Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 11 décembre 2013

Lunch Hour - James Hill (1961)


Lunch Hour est une pépite méconnue et diablement subtile du cinéma anglais du début 60's qui pour le spectateur distrait passerait presque pour une fable moraliste alors qu'il s'agit d'un manifeste féministe terriblement cinglant. Un homme (Robert Stephens) et une femme (Shirley Anne Field) se retrouve à l'heure du déjeuner dans une modeste chambre d'hôtel. Leur attitude gênée et échanges de banalités témoigne de l'inconvenance de la situation et de la nature illégitime de la liaison sans que ce ne soit dit.

Le désir semble pourtant le plus fort et alors que l'inévitable rapprochement s'effectue un raccord en mouvement nous ramène quelque mois plus tôt aux prémisses de cette liaison. Elle (tous deux ne seront jamais nommé et simplement un homme et une femme dans le récit) est une jeune dessinatrice dans une entreprise de peinture tandis que lui est cadre de la compagnie.

L'attirance est immédiate tant la gentillesse et l'attention de Robert Stephens est aux antipodes du machisme ordinaire de ce cadre professionnel, entre les avances larvées sous couvert prévenance envers les employé(e) d'un directeur et remarques salaces des ouvriers voyant passer la silhouette élancée de Shirley Anne Field. Le film nous plonge en pleine Angleterre rigide et moraliste d'avant la révolution sexuelle, la pilule et l'hédonisme de la jeunesse du Swinging London.

Ainsi tout témoignage d'affection trop manifeste du couple se voit sanctionné par un regard extérieur sévère : une étreinte trop tendre dans un parc et c'est le gardien qui viendra les interrompre d'un œil furibond, un baiser dans le recoin désert d'un musée et le guide interrompt sa visite, se tenir affectueusement la main au restaurant signifiera d'être servit avec brusquerie lorsqu'on fera sa commande.

L'environnement ambiant n'est que frustration, au travail où il ne faut pas faire naître les rumeurs et le quotidien repose de toute façon sur cette culpabilité puisque Robert Stephens est marié. La mise en scène de James Hill fait de ce Londres blafard (somptueuse photo de Walter Suschitzy) une prison à ciel ouvert où toute expression de sentiment se fait en secret de peur d'être jugé. Robert Stephens va donc avoir recours à la solution la plus discrète et scandaleuse en louant une chambre d'hôtel qui nous ramène donc au point de départ du film. Seulement rien ne va se dérouler comme prévu.

Lunch Hour est adapté de la pièce éponyme de John Mortimer (qui signe également le scénario) d'abord jouée sur les ondes de la BBC en 1960 puis sur les planches londonienne l'année suivante. Si ce rigorisme moral constitue la toile de fond de l'intrigue, il n'en est pourtant pas le sujet principal. Dès le départ, on aura senti une sorte de fossé entre Shirley Anne Field et Robert Stephens. Elle est caractérisée en grande partie par sa culture, sa nature paisible et son gout pour le dessin tandis que lui n'existe que par le désir qu'il a d'elle.

Les échanges ne tournent finalement qu'à cette frustration de l'assouvissement de ce désir Robert Stephens s'avère trop limité lorsqu'ils chercheront à avoir d'autres sujet de discussion notamment sur les dessins de Shirley Anne Field. Tous ces éléments constituent des signes avant-coureurs du fiasco dans la chambre d'hôtel. Une nouvelle fois l'élément perturbateur viendra d'un personnage extérieur avec ici la logeuse envahissante joué par Kay Walsh.

Son intrusion révèle à Shirley Anne Field le mensonge de Robert Stephens pour louer la chambre, les faisant passer pour un couple marié. Rien de perturbant face à cette ordre moral mais la sophistication du mensonge va en fait révéler la vision du monde de l'homme et révolter la jeune femme. Plutôt que le surligner par le dialogue, l'affabulation de Stephens s'exprime sous forme fantasmée avec Shirley Anne Field jouant le rôle de l'épouse et on découvre ainsi réel ou purement inventé un quotidien où la femme est assignée aux tâche ménagère, à l'éducation des enfants et où lui-même est absent et passif. En s'inventant une telle existence factice, il méprise finalement son épouse et les femmes en général, Shirley Anne Field se sentant finalement impliquée en assumant ce rôle dans le fantasme.

