Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 28 juin 2016

L'Avocat du diable - Guilty as Sin, Sidney Lumet (1993)

Une brillante avocate troublée par le charme d'un gigolo manipulateur accusé de meurtre, décide de le défendre malgré les preuves évidentes de sa culpabilité.

Guilty as sin est un Lumet très mineur mais pas désagréable, porté par le scénario d’un Larry Cohen toujours habile à tisser des pitch de thrillers roublards. Lumet y explore un environnement récurrent de sa filmographie, la cour d’un tribunal. Ces lieux et leurs alcôves sont pour le réalisateur vecteur de dilemme moral magistral moral magistral dans des œuvres comme Douze hommes en colère (1957), Le Prince de New York (1981), Le Verdict (1982), Dans l’Ombre de Manhattan (1997) et de comédie humaine hilarante dans le plus tardif Jugez-moi coupable (2006). L’Avocat du diable est bien loin de la richesse thématique de ces films mais fait également du tribunal le cadre d’un affrontement intéressant. La brillante avocate Jennifer Haines (Rebecca De Mornay) y règne en maître, imposant son charme, bagout et autorité comme le montre la scène d’ouverture où elle fait acquitter un homme d’affaire véreux. Les plans d’ensemble de l’héroïne arpentant et dominant la cour, la silhouette séduisante ainsi que l’assurance déterminée qu’elle dégage affirment par l’image son charisme. Il en va de même dans sa vie privée avec une scène sensuelle la montrant après son procès se montrer une amante aussi entreprenante qu’elle ne l’est lors de ses plaidoiries. C’est une femme accomplie dont le vernis va progressivement se fissurer avec la rencontre de David Greenhill (Don Johnson).

Jennifer y voit un défi de plus avec ce gigolo accusé du meurtre de sa femme, mais ce client pas comme les autres va au contraire révéler sa fragilité. Don Johnson déploie dans un premier une bonhomie sympathique avec ce personne d’ineffable séducteur prenant tout à la légère. Cette désinvolture est pourtant un masque dissimulant une volonté de domination sur la gent féminine de pouvoir. Cela semble d’abord purement pécuniaire et motif de comédie avec les richissimes bienfaitrices qu’il soumet à sa volonté (notamment pour payer sa note d’avocat) mais on comprend que ce besoin de domination va plus loin. Il voit en Jennifer une adversaire plus coriace que ces victimes habituelles et va se faire un plaisir de la briser psychologiquement. 

Larry Cohen multiplie les situations ambigües plaçant l’avocate en porte à faux par le seul jeu manipulateur de Greenhill, et Don Johnson est diablement inquiétant avec cet éclat de folie dans le regard sous le brushing et les costumes impeccables. Sidney Lumet traduit ce rapport de force par une mise en scène subtile où Rebecca De Mornay semble de plus en plus écrasée par l’aura maléfique de Don Johnson. Le jeu de séduction initial la place immédiatement en situation de faiblesse alors qu’elle pense dominer. Le premier coup de folie de Don Johnson montre la silhouette de l’acteur en amorce au premier plan, surplombant Rebecca De Mornay pour la première interloquée par l’étrangeté de son client. Plus tard le réalisateur rallongera et rétrécira à sa guise des environnements vastes comme la salle de réunion du cabinet d’avocat où se rencontre les deux personnages. La distance puis le rapprochement, le jeu sur la profondeur de champs et la bascule sur les plans américains se font au gré du dialogue où Don Johnson déstabilise Rebecca De Mornay, faisant d’elle sa proie en finissant la scène tout proche d’elle dans une fausse posture d’amant et une vraie attitude de fauve.

Tout cela reste très intéressant tant que l’on reste dans le duel psychologique et les faux-semblants. Malheureusement quand vient l’heure des révélations le film tombe dans tous les clichés possibles du thriller du samedi soir. Les rebondissements grossiers s’enchaînent, emmenés par un Don Johnson omniscient et démoniaque qui perd grandement de son intérêt. L’argument féministe se perd complètement aussi, Rebecca De Mornay ne renversant pas la tendance en mettant à son tour à profit son intelligence pour se montrer l’égal de son adversaire. A la place on aura une bagarre ridicule qui conclut l’ensemble dans la précipitation brouillonne. C’est bien dommage, d’autant qu’en cette même année Rebecca De Mornay incarnera (dans un registre plus négatif certes) un personnage sacrément retors et charismatique dans le thriller La Main sur le berceau

Sorti en dvd zone 2 français Hollywood Pictures 

mercredi 23 avril 2014

Douze hommes en colère - Twelve Angry Men, Sidney Lumet (1958)



Un jeune homme d'origine modeste est accusé du meurtre de son père et risque la peine de mort. Le jury composé de douze hommes se retire pour délibérer et procède immédiatement à un vote : onze votent coupable, or la décision doit être prise à l'unanimité. Le juré qui a voté non-coupable, sommé de se justifier, explique qu'il a un doute et que la vie d'un homme mérite quelques heures de discussion. Il s'emploie alors à les convaincre un par un.

Coup d’essai et coup de maître pour Sidney Lumet qui signe un classique absolu avec Douze hommes en colère qui l’initie à un genre qu’il abordera souvent pour le meilleur, le film judiciaire (Le Prince de New York (1981), Le Verdict (1982) Dans l’ombre de Manhattan (1997), Jugez-moi coupable (2006)). A l’origine du film on trouve tout d’abord un téléfilm diffusé en 1954 et porté par le scénario brillant de Réginald Rose qui s’inspirait de sa propre expérience de jury au cours d’un procès. L’unité de temps et de lieu, la place du dialogue et de l’éloquence dans le dilemme moral verront ce matériau passionnant exploité dès l’année suivante dans une transposition théâtrale mais c’est définitivement au cinéma que Douze hommes en colère marquera les esprits.  Henry Fonda tombera en effet sur le téléfilm et captivé par le sujet cherchera  à en tirer un film. Toutes les portes des studios se ferment malheureusement face au faible potentiel commercial et Fonda réussira uniquement à rallier la United Artist pour un budget dérisoire de 340 000 dollars qu’il complétera en partie de sa poche en tant que coproducteur. A la réalisation, son choix se portera sur le débutant Sidney Lumet rompu aux dramas en direct très en vogue à la télévision américaine durant les années 50 et donc apte à gérer un tournage resserré qui après deux semaines de répétitions intensive se fera en 21 jours exténuants.

Que raconte donc Douze hommes en colère ? Par une caniculaire fin d’après-midi, douze hommes assignés comme jury doivent décider du sort d’un jeune homme accusé du meurtre de son père et risquant la peine de mort. Avant qu’ils se retirent pour délibérer, le juge leur rappelle leur responsabilité de manière lasse, comme si l’affaire était entendue et amener à se décider rapidement. On a le même sentiment de détachement lorsqu’on pénètre dans la pièce de délibération où la conversation se fait légère et badine avant de s’installer et décider  du verdict. Surprise quand l’indispensable majorité est mise à mal par un seul homme votant non coupable face à ses onze co jurés convaincu de la culpabilité du jeune prévenu. C’est le juré numéro 8 (Henry Fonda) que Lumet aura subtilement mis à part en le montrant silencieux et plongé dans ses pensées quand les autres les autres adoptaient une attitude plus légère. Loin d’avoir été convaincu par l’instruction, il demeure chez lui un infime doute de la culpabilité de l’accusé et réclame aux autres jurés un temps de réflexion avant de prendre une décision. Des heures de discussions intenses s’annoncent.
Bien que mis en avant par sa défiance initiale, Henry Fonda (fabuleux) se fond parfaitement dans un casting de monsieur tout le monde représentatif de toutes les tranches d’âge, milieux sociaux et origines au sein de l’Amérique contemporaine. 

Tous les caractères s’y retrouvent également progressivement révélés par la tournure des évènements : le détachement du numéro 7 (Jack Warden) souhaitant en finir pour voir son match de base-ball et qui s’avérera une coquille vide, l’irrésolu juré numéro 12 (Robert Webber), le vieillard plein d’humanité qu’est le numéro 9 (Joseph Sweeney). L’indécision tiendra autant des failles réelles de l’instruction que les défenseurs tendront peu à peu à démonter qu’au bagage et aux démons qu’on amenés avec eux les jurés. Leurs origines sociales les amèneront à plus de compréhension quant à l’environnement  sordide du prévenu comme le numéro 5 (Jack Klugman) ou révèlera leurs haines et préjugés ordinaires aveuglant leur jugement comme le détestable numéro 10 (Ed Begley).

Lumet orchestre une véritable joute verbale qui vante autant qu’elle dénonce le système judiciaire américain (un jury concerné ou désinvolte pouvant décider de votre sort, parfois involontairement téléguidé par un procès à charge et bâclé), ce système ne pouvant fonctionner sans une réelle implication des personnes assignées. Cet engagement s’articule sur la conviction de chacun mais aussi de son passif, l’affrontement prenant un tour très personnel au final lorsque le juré numéro 3 (Lee J. Cobb intense) sera e seul à ne pas démordre de sa position car il voit en l’accusé et son parricide un prolongement de son propre fils avec lequel il est en conflit.

Lumet parvient brillamment à rendre cinématographique ce récit où hormis un aparté aux toilettes on se contente de suivre douze hommes assis autour d’une table. Le réalisateur définit sa mise en scène en plusieurs temps selon l’évolution du débat. On aura tout d’abord des plans d’ensemble capturant la table des jurés dans son ensemble lorsque tous sont convaincus et vote tous la culpabilité de l’accusé et où seule se détache le profil vêtu de blanc d’Henry Fonda. Le tout se déroule dans une atmosphère lumineuse de fin d’après-midi mais des éléments extérieurs (le ventilateur en panne) et la tournure de la discussion instaure une sensation étouffante et claustrophobe où les personnages se retrouveront bientôt suants et en nage pour défendre leur point de vue. Lumet se multiplie ainsi progressivement plans moyens, puis gros plan sur les visages de chacun, arc-boutés sur leur position, pour saisir l’indicible changement d’opinion se faisant dans leur esprit ou pour capturer une détermination sans failles. Il ne reviendra au plan d’ensemble synonyme d’entité collective que pour en faire un élément positif (contrairement au début où en suiveurs chacun a voté coupable) lorsque tout le monde quittera la table et tournera le dos à Ed Begley déclamant ces préjugés racistes.

 La dernière partie où la pluie diluvienne vient rafraîchir la pièce est celle aussi de la prise de conscience, celle où tous comprennent les enjeux d’une décision dont ils ne sont plus certains. La rage du plus vindicatif (Lee J. Cobb) se révèle ainsi dans toute sa déraison face à la mesure des autres jurés, ce que Lumet nous fait comprendre dans un saisissant champ contre champ où le juré numéro 3 vocifère des arguments maintes fois mis à mal face à ses contradicteurs l’observant calme et silencieux. 

La conviction a changé de camp. La justice est aveugle mais ne peut s’appliquer que si elle est guidée par des hommes de bonne volonté, ici avec des anonymes (on ne saura les noms de personnes si ce n’est dans les tous derniers instants) ayant su prendre le temps de la réflexion avant  d’appliquer leur droit de vie et de mort sur un homme. 

En dépit d’excellentes critiques et de trois nominations aux Oscars (meilleur film, meilleur scénario et meilleur réalisateur) le film ne sera pas un grand succès à sa sortie mais son aura ne cessera de grandir au fil des années, en faisant un classique s’inscrivant dans la culture populaire américaine et mondiale avec de multiples clins d’œil et hommages dans d’autres fictions (télévisées notamment), de nombreux remake (dont un télévisé par William Friedkin dans les années 90) et de multiples reprises au théâtre.

Sorti en dvd zone 2 et blu ray chez MGM

lundi 11 février 2013

À bout de course - Running on Empty, Sidney Lumet (1988)


Danny, jeune homme de dix-sept ans, est le fils d'anciens militants contre la guerre du Vietnam. Ses parents Annie et Arthur Pope organisèrent un attentat à la bombe contre une fabrique de napalm. Un gardien mourut lors de l'explosion. Depuis, les Pope sont en fuite. Danny vit assez mal cette situation de mensonge et de dissimulation. Mais tout va basculer lors de sa rencontre avec Lorne Philips, la fille de son professeur de musique.

Sidney Lumet signe un de ses chefs d'œuvres avec ce poignant Running on Empty. Le scénario de Naomi Foner s'inspire librement du couple d'activiste formé par Bill Ayers et Bernardine Dohrn qui au sein de leur groupuscule radical les Weathermen conduisirent dans les années 60/70 à une série d'attentat sur des bâtiments public en protestation des guerres menées par les Etast-Unis. Comme dans nombre de ses meilleurs films, Lumet questionne des personnages engagés dans un choix de vie radical, qu'il soit vertueux (Serpico), corrompu (Le Prince de New York), cathartique (The Offence). La différence ici est que plutôt que de se focaliser sur la seule croisade de ses héros extrêmes, Lumet s'attarde cette fois aussi et surtout sur les victimes collatérales, les proches obligés de subir toute les conséquences.

Auteurs en 1971 d'un attentat contre un labo de napalm, Annie (Christine Lahti) et Arthur Pope (Judd Hirsch) sont depuis en cavale et recherché par le FBI. Leurs enfants les accompagnent dans cette fuite avec l'aîné Danny (River Phoenix) et le cadet Harry. Le film s'ouvre sur un escamotage auquel la famille est rompue, les silhouettes d'agents fédéraux aux aguets signifiant un départ précipité. Dans un tel mode de vie impossible de réellement s'attacher à ses rencontres de passage, de s'imprégner de ces résidences provisoire et il faut apprendre à vivre au jour le jour.

 La famille nous apparaît ainsi immédiatement complice et soudée car seul espace où chacun peut réellement être lui-même. La dissimulation, le mensonge et les artifices divers (changement de nom, modification physique) sont traités avec une relative légèreté de ton pour exprimer l'habitude du processus au sein de la famille mais néanmoins l'effet pesant et répétitif de la chose se ressent. Lumet exprime ce malaise avec sobriété, l'amour les unissant mais aussi l'entité collective dominant l'individu empêchant chacun de s'épancher.

Danny, adolescent à l'âge où ses changements incessants sont de plus en plus difficiles à supporter va ainsi devoir prendre son destin en main, détaché des fautes de ses parents. Ce sera d'abord son futur où son talent au piano lui ouvre les portes d'une prestigieuse université, puis son cœur avec un premier amour qui rendrait un nouveau départ encore plus douloureux. Le regretté River Phoenix offre là sa prestation la plus touchante, qui comme celle du Mosquito Coast de Peter Weir (1986) fait grandement écho à sa vie personnelle avec ce héros déraciné.

Sa famille membre de la secte Les Enfants de Dieu vécut une existence nomade en Amérique du Sud entre le Mexique, le Venezuela et Porto Rico avant de rentrer aux Etats-Unis. Il exprime merveilleusement ce sentiment d'être toujours extérieur à son environnement, à des lieues des camarades l'entourant et cette hésitation constante au moment de tisser un lien plus profond donne de formidables séquences. Ce sera d'abord le baiser fougueux qu'il finit par retenir lorsqu'il prend conscience de son abandon avec sa petite amie Lorna (Martha Plimpton) puis lors d'une magnifique scène de confession. C'est cette même libération momentanée qui se ressent lors des scènes où Danny joue du piano, River Phoenix vrai musicien jouant vraiment lors de ses passages.

 Les destins s'entrecroisent avec brio, plaçant les adultes face à leurs contradictions. Dans sa cavale, Annie vit finalement une existence de femme au foyer bien loin de l'exaltation de la cause. Ironiquement, Danny à qui elle a enseigné le piano souhaite effectuer le chemin inverse de fugitif vers une vie qu'elle a fui alors qu'elle était aussi promise à une grande carrière de musicienne. Mais surtout ses anciens choix comme ceux futurs de son fils sont synonyme de longue séparation pour la famille alors éclatée. Le collectif doit-il dépasser l'épanouissement de l'individu ?

L'union familiale doit-elle empêcher chacun de prendre son envol et suivre sa voie ? Ces questionnements sont formidablement amenés par les personnages adultes avec excellente Christine Lahti (nominée à l'Oscar) à la douceur résignée et Judd Hirsch, roc qui dissimule ses peurs sous une détermination sans faille. La confrontation d'Annie avec son père est à ce titre d'une grande force et filmée tout en retenue par Lumet.

Le réalisateur s'efface derrière ses personnages tout en inscrivant discrètement les sentiments qui l’animent dans sa mise en scène, on pense aux déambulations solitaires où River Phoenix est figé au centre d'une nature qu'il observe. La scène finale est amenée avec tout autant de justesse et d'émotion à fleur de peau, ce qui a précédé suffit amplement à faire comprendre la tristesse et la délivrance de cet épilogue.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

lundi 3 décembre 2012

The Offence - Sidney Lumet (1972)


1972. Dans une banlieue grise et anonyme d'une grande ville d'Angleterre. Le sergent Johnson (Sean Connery), un policier brutal et moustachu ayant 20 ans d'expérience, se lance aux trousses d'un violeur de fillettes. Très vite, un étrange individu (Ian Bannen) est arrêté. L'interrogatoire se met en place. Commence alors, pour les deux hommes, une véritable nuit d'horreur…

The Offence est le grand film maudit de Sidney Lumet, dont la trop grande noirceur entraîna l'échec par le rejet du public mais aussi de la distribution restreinte de la United Artist craintive d'écorner l'image de Sean Connery. Le film faisait ainsi partie d'un deal entre le studio et Connery qui imposait ses conditions pour incarner une ultime fois James Bond dans Les Diamants son éternels (1971). En plus d'un salaire mirobolant pour reprendre le rôle de 007, l'acteur obtient également de se faire produire deux films indépendants de son choix financé par le studio.

Le premier (et finalement le seul suite à l'échec commercial) sera donc The Offence, adapté d'une pièce de théâtre de John Hopkins (également auteur du script) que Connery chercha déjà à jouer quelques années plus tôt. Il engage également à la mise scène Sidney Lumet avec qui il avait déjà tourné La Colline des hommes perdus (1965) et Le Gang Anderson (1971) tandis que l'équipe technique et le casting est constitué d'amis comme Trevor Howard ou Ian Bannen.

The Offence apparaît dans la continuité d'un certain nombre de film anglais et américain qui révolutionne le polar en ce début des années 70. Côté américain, c'est la figure du flic qui devient ambiguë avec Inspecteur Harry (1971) et French Connection (1971) où l'agent de la loi n'hésite plus à franchir la ligne rouge et d'user de méthodes aussi radicales que les malfrats qu'il traque. En Angleterre, les polars comme La Loi du Milieu ou Villain dépeigne avec une violence radicale et un réalisme urbain oppressant les mœurs criminelle des cités anglaise. Même si The Offence s'inscrit parfaitement de ce contexte, c'est pourtant un film très différent.

Les actions borderline des Dirty Harry et Popey Doyle se trouvaient en partie justifiées par une hiérarchie et un système impuissant quand tout le policier incarné par Sean Connery les écarts viennent surtout de son propre désordre psychique. L'urbanité d'un Get Carter disparait de la cité anonyme entraperçues dans les quelques extérieurs de The Offence, les moments de tension naissant de scène dépouillée où se ressent s'exprime totalement l'origine théâtrale du film.

 Le film fait en fait office de précurseur de la grande trilogie de la corruption de Sidney Lumet à travers Serpico, Le Prince de New-York et Contre-enquête. Chacun des films montrait des flics incapables dans l'intimité de quitter les tourments quotidiens de leur métier, que ce soit la corruption de leur collègue (Serpico) ou la leur qui les ronge (Le Prince de New York). Ici la corruption est d'ordre mentale avec un Sean Connery qui en traquant un pédophile se trouve confronté à ses propres démons, l'affaire en cours faisant rejaillir toutes les horreurs qu'il a pu rencontrer au cours de sa carrière.

Incapable de séparer ses différentes réalités, il va ainsi malmener fatalement un suspect dont la culpabilité sera questionnée jusqu'au bout. Lumet articule son récit autour de grandes confrontations et joutes verbales montrant l'esprit vacillant de Sean Connery : le violent face à face avec le suspect pédophile (Ian Bannen) qui ouvre et conclu le film, l'échange avec Trevor Howard qui le met face à ses failles et enfin la dispute avec son épouse Maureen (Vivien Merchant) illustrant son incapacité à partager les visions qui le hante. Avant ces pics, Lumet aura dévoilé subtilement l'ambiguïté de Sean Connery où au contraire des trois grandes scènes dialoguées plus démonstratives il se sert surtout de l'image pour traduire ce sentiment.

On pense à la scène où Connery retrouve la malheureuse fillette violée, Lumet usant d'angle de prise de vue qui à travers les yeux de la victime ferait presque passer Connery pour le prédateur (la contre-plongée qui le voit surgir des buissons) et même le long moment où il tente d'apaiser sa terreur pourrait être interprété tout autrement au vu du positionnement des personnages dans l'espace. Il en va de même lors de la longue séquence en voiture montrant les souvenirs sordides de Connery ressurgir et faisant ainsi partager le malaise de celui accompagné de telles images au quotidien. Ce passé douloureux s'avère plus tangible que le présent avec une photographie usant de couleurs bien plus vivaces quand le reste du film baigne dans une imagerie terne, grisâtre et désaturée.

