Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 6 mars 2018

Artistes et Modèles - Artists and Models, Frank Tashlin (1955)

Rick Todd, un artiste de seconde zone, vit avec un colocataire gaffeur, Eugène Fullstack. Ce dernier fait des rêves délirants sur les aventures d'un super-héros nommé « Vincent-le-Vautour » : Rick note les idées d'Eugène, qui parle en dormant, et s'en inspire pour créer une bande dessinée qui lui permet de trouver enfin le succès. Les deux compères font bientôt la connaissance de deux résidentes colocataires de leur immeuble, Abby Parker et Bessie Sparrowbush. Abby s'avère être aussi auteur de BD et, de surcroît, des préférées d'Eugène, celles de « Madame Chauve-souris ». Abby s'inspire de sa fofolle copine Bessie pour écrire ses histoires…

Artistes et modèles est le quatorzième film en commun du duo comique formé par Jerry Lewis et Dean Martin. Peu auront réellement passé avec bonheur l'épreuve du temps mais Artistes et modèles constitue sans conteste une de leur plus grande réussite. Cela est grandement dû au choix de Frank Tashlin à la mise en scène, recruté pour son passé de dessinateur et cartoonist. Le sujet est au cœur du scénario avec des personnages gravitant (ou espérant) dans le milieu de la bande dessinée. Rick Todd (Dean Martin) et Eugene Fullstack (Jerry Lewis) sont donc des aspirants dessinateurs et auteurs qui végètent sans espoirs immédiat de réussite. Dean Martin retrouve son emploi de séducteur et Lewis celui d'homme-enfant gaffeur mais l'intrigue repose moins que dans d'autres de leur films sur leur interaction. Aux intrigues très lâches habituelles s'ajoutent une loufoquerie plus prononcée où Tashlin s'inscrit dans le sillage des en cours de la comédie américaine.

Pour décupler cet aspect cartoonesque Tashlin fait de Jerry Lewis et Shirley MacLaine le vrai duo comique du film, à savoir celui sur lequel repose la plus grande excentricité. Leur première rencontre arrive après une série de facéties rocambolesque reposant sur l'apparat et l'hyper expressivité, les excès somnambule de Eugene l'amenant à chambouler son voisinage et croiser la route de Bessie (Shirley MacLaine) grimée du costume de son personnage de bd favori Bat Lady. Chaque face à face fait des étincelles dans la démesure délirante où Tashlin ajoute une multitude de gags directement inspirés du cartoon, notamment dans leur dimension sexuelle. Dans le bureau de l'éditeur, Eugene tente maladroitement un baiser pour faire diversion, baiser qui lui est rendue avec une fougue inattendue par Bessie qui le plaque contre une fontaine d'eau qui se met à surchauffer pour traduire son émoi amoureux et surtout érotique. Enfin la séduction volontaire de Bessie culmine dans une folle sérénade amoureuse (et meilleur numéro musical du film) où elle entonne un Innamorata enflammé pour Eugene, la sensualité (le petit maillot de bain jaune et les attitudes à la Betty Boop de Shirley MacLaine ne laisseront pas indifférent) se disputant à la farce avec les réactions hilarantes de Lewis.

Le couple Dean Martin/Dorothy Malone parait nettement plus sage mais leur nature commune d'artiste amène l'autre thématique du film. L'une des premières scènes voit Rick et Eugene surmonter leur dénuement extrême du moment en "faisant semblant" que cela va mieux pour eux. Tashlin déploie avec humour une mécanique de l'illusion jouant autant sur les attitudes ou la bande-son traduit l'illusion (la bande-son faisant surgir des notes de piano quand Lewis feint d'en jouer), les gags ses effets impossible dans le réel (des objets de l'appartement qui tombent suite au contact de ceux imaginaire lancés par Martin) et le jeu outré de Lewis la manière outrée de s'en convaincre avec ce maigre fayot dégusté et assaisonné comme un véritable festin.

Cette thématique du faux-semblant, du fantasme plus ou moins impossible à réaliser est au cœur de la comédie américaine des années 50 - et développée en amont, comme l'incursion du cartoon par un Preston Sturges. Billy Wilder s'y frottera dans une dimension de pastiche, de romance et de chronique sociale dans Sept ans de réflexion (1955) et Certains l'aiment chaud (1959) tandis que la veine satirique et cartoonesque sera mieux creusée par Tashlin dans La Blonde et moi (1956) et surtout La Blonde explosive (1957). Si l'intrigue de Artistes et modèles n'est pas très percutante (c'est plutôt une suite inégale de sketch), le dédoublement et le jeu du vrai/faux des situations et interactions des personnages est passionnant. L'illusion, le rêve et le mensonge débouchent plusieurs fois sur un réel inattendu (les élucubrations nocturnes de Lewis base d'une vraie bd, cette bd source d'une sous-intrigue d'espionnage), les fantasmes s'incarnent dans un réel qu'on est capable de voir ou pas (Lewis croisant la vrai Bat Lady puis troublé sans se l'avouer par Bessie sans son costume). Le script inclut même des clins d'œil amusant comme lorsque Dean Martin entonne un doux Sweetheart à Dorothy Malone, chanson de son répertoire que son personnage s'excuse de ne pas interpréter aussi bien que son vrai interprète.

Ces divers éléments sortent ainsi le film de la mécanique des films du duo, dont la sensualité emmène vers des rives plus adultes. Les allusions sexuelles et dialogues à double sens pleuvent, sans parler des situations érotiques équivoques telle cette apparition incendiaire de Dorothy Malone dans une serviette de bain cachant tout juste le minimum requis - scène maintenue par la Paramount malgré les demandes de coupe des membres du Code Hays. Le film entame une fructueuse collaboration entre Jerry Lewis et Frank Tashlin qui signera ensuite Hollywood or burst (1956) pour le duo puis six films (Rock-a-Bye Baby (1958), The Geisha Boy (1958), Cendrillon aux grands pieds (1960), L'Increvable Jerry (1962), Un chef de rayon explosif (1963) et Jerry chez les cinoques (1964)) pour Lewis en solo. C'est la rencontre aussi des futurs complices du Rat Pack avec Shirley MacLaine et Dean Martin amené à se retrouver plusieurs fois et surtout dans le superbe Comme un torrent de Vincente Minnelli (1958).

Sort en dvd zone 2 français chez Paramount 

mardi 7 juillet 2015

La Garçonnière - The Apartment, Billy Wilder (1960)

C.C. Baxter est employé dans une société d’assurance new-yorkaise. Célibataire, il n’hésite pas à prêter son appartement à ses supérieurs en quête de relations extra-conjugales. En échange de ce service, le jeune Baxter se voit offrir un nouveau poste dans la société. Tout semble se dérouler à merveille jusqu’à ce que le chef du personnel s’encanaille de la jeune liftière dont CC est secrètement amoureux...

Billy Wilder termine les années 50 en apothéose avec La Garçonnière, chef d’œuvre qui constituera le dernier de ces films où il se trouvera totalement en phase avec le public et la critique - d’autres grands films suivront mais rencontreront un accueil plus mitigé. Sur son film précédent, Certains l’aiment chaud (1959), Wilder avait inauguré la collaboration avec I. A. L. Diamond qui sera son coscénariste prolifique jusqu’à la fin de sa carrière (après le fructueux duo des débuts avec Charles Brackett conclut sur Boulevard du Crépuscule (1950)). Ce partenariat va stimuler Wilder et l’inciter à ranimer un postulat qui lui trotte dans la tête depuis de longues années mais qu’il n’a jamais concrétisé. L’inspiration lui vint d’une fameuse scène du Brève Rencontre (1945) de David Lean où les amants se retrouvaient à l’appartement d’un ami de Trevor Howard. Wilder imagine alors le sentiment de celui qui laisserait ainsi son domicile à disposition des amours de ses amis. Il a d’ailleurs matière à observer cette situation dans la réalité puisqu’il semble que Tony Curtis ait été une autre source d’inspiration, lui qui profitait en échange de petits rôles de la demeure de son ami Nicky Bair pour conclure avec ses innombrables conquêtes.

Wilder replace cependant le postulat dans un milieu professionnel réaliste des salary men ambitieux des 50’s. Un cadre largement  traité dans le cinéma américain de cette décennie, autant à des fins de mélodrames (L’Homme au complet gris (1956) de Nunnally Johnson) que de franche et hilarante satire (La Blonde explosive (1957) de Frank Tashlin) mais toujours dans une volonté de dénoncer l’inhumanité et l’absence de scrupule qu’il faut pour s’y élever. Wilder s’inscrit dans cette veine et offre une parfaite synthèse des deux approches, son ironie croquant avec brio ce milieu mais sa sensibilité faisant progressivement basculer le récit vers le drame touchant. Les premières images du film nous montrent des vues aériennes de New York, nous faisant comprendre la difficulté de l’individu à s’y faire une place, intime comme professionnelle. Une réflexion qui se prolonge lorsque nous pénétrons dans les gigantesques bureaux d’une compagnie d’assurance (extraordinaire décor conçu par  Alexandre Trauner) où le personnel s’agite telle une fourmilière de travailleurs indistincts. Pour gravir les échelons, il faut se distinguer d’une manière ou d’une autre et le malheureux C.C. Baxter (Jack Lemmon) a trouvé la pire qui soit.

Son appartement sert en effet de garçonnière à l’ensemble des cadres dirigeants de l’entreprise, le forçant à de longues heures supplémentaires gratuites puis à des errances nocturnes par tous climats en attendant que ces messieurs aient conclus leurs « affaires ». La première partie du film est hilarante pour dépeindre les déboires de Baxter, le plus souvent à la porte de chez lui et forcé de tenir un véritable planning des passages journaliers des pontes incarnés avec une désinvolture jubilatoire par notamment Ray Walston (qui retrouvera Wilder dans le génial Embrasse-moi idiot (1963)) ou encore David White (qui annonce son rôle de patron abusif dans la série Ma sorcière bien aimée). Le comique de situation fonction à plein, que ce soit dans un registre satirique (la clé de l’appartement circulant de bureau en bureau) ou pathétique quand Baxter doit avaler toute les couleuvres par espoir de promotion et s’effacer à chaque fois. Le plus cruel intervient pourtant quand il peut enfin investir son appartement, la solitude urbaine ordinaire et le désert sentimental ne lui laissant que la télévision et ses réclames comme compagnon. Finalement autant en laisser d’autres s’amuser en ces lieux.

 Lorsque la promotion semble enfin s’annoncer avec la rencontre du directeur Sheldrake (Fred MacMurray) ce n’est que pour se faire exploiter une fois de plus. Wilder évoque avec brio le rapport de soumission dans un dialogue brillant, Sheldrake culpabilisant et intimidant Baxter sur les causes de sa popularité avant de se placer au même niveau que des autres profiteurs. Jack Lemmon exprime cette soumission des faibles destinés à être exploités d’une façon subtile, Baxter dégageant une bonhomie avenante où l’ironie se dispute à la docilité avec une vraie lucidité pour le personnage. Il représente le pendant lumineux des figures de victimes, la jolie liftière Fran Kubelik (Shirley MacLaine) figurant elle la facette plus sombres et fragiles d’être ne supportant pas d’être ainsi rabaissé plus bas que terre. 

On peut même voir cette dimension prolongée aux noms des personnages. Les patrons représentent des figures de l’américain WASP machiste, tout puissant et monstrueux alors qu’ironiquement cette absence de masculinité balourde le rendant inférieur, cette sensibilité qui le distingue s’affirme dans le prénom même de Baxter, C.C. (déclinaison de « cissy signifiant chiffe molle en anglais voir même une insulte plus ouvertement homophobe). Fran est destiné à subir à la fois par son statut de femme mais également aussi d’étrangère connotée par son nom, doublement soumise par la puissance mâle wasp. Les figures plus positives comme le voisin médecin (étranger et d’une profession « utile ») inciteront pourtant les héros à se réaffirmer, là aussi par un qualificatif quand il intimera à C.C. de devenir un « mensch » (être humain) et dans une moindre mesure son épouse lorsqu’elle soignera Fran après sa tentative de suicide.

 Le couple d’oppressés que forme C.C. et Fran ne peut exister tant qu’ils sont dépendant et estiment devoir  rendre des comptes à leurs dominant professionnels ou sentimentaux. La deuxième partie bien plus sombre montre ainsi cette prise de conscience progressive, cette découverte qu’ils ne sont que des jouets et sources d’amusements entre les doigts des nantis. On est touchés par ce lent rapprochement en huis-clos (où le devine la première intention de Wilder qui comptait en faire une pièce de théâtre à l’origine), l’alchimie fonctionnant merveilleusement entre Lemmon et MacLaine. Lui par cet espoir si fragile d’être aimé et si proche de Fran, celle-ci par sa profonde vulnérabilité.

Shirley MacLaine avait déjà magnifiquement joué des personnages tragiques (le somptueux Comme un torrent (1958) de Vincente Minnelli) mais cette dépression chargé de passivité, ce sentiment d’impossibilité d’échapper à sa condition lui permet de réellement exprimer un registre novateur. Là aussi Wilder s’adapte aux qualités de ses acteurs pour signifier leur rébellion, Lemmon brisant le cercle de l’humiliation avec fermeté dans une scène avançant comme celle pathétique du début du film mais avec une chute cinglante. MacLaine par une révélation se décharge littéralement de son spleen le regard s’animant et le visage s’illuminant dans une sordide fête de nouvel an. Ainsi débarrassé de leur chaîne et enfin accompli, nos héros peuvent s’aimer. Un des plus beaux films de Wilder qui lui vaudra cinq Oscars.

Sorti en dvd zone 2 chez MGM et en bluray che Fox

vendredi 17 avril 2015

Tendres Passions - Terms of Endearment, James L. Brooks (1983)

Aurora a élevé seule sa fille Emma, excluant tout homme de sa vie. Pourtant, Emma quitte à la première occasion cette mère abusive. Seule, Aurora rencontre alors Garret, qui est un ancien cosmonaute désormais alcoolique... Des liens entre ces deux personnes prennent forme.

Réalisateur à la filmographie aussi rare que précieuse (à peine 5 films en 30 ans), James L. Brooks rencontrait le succès dès son premier essai avec ce Tendres Passions. Ayant débuté à la télévision dans les années 70 (support qu’il ne délaissera jamais puisqu’il est un des producteurs des Simpson), Brooks en instaure certains motifs dès ce premier film. Le choix délibéré d’une narration prenant son temps, le travail sur les ellipses (le récit se déroulant sur plus de 20 ans) et l’art de créer une proximité avec les personnages sur le quotidien plutôt que les péripéties marquées, tous cela obéit à une logique feuilletonnante qui pourrait être celle d’une série. Brooks en tire le meilleur tout en concevant une vraie œuvre de cinéma, à la construction ambitieuse sous sa dimension intimiste. Adaptant un roman de Larry McMurtry, le film dépeint la relation fusionnelle et tumultueuse d’une mère et de sa fille, Aurora (Shirley MacLaine) et Emma (Debra Winger).

L’histoire dessine un étonnant portrait de femme en ce début des années 80. Après la mort de son époux, Aurora a élevé seule sa fille, excluant toute nouvelle relation avec un homme si ce n’est cour qui l’admire chastement. Dès la scène d’ouverture où angoissée elle préfère réveiller et entendre pleurer son nourrisson plutôt que le laisser dormir (par crainte de la mort subite du nourrisson) le lien fusionnel mère/fille s’amorce. En quelques vignettes sur l’enfance et l’adolescence d’Emma, on devine la difficulté de cet amour étouffant. Emma se mariera donc très jeune à Flap (Jeff Daniels) pour échapper à cette mère envahissante et angoissée. Séparée par ce mariage et bientôt par la distance géographique, les personnages se repoussent et se poursuivent tout au long du film, chacun ayant une évolution en contradiction inconsciente de l’autre pour le pire et le meilleur. Aurora semble ainsi être un pur produit de deux décennies de féminisme tout en ayant la crainte du sexe associée aux plus innocentes 50’s. Elle a élevée seule sa fille et a su rester indépendante au prix d’une solitude qui ne semble pas l’affecter. A l’inverse Emma en la fuyant et cherchant à se construire un foyer plus « traditionnel » adoptera une pure existence de femme au foyer, enchaînant les grossesses, ne travaillant pas et suivant fidèlement son époux partout où son métier d’enseignant le guide.

Brooks n’avantage aucun de ses modes de vie mais chacun va se fissurer peu à peu. Si le bonheur de voir ses enfants grandir est là, Emma se confronte ainsi aux absences et à la possible infidélité de son époux tout en contemplant le vide de son quotidien. Quant à Aurora, sa libido est loin d’être aussi éteinte qu’elle ne le pense et elle découvrira tardivement les plaisirs du sexe avec Garrett (Jack Nicholson), son voisin ancien astronaute quelque peu déluré. Le montage alterné fait merveille pour illustrer ces destins en parallèle, mère et fille partageant toutes leurs expériences au téléphone. La distance et les désaccords ne sauraient briser cette connexion, seule planche de salut lorsque tout s’effondre par ailleurs. Shirley MacLaine est fabuleuse en psychorigide s’abandonnant peu à peu (et renouvelant magnifiquement son registre elle pétillante d’habitude) et c’est cette raideur qui semble canaliser un Jack Nicholson qui réfrène les tentations de cabotinage qu’on peut craindre à certains moments. 

La scène de leur première nuit est une pure merveille, Nicholson perdant sa décontraction goguenarde face à la vigueur inattendue d’une Shirley MacLaine qui a attendue trop longtemps. L’éveil, la liberté et le plaisir d’un côté et la grisaille et monotonie de l’autre mais en détournant les attentes quant au personnage concerné. Ce sentiment de temps qui passe est superbement géré par le talent de narrateur de Brooks (aucun postiche de vieillissement ou d’esthétique trop changeant pour signaler le défilement des décennies), les voisins Aurora et Garrett passant quinze ans à s’épier, se titiller et/ou s’ignorer avant d’avoir leur premier rendez-vous. Les choix de vie « en réaction » semblent souvent voués à l’échec alors qu’en cédant à ses désirs l’apaisement semble possible pour tous les protagonistes. Visuellement la photo « terrienne » d’Andrzej Bartkowiak dessine une Amérique d’aujourd’hui à travers le parcours d’Emma tandis que l’éveil d’Aurora amène une facette plus stylisée même si feutrée, les envolées (la folle virée en voiture sur la plage) n’en étant que plus marquantes. Le quotidien et le possible romanesque, la plus mûre des deux goutant le second avec une belle audace.

Ce voyage intime nous prépare ainsi à une bouleversante conclusion où ces transformations auront eu pour but de rendre la mère et la fille apte à répondre courageusement à un cruel destin. Là encore la finesse de Brooks opère, l’émotion bouleversante ne cédant jamais au pathos (la scène de mort vu en plan d’ensemble puis hors-champs, capturant la seule peine des endeuillés), l’épilogue sur un enterrement semblant un nouveau départ plutôt qu’une conclusion. Une œuvre magnifique, sensible et originale qui fera un triomphe avec pas moins de 5 Oscars dont meilleur réalisateur, meilleure actrice (Shirley MacLaine, meilleur acteur dans un second rôle (Jack Nicholson) et meilleur scénario adapté. L’interprétation fougueuse et à fleur de peau de Debra Winger l’aurait mérité aussi même si elle sera nominée. 

Sorti en dvd zone 2 français et Bluray chez Paramount

vendredi 9 décembre 2011

La Rumeur - The Children's Hour, William Wyler (1961)


Dans une petite ville de province, deux amies Karen Wright et Martha Dobie dirigent une institution pour jeunes filles, aidées par Lily, la tante de Martha, une ancienne actrice excentrique. Fiancée au médecin Joe Cardin, Karen a du mal à s'engager et à laisser à Martha la direction de l'école. Mary, une élève insolente et menteuse, alors qu'elle a été punie, lance la rumeur que les deux professeurs ont une relation "contre-nature". Elle commence par le raconter à sa grand-mère... 

La Rumeur fut un des tout premiers films hollywoodiens à aborder ouvertement la question de l'homosexualité. Le film offrait l’occasion à William Wyler de se montrer plus respectueux de la pièce de Lilian Hellmann qu’il avait adapté une première fois en 1936 avec Ils étaient trois. Dans cette version, Code Hays oblige, toute allusion à l’homosexualité disparaissait remplacé par un plus commun récit de triangle amoureux auquel venait se greffer la thématique de la rumeur issue de la pièce. Miriam Hopkins tenait dans ce premier essai le rôle tenu par Shirley MacLaine dans le remake et joue cette fois sa tante. Shirley MacLaine se plaindra néanmoins plus tard d’un Wyler encore trop timoré qui recula finalement en coupant nombre de séquences trop explicites au montage mais qui depuis ont été réintroduite dans le film lors de sa sortie dvd.

Le récit narre les tourments de deux directrices d'école jouées par Shirley MacLaine et Audrey Hepburn qui se voient montrées du doigt par la communauté suite aux accusations lancées par une élève voulant se venger d'une punition. Le tout début fonctionne comme les autres films de l'époque abordant le sujet, dans le nom dit et la suggestion : le personnage de MacLaine éternellement célibataire et jalouse de James Garner fiancé d’Hepburn, cette dernière si obstinément attachée à son amie qu’elle refuse les multiples demande en mariage dont elle est l’objet et ne semblant jamais totalement se laisser aller au contact de son fiancé. Sans que le mot homosexualité ne soit prononcé, Wyler distille une ambiance trouble bascule lorsque le sujet est abordé frontalement lorsque le scandale éclate enfin.

Le film devient très intéressant du point de vu des réactions de la population lorsque la rumeur se répand, avec tous les enfants retirés de l'école sans explication et les deux héroïnes traitées en paria. Cela pourrait donc être un énième récit sur le pouvoir de la calomnie mais la conclusion risquée voit carrément l'aveu de Shirley MacLaine lors d'une scène poignante où elle exprime toute la détresse et l'incompréhension qu'elle a de ressentir de tels sentiments.

Cette culpabilité est renforcée par le cadre oppressant de cette petite ville américaine puritaine. Le personnage d’Hepburn s’avère plus ambigu. Attachée à son amie mais ne partageant pas ses penchants, elle instille néanmoins le doute car malgré sa relation « normale » avec un homme une scène muette lors de la conclusion laisse à supposer qu'elle allait retrouver MacLaine suite à sa confession. Pour la réconforter ou lui avouer une attirance réciproque, la question restera entière…

Malgré l’audace du propos aucune scène trop ouvertement sensuelle ne traverse bien sûr le film et on peut néanmoins s’interroger sur la morale finale. Le courage tiens plus au fait de traiter du sujet que de le défendre, l’homosexualité étant malgré tout vue comme une malédiction et Shirley MacLaine punie pour sa « déviance » lors de la conclusion. Entre mélodrame et quasi thriller par instant, Wyler offre pourtant une œuvre marquante où le visage de la haine est aussi celui de l’innocence avec une terrifiante méchante qui n’est pourtant qu’une gamine de 10 ans (fabuleuse Karen Balkin).
Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

jeudi 29 septembre 2011

Sept fois femme - Woman Times Seven, Vittorio De Sica (1967)



Sept fois femme est prétexte à une suite de sept sketches illustrant sept aspects de la femme : romantique, réaliste, impudique, volage, jalouse, capricieuse, amoureuse. Le film est surtout une ode au charme et au talent de Shirley MacLaine qui interprète chacune des sept facettes de la femme de chacun des sketches.

L'humour italien dévastateur et la patte de De Sica sont par moments un peu noyés sous le poids de la production internationale (casting hétéroclite où Vittorio Gassman côtoie Philippe Noiret et Michael Caine, tournage à Paris en langue anglaise...) dans quelques sketchs un peu poussif : Paulette (chaque sketch porte le nom de l'héroïne) où une jeune veuve cède aux avances d'un prétendant en plein enterrement par appât du gain, Maria Teresa où une femme trompée décide de se venger en cédant au premier venu, et Eve où Shirley MacLaine campe une mégère hystérique qui va tout faire pour empêcher une rivale de venir à l'Opéra avec la même robe qu'elle. De bonnes idées mais pas poussée assez loin (Maria Teresa pas loin de céder à la prostitution) et des histoires qui trainent en longueur.

A côté de ça quatre grandes réussites :

Linda
Shirley MacLaine campe une jeune femme cédant au plaisir de l'esprit uniquement et qui va rendre fous deux prétendant qu'elle a invitées chez elle. Le sketch le plus fou et osé du film avec Shirley MacLaine nue la plupart du temps et qui se termine en partie à trois. Des instants hautement folkloriques avec les deux hommes virant limite hystérique sous le charme provoquant de Linda et une ambiance psyché pop des plus agréables.


Edith
Une femme au foyer est délaissée par son mari écrivain qui fantasme sur ses créations littéraires de femmes libérées et excentrique. Mais quand elle se met à adopter le même genre de comportement pour plaire à son mari elle passe pour folle. Très belle prestation de Shirley MacLaine vraiment pathétique et touchante et la conclusion est vraiment belle.

Marie
Un couple adultère désespéré décide de se suicider ensemble par amour dans une chambre d'hôtel. Superbe huis clos où on passe du gros comique avec les messages enregistrés, la difficile organisation du suicide (qui tire sur qui en premier, ou alors des pilules ?) à une chute des plus triste et réussie, Shirley MacLaine est une nouvelle fois exceptionnelle.



Jean
Une jeune femme est suivie toute une après-midi par un homme (Michael Caine)) et va se livrer à un cache-cache des plus romantique avec lui. Le meilleur sketch du film, un charme fou tout du long grâce à une Shirley MacLaine mutine et espiègle et un Michael Caine timide et mystérieux tandis que le Paris retro 60's offre un cadre idéal au récit. Puis vient une conclusion des plus cyniques qui nous ramène brutalement sur terre.


Inégal mais dans l'ensemble très réussi et plaisant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox
Dernier sketch en entier sur youtube extrait

lundi 7 mars 2011

Un hold-up extraordinaire - Gambit, Ronald Neame (1966)

Deux petits truands projettent de voler une statue de l'impératrice Nissu avec l'aide d'un taxi-girl de Hong Kong qui ressemble à la fois à l'impératrice et à la défunte femme du milliardaire à qui ils doivent dérober l'objet.

Après le succès international de Alfie (et une nomination à l'Oscar à la clé) Michael Caine se voyait proposer son premier grand rôle à Hollywood avec ce caper movie plein de classe et parfaitement équilibré entre tension et dérision. Ces deux facettes se traduisent par la nature facétieuse de son couple vedette et d'un scénario fort astucieux. Michael Caine afin de duper un milliardaire dont il souhaite dérober une statuette engage donc Nicole Chang (Shirley MacLaine) danseuse eurasienne sans le sous et sosie parfait de son épouse défunte. Lors des première séquences, Caine arbore une allure élégante et pleine d'assurance, presque Bondienne et trop belle pour être vrai.

Le recrutement de MacLaine se fait donc en un clin d'oeil tandis que le plan infaillible se déroule sans accrocs : Nicole Chang joue parfaitement son rôle de potiche (Shirley MacLaine décroche son premier mot au bout de 30 minutes étonnant !), la victime s'avère idéalement crédule et manipulable (Herber Lom grimé en indien façon Peter Sellers dans The Party) et Michael Caine s'avère bien entendu irrésistible (un des slogans du film à sa sortie sera d'ailleurs Alfie meets Shirley). Sauf que par la grâce d'une astucieuse pirouette scénaristique tout cela va s'avérer faux et que le vrai cambriolage sera autrement plus compliqué.

Le script confronte fantasme et réalité à travers différentes déconvenues qui vont ébranler le plan bien huilé de Michael Caine. Herbert Lom va s'avérer bien plus roublard en réalité avec un joli jeu de dupes, les circonstances bien moins favorable et surtout Shirley MacLaine n'a rien de la jolie poupée de porcelaine mutique envisagée. Le charme de la star opère à plein avec cette femme gouailleuse, séductrice et surtout bien plus fine et intelligente que prévu au grand désarroi de Caine qu'elle supplante en connaissance lors des joute verbale avec Herbert Lom.

On réhausse ainsi la nature de la supposée potiche tout en jouant des origines de modeste Caine pour le montrer mal à l'aise dans les instants les plus mondain finalement (il faut le voir hésiter et répondre à côté à chaque relance de Lom). Cette différence rend les deux personnages complémentaires et contribue à leur rapprochement progressif en très joli couple.

Sous la légèreté manifeste de l'ensemble, Neame gère idéalement l'aspect hold-up qui s'avère très prenant par la nature (comme souvent) infranchissable du système de sécurité (surtout après avoir ridiculisé ainsi Caine qu'on n'imagine pas capable de le briser) et la longue séquence de casse truffée de rebondissements inattendus est très réussie. La conclusion offre d'ailleurs un contrepied assez génial comme on en voit peu dans ce type de film et qui scelle magnifiquement la touche romantique jusque là diffuse de l'histoire.

Gambit est également un objet sixties du plus bel aloi avec la photo pétaradante de couleur de Clifford Stine (illuminant autant les intérieurs luxueux que les extérieurs les plus exotiques), un Maurice Jarre qui s'est lâché dans la partition easy listening et une direction artistique pleine d'idées avec ses divers gadget et décors à double emploi. Michael Caine une fois brisée son flegme de façade s'avère d'un charme parfait et Shirley MacLaine (qui change de tenue toute les scènes) montre une fois de plus ses exceptionnelles disposition dans la comédie. Une merveille de divertissement ! Un remake avec Colin Firth et Cameron Diaz est en préparation parait il...


Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous titres anglais.

mercredi 23 février 2011

Comme un torrent - Some came running, Vincente Minneli (1958)


Au cours de l'été 1948, Dave Hirsch quitte l’armée tout auréolé d’un glorieux passé guerrier. Romancier en devenir, mais noceur invétéré, il déboule un beau matin en autocar à Parkman, sa ville natale de l’Indiana. Il est suivi par Ginnie Moorehead, une fille en fanfreluches dont il se souvient à peine, relique de sa soirée bien imbibée de la veille. Dave retrouve sa famille et notamment son frère et son contraire : Frank, très conventionnel, bien rangé et prospère. Tandis que Dave se lie d’amitié avec un homme de son milieu, Bama Dillert, joueur professionnel désabusé, son frère lui présente Gwen French, une institutrice aussi séduisante que stricte.

Comme un torrent voyait Vincente Minnelli s'essayer au grand genre en vogue à Hollywood en cette fin des années cinquante, le grand mélodrame. Le film comporte donc toute les touches qui y sont associées à cette période comme le cadre provincial bourgeois propret révélant une facette plus noire, la dimension sexuelle sous-jacente transgressive et une certaine réflexion sociale. L'amateur de Douglas Sirk, Mark Robson ou de certains films de Delmer Daves se trouve donc en terrain connu même si Minnelli parvient à trouver sa propre voie en dépit de ces conventions. C'est le roman de James Jones dont le film est adapté qui permet de trouver une tonalité plus particulière avec héros incarné par Frank Sinatra qui semble être un prolongement de celui qu'il jouait dans Tant qu'il y aura des hommes l'autre transposition célébrée de James Jones quelques années plus tôt. Sinatra est donc Dave Hirsch, ancien soldat de retour dans sa ville natale et qui rumine son amertume et sa rancoeur dans l'alcool depuis qu'il a abandonné une prometteuse carrière d'écrivain.

Le drame du film semble au premier abord se situer dans les amours contrariés de Dave avec l'institutrice Gwen French (Martha Hyer) qui admiratrice de son talent et pas indifférente à son charme n'en est pas moins rebutée par son style de vie dissolu entre filles, jeu d'argent et soirées arrosées. Malgré la conviction irréprochable des acteurs (Martha Hyer est excellente en provinciale psychorigide) cette romance s'avère terriblement longuette et poussive, les problématiques soulevées pour la perturber semblant vraiment limitées et datées puisque basées sur les seuls réticences de Gwen plutôt qu'un vrai drame humain. Les intrigues secondaires sont tout aussi mal introduites avec le détestable personnages du frère joué par Arthur Kennedy qui amène lourdement toutes facettes qu'on s'attend à voir surgir dans ce type de cadre provincial à savoir le poids de la rumeur et l'hypocrisie mais sans que cela fasse sens dans la trame très longuette.

A peine pourra t on se raccrocher à la réussite plastique splendide du film (mais on en attend pas moins d'un Minneli) notamment cette fulgurante scène d'amour où Gwen cède pour la seule fois à Dave. Troublée par la nouvelle de lui qu'elle vient de lire, elle lui cède presque à son insu et tandis qu'il lui détache lentement les cheveux en l'embrassant il la désinhibe complètement en la délestant de sa coiffure sévère. Le cadre se resserre, la photo s'assombrit pour laisser les deux amants s'abandonner à leur fougue dans la pénombre pour un incroyablement moment d'érotisme. Le film offre cependant peu d'envolées de ce genre et se suit finalement avec un ennui poli.

Tout ses défauts sont cependant moins rédhibitoire si on a su deviner la vraie héroïne du film à savoir Shirley MacLaine. Fille perdue à la traîne de Sinatra qu'elle a suivit par amour alors qu'ils se connaissent à peine, on cherche longuement son utilité tout au long de l'histoire. L'allure vulgaire et peinturlurée de maquillage, sa simplicité d'esprit la rend plus pitoyable qu'autre chose comparé aux protagonistes plus "profonds" qui l'entourent. C'est pourtant elle le coeur émotionnel du film, car elle est la seule à s'offrir entièrement, sans calcul, avec ses défauts et toutes prête à accepter ceux de l'homme qu'elle aime. La dernière partie plus centrée sur elle est donc la plus touchante et prenante. Sa maladresse la rend terriblement attachante lors des moments où elle va voir Gwen en étant prête à s'effacer à son profit (alors que cette dernière n'aura qu'une vaine réaction d'orgueil et de mépris) tout comme lorsqu'elle boit les mots de Dave lorsqu'il lui lit sa nouvelle bien qu'elle n'en comprenne pas le sens.

Le torrent exprimé dans le titre français c'est bien Shirley McLaine et la prestation magnifique et à fleur de peau qu'elle propose, transcendant les défauts du film une ultime fois avec un final sacrifice poignant alors que le rebondissement l'amenant est des plus poussif bien que la séquence soit brillamment filmée. Sorte de grain de sable dans la mécanique huilée et attendue de ce mélodrame McLaine lui donne tout son intérêt et sera récompensée par une nomination à l'Oscar qui attirera l'attention sur elle pour le fameux La Garçonnière de Wilder. Et en coulisse cela lui permettra d'intégrer le fameux Rat Pack grâce aux amitiés nées du tournage avec Dean Martin et Sinatra.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner