Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 18 décembre 2016

The Stone Roses : Made of Stone - Shane Meadows (2013)


The Stone Roses fut un des groupes majeurs du rock anglais de la fin des 80’s et du début 90’s. Croisant l’héritage de la pop 60’s (à travers des mélodies délicates et des guitares carillonnantes inspirées des Byrds) avec le courant Acid house que traversait l’Angleterre (et préfigurant l’engouement pour les raves et les musiques électroniques des 90’s), le groupe rencontrerait un immense succès avec son premier album The Stone Roses en 1989. Englué dans un procès avec son label et son manager qui les a spolié de leur royalties, le groupe est interdit de faire paraître de la musique en son nom pendant des années et végète jusqu’à la sortie tardive de Second Coming, deuxième album paru en 1994. Cependant le cœur n’y est plus après ces mésaventures et des groupes qu’ils ont influencés comme Oasis les ont supplantés dans le cœur des fans. En 1995 c’est la séparation inévitable et l’histoire aurait dû en rester là, maintenant l’aura culte du groupe. 

Pourtant en 2012 les Stone Roses font l’annonce inattendue de leur reformation imminente et d’une tournée qui doit s’achever en Angleterre à Heaton Park. Shane Meadows, un des réalisateurs anglais contemporain les plus intéressants dont l’ancrage social et la passion musicale ne sont plus à prouver (le tétanisant Dead Man Shoes (2004), l’excellent This is England (2006)) s’attèle donc dans ce documentaire à accompagner les préparatifs de ce retour des Stone Roses. Cette actualité ancre le film dans le présent et le déleste de l’aura nostalgique du plus récent et formidable Supersonic (2016) consacré à Oasis, puisque toutes les archives exhumées du glorieux passé des Stone Roses sert un parallèle avec leur reformation. 

Les débuts balbutiant où Ian Brown (chant), John Squire (guitares), Mani (basse) et Reni (batterie) se rencontrent au sortir du lycée, cherchent leur style et tâtonnent de longues années alterne ainsi avec les retrouvailles chaleureuses, notamment une formidable scène de première répétition où l’on sent les désormais vieux briscards retrouver leur ancienne alchimie. Il en va de même quant à la personnalité de chacun, les images de 1989 montrent des post-adolescents timides et repliés sur eux même incapables d’aligner trois mots en interview quand en 2012 ils jouent avec la caméra de Shane Meadows tout en parvenant à maintenir ce naturel attachant.

Le réalisateur en vrai fan du groupe se met également en scène. La ferveur qui accompagne le premier concert « de chauffe » que donne gratuitement le groupe à Manchester se ressent autant dans l’engouement populaire que capte Shane Meadows que par son propre enthousiasme face caméra où il avoue ému n’avoir pas pu voir les voir sur scène du temps de leur splendeur et profiter de son film pour assouvir son rêve. Ce regard de fan aurait pu servir une vision trop hagiographique mais les dissensions d’antan rattrape les Stone Roses et amène une dramaturgie inattendue au documentaire. 

Un concert annulé suite à une dispute permet un nouveau parallèle cette fois plus négatif avec le passé, nous rappelant au souvenir du tumulte qui conduisit à la première séparation (notamment l’imprévisibilité de Reni déjà capable de laisser ses camarades en plan sur un coup de tête). Plutôt que de filmer les longues négociations et le nouveau rabibochage à effectuer, Shane Meadows préfère nous en montrer le résultat avec une conclusion triomphale sur le concert à Heaton Park. Rien de mieux que la musique pour illustrer le lien indéfectible qui unit les Stone Roses et ce sera sur un Fool’s Gold d’anthologie, porté par un groove phénoménal qui ne peut fonction qu’avec une vraie cohésion et plaisir de jouer avec l’autre.

Edité depuis le 15 novembre par Les Films du Paradoxe

samedi 23 juillet 2011

Dead Man's Shoes - Shane Meadows (2004)

Richard revient à Midlands, un petit village, son village natal, à la fin de son service militaire. Il n'a plus qu'une chose à l'esprit : prendre une revanche. Il veut rendre la monnaie de sa pièce aux brutes locales qui ont maltraité son frère.

Les quelques films de Shane Meadows diffusés en France comme l'excellent This is England (l'escalade criminelle d'une petite frappe skinhead paumée) le désignait comme un digne successeur des grands réalisateurs sociaux anglais comme Ken Loach ou Mike Leigh. Pourtant sous cette facette engagée on pouvait entrevoir chez lui un certain attrait pour le cinéma de genre, ce que confirme ce Dead Man Shoes film de vengeance des plus déroutant.

Le postulat est simple. Richard (Paddy Considine), militaire désaffecté revient dans son village natal en compagnie de son jeune frère attardé qui durant son absence a subit les maltraitances multiples des malfrats locaux. On croit voir venir la suite vengeresse implacable mais le scénario tout en suivant cette ligne attendue désamorce constamment toute la teneur potentiellement "exaltante" de la chose. Si les adversaires s'avèrent être des ordures répugnantes et indéfendables (ce que souligne les éprouvants flashback où on voit les mauvais traitements subits par le frère du héros) ce sont aussi des minables dont ont devine rapidement qu'il ne feront pas le poids face à un Richard adepte des méthodes guérilla brisant psychologiquement l'ennemi avant de l'attaquer.

Paddy Considine tout en rage contenue et le regard dément de celui qui n'a plus rien à perdre est absolument terrifiant. En deux lignes de dialogues lourdes de menace son invulnérabilité ne fait plus aucun doute et ses cibles perdent de leur assurance pour ne plus être que des proies apeurées. Meadows évite tout emphase aux exactions de son héros, l'atmosphère rurale est absolument glaciale, les éclairs de violence fulgurants et cliniques. Richard a dépassé les monstres qu'il a voulu éliminer et n'a plus rien d'humain.

L'émotion qu'on attendait plus finit par surgir de manière bouleversante quand survient une saisissante révélation qui fait lorgner le film vers le fantastique et c'est carrément au Eastwood de L'Homme des Hautes Plaines qu'on pense. Meadows partage ce même goût du mystère et du non dit et la direction inattendue qu'il choisit ne nous apparaît que sur la toute fin. Plus qu'aux agresseurs de son frère, c'est sans doute à lui-même que Richard en veut le plus d'être parti et de l'avoir laissé à leur merci, comme le souligne un final implacable et parfaitement logique. Une sacrée claque que voilà et qui hante longtemps.

Sorti en dvd zone 2 français chez Europa Corp