Le long duel psychologique avec le suspect est ainsi notre guide tout au long du film, le mystère se dissipant au fil de ses reprises révélant toute la noirceur du propos. C'est d'abord en ouverture sous forme d'un halo immaculé en forme de cauchemar au ralenti que nous devinons la violence en cours sans la comprendre. La seconde interprétation révèlera la violence de Connery tout en jouant de l'ellipse quant à l'échange entre les deux hommes qui se dévoilera lors du final où le rapport de force est inversé pour notre héros perdant définitivement pied. Le trouble naît autant des dialogues que des hallucinations de Connery qui désormais se confondent avec les pulsions de son suspect. C'est sur ce point de non-retour que ce conclu le film, un grand Lumet glacial et dérangeant de bout en bout. Quant à Sean Connery, on ne l'avait jamais vu ainsi, aussi torturé, imprévisible et halluciné...


 Sorti en dvd zone 2 chez Wild Side

Extrait

vendredi 5 août 2011

Dans l'Ombre de Manhattan - Night Falls On Manhattan, Sidney Lumet (1996)


Fils de policier, Sean Casey l'a également été plusieurs années avant de devenir procureur. Alors qu'il tentait d'arrêter un dangereux dealer, son père, Liam Casey, est grièvement blessé, puis compromis dans une enquête mettant à jour de nombreuses irrégularités. Chargé de l'instruction, Sean défendra-t-il l'éthique ou son père ?

 
Avec ce film, Lumet ajoutait une pierre à l'édifice de sa grande trilogie policière sur la corruption constitué de Serpico, Le Prince de New York et Contre-enquête. Night falls in Manhattan bien que se situant dans la continuité thématique de ses derniers films est néanmoins à part puisque s'inscrivant dans l'autre genre phare de Lumet, le film judiciaire où il a donné des réussites comme Douze Hommes en colère, Le Verdict ou plus tard Jugez-moi coupable.

C'est pourtant bien sous la base d'éléments de polar que se noue l'intrigue avec l'arrestation d'un dangereux dealer qui tourne court, causant la mort de plusieurs policier froidement abattus et un grièvement blessé. Jeune substitut du procureur et fils du policier blessés, Sean Casey (Andy Garcia) se voit chargé de l'instruction lorsqu’à la surprise générale le criminel se rend à la justice. Vertueux et idéaliste, Casey va rapidement découvrir les zones d'ombres de ce qui s'apparentait à un procès "simple" et impliquant plusieurs policiers liés au dealer.

Le film adapte le roman Tainted Evidence de Robert Daley, auteur déjà à l'origine du Prince de New York de Lumet. Autant dire qu'avec pareille base, Dans l'ombre de Manhattan est aussi impressionnant que le film de 1981 dans sa description quasi documentaire de la procédure judiciaire et de l'investigation policière interne. La différence est que cette fois nous sommes placés du côté des accusateurs mais à l'image de ce héros assoiffé de justice nous découvrirons à nouveau la mince frontière entre le bien et le mal.

La crise de conscience du héros de Prince of the City aboutissait à un véritable drame humain où flics corrompus et "propre" se confondaient, il en va de même ici où en se tenant à ses principe de droiture morale, Andy Garcia risque de faire plus de dégâts que de bienfaits. Les différents personnages illustrent parfaitement cette ambiguïté comme l'avocat joué par Richard Dreyfuss en apparence attiré par l'exposition médiatique mais qui cache des motivations plus nobles. Le film est régulièrement passionnant dans les questionnements moral qu'il expose notamment une première partie rondement menée où le talent de narrateur de Lumet, d'une limpidité exemplaire fait merveille avec une dizaine de personnages parfaitement définit en quelques minutes.


La seconde partie plus introspective place les différents protagonistes face à leurs contradictions et vient jeter un voile de suspicion à "grande" justice (déjà mise à mal par les ambitions politiques viciant le bureau du procureur, la course médiatique qui rappellera Network ou Une après midi de chien) de façade exposée précédemment. C'est la dure leçon que va apprendre Andy Garcia, le blanc et le noir n'existent pas, seulement le gris et la teneur des compromis qu'on est prêt à concéder comme l'énonce l'excellent personnage de procureur de Ron Leibman.
On regrettera juste la relative simplicité de l'histoire d'amour entre Garcia et Lena Olin, Lumet privilégiant la sincérité entre eux plutôt que l'ambition et le secret qui aurait pu mettre à mal leur relation comme pour laisser un espace de pureté dans un récit constamment trouble. La très belle relation père/fils entre Garcia et Ian Holm (parfait comme souvent) va dans ce sens également. Sans tout à fait atteindre les sommets des autres films (polar comme thriller judiciaire) de Lumet sur ce thème, un film vraiment brillant et prenant de bout en bout d'un auteur qui aura décidément rarement déçu.
Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount