Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi
Une aventure toujours
plus épique de l’USS Enterprise et de son audacieux équipage. L’équipe explore
les confins inexplorés de l'espace, faisant face chacun, comme la Fédération
toute entière, à une nouvelle menace.
Star Trek Beyond
est le troisième volet de la refonte de la célèbre saga spatiale
cinématographique et télévisée. J. J. Abrams avait réussi un efficace et malin
lifting avec Star Trek (2009),
bousculant les acquis à l’aide d’une astucieuse notion d’univers parallèles et
de retour aux origines de l’équipage de l’Enterprise – on aurait aimé autant
d’audace pour son Star Wars – Le Réveil
de la Force (2015), redite paresseuse et sans surprise. Star Trek Into Darkness (2012) s’avérait
plus décevant, handicapé par une tonalité sombre et terre à terre qui oubliait
la notion d’exploration et d’évasion associée à l’univers de Star Trek. De plus, Abrams se perdait en
tentant les variations maladroites sur la trame de la saga originale, la
conclusion reprenant celle de Star Trek 2
: La Colère de Khan (Nicholas Meyer, 1982). Abrams parti signer Star Wars – Le Réveil de la Force, ce
troisième épisode aura laborieusement vu le jour au fil des réécritures et de
la valse des réalisateurs, le scénariste Robert Orci supposé le mettre en scène
étant écarté au profit de Justin Lin.
Le scénario au départ pensé pour
s’inscrire dans la lignée semi-référencée des précédents sera également remanié
entre autres par Simon Pegg. Le résultat accouche d’une aventure plutôt dans
l’esprit d’un épisode standard de la série originale, gonflé à la sauce
blockbuster. Ce n’est pas un mal, grâce à l’abandon tant des gimmicks narratifs
de J. J. Abrams que de cette tendance actuelle (initiée par Marvel) de penser
un film de manière plus large, en envisageant le moindre élément dans le cadre
d’une franchise globale et sur le long terme. Star Trek Beyond assume donc son côté one-shot sans autre ambition que de livrer l’aventure la plus
trépidante possible. Justin Lin, habile faiseur, avait su étonnamment relancer
l’intérêt pour la moribonde série des Fast
and Furious – notamment un épisode 5 (2011) parvenant au plaisir régressif
que n’atteignait jamais, dans le même esprit, Stallone et ses Expendables (2010, 2012 et 2014) – et
offre un spectacle drôle et efficace.
Mondes inconnus, bestiaires foisonnants – parfois sources de
rire à l’image de l’introduction – et Fédération en péril rythment donc le
récit auquel on pourra reprocher un certain manque de profondeur dans le
cheminement des personnages. Mais cela participe à la logique du "tout
pour l’aventure", le canon et les archétypes de l’équipage ont été établis
dans les deux premiers volets et Justin Lin inscrit et résout les
questionnements intimes dans l’action. Le sentiment de vide du Capitaine Kirk
(Chris Pine) au milieu de la monotonie du voyage de l’Enterprise, les doutes de
Spock sur son couple et les responsabilités de sa part vulcain sont bien là,
sans céder à des moments introspectifs forcés.
Le méchant incarné par Idris
Elba se révèle progressivement selon une idée empruntée à un classique SF
contemporain – le formidable Sunshine
(2007) de Danny Boyle. La lourdeur référentielle d’Abrams est oubliée avec un
beau et simple hommage à Leonard Nimoy et à l’équipage originel lors de la
conclusion. Les nouveaux personnages sont très réussis (très attachante Sofia
Boutella) et les anciens ont chacun droit à leur moment. Les scènes d’action
"terriennes" sont parfois un peu confuses mais tout ce qui relève du
space opera est du plus réjouissant, notamment une bataille finale au rythme du
Sabotage) des Beastie Boys,
magistralement utilisé. Star Trek Beyond
remplit donc, sans l’ambition mais également la prétention des volets
précédents son quota de divertissement.
Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Paramount
En l’an 2018, les
cadres dirigeants se sont substitués aux hommes politiques, et les États ont
été remplacés par six départements mondiaux : Énergie, Luxe, Alimentation,
Logement, Communications et Transports. Grâce à cette organisation, tous les
hommes jouissent d’un confort matériel inégalé. Mais une société en paix a
besoin de purger les pulsions violentes de ses membres. C’est dans ce but qu’a
été créé le Rollerball, un sport très violent
En ce début des années 70, le pessimisme du Nouvel Hollywood
permet l’essor de plusieurs œuvres de science-fiction alarmistes. La
problématique écologique est ainsi au cœur du Silent Running de Douglas Trumbull (1972), l’alimentation
industrielle et la pénurie inspire le glaçant Soleil vert (1973) de Richard Fleischer tandis que John Boorman
s’interroge de façon plus philosophique sur l’avenir de l’humanité dans Zardoz (1974). Toutes ces œuvres ont des
résonnances contemporaines à leur contexte de production et verront souvent
leur futur de cauchemar confirmé à plus ou moins grande échelle. C’est dans
cette même idée qu’émerge le concept de Rollerball.
Le romancier William Harrison assiste un jour à un match de basket qui finit en
bagarre générale et est surpris de voir la jubilation du public à voir le
spectacle virer au pugilat. L’épisode va lui inspirer la nouvelle Meurtre au jeu de boule (Roller Ball Murder), publiée dans le
magazine Esquire où elle va attirer
l’attention de Norman Jewison. Harrison accepte de lui en céder les droits à
condition d’en être le scénariste.
Rollerball creuse
le sillon de cette délectation pour la violence à travers la thématique
classique du spectacle comme opium du peuple tels que pouvait le représenter la
Rome antique. Cette approche est cependant modernisée à l’aune de l’émergence
des toutes puissantes corporations privées du 20e siècle. La
soumission et l’admiration des Empereurs Romains trouvaient ainsi un équivalent
à l’échelle de la « plèbe » avec un gladiateur triomphant et à la
gloire éphémère. Les corporations de Rollerball
ont annihilées toute idée d’individualité, que ce soit avec les nations ou même
les villes résumées à leur industrie - Houston ville de l’énergie notamment. Le
pouvoir de ces conglomérats tentaculaires est anonyme et le Rollerball n’est
qu’un divertissement violent et abrutissant dont aucune personnalité ne doit
émerger. Pourtant dans ce contexte et du chaos d’un jeu barbare, un talent et une
personnalité ont émergés avec Jonathan E (James Caan) qui triomphe depuis dix
ans dans le Rollerball. Dès lors la figure adulée de Jonathan devient une
menace pour le système (si un joueur peut émerger et s'affranchir du jeu, il en va de même de l'individu au sein des corporations) qui va minutieusement tenter de l’éliminer, mais le
gladiateur des temps moderne est désormais conscient du pouvoir que sa
popularité lui confère.
Cet habile mélange de classicisme mythologique et de
science-fiction parcoure les codes sociaux de cet univers, notamment avec les
femmes réduites au rang d’objets destinées au repos du guerrier. Si Jonathan
incarne toutes les vertus viriles attendues, sa sensibilité le distingue grâce
à l’interprétation désenchantée de James Caan. La corporation arrache au
citoyen ce qui le définit en tant qu’individu dans son intimité et aux yeux des
autres, ici avec son épouse Ella (Maud Adams) et donc son statut d’icône du
Rollerball. La fêlure intime s’illustre dans une mélancolie introspective lors
des nombreuses scènes où Jonathan arpente le havre de paix factice de son ranch,
et son égo s’affirme dans les joutes brutales du Rollerball. Le tournage se fit
à Munich, cité aux environnements futuristes depuis la récente modernisation dû
aux Jeux Olympique 1972.
C’est la Tour BMW qui fait office de siège de la
Corporation dans le film, le hiératisme et la froideur de cette tour de verre
incarnant parfaitement le système que Jewison capture dans une saisissante
contre-plongée. Pour les intérieurs la direction artistique de Robert W. Laing
n’est pas sans rappeler celle du Fahrenheit451 de François Truffaut (1966) par son esthétique cosy et épurée qui masque la dimension totalitaire pourtant bien
présente à travers l’omniprésence des écrans. C’est par ce confort de façade
que s’étouffent les libertés, l’exutoire du Rollerball alternant avec un
hédonisme décadent notamment lors d’une scène de fête. C’est dans ces moments
que culmine le décalage opéré par Jewison entre les reprises de musiques classiques
(Toccata et fugue de Bach, l’Adagio d’Albinoni, la symphonie numéro 5 de Chostakovitch
joués à l’orgue par Simon Preston ou dirigés par André Prévin avec l’orchestre
philarmonique de Londres) et l’imagerie vulgaire de cette société, amenant un
contrepoint brutal et une dimension opératique accentuant le propos –
notamment le clou de la fête où les convives iront calciner des arbres.
William Harrison n’avait dépeint le Rollerball que de façon
très sommaire dans sa nouvelle. Jewison et son équipe effectueront ainsi un
travail de longue haleine pour littéralement concevoir l’environnement du jeu
et ses règles. Le Rollerball exacerbe ainsi les facettes les plus brutales du
roller derby, du hockey sur glace ou encore du football américain et y intègre
des éléments plus inattendus comme des véhicules motorisés. Les différentes
pièces du jeu se feront donc au fil des prises de vue dans la Rudi-Sedlmayer-Halle
(rebaptisée Audi Dome aujourd’hui),
seul piste circulaire au monde à l’époque. La steadicam ne s’est pas encore
démocratisée et c’est caméra à la l’épaule que doivent s’accompagner les joutes
du Rollerball (façonnées par des cascadeurs émérite, des sportifs chevronnés
mais aussi les acteurs dont James Caan qui effectue ses cascades).
Jewison
parvient à en capturer la vitesse et la brutalité par un impressionnant sens du
mouvement et un travail de longue haleine du monteur Anthony Gibbs (avec près
de 900 coupes, un record à l’époque). Plus l’intrigue avance avec la mainmise
de la corporation sur le jeu (et des règles changeantes au gré de ses désirs et
de la soif de sang du public) plus son illustration est heurtée avec la
multitude d’inserts sur les coups bas infligés. La partie qui ouvre le film fait
montre d’une théâtralité qui appuie la dimension de spectacle tandis que sous la
violence le sport en lui-même semble néanmoins exiger une forme de stratégie et
virtuosité. Lorsque les enjeux politiques prennent le pas sur le show, ce n’est
plus que cette seule barbarie qui domine avec notamment le terrible jeu de
massacre final dont Jonathan est la cible.
Tout comme paradoxalement cet étalage des bas-instincts
avait permis l’émergence de l’individualité de Jonathan, c’est également dans
le Rollerball qu’existeront les seuls vrais lien affectifs du film. Le
personnage de Moonpie (John Beck) se roule certes dans la fange du système sans
se poser de question, mais l’amitié virile entretenue avec Jonathan fonctionne,
essentiellement par l’image dans la solidarité des affrontements du Rollerball.
C’est finalement dans cet espace que s’exprime crûment la monstruosité du
système mais aussi l’affirmation d’un homme seul qui s’y oppose. L’introduction
de l’ultime match est à ce titre magistrale avec la silhouette de Jonathan
avançant seul dans un couloir à l’éclairage rougeoyant, en opposition à la
scène d’ouverture où les joueurs étaient progressivement mis en valeur (en
révélant pu à peu le terrain, les maillots et équipements de façon fétichiste
en jeu d’ombres) comme des demi-dieux. Ce sera cette fois un homme qui lutte bec
et ongle pour sa survie et liberté. Rollerball
fit sensation à sa sortie par sa violence inédite et son message, mais plus
particulièrement en Europe. Aux Etats-Unis, Norman Jewison consterné eut la
surprise de voir des promoteurs avides de lui acheter la licence du Rollerball
pour en organiser de véritables matchs. Un vrai film culte donc, souvent
décliné (sans parler d’un remake raté de John McTiernan en 2002) mais rarement
égalé, si ce n’est éventuellement (dans le fond et la forme novatrice) avec le Speed Racer des Watchowski (2008).
Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez L'Atelier de l'image
Malgré sa paralysie,
Jake Sully, un ancien marine immobilisé dans un fauteuil roulant, est resté un
combattant au plus profond de son être. Il est recruté pour se rendre à des
années-lumière de la Terre, sur Pandora, où de puissants groupes industriels exploitent
un minerai rarissime destiné à résoudre la crise énergétique sur Terre. Parce
que l'atmosphère de Pandora est toxique pour les humains, ceux-ci ont créé le
Programme Avatar, qui permet à des " pilotes " humains de lier leur
esprit à un avatar, un corps biologique commandé à distance, capable de
survivre dans cette atmosphère létale. Ces avatars sont des hybrides créés
génétiquement en croisant l'ADN humain avec celui des Na'vi, les autochtones de
Pandora. Sous sa forme d'avatar, Jake peut de nouveau marcher. On lui confie
une mission d'infiltration auprès des Na'vi, devenus un obstacle trop
conséquent à l'exploitation du précieux minerai. Mais tout va changer lorsque
Neytiri, une très belle Na'vi, sauve la vie de Jake...
Après le triomphe commercial et la reconnaissance critique
de Titanic (11 Oscars et plus grand
succès au box-office de tous les temps aux Etats-Unis et de nombreux pays du
monde dont la France avec 20 millions d’entrée), James Cameron effectuera un
long hiatus où il se dispersera entre divers documentaires maritimes (Les Fantômes du Titanic (2003), Volcans des abysses (2003) et Aliens of the Deep (2005)) et la télévision
avec la série Dark Angel. Loin d’être
repu de défi ou blasé par le succès, le réalisateur a déjà en germe Avatar dont les ébauches
datent des années 80 et les premières réflexions concrètes de 1995 quand il en
fera lire un traitement au producteur Jo Landau. Le projet devait suivre
immédiatement Titanic mais la
technologie existante n’était pas encore au point pour illustrer les visions de
Cameron, le projet traîne jusqu’aux premiers miracles de la motion-capture avec
le personnage de Gollum dans la saga du Seigneur
des Anneaux (2001, 2002, 2003). Convaincu par ces nouvelles possibilités
Cameron lance donc des recherches à tâtons où tout est à concevoir : l’univers
de la planète Pandora dans son entier, ses autochtones et les outils pour les
illustrer et animer.
L’ensemble de la filmographie de Cameron repose sur cette
contradiction entre l’avertissement constant contre les miracles et méfaits de
la technologie (Terminator 1 et 2
(1984, 1991), et Titanic en
particulier) et les moyens colossaux qu’il déploie pour le mettre en scène dans
une finalité qui s’avère toujours profondément humaniste et intimiste (Abyss (1989) qui parle au final des
retrouvailles d’un couple séparé). Avatar
est l’incarnation la plus extrême de ce fonctionnement, la complexité de sa
mise en œuvre servant un récit simple et primitif. Cameron convoque ainsi le space
opera d’Edgar Rice Burroughs (John Carter
of Mars), Jack Vance (Le Cycle de
Tschaï) et les films d’aventures comme La
Forêt d’émeraude de John Boorman (1987) ou Danse avec les loups de Kevin Costner (1991), toutes ces œuvres se
caractérisant par le soin apporté pour dépeindre la découverte et le lien
naissant avec une civilisation autre, réelle ou imaginaire. Les efforts de
Cameron vont se concentrer sur le monde inconnu à découvrir et la nature du
contact.
Le scénario revisite donc via la SF un postulat archétypal du western
et de manœuvre coloniale avec dans un futur lointain, la planète Pandora dont
les ressources sont visées par les humains mais dont les Na’vi, population indigène
locale, freine l’exploitation. Les scientifiques façonnent alors des avatars,
croisement d’ADN humains et na’vi dont le corps biologique peut se mêler aux
locaux en étant investi par un esprit humain qui le pilote à distance. Jake
Scully (Sam Worthington) ancien militaire désabusé et cloué dans une chaise
roulante accepte la mission en échange de pouvoir retrouver ses jambes. Cameron
pose une opposition classique entre les industriels qui cherchent à exploiter l’environnement,
les militaires qui veulent le dominer et les scientifiques souhaitant le
comprendre. Personnage paumé et désabusé, Jake vogue des uns aux autres jusqu’au
premier investissement de son corps de n’avi. Cette figure sans attache fera
toute la différence puisque vierge de toute attente et ambition elle sera fin
prête à se fondre et appartenir au monde de Pandora.
Cameron l’exprime par étape, la première tant tout
simplement physique quand Jake retrouve l’usage de ses jambe dans son nouveau
corps. Loin du nourrisson hésitant dans ses premiers pas, Jake est plutôt le
gamin turbulent et avide de dévaler de toute part. La mise en scène de Cameron
traduit ainsi physiquement une renaissance tout d’abord morphologique tout en
nous faisant découvrir une entité autre mais encore pourvue d’attitude humaine.
Ce point de vue humain se prolonge dans les premiers pas de Jake sur Pandora,
mais également dans l’illustration de sa faune et son bestiaire certes bigarré
mais simple déclinaison extraterrestre d’une jungle terrienne (un singe à six
pattes, un décalque de rhinocéros, un autre de panthère noire en plus imposant)
et prétexte à une première scène d’action exotique. La bascule interviendra
lorsque Jake se retrouve seul de nuit dans la jungle hostile et subi les
assauts de créatures féroces.
Sa hargne à survivre et se défendre l’associe au
tempérament guerrier des n’avi (ce qui incitera Neytiri (Zoe Saldana) à le
sauver) tandis que son incompréhension de cet environnement en fait un
étranger. Cameron traduit cela formellement avec Jake brûlant une torche dans une
forêt ténébreuse où peur se devine par la manière bruyante qu’il la traverse et
attire donc les bêtes sauvages qui devinent en lui l’intrus. Après le sauvetage
de Neytiri qui jette sa torche dans l’eau et dont il suit les pas feutré, la
dimension organique de Pandora se révèle. Forêt à l’écosystème bioluminescent,
interconnexion de la moindre parcelle de vie organique se traduisant dans les
pas des personnages, on comprend là enfin l’immense travail de Cameron et ses
collaborateurs pour rendre ce monde vivant et singulier.
La mue suivante sera donc anthropologique et spirituelle
pour Jake dans son apprentissage des us et coutume des n’avi. Le design de
Cameron des n’avi trouve l’équilibre idéale entre l’étrangeté de ce qui est
différent et « l’anthropomorphisme » nécessaire à l’identification (validée par la stupéfiante première apparition de Neytiri)
notamment la romance naissante entre Jake et Neytiri. Taille démesurée et
silhouette longiligne, regard hyper expressif entre le reptile et le lémurien,
couleur bleue déroutante constituent les aspects les plus différents des
créatures dont le reste de l’inspiration relève d’un savant mélange de tribus
africaines, indiennes et polynésiennes. Cela se prolonge à leur rapport à la
nature, chaque étape vers la maturité étant faîtes de rites d’initiations
destinés à se fondre de plus en plus, à ne faire plus qu’un avec Pandora.
Chevaucher la moindre créature terrestre ou volante nécessite un lien psychique
où il ne s’agit pas de dompter mais d’être choisi par l’autre. Dès lors le lien
intime de Jake avec Pandora se renforce, faisant de lui un n’avi à part
entière.
Cameron joue superbement de la notion de temps qui passe et de la
perte de repère de Jake pour lequel Pandora à laquelle il est connecté et où
traverse au maximum de ces aptitudes physiques décuplées semble plus réelle que
le cadre austère des humains où sa motricité (et libre-arbitre tout allant de
pair) est limitée. Cette ouverture s’affirme aussi dans les paysages de plus en
plus grandioses (les montagnes volantes) et baigné de spiritualité (la maison
des âmes) auquel notre héros totalement assimilé a désormais accès. La mise en
scène de Cameron passe ainsi de l’épique virevoltant et trépidant le temps d’une
scène de vol ou de chasse, à un croisement d’osmose intime et collective dans
les rites ancestraux des n’avis puis de la magnifique scène d’amour entre Jake
et Neytiri. Le score de James Horner passant de rythmiques tribales primitives
à des thèmes héroïques et sentimentaux purement symphoniques accompagne cette
mue et accomplissement de Jake.
Dès lors Cameron réussit le même miracle que dans Titanic où la romance était si prenante
qu’on regrettait presque l’arrivée de l’iceberg et donc du film catastrophe
spectaculaire argument de vente initial. Dans Avatar l’immersion palpable au monde de Pandora (via un usage
fabuleux de la 3D l’expérience salle était un sacré moment à la sortie en 2009
mais guère suivit par les productions qui s’engouffrèrent dans la brèche
ensuite) nous fait donc oublier que nous sommes venus voir un film de SF à
grand spectacle mais la folie des hommes vient nous le rappeler en rompant le
charme. En convoquant les codes du western, Cameron ravive aussi la dimension
politique du genre notamment en rappelant la notion de génocide inhérente à la
conquête de l’Ouest ici avec la traumatisante scène où l’Arbre-Maison est abattu.
Nous sommes dans les archétypes avec l’industriel avide incarné par Giovanni
Ribisi et le militaire belliqueux Quarritch (Stephen Lang) mais leurs objectifs
de conquêtes simplistes les y enferment quand toute la complexité des n’avis,
du lien à leur planète et passé nous aura été longuement exposé.
Le message
anti-impérialiste et écologique est donc prépondérant dans le récit où Cameron
politise son habituelle veine alarmiste. Certains critiques ont vu malgré tout
un aspect colonialiste dans le fait que Jake constitue un élu/homme blanc
aidant les n’avis (indigènes noir ou indiens donc) à vaincre. C’est mal
comprendre le message de Cameron qui fait de l’assimilation et du métissage le
moteur de l’accomplissement de Jake. C’est fort de son apprentissage des n’avis
qu’il saura les convaincre à sa cause, de sa connaissance de la Pandora dans
ses moindres recoins qu’il pourra combattre les militaires et enfin de son amour
de cette planète et de ce peuple qu’il a fait sien qu’il aura la hargne et le
courage de les défendre. L’avatar est désormais son corps humain malingre quand
le Docteur Augustine (formidable Sigourney Weaver) acceptera même de fondre son
âme mourante dans Eywa, déité et mémoire de Pandora.
Le climax est une véritable leçon d’action pour Cameron qui
y mêle de façon impressionnante son passif SF (les méchas d’Aliens (1986) formidablement revisités)
et des situations de western, le technologique s’opposant au primitif dans
quelques images marquantes avant que la planète elle-même boute les importuns.
Avant l’assimilation finale complète, l’amour dépassera même la notion d’identification
mutuelle le temps d’une magnifique scène où les amoureux se font face sous leurs
formes originelles. James Cameron réussit une fois de plus l’impossible et à la
réussite artistique se conjuguera un triomphe commercial qui dépassera encore
celui déjà stupéfiant de Titanic.