle apporte une vraie nuance ici avec une humaine dissimulant ses émotions sous une attitude monolithique. Consciente de son statut d’objet et d’arme, elle l’applique avec détachement et aligne les répliques désabusées à la moindre attitude chaleureuse envers elle. Rupert Sanders retrouve la famille dysfonctionnelle vue dans son Blanche-Neige et le Chasseur (2012) à travers la relation entre Kristen Stewart et Charlize Theron. Le seul lien « familial » repose sur la relation avec son « créateur » le docteur Ouelet (Juliette Binoche). C’est le premier visage vu lors de sa « naissance » d’ouverture comme le serait celui d’une mère, l’environnement blanc clinique et technologique suggérant une forme tordue de maternité et l’extrême vulnérabilité de Scarlett Johansson l’associant à un nouveau-né. Ce rapport filial est pourtant vicié puisque déterminé par l’assujettissement du Major à la compagnie. Le vrai attachement ne naît donc que dans l’amitié virile et taquine avec le partenaire Batou (excellent et charismatique Pilou Asbæk), où là aussi Sanders reprend l’approche de Blanche-Neige avec la relation Kristen Stewart/Chris Hemsworth.

Formellement, Sanders offre ponctuellement une redite explicite du film d’Oshii dans les scènes contemplatives urbaines mais en détourne parfois habilement le sens initial. Les scènes d’action également dans cette reprise sont suffisamment revisitées, inventives (l’ouverture précédemment évoquée, la scène de la boîte de nuit) ou vectrices d’une émotion réellement différente qui change la teneur des images par rapport à l’original. Toute la qualité du film est finalement là, provoquer un ressenti différent sur une thématique voisine. Aux tirades et monologues existentiels parfois trop appuyés d’Oshii (mais qui fonctionnent dans le média japanime) Sanders a une approche moins subtile mais finalement plus adaptée aux émotions directes recherchées.

Le jeu sur les reflets, très allusif et poétique de l’anime, est ici plus frontal avec le Major s’observant pensivement dans les miroirs, ayant toujours une attitude détachée dans le rapport à son corps et scrutant les soubresauts de la vraie humanité chez les autres – la curieuse rencontre avec une prostituée, réminiscence de la sexualité lesbienne du personnage dans le manga. Ce n’est pourtant pas ce corps artificiel qui la fait se sentir différente mais bien l’absence de souvenirs de sa vie passée, ou du moins les fragments dont elle doute de la réalité. Cette foisonnante cité futuriste où s’entremêlent buildings high-tech et hologrammes sophistiqués offre des visions rappelant l’imaginaire d’un Blade Runner, mais l’inscrit dans la brume réalité/illusion qui perturbe l’esprit du Major quant à son passé. La trame qu’on pourrait trouver voisine d’un Robocop (1987) trouve ainsi une identité propre par cette mélancolie introspective, cet infini sentiment de solitude.

Dès lors, l’adversaire poursuivi et les enjeux qui en découlent seront très différents de ce qui avait trait au Puppetmaster dans la vision d’Oshii. Celui-ci s’interrogeait sur la définition de l’humanité et voyait son avenir dans une mue bouleversant la distinction entre intelligence artificielle et âme. L’harmonie dans cette quête identitaire chez Oshii ne se retrouvait qu’en devenant « autre chose », elle ne peut naître chez Rupert Sanders qu’en se retrouvant soi-même. L’émotion repose moins sur l’étrange et l’inattendu vertigineux que sur la reconquête de son être et une nouvelle fois le climax, tout en se montrant assez déférent de son modèle, va vraiment dans une autre direction. Pour résumer, si la question chez Oshii est « Qu’est-ce que je suis ? », celle de Sanders sera « Qui suis-je ? ». Au passage le stérile débat sur le whitewashing trouve même une réponse dans le déroulement du récit. Au final, une adaptation respectueuse et suffisamment personnelle pour trôner sans honte parmi les autres visions de l’univers de Masamune Shirow. On espère que les autres tentatives à venir – Death Note version US est en vue – feront preuve de la même passion.

En salle 

samedi 30 avril 2016

Captain America : Civil War - Anthony et Joe Russo (2016)

Steve Rogers est désormais à la tête des Avengers, dont la mission est de protéger l'humanité. À la suite d'une de leurs interventions qui a causé d'importants dégâts collatéraux, le gouvernement décide de mettre en place un organisme de commandement et de supervision. Cette nouvelle donne provoque une scission au sein de l'équipe : Steve Rogers reste attaché à sa liberté de s'engager sans ingérence gouvernementale, tandis que d'autres se rangent derrière Tony Stark, qui contre toute attente, décide de se soumettre au gouvernement...

 Le coup de poker d’un univers partagé, engagé par Marvel lors du lancement de Iron Man (2008) s’avère désormais un coup de maître, parfois artistique (Captain America : First Avenger (2011), Captain America : le soldat de l’hiver (2014), Avengers (2012) et Les Gardiens de la galaxie (2014)) et surtout financier. La promiscuité de la série télé et les moyens du cinéma ont façonné une vraie connivence avec le spectateur, pour lequel l’immense feuilleton Marvel est devenu le mètre étalon du film de super-héros – avec ses codes identifiés, il n’y a qu’à voir les salles rester pleines lors des génériques en attente de la scène bonus habituelle. C’est désormais la norme du blockbuster américain, ne pensant plus ses productions qu’en terme d’univers partagés et déclinables en de multiples et très rentables franchises. Les tentatives de projets originaux, risqués et one shot, se font denrées rares, le public n’ayant plus la curiosité de s’aventurer dans une proposition lui étant totalement inconnue – voir les échecs injustes des formidable A la poursuite de demain (Brad Bird, 2015) ; John Carter (Andrew Stanton, 2012) ; ou Lone Ranger (Gore Verbinski; 2013). D’évènementielle, la saga Star Wars est devenue une vache à lait lucrative - on attendra de voir si les spin off valent mieux que la paresseuse redite de JJ Abrams -, Universal recycle ces mythiques Universal Monsters en univers partagé à la Avengers, et la Warner reprend à son tour le modèle pour adapter les DC comics avec le récent Batman vs Superman : l’aube de la justice (Zack Snyder).

Désormais copié de toute part, comment Marvel allait donc répondre à la concurrence ? Le problème de la construction d’un univers partagé au cinéma, c’est le sens des priorités dans ce que l’on a à raconter au fur et à mesure que celui-ci se développe. Avengers : l’ère d’Ultron (2015) avait été une déception en négligeant le déroulement du film en cours pour préparer les évènements des suites à venir dans un ensemble bancal. C’est un écueil dans lequel est tombé de manière pire encore Warner dans Batman vs Superman : l’aube de la justice, les vraies qualités du film étant noyées dans le cahier des charges destiné à préparer les opus suivant. Des personnages pas établis annonçant un univers qui l’est tout aussi peu et amorcé dans la précipitation, le résultat était un beau gâchis que corrigera peut-être un director’s cut. Marvel semble de son côté avoir retenu la leçon avec ce Captain America : Civil War : chaque nouveau film doit fonctionner en tant que continuité de cet univers partagé et pas en promesses de ce qui s’y annonce. Les Captain America sont certainement les films les plus réussis produits par Marvel et ce troisième volet le confirme. Le film poursuit les précédentes aventures du Captain dont on retrouve la tonalité de thriller politique tout en constituant une suite bien plus convaincante des Avengers dont on retrouve l’équipe presque au complet.

L’intitulé Civil War désigne une fameuse saga récente des comics qui questionnait la place des super héros et leur nature instable par rapport au gouvernement en place, ce qui suscitait un immense conflit idéologique au centre duquel s’opposaient Iron Man et Captain America. Le film reprend cette idée avec tous les climax destructeurs des précédents films, remettant en cause le statut des Avengers sommés de se soumettre au pouvoir en place. Un souhait légitime tout comme sa contradiction si ledit pouvoir est corrompu et fait agir nos super héros selon des intérêts douteux. C’est là que la continuité des films antérieurs est judicieuse : en instaurant une tension immédiate de par les acquis déjà posés des personnages. L’héroïsme nourri de culpabilité de Tony Stark/Iron Man (du fait de son passé de marchands d’armes) l’incite à se soumettre à la loi. La figure de rempart vertueux et son expérience face à la dictature affichée ou larvée (les nazis du premier film ou le SHIELD infiltré du second) amène plutôt une méfiance de Captain America, refusant lui de donner le blanc-seing à un pouvoir aux desseins imprévisibles. A cela s'ajoute une implication plus personnelle, connue pour Captain America avec Bucky et qui constituera un superbe coup de théâtre pour Iron Man.

