Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 19 janvier 2015

Noose - Edmond T. Greville (1948)

Sugiani est un truand qui s’enrichit illégalement dans l'après-guerre, semant la terreur dans un quartier de Londres. La journaliste américaine Linda Medbury décide de s'opposer à lui pour dénoncer le meurtre d'une danseuse. Avec son fiancé, Jumbo Hyde, Linda entre dans une guerre des gangs.

Un film noir très original et déroutant qui nous plonge dans le Londres de l'après-guerre. L'identité anglaise du film se fond dans d'autres plus inattendues et offre un mélange des genres détonant tout au long du récit. Cela est essentiellement dû à la présence du réalisateur français Edmond T. Greville fils d'un couple franco-britannique dont la carrière aura justement navigué entre les deux pays. Assistant de René Clair (après avoir été critique) pour Sur les toits de Paris (1930) ou encore sur Napoléon (1927) d'Abel Gance il débutera sa carrière de réalisateur au début des années 30 et signera plusieurs œuvres remarquées comme Menaces (1939). Noose sera l'un de ses films de reprise après un arrêt d'activité durant l'Occupation et démontre largement son style singulier.

La trame est assez classique avec une journaliste décidant de dénoncer les méfaits d'un duo de truands semant la terreur dans le quartier de Soho à Londres. Le saut entre les genres suit en fait le côté cosmopolite des protagonistes semblant chacun s'être trompé de film. Linda Medbury (Carole Landis) est ainsi une journaliste américaine émigré à Londres dont le bagout et l'énergie en fait plutôt une héroïne de screwball comedy. Son fiancé vétéran de la Deuxième Guerre Mondiale (et première apparition en uniforme à la clé) évoque lui encore un autre genre dans ses attitudes tandis que le témoin gênant Annie Foss (Ruth Nixon) par sa gouaille toute parisienne et son accent français prononcé semble échappée du réalisme poétique français. Le meilleur reste le duo de malfrats où les attitudes de dandy charmeur de l'anglais Bar Gorman (Nigel Patrick surprenant alors qu'il se spécialisera plus tard dans les rôles de flics) contrastent la brutalité de l'émigrant italien Sugiani (Joseph Calleia). Le premier mise sur la séduction, s'occupera plus du business et de la corruption en tout genre quand le second est en charge des basses œuvres, balançant les témoins gênant dans les profondeurs de la Tamise. C'est précisément la victime de trop qui va leur attirer la curiosité de la journaliste.

Les écarts de ton sont ainsi constant avec pareil galerie de personnages. L'atmosphère pesante et l'urbanité inquiétante de la mise en image de Greville contraste ainsi constamment avec la légèreté des personnages dans un équilibre ténu, surtout pour les méchants qui prêteraient presque à rire avant qu'un éclair de violence viennent rapidement nous rappeler leur dangerosité. On pense à ce moment faussement décalé où ils viennent intimider Linda chez elle, la discussion badine prenant un tour plus menaçant face à la résistance de la journaliste.

Autre moment glaçant quand Sugiani tuera une jeune femme dans un gymnase, où le montage accentue la férocité de la scène la contre plongée sur la silhouette imposante du truand alterne avec la chute brutale de sa victime puis un plan d'ensemble sur l'ombre de ses acolytes face au corps inanimé. Une pure séquence expressionniste (magnifique photo de Otto Heller) mais Greville sait aussi faire naître la tension par l'ellipse avec le terrifiant personnage du barbier (Hay Petrie au physique évoquant aussi une créature échappée de l'expressionnisme allemand) adepte de la torture et de l'étranglement dont la seule évocation des méfaits jette un voile funèbre.

Le film parvient néanmoins à garder une profonde identité anglaise. Il revient plusieurs fois que le mal que les soldats sont parti affronter au front a été retrouvé à leur retour à travers ce grand banditisme. Tout comme le peuple anglais avait su faire front face à la menace nazie, on retrouve à petite échelle cette solidarité lorsque les clubs de boxe s'unissent pour faire tomber minutieusement les affaires de Sugiani et Gorman. Une belle idée mais traitée assez naïvement, d'autant que par son mélange des genres et son accent sur les personnages le film fait un peu trop passer le tout par le dialogue (c'est à l'origine une pièce de théâtre de Richard Llewellyn qui en signe l'adaptation également).

Le brio de Greville et les fulgurances visuelles ne compensent pas complètement le côté un peu statique dû au matériau originel notamment le final. Là le gros morceau de bravoure (l'assaut du peuple dans le repère des truands) tombe à plat car penchant trop sur la comédie, les changements de ton qui auront fait le sel du reste du film enlève cette fois toute la tension espérée en dépit de quelques moments amusants (l'actrice perdant ses vêtements au fil des péripéties). A défaut d'être convaincant jusqu'au bout, une tentative très originale et singulière en tout cas.

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films

Extrait

lundi 29 septembre 2014

De l'or en barre - The Lavender Hill Mob, Charles Crichton (1951)

Un sujet de Sa Majesté, vivant heureux dans une ville du Brésil, raconte comment il fit fortune: modeste employé de banque, convoyeur de lingots, il rencontre un jour Pendlebury qui approvisionne la France en petites tours Eiffel. Une idée lumineuse jaillit des cerveaux des deux compères.

De l’or en barre fait partie du combo magique de films sortis entre 1949 et 1951 qui contribueront à associer définitivement Ealing à la comédie avec d’autres titres mémorables comme Passeport pour Pimlico (1949), Whisky à gogo (1949), Noblesse oblige (1949) et L’Homme au complet blanc (1951). Le studio avait certes déjà signé quelques comédies mémorables auparavant comme Champagne Charlie (1944) mais ce n’était qu’un genre parmi d’autres comme le drame, le film de guerre ou le film historique. Ealing en tant que temple de la comédie britannique devra grandement notamment au scénariste T.E. B. Clarke. Celui-ci sera responsable du script mémorable de Passeport pour Pimlico et aura déjà tenté le mélange entre récit policier et humour avec Hue and Cry (1947). Alors qu’il est supposé signer le scénario du très sérieux polar Pool of London (1951), l’idée de The Lavender Hill Mob germe dans l’esprit de T.E. B. Clarke avec l’idée d’un hold-up audacieux orchestré par des quidams ordinaire. Emballé par l’idée, le patron d’Ealing Michael Balcon lui fait abandonner Pool of London pour développer ce postulat. Le scénariste révisera son premier jet – où la deuxième partie voyait les lingots d’or passer de main en main et s’éloigner des voleurs initiaux – pour concentrer l’intrigue sur les pérégrinations des apprentis criminels qui seront incarnés par Alec Guinness et Stanley Holloway devant la caméra de Charles Crichton.

Le film s’ouvre au Brésil où Mr Holland (Alec Guinness) mène une véritable vie de pacha, bien de sa personne et prodigue avec son entourage auquel il distribue les billets pour la moindre amabilité. La narration en flashback nous le fait découvrir bien moins à son aise un an plus tôt, modeste employé de banque et tatillon convoyeur de lingot. A l’extérieur, un être insignifiant, ennuyeux et sans ambition, source de moquerie ou de bienveillance déplacée pour son entourage se résumant à ses collègues, sa logeuse et ses colocataires. A l’intérieur, Holland bouillonne et ne rêve que de dérober ces lingots en formes de tentation insaisissable qui lui permettrait de s’offrir une nouvelle vie loin de cette grisaille. L’occasion va lui en être donnée lorsqu’il aura comme nouveau colocataire Pendlebury (Stanley Holloway) patron d’une usine fabriquant des Tours Eiffel de  plomb pour la France. Dès lors, il va convaincre son nouvel ami d’user de sa fonderie pour transformer les lingots en Tour Eiffel faisant passer le butin inaperçu, et recruter les deux malfrats plus aguerris Shorty (Alfie Bass) et Lackery (Sydney James) de les aider. 

Après avoir contredit l’apparence et les pensées de Holland dans l’intention, le script concrétisent ce fait lorsque sous l’apparence austère notre héros s’enhardit en tant que cerveau criminel. Nous y aurons été préparés de manière amusante lors de ces moments amusant où Holland nous découvrons son goût pour les romans policiers de gare qu’il lit à sa vieille colocataire dans un slang des plus gouailleur. Le crescendo est constant pour révéler la malice du personnage, le regard se faisant plus vif derrière ses épais verres de lunettes pour convaincre Holloway dans une merveille de dialogue en sous-entendus de mener leur entreprise criminelle. L’autosatisfaction tranquille de l’épilogue brésilien s’amorce déjà là avec ce sourire plein d’assurance quand il reprend le titre qu’un acolyte lui a attribué. Yes, I’m the boss

Le seul reproche que l’on pourra faire au film, c’est de tranquillement dérouler son programme sans réellement offrir de surprise. Un tel sujet aurait pu donner un résultat bien plus subversif entre les mains d’un Cavalcanti ou Robert Hamer et ainsi pousser plus loin l’ambiguïté que dégage le jeu d’Alec Guinness. Ce n’est pas là l’intérêt de Charles Crichton – qui attendra la pré-retraite et le sursaut tardif de Un Poisson nommé Wanda (1988) pour oser emmener la comédie dans un registre plus agressif et moins bon enfant – qui cherche surtout à exploiter avec la plus grande efficacité les moments de comédie lorsque le plan dérape. 

Si le hold-up en lui-même n’a rien de particulièrement virtuose dans son déroulement, les conséquences seront l’occasion de quelques mémorables morceaux de bravoures. La dernière partie est ainsi placée sous le signe de la course-poursuite, nos héros faisant tour à tour office de poursuivants et poursuivis. Pour la première option, ce sera une traque haletante après des Tours Eiffel en or mise sur le marché par erreur, occasionnant une descente tourbillonnante de la vraie Tour Eiffel dans une scène aussi vertigineuse que délirante où l’abattement de Guinness et Holloway fait merveille. 

La seconde prouesse sera une fuite à pied puis en voiture du duo pourchassé par la police où Crichton convoque autant le comique de situation – les quiproquos où Holland embrouille la police en usant de la radio – que le pur splapstick dévastateur lorgnant sur Buster Keaton et annonçant les Blues Brothers avec son carambolage épique. Là aussi tout à sa frénésie Crichton ne s’attarde pas plus sur les moments qui auraient pu rendre l’ensemble plus grinçant comme lors que Holloway et Holland dupent des fillettes pour récupérer les Tour Eiffel égarées et traque celle n’ayant pas voulu leur céder la sienne. Le spectacle est échevelé et plaisant mais manque toujours ainsi un peu de consistance. Tout cela est résumé dans les dernière images où le génial côtoie le conventionnel. 

On jubilera ainsi de voir Holland échapper à ses poursuivants en arrêtant tout simplement de courir pour retrouver l’insignifiance qui sut si bien le rendre invisible à autrui. Le final où cette subversion se voit maladroitement rattrapée par la morale – si au moins l’on avait eu le panache et l’ironie de L’Affaire Cicéron (1955) au final voisin ce serait mieux passé – est nettement moins réussi par contre. Pas la meilleure comédie Ealing donc mais un vrai bon moment néanmoins et un des films les plus populaires du studio qui vaudra Oscar du meilleur scénario à T.E.B. Clarke.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

vendredi 29 août 2014

L'Héroïque Parade - The Way Ahead, Carol Reed (1944)


Un groupe de conscrits est mobilisé dans l'infanterie durant la Seconde Guerre mondiale. Pour commencer, ils apparaissent comme une bande d'incapables, mais leur sergent et leur lieutenant ont confiance en eux et en font une équipe efficace. Une fois dans le feu de l'action en Afrique du Nord, ils prennent conscience des réalités de la guerre…

 L’Héroïque Parade est un film de guerre qui s’inscrit dans la politique de propagande du cinéma britannique initiée par Churchill et partagée entre œuvres va t en guerre patriotiques et divertissements plus légers. L’Héroïque Parade appartient bien sûr à la première catégorie mais comme nombres de productions anglaises de l’époque aux mêmes objectifs – le plus illustre étant le Colonel Blimp (1943) de Michael Powell et Emeric Pressburger -  parvient à dépasser ce statut initial pour trouver une vraie identité. L’idée du film naît de trois personnalités artistiques à l’époque mobilisée par l’armée. Carol Reed est ainsi incorporé depuis 1942 et affecté au département psychiatrie où il s’occupe des soldats rongés par la peur du front. Il décidera donc de mettre à profit ses compétences pour produire un court-métrage destiné à rassurer ces traumatisés et présenter l’armée sous un jour plus bienveillant. Ce sera The New Lot (1943) où il s’associe à l’écrivain Eric Gambler et à un Peter Ustinov acteur/dramaturge encore débutant. Le film accompagne cinq recrues issues de milieux différents et capture leurs impressions durant leur période de formation. L’œuvre aura un tel impact qu’il sera décidé de l’étirer en long-métrage avec la même équipe, Carol Reed à la mise en scène, Eric Gambler et Peter Ustinov à l’écriture mais aussi certains acteurs du court qu’on retrouve comme  John Laurie et Raymond Huntley. Le principe sera le même, accompagner un groupe de personnages de milieu, âges et caractères différents faisant leurs classes et qui au bout du chemin ne formera plus qu’un corps uni et solidaire sous l’uniforme.

Le récit s’ouvre en 1939, avant l’engagement anglais dans le conflit mais où cette atmosphère de guerre plane dans l’air et crée un sentiment d’attente angoissée au sein de la population. Reed nous introduit ainsi les futurs mobilisés dans leurs milieux et métiers respectifs : garçