Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 20 janvier 2012

Manon - Henri-Georges Clouzot (1949)


Dans le climat trouble de la fin de l'occupation et des premiers mois de la Libération, les amours passionnées de l'inconsciente et tendre Manon et du jeune et naïf Robert Dégrieux...

Remis en selle par le succès de Quai des Orfèvres après les remous provoqués par Le Corbeau, Clouzot enchaînait avec ce fort étrange film qu'est Manon. Si on devine que le contenu de Manon dû faire grincer quelques dent, on ressent grandement la différence avec Le Corbeau sorti sous l'Occupation où l'écho contemporain du propos sur la calomnie et la délation bien qu'explicite évitait les allusions directes au contexte. Clouzot transpose ici le roman L’Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut dans une France au lendemain de la Libération.

L'intérêt est donc de voir en arrière-plan de la relecture du récit classique le portrait peu reluisant que le réalisateur fait du pays. Les bas-instinct et les rancœurs longtemps contenues explosent dès la sordide scène de lynchage dont réchappe Manon mais dont nous seront néanmoins témoin de la violence, à distance avec d'autres femmes du village promenée nues et tondues. Lorsque le couple Degrieux/Manon s'enfuit à Paris, le visage de la capitale semble tout aussi vicié par le passage des allemands. Les profiteurs enrichi du marché noir circulent librement et flambent au grand jour tandis que le reste de la population végète. A l'image du personnage corrompu de Serge Reggiani, les magouilleurs à la petite semaine sont également plus préoccupés par leur réussite personnelle dans des affaires douteuse que par la reconstruction du pays.

Tous ses éléments se définissent à travers la tumultueuse relation entre Manon et Degrieux. Dès le départ, l'équilibre du couple semble ténu entre la candeur romantique et une vraie noirceur. Outre la rencontre déjà discutable où Degrieux sauve Manon du lynchage, la scène de coup de foudre est trop soudaine (et plus semblable à du désir qu'à de l'amour) et maladroite, Clouzot exprimant d'emblée la fragilité de cette relation par le regard inquisiteur des figures religieuse de l'église où a lieu cette première étreinte. Enfant de l'Occupation qui a connu la pauvreté et les privations (et dont il est sous-entendu qu'elle a frayée avec des soldats allemands), Manon (Cécile Aubry) veut désormais tout et tout de suite.

L'argent, les fêtes, les beaux appartements et la grande vie quitte à trahir plus d'une fois l'homme qu'elle aime. Degrieux représente aussi une forme de renoncement puisque ancien résistant, il reniera ses principes et tout amour propre par sa folle passion pour Manon dont il doit assurer le train de vie pour ne pas la perdre. C'est un Paris des bas-fonds, vivace avant-guerre et le seul à prospérer sans changer ses habitudes qui est montré là entre maisons closes luxueuses, séduction des uniformes au pouvoir par intérêt les officiers américain remplaçant les allemands, trafics de vin et cigarettes toujours aussi vivace. Clouzot dresse un portrait cinglant de cette population qui semble mieux accepter ce regard sans concession au vu de l'accueil critique du film, Lion d'or à Venise et lauréat du Prix Méliès en France.

Si la toile de fond est passionnante, on ne peut en dire autant de la trame principale. Le scénario ménage tout ce qu'il faut d'ambiguïté, de romantisme sincère et de cruauté mais ne captive pas la faute au manque de charisme des interprètes. Michel Auclair exprime une vraie fragilité mais son jeu est trop unilatéral et monolithique pour susciter un vrai intérêt. Pour le coup Serge Reggiani parfait en grand frère escroc aurait bien mieux su pousser la nature pathétique et humiliante de Degrieux. Pour Manon il aurait également fallut une actrice captivante capable d'égale manière d'exprimer la fragilité et l'égoïsme du personnage, détestable et attrayante à la fois.

Cécile Aubry avec son physique étrange et séduisant de femme enfant (que Clouzot exploite bien mieux que le pauvre Henry Hathaway qui ne sut qu'en faire sur La Rose Noire) est plutôt à l'aise en mauvaise fille attirée par la lumière mais trop maniérée et forcée dans les scènes sentimentales. Cela marche parfois vu le double jeu et les multiples trahisons de Manon mais hormis la belle scène où elle traverse tout un train pour retrouver Robert, pour le reste on est plus atterré qu'ému par cette romance. La narration en flashback (pour les trois quart du film) rate ainsi le coche puisque l'on a du mal à comprendre la compassion du capitaine du bateau pour le couple après un tel récit. Dans un registre voisin, Mylène Demongeot était autrement plus convaincante dans L'Inassouvie de Dino Risi, assez proche du Clouzot.

La dernière partie est à l'image des défauts et qualités de ce qui précède. Un aspect historique captivant et peu vu à l'époque avec l'arrivée de la diaspora en juive en Israël (et l'accueil sanglant qui annonce des décennies de conflits) qui perd de sa force par la présence du couple. La conclusion s'avère ainsi particulièrement interminable (malgré la beauté formelle des séquences de traversée du désert) avec un pathos bien lourd et forcé qui échoue dans sa tentative de transcender le destin des personnages.

Sorti en dvd chez SNC M6 Vidéo

Extrait


mercredi 22 juin 2011

Vincent, François, Paul... et les autres - Claude Sautet (1974)


Sixième film de Claude Sautet, Vincent, François, Paul... et les autres est un de ses grands succès commerciaux et s'inclut dans cette période de créativité intense qui le voit enchaîner dans la foulée Les Choses de la Vie (LE film où il se réinvente), Max et les Ferrailleurs et Mado.

Vincent, François, Paul... et les autres est un film placé sous le signe du déclin, et plus précisément du déclin masculin. Déclin moral, physique, intellectuel ou professionnel à travers les différents personnages principaux, déclin que l'on vit douloureusement ou déclin qu'on appréhende avec Jean (Gérard Depardieu) figure plus juvénile que les cinquantenaires usés qu'il côtoie et également à la croisée des chemins de son existence avec sa petite amie enceinte et sa carrière de boxeur stagnant.

Sans réelle intrigue directrice, le film (adapté d'un roman de Claude Neron qui collabore au scénario) nous promène sur quelques semaines dans différentes tranches de vie de cette bande de copain, les différentes crises qu'ils traversent se dessinant en filigrane. Le drame se noue dans leur incapacité à y répondre pour différente raison et se fait le portrait de la faillite d'une certaine manière d'être masculine typique de l'époque. Vincent (Yves Montand) s'avère ainsi incapable d'expliquer ses difficultés financière à sa petite amie lors d'un violent échange qui scelle leur rupture puisque sa fierté l'empêche de la rattraper quand il en a encore l'occasion.

La seule a qui il peut s'ouvrir, maladroitement certes (superbe dialogue emprunté de Montand lors des retrouvailles avec Stephane Audran) c'est son ex femme qui le connaissant décèle le malaise sous les airs bravaches. Vincent vit dans le souvenir de l'erreur qu'il commis en la laissant partir (poignant et furtifs flashback amenés tout en finesse par Sautet) et se ravisera bien trop tard.

François (Michel Piccoli) est lui un être dont toute la chaleur s'est éteinte dans le renoncement à ses idéaux et le confort bourgeois, traversant son existence en fantôme et incapable de réagir (si ce n'est par la violence ultime aveux de dépit et d'impuissance) aux infidélités de sa femme délaissée. L'écrivain raté incarné par Serge Reggiani est moins développé dans ses errements créatifs mais l'acteur lui confère une telle humanité et une forme de détresse contenue qu'il n'y guère besoin de reproduire artificiellement le schéma narratif de ses partenaires.

Sautet surprend dans le dernier tiers en rompant la linéarité de son récit par l'intrusion d'une voix off omnisciente nous expliquant les sentiments de ses héros. La forme littéraire reprend momentanément ses droits comme pour appuyer tel une chape de plomb l'enfermement existentiel des personnages, bien plus fort par ce procédé prenant un recul résigné sur les évènements. Un superbe film choral magnifiquement interprété par un casting à l'alchimie palpable dont l'aspect daté offre au contraire une belle patine nostalgique. Malgré les épreuves traversées, les sacrifices et les abandons concédés, c'est bien l'image de ses copains soudés, complices et heureux d'être ensemble qui s'imprègnent en nous quand arrive le générique de fin.

Sorti en dvd zone 2 chez studio Canal



lundi 28 mars 2011

Marie-Octobre - Julien Duvivier (1959)


Le film raconte les retrouvailles d'un groupe d'ex-résistants, dont certains s'étaient perdus de vue depuis la fin de la guerre. Ils dînent ensemble dans la demeure de leur ancien chef, Castille, qui a été arrêté et tué dans ce lieu même, évènement qui a précipité la chute du réseau. Cette soirée est organisée par Marie-Octobre, nom de code de l'ancienne estafette du réseau, et du propriétaire actuel des lieux, François Renaud-Picart. En réalité, ils ont organisé la réunion pour percer le mystère de la mort de Castille : un ancien membre de la police allemande leur a avoué que c'était grâce à un traître qu'ils avaient réussi à les découvrir ce soir-là.

Près de 15 ans après et sur un mode moins polémique que Le Corbeau, Marie-Octobre usait à nouveau du thriller pour rappeler le spectre de la délation qui plana sur la France aux heures sombres de l'occupation allemande. La trame, simple et imparable se noue autour d'un huis-clos entre anciens camarades résistants réunis en l'honneur de leur ancien chef Castille tué par la Gestapo. Les retrouvailles se font truculentes et conviviales, permettant de cerner les personnalités de chacun et les traits distingués qui se retourneront contre eux lorsque les raisons de cette entrevue éclateront : démasquer parmi eux le traître qui jadis causa le démantèlement du réseau et la mort de Castille.

Il s'ensuit alors une redoutable partie d'échecs où tout le monde alternera entre accusateur et coupable potentiel, la tension faisant sortir maintes révélations teintant d'ambiguïté les agissements de chacun en temps de guerre, l'amitié même entre les anciens amis et la mémoire même du chef défunt. Impossible d'anticiper l'issue et de deviner le coupable notamment grâce à un casting exceptionnel, parmi les impressionnant du cinéma français de l'époque. Bernard Blier est donc un avocat peu regardant sur la morale, Lino Ventura (dont la présence est telle qu'il est le seul qu'on ne soupçonnera jamais Duvivier l'a bien compris c'est le seul sur lequel il ne laisse planer aucun doute) un sanguin propriétaire de music-hall, Serge Reggiani un sentimental à l'ambivalence troublante auquel on peut ajouter Paul Meurisse, Noël Rocquevert, un truculent Paul Frankeur et Paul Guers ancien séducteur converti dans les ordres.

L'ensemble est dominé par une troublante et déterminée Danielle Darrieux, muse de chacun des hommes présents et possible enjeux de la traitrise passée. Ils jouent tous parfaitement leur partitions bien aidés par un scénario ménageant les rebondissements avec une science diaboliques du suspense et également les dialogues fabuleux de Henri Jeanson. Tour à tour cinglants, ironique ou franchement comique ( le Nous n'allons tout de même pas te dresser un Arc de triomphe en margarine lancé à Paul Frankeur par Noël Roquevert lorsque ce dernier se vante des victuailles fournies durant la guerre pour se défendre m'a plié de rire) ils transforment le film en joute verbale virtuose ou tout peu basculer à la moindre erreur d'élocution, d''oubli ou d'omission d'un détail.

En dépit de la nature de l'histoire on est heureusement très loin du théâtre filmé. Duvivier délivre en scène tour à tour inquisitrice avec ses plongées lourdes de sens sur l'assemblée ou l'accusé potentiel, les cadres se font larges pour ajouter à la confusion ou plus serré pour capter la moindre défaillance en gros plan. Les mouvements de caméras jouent également de cette suspicion en se promenant de l'un à l'autre des protagonistes, devenant l'instrument de cette culpabilité et de ce malaise ambiant. Le découpage, l'agencement des personnage dans le décors et le jeu sur le champs contre champs forment un tout incroyablement pensé qui ajoute à la maîtrise fabuleuse dont fait preuve Duvivier pour faire naître la tension. Hormis quelques étranges petits interludes sur un match de catch se déroulant à la télévision, la tension ne se relâchera jamais jusqu'à une conclusion implacable et tragique. Grand film.

Sorti dans une très belle copie chez chez Pathé

Extrait



vendredi 6 août 2010

Les Portes de la Nuit - Marcel Carné (1946)


À la fin de la Seconde Guerre mondiale et le temps d’une nuit parisienne, le Destin orchestre l’aventure amoureuse et tragique entre le jeune résistant Diego et la belle Malou (mal) mariée à un collaborateur.
Dernière collaboration des maîtres du "réalisme poétique" Carné/Prévert dont l'echec relatif scellera la séparation artistique. La grande force de leurs succès de l'époque, c'était cette capacité à croiser un récit social et engagé (même s'il s'en défendaient parfois pour éviter les problèmes) avec une dimension romantique, fantastique et poétique qui s'équilibrait entre le scénario et les dialogues de Prévert et la mise en scène inspiré de Marcel Carné (et des génie de l'équipe artistique comme le décorateur Alexandre Trauner). La machine se grippe un peu ici avec un Carné réticent devant le sujet trop polémique qu'il souhaite plus fortement orienter du côté de la poésie et du surnaturel pour en atténuer la portée.

On suit donc au lendemain de la Libération la destinée de plusieurs personnages vivotant dans un Paris encore sous le coup de privations. Chacun représente les facettes d'une certaine manière d'agir durant la guerre, avec les anciens résistants Yves Montand et Raymond Bussières, ceux qui ont collaboré avec l'infâme duo père et fils Serge Reggiani/Saturnin Fabre ou encore les exilés qui reviennent au pays. Un mystérieux clochard joué par Jean Vilar navigue entre ses différents personnages, leur annonçant de sombre présage.

Le film fait preuve d'une sacrée audace alors que le ton se fait à la réconciliation et à l'oubli en dénonçant les collaborateurs, ceux qui ont traficoté avec les allemands que ce soit commercialement comme le père Sénéchal ou pire en dénonçant comme Serge Reggiani. Le clochard (qui est en fait le destin) tire donc les ficelles pour le meilleur et pour le pire pour démasquer les vieux ennemis ou provoquer un lien amoureux inespéré dans cette France brisée. Le problème est que contrairement au Visiteurs du Soir (hormis l'époque médiévale qui diffère c'est celui qui m'est le plus venu à l'esprit) ou Les Enfants du paradis les différents thèmes et tonalités voulues manquent de liant entre elles pour diverses raisons.

Le casting originellement prévu (Jean Gabin/Marlène Dietrich) auraient élevé l'ensemble mais là Yves Montand est encore trop tendre pour le vécu de son personnage et fait un fade héros romantique, tandis que sa dulcinée Nathalie Nattier est elle carrément transparente. Le surnaturel et la morale se font bien trop sentencieuse avec les envolées mystiques et philosophiques de Jean Vilar et crée un déséquilibre.

Vu le talent des personnes engagée on est cependant loin du grand ratage tout de même. Marcel Carné offre une séquence somptueuse lors de la rencontre entre Diego et Malou, Montand découvrant sa belle comme dans un rêve en la voyant d'abord sur le reflet d'un miroir avec une belle scène de danse dans un chantier. La reconstitution du métro Barbès, l'ambiance nocturne puissante (belle photo de Philippe Agostini) et un final magnifique où Montand (enfin convaincant) s'éloigne totalement brisé tel un spectre démontre les réelle qualité du film qui a juste le défaut d'être en dessous des exceptionnelle réussite qui ont précédées.

Le film se fait massacrer par la critique à cause de ses défauts évidents mais aussi parce qu'il est encore un peu trop tôt pour évoquer certains sujet qui touchent une partie de la presse qui s'est reconnue...

Sorti dans une belle édition chez Pathé

Extrait