On aura ainsi des dialogues surréalistes où elle reproche à Robert Stephens dans manques en tant que mari, ce qu'il n'aura été que dans son mensonge et son illustration par James Hill. Cela suffit pourtant à souligner finalement son indifférence et sa froideur, Shirley Anne Field comprenant qu'elle ne peut se lier à un tel homme. Un scénario à la structure déroutante qui fut rapproché des écrits de Penelope Mortimer épouse de John Mortimer et qui mis en place un dispositif similaire dans Le Mangeur de citrouille (adapté brillamment par Jack Clayton) ou dans son scénario pour le Bunny Lake a disparu (1965) d'Otto Preminger avec de nouveau une femme victime d'un homme froid et manipulateur.

John Mortimer reprend ainsi à son compte le leitmotiv de son épouse et (selon l'interprétation des bonus du dvd) se faire pardonner ses nombreuses infidélités et prônant ces mêmes préceptes féministes. Le message s'avère ainsi assez novateur et cinglant tout en maintenant la morale sauve avec une rare intensité (entre tonalité austère et vraie sophistication visuelle), notamment grâce à la prestation passionné de Shirley Anne Field. Une très belle découverte qui réussit à brasser tous ces thèmes en à peine 1h, ce format ayant limité injustement la visibilité du film.


Sorti en dvd zone 2 anglais et en bluray chez BFIet doté de sous-titres anglais

Extrait

vendredi 29 avril 2011

Samedi soir, dimanche matin - Saturday Night and Sunday Morning, Karel Reisz (1960)


Dans les années 1960, à Nottingham, Arthur, un ouvrier de 24 ans, le week-end venu, s’étourdit dans les pubs pour oublier sa condition sociale précaire malgré son travail consciencieux à l’usine. Dès le samedi, la bière coule à flots pour lui et ses copains. Sa maîtresse, Brenda, une femme plus âgée que lui et épouse d’un de ses collègues de travail, lui est très attachée. Mais Arthur est bientôt attiré par une jeune fille de son âge, Doreen, une nouvelle relation qui a pour effet de rompre avec son morne quotidien.

Saturday Night and Sunday Morning est un des films manifeste du "free cinéma" anglais, mouvement britannique des sixties équivalent à la Nouvelle Vague française même si plus politiquement engagée que cette dernière. Le phénomène trouve d'ailleurs en partie son origine du côté littéraire puisque certaines de ses préoccupation se retrouvent déjà chez les Angry Young Men, groupe de jeunes auteurs britanniques apparus durant les années cinquante. Leurs écrits se caractérisaient par la touche authentique et réaliste des milieux prolétaires dépeints, que ce soit les personnages type working class heroes favorisant une écriture au langage simple ou dans les situations issues du quotidien qui leur vaudront également le qualificatif de kitchen sink drama (variation du terme Kitchen sink painters attribué au peintres réalistes anglais des années 40/50). Le film de Karel Reisz adapte donc un des livres les plus culte du mouvement, écrit par Alan Sillitoe (qui en signe également le scénario) en 1958 et qui verra un autre de ses écrits transposé dans le cadre du free cinéma avec La Solitude du Coureur de fond réalisé en 1962 par Tony Richardson (ici producteur).

Saturday Night and Sunday Morning c'est donc aussi et surtout l'histoire d'un jeune homme en colère, ce Arthur incarné avec une fougue et authenticité peu commune par le jeune Albert Finney qui crève l'écran pour son premier rôle au cinéma. La vie d'Arthur se partage entre les semaines morne où il ronge son frein à l'usine et le weekend où enchaîne les beuveries épique au pub avec ses amis et aligne les conquête féminines. Car Arthur a trouvé la solution parfaite pour s'évader de ce Nottingham grisâtre, se ficher de tout et de tout le monde et n'en faire qu'à sa tête. Albert Finney campe ainsi un personnage impulsif et imprévisible dans ses actes comme ses propos, un gamin espiègle qui n'a aucune envie de grandir comme le montre d'hilarantes scènes où il joue de bien mauvais tours à ses congénères comme placer un rat mort au poste d'une collègue d'usine ou tirer au fusil à plomb dans la fesse d'une voisine récalcitrante.

Arthur ne cherche qu'à vivre au jour le jour et sans attache, et le mariage aboutissement logique de tout les jeune gens de son âge est synonyme de prison à laquelle il faut échapper. Le film se fait le portrait d'une certaine Angleterre de l'après guerre résignée et sans perspectives. Les quidams qui ont connus la guerre et les privations se contentent aisément d'un travail modeste et monotone qui leur apporte sécurité, la télévision étant une distraction bien suffisante et ils n'aspirent finalement à rien d'autres. La génération suivante, celles de leurs enfants ne se reconnaît pas dans cette perspective toutes tracée mais le film montre finalement l'impasse de ces jeunes gens face aux possibilités d'avenir terriblement limitées.

Pour Arthur, l'étau va même se resserrer dangereusement lorsqu'il mettra enceinte une amante mariée où à travers la rencontre d'une jeune fille (Shirley Anne Field) plus délicate que ses conquêtes habituelles. Le filme nous promène ainsi au fil des pérégrinations quotidiennes et des pensées de Arthur dans une ligne narrative ténue et liées aux états d'âmes de son héros. La mise en scène de Karel Reisz est une alliance d'authenticité (qui se réperrcute dans les dialogues et situations où on évoque ouvertement le sexe, l'avortement...) et d'élégance nous faisant visiter les recoins les plus prolétaires de Nottingham avec ses pubs enfumés ou la pinte coule à flot, les plans d'ensemble de paysage avec cheminées d'usines à pertes de vues, espaces ruraaux de plus en plus restreint, petites ruelles où jouent les gamins...

La photo de Freddie Francis propose un noir et blanc somptueux et tout en nuances qui capte la vérité ce cadre tout en lui conférant une recherche visuelle toute cinématographique. La description est d'ailleurs loin d'être négative et avec le temps c'est une vraie nostalgie qui se dégage pour cette Angleterre chaleureuse et faîtes de plaisir simple comme la promenade dominicale à bicylette, les excursion à la pêche, les sorties au dancing (belle bande son mod jazzy du et bien évidemment les réunions au pub. La conclusion laisserait notre héros presque rangé mais rien n'est moins sûr tant rien ne laisse totalement penser que sa nature indomptée saura être domestiquée surtout quand on sait que la société anglaise sera amenée à être bien plus libérée dans un avenir proche.Le film est un immense succès et multipliera les récompenses en Angleterre pour son acteur principal et son réalisateur promis à un bel avenir.

Saturday Night and Sunday Morning a également un immense impact sur la culture pop anglaise jamais démentie à ce jour. La chanson des Smiths There is a light that never goes out de l'album The Queen is dead s'inspire d'une phrase de Doreen (I want to go where there's life and there's people devenant I want to see people and I want to see life) tandis que le titre du premier album des Arctics Monkeys Whatever People Say I Am, That's What I'm Not (dont la pochette affiche le visage d'un pur lads glandeur clope au bec à la Albert Finney) reprend une des répliques cultes d'Arthur. On peut ajouter un titre des Stranglers et aussi de Madness en 1999 intitulé Saturday Night and Sunday Morning en hommage au film pour mesurer son importance dans l'appel à un nouvel idéal de vie pour les jeunes anglais.

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films mais l'édition est un peu chère donc éventuellement opter pour le zone 1 bien moins onéreux sorti chez MGM et dotée se dous -titres français. Ensuite pour les anglophones il existe une belle édition collector sorti en zone 2 anglais dotés de sous-titres anglais et les plus équipés peuvent même tenter le très beau bluray édité récemment et également doté de sous-titres anglais.

Bande annonce



Et pour rester dans l'esprit pop anglais un montage du film sur le morceau des Last Shadow Puppets, My mistake was made for you