Chacun des personnages est dans son droit, pense agir pour le meilleur, le récit offrant de très intéressantes thématiques dans une Amérique pas remise du 11 septembre et des errements de l’administration Bush. Tout cela était déjà contenu dans Captain America : Le soldat de l’hiver et idéalement développé ici. L’adversaire est d’ailleurs tout ce qu’il y a d’humain, et le fruit des fautes passées de nos super héros. Les frères Russo avaient livré un spectacle de haute volée avec Le Soldat de l’hiver et récidivent ici, profitant des bases de l’univers Marvel pour se départir de scènes introductives et lancer immédiatement l’action. Tout ce conflit moral qui va déchirer les Avengers se fait dans le mouvement d’une narration fluide et riche en péripéties. Il y aurait à redire sur le trop plein de personnages dont le choix dans le débat est survolé pour certains afin de privilégier cette dynamique du récit.

Cependant, les scènes de combats collectives sont fabuleuses, comme ce duel dans l’aéroport où les Russo exploitent avec une grandiloquence comics jubilatoire les capacités des protagonistes, que ce soit Ant-Man, une nouvelle incarnation éblouissante de Spider-Man ou la Panthère noire. D’ailleurs, là aussi l’aspect teasing rédhibitoire (Marvel intronisant ce nouveau Spider-Man en vue d’un prochain film), en se fondant dans l’action, dérange moins. C’est en déchaînant la pyrotechnie du genre au service de l’intime que le film trouve sa force, notamment dans un final cathartique et anti-spectaculaire où les héros sont renvoyés à leurs doutes.

Robert Downey Jr. n’avait pas été aussi intense et impliqué depuis le premier Iron Man, Chris Evans est égal à lui-même et formidable d’humanité et de droiture. Fort de ses deux pivots, le reste des protagonistes - quand on leur laisse le temps de présence pour exister (Scarlett Johansson en Veuve Noire, Chadwick Boseman en Panthère Noire) - est au diapason. Les Russo tournent le dos à l’escalade de destruction massive - remise en cause au sein même du film – pour une conclusion amère laissant les Avengers ébranlés. C’est donc la force du récit en cours qui donne envie de voir la suite et pas les indices maladroitement lancés qui rendent plus problématique l’intérêt du Batman Vs Superman de la concurrence. En revenant à hauteur de ses personnages, Marvel redonne de l’intérêt à son univers.

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mercredi 22 avril 2015

Avengers : L'ère d'Ultron - The Avengers: Age of Ultron, Joss Whedon (2015)

Alors que Tony Stark tente de relancer un programme de maintien de la paix jusque-là suspendu, les choses tournent mal et les super-héros Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye vont devoir à nouveau unir leurs forces pour combattre le plus puissant de leurs adversaires : le terrible Ultron, un être technologique terrifiant qui s’est juré d’éradiquer l’espèce humaine.

Le triomphe commercial d’Avengers (2012) avait constitué une apothéose de l’ambitieux et inédit défi du studio Marvel : la transposition au cinéma d’un univers étendu reprenant celui des comics où les super héros s’entrecroisent, s’entraident et s’affrontent. Avengers avait su concilier cette continuité tout en proposant un vrai bon film, ce que les aventures individuelles des personnages n’avaient pas toujours réussies - pour des bons Iron Man (2007) et Captain America (2011), de nettement plus oubliables Iron Man 2 et Thor (2012). Avengers : l’ère d’Ultron vient donc réunir de nouveau notre équipe de super héros après une phase 2 nettement plus réussie. Les moins bons films - Iron Man 3 (2013) et Thor 2 : le monde des ténèbres – demeuraient des divertissements honorables tandis que les vraies réussites donnaient des résultats surprenant et audacieux avec l’étonnamment politisé Captain America : le soldat de l’hiver et le space opera bariolé Les Gardiens de la Galaxie. Plus Marvel lâchait du lest sur sa continuité et le plan d’ensemble de cet univers étendu, meilleur était les films. La « formule » Marvel aura permis de mettre en route une sacrée machinerie à succès mais risque aussi constamment le pilotage automatique, écueil où tombe en partie Avengers : l’ère d’Ultron.

 Le propos est intéressant avec une vraie continuité des évènements d’Avengers, Iron Man 3 et Captain America : le soldat de l’hiver. Ces films auront révélés à la fois la menace extérieure cosmique pesant sur la Terre mais aussi le démantèlement de l’organisation viciée du SHIELD qui avait réunis nos surhommes. Le film s’ouvre par une victoire définitive sur l’Hydra et cet apaisement temporaire va placer nos héros face à leurs doutes. La peur pour Tony Stark à jamais traumatisé par sa découverte d’une galaxie plus vaste et truffée de danger innommables, la peur face à sa propre nature monstrueuse pour Bruce Banner/ Hulk. 

Nos demi-dieux se trouvent ainsi sans repère dans ce monde réel, thèmes déjà évoqués avec brio à travers le man out a time Captain America et la tueuse de la Guerre Froide la Veuve Noire (Scarlett Johansson). Les ennemis constitueront donc ici un miroir de ces peurs, façonnés bien malgré eux par nos héros. L’androïde sanguinaire Ultron est ainsi une extension extrême des préceptes sécuritaires de Stark où l’humain n’a plus sa place et la Sorcière Rouge (Elizabeth Olsen) par ses pouvoirs psychiques réveille les traumas de nos héros qui vont perde pied. Dès lors, c’est Hawkeye (Jeremy Renner bien plus mis en valeur dans ce film) le plus humain, le plus « faible » de ces héros qui va s’avérer le plus équilibré et apte à remettre sur pied ses acolytes.

Ces thématiques passionnantes vont être un peu sacrifiées sur l’autel de l’efficacité après une première partie de film intéressante. Face à un bagage narratif de plus en plus conséquent, on perd grandement d’un vrai rendu cinéma. Tous les précédents films malgré la continuité faisaient le minimum d’effort pour rendre l’aventure unique et de resituer suffisamment d’informations afin que le spectacle demeure captivant pour qui n’avait vu toutes les productions Marvel, voir aucune. Plus de cela ici où l’on semble entré dans une logique de série TV sur grand écran supposant que le spectateur est au fait de toutes les références délivrées. Cela joue sur une narration au montage chaotique (la géographie est particulièrement malmenée dans la dernière partie où l’on ne sait plus dans quel pays on se trouve) où les personnages apparaissent/disparaissent pour des actions pas toujours claires. Mais après tout c’est le projet qui veut cela et même si l’on peut s’interroger sur comment vieilliront ces films, le succès actuel semble donner raison à Marvel. Le problème serait plutôt quand cette logique télévisuelle finit par empiéter sur l’esthétique du film.

On le sait depuis la série Buffy contre les vampires, Joss Whedon est plus doué pour l’étude de caractère que pour mettre en scène l’action. Le final épique d’Avengers avait constitué un vrai progrès qui rachetait les précédentes productions Marvel anémique en morceaux de bravoures. Si les moyens sont là, le réalisateur n’a malheureusement pas progressé dans l’illustration du sense of wonder typique des Comics. Hormis un combat réellement haletant entre Iron Man et Hulk en pleine ville, le reste demeure terriblement timoré. Entre tentative malheureuse de composition de plan comics (l’attaque collective très bancale d’ouverture), combats confus et poursuite standards, il n’y a pas grand-chose de marquant pour la rétine. Le métro lâché en pleine ville fait peine à voir face une séquence voisine du Spider-Man 2 (2004) de Sam Raimi et le climax nous ressert une fois de plus le McGuffin à protéger ainsi que l’objet massif que l’on doit s’empêcher de s’écraser au sol (péripéties concluant presque tous les Marvel avec un étonnant manque de renouvellement). 

Tout est fait pour retrouver la dynamique du premier Avengers, y compris le plan séquence les montrant héroïque et soudés alors qu’ils sont poussés dans leurs derniers retranchements. Le manque d’ampleur et l’effet de redite tue un peu la force de cette conclusion, gâchées par les trop nombreux bons mots et des personnages au pouvoirs inexploités – Vif-Argent (Aaron Johnson) qui se contente d’aller vite et rien de plus quand il s’offrait une séquence d’anthologie dans X-Men : Day of futur past (2014) récemment. Le manque de maîtrise de Whedon fait tâche face à la concurrence (Man of Steel (2013) de Zack Snyder) mais aussi des propres productions Marvel puisque les frères Russo avait proposé un fort dynamique Captain America : le soldat de l’hiver.

Avengers : l’ère d’Ultron est donc paradoxalement plus captivant dans ces moments introspectifs que spectaculaires. Les premiers auraient dû renforcer l’implication lors des seconds mais faute d’une mise en scène inventive, cela ne fonctionne pas. Heureusement l’intérêt pour les personnages (et la dimension feuilletonesque chère à Marvel) demeure à travers plusieurs pistes lancées comme la romance Hulk/Veuve Noire et le conflit idéologique Iron Man/Captain America qui fera tout le sel de Captain America : Civil War l’an prochain. Tête de gondole du projet Marvel, les films réunissant les Avengers se devront en tout cas à l’avenir d’être (comme pu l’être le premier) les pinacles de cet univers et pas un produit standard. 

En salle

jeudi 27 mars 2014

Captain America, le soldat de l'hiver - Captain America: The Winter Soldier, Anthony et Joe Russo (2014)


Après les événements cataclysmiques de New York de The Avengers, Steve Rogers aka Captain America vit tranquillement à Washington, D.C. et essaye de s'adapter au monde moderne. Mais quand un collègue du S.H.I.E.L.D. est attaqué, Steve se retrouve impliqué dans un réseau d'intrigues qui met le monde en danger. S'associant à Black Widow, Captain America lutte pour dénoncer une conspiration grandissante, tout en repoussant des tueurs professionnels envoyés pour le faire taire. Quand l'étendue du plan maléfique est révélée, Captain America et Black Widow sollicite l'aide d'un nouvel allié, le Faucon. Cependant, ils se retrouvent bientôt face à un inattendu et redoutable ennemi - le Soldat de l'Hiver.

Ce deuxième volet des aventures de Captain America constitue, après Iron Man 3 et Thor : le monde des ténèbres, un des jalons de la phase 2 du projet de Marvel devant nous mener à la seconde aventure des Avengers prévu en 2015. Après divers films les présentant de manière individuelle et semant les pièces du puzzle d’une aventure collective à venir, Marvel avait gagné son pari avec le triomphe aussi massif qu’inattendu d’Avengers (2012). L’univers des super-héros acquérait la même ampleur et dimension poreuse que dans les comics, avec des personnages se côtoyant d’une aventure à une autre. La deuxième phase s’entame donc avec la relance des premiers personnages adaptés ainsi que la transposition de nouveaux (Ant Man et Docteur Strange sont annoncés) dont ce Captain America. Captain America : First Avenger (2011) avait constitué à sa sortie la meilleure production Marvel.

Peu vampirisé par le projet global du fait de son cadre rétro de la Deuxième Guerre Mondiale (comme put l’être un Iron Man 2 fort boiteux) mais aussi par son héros échappant aux clichés de personnages torturés, le film avait apporté un vrai sang neuf à sa sortie. Vrai american hero véhiculant des valeurs d’abnégation et d’héroïsme face à l’ennemi nazi, Steve Rogers/ Captain America constituait ainsi un personnage positif en forme de modèle à suivre à la manière d’un Superman chez DC. Cet aspect avait été également plutôt bien exploité dans son temps de présence sur Avengers (le final où sa nature de meneur permet de remobiliser l’équipe face à l’arrivée imminente du danger) et le défi était de garder intacte cette pureté du personnage dans un cadre contemporain et aux choix moraux plus ambigus.

Le scénario de cette suite y parvient en s’appuyant sur la situation telle que laissée à la fin d’Avengers. L’équipe de super-héros a été révélée au monde, mais aussi les dangers monumentaux et d’ordre surnaturels auxquels est exposée la Terre. Un état de fait qui détermine des actions controversées de la part de l’organisation du S.H.I.E.L.D. dont les projets sécuritaires confinent progressivement à une paranoïa totalitaire. Une dérive dans laquelle ne peut souscrire un Steve Rogers esseulé et solitaire dans le monde moderne et dont l’existence n’est rythmée qu’à l’aune de la prochaine mission à effectuer. Notre héros devra pourtant dépasser son statut de simple soldat pour combattre après le nazisme une dictature venant cette foi de l’intérieur.

Un script ambitieux et très post 11 septembre qui marche sur les terres de The Dark Knight (2008) de Christopher Nolan mais qui en délaisse le sérieux pesant et la tonalité crépusculaire pour une approche plus dynamique. Le premier volet était sous haute influence du serial et du pulp en réinventant l’imagerie de propagande que put constituer dans les années 40 les aventures de Captain America. Ce deuxième épisode est lui imprégné d’une ambiance de thriller paranoïaque 70’s où l’on doute de ceux supposés nos protéger (la technologie du S.H.I.E.L.D. étant plus motif de surveillance que de protection de la population) et créant un sentiment de tension constante débouchant sur d’éblouissante scènes de suspense comme celle de l’ascenseur. Ce doute s'emparera même des héros à l'image de Nick Fury ou de la Veuve Noire dont la rédemption morale est soudainement remise en cause.

Tout cela s’avère très fidèle aux comics dont cette tonalité d’espionnage et d’enquête constituera une des périodes les plus passionnantes du personnage sur papier. C’est également de la BD que sera tirée la sous-intrigue donnant une partie de son titre au film avec ce soldat de l’hiver constituant un équivalent né de la Guerre Froide au Captain America et entretenant avec lui un lien qui constituera un des grands rebondissement du film. Chris Evans est toujours aussi bon dans le rôle-titre, véhiculant une droiture et humanité que met constamment en valeur un héroïsme sans faille. C’est ainsi la grande surprise par rapport au premier épisode un peu timoré sur ce point, le film est très spectaculaire et haletant de bout en bout.

Les morceaux de bravoures sont multiples, exploitant autant les facultés surhumaines du Captain que ses qualités de stratège militaire - défiant tour à tour un expert en arts martiaux, s’infiltrant avec discrétion en zone ennemie ou affrontant simultanément une dizaine d’assaillants, sans parler des duels dantesques avec le soldat de l’hiver - et le faisant idéalement seconder par la Veuve Noire (Scarlett Johansson toujours aussi à l’aise et attachante) et le nouvel allié le Faucon (Anthony Mackie). On sent que le succès d’Avengers a incité Marvel à être plus généreux en termes d’action, et la frustration ressentie dans les premières productions tend vraiment à s’estomper. Une grande réussite qui a de plus le mérite dans sa conclusion d’amener un vrai bouleversement dans l’univers et qui aura ses conséquences dans les films à venir, sans parler d’une séquence post-générique introduisant de redoutables adversaires. La meilleure production Marvel avec le premier épisode.

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dimanche 9 septembre 2012

The Avengers - Joss Whedon (2012)


Lorsque Nick Fury, le directeur du S.H.I.E.L.D., l'organisation qui préserve la paix au plan mondial, cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction du monde, Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black Widow répondent présents.
Les Avengers ont beau constituer la plus fantastique des équipes, il leur reste encore à apprendre à travailler ensemble, et non les uns contre les autres, d'autant que le redoutable Loki a réussi à accéder au Cube Cosmique et à son pouvoir illimité...


The Avengers constitue un premier aboutissement de l’ambitieux projet de Marvel qui cherchait à reproduire au cinéma ce qui est une chose commune et acceptée dans l’univers des comics : un univers étendu où différents super-héros se connaissent, se côtoient et peuvent autant s’entraider que s’affronter. On rappelle les faits. Las du traitement parfois désinvolte (les mauvais Quatre fantastiques, Daredevil ou encore Ghost Rider) infligé par les studios à ses héros de papier, Marvel décide de créer sa propre structure cinéma où il produirait et superviserait les adaptations de ses personnages. Le premier film issu de cette logique sera Iron Man de Jon Favreau. Pas exempt de défauts, le film est néanmoins une belle réussite et un grand succès au box-office grâce à la prestation épatante de Robert Downey Jr.

En forme de clin d’œil calculé aux fans, une séquence post-générique voit le héros Tony Stark contacté par le mystérieux Nick Fury (Samuel L. Jackson) chef de l’organisation du SHIELD concernant le projet Initiative. Hulk, le film suivant produit par Marvel (après l’aventureuse mais ratée tentative d’Ang Lee quelques années plus tôt) glissera à nouveau une saynète de ce type en fin de générique et tout aussi bien accueillie par les fans. Il est alors annoncé que les prochains films Marvel serviront d’introductions aux membres des Avengers, mythique équipe de super-héros bien connue des lecteurs de comics. Suivront donc le Thor de Kenneth Branagh, Captain America de Joe Johnston et un second Iron Man.

Plusieurs constats s’imposent au fil des films. Ce sont avant tout des œuvres de producteurs cherchant à créer et à uniformiser un monde cohérent plutôt qu’à laisser émerger la personnalité du réalisateur, du coup ce sont plus des authentiques faiseurs (Joe Johnston, Jon Favreau voire Louis Letterier et son Hulk) que viendront les films les plus efficaces quand un auteur comme Kenneth Branagh délivrera un résultat plus qu'inégal (épatant de grandiloquence assumée lors des scènes à Asgard, quelconque et poussif dans les passages sur Terre) avec Thor.

Ainsi chapeauté de près, les films sont rarement mauvais mais n’atteignent jamais l’excellence d’un Spider-Man 2 ou d’un X-Men et plus inquiétant les meilleurs sont ceux s’astreignant le plus de cette continuité (voire le grand brassage de vide du raté Iron Man 2). On pouvait donc craindre le pire du tant attendu film réunissant enfin tout ce petit monde avec l’inexpérimenté Joss Whedon aux commandes. Après les réussites télévisuelles que furent Buffy contre les Vampires et son spin-off Angel le passage au cinéma s’était avéré quelconque avec Serenity, space opera aux allures de téléfilm concluant sa série avortée Firefly. Pourtant l’ensemble s’avère très vite prenant grâce à la rigueur narrative imposée par l’excellent scénariste qu’est Whedon.

Malgré un rythme un peu boiteux (réintroduire tous les personnages, définir les enjeux et rendre l’ensemble compréhensible à qui n’a pas vu tous les films précédents), la première partie s’avère ainsi un modèle d’introduction. Largement prouvé dans Buffy, Whedon laisse à nouveau éclater son talent pour introduire chaque personnage de manière limpide et dynamique, redéfinir les fêlures de chacun explorées dans les autres films (ou carrément les présenter intelligemment dans le cas de la Veuve Noire) et amener progressivement la dissension puis la dynamique d'équipe.

Chaque personnage sera idéalement mis en valeur et aura son moment héroïque et intimiste parfaitement intégré à l’ensemble : Tony Stark entre narcissisme autodestructeur et vrai héroïsme, Thor noble de cœur mais aux attitudes brutales ou encore Captain America, soldat dévoué mais décalé par rapport au monde moderne qui l’entoure. Robert Downey Jr., Chris Evans et Chris Hemsworth retrouvent les qualités d’interprétation de leurs films respectifs mais c’est le nouvel arrivé Mark Ruffalo qui s’avère le plus impressionnant (surclassant ses prédécesseurs Eric Bana et Edward Norton) en Bruce Banner/Hulk magnifiquement torturé. Scarlett Johansson humanise enfin la Veuve Noire qui n'était qu'une silhouette sexy dans les autres films et offre une relation attachante avec Jeremy Renner.

Ainsi mis en orbite, les exploits de nos héros n’en seront que plus palpitants lorsque l’action daigne se manifester. Le manque d’ampleur des scènes d’actions était également un des grands écueils des productions Marvel, très pingres en la matière. Toute la frustration accumulée des films précédents est ici résolue dans un fabuleux climax final de trente minutes. On ressent un souffle épique que l’on n'avait plus approché depuis la séquence du métro aérien de Spider-Man 2, Whedon accumule rebondissements et bagarres dantesques avec jubilation notamment avec un Hulk dévastateur.


The Avengers naissent de ce moment où ils ploient sans se briser devant la menace, la finesse d’écriture de Whedon (le leadership de Captain America s’imposant de manière limpide dans l’action) et un sens visuel enfin maîtrisé les imposant triomphalement par un travelling circulaire iconique en diable. On n’attendait guère pareille réussite de la part de Marvel, mais le studio est enfin parvenu à croiser ses velléités de grandeur avec le talent d’un Whedon qui s’est avéré l’homme de la situation. Un des meilleurs blockbusters récent et prometteur pour une suite dont la scène post-générique rendra l’attente insoutenable aux amateurs de comics.

Sorti en dvd zone 2 français chez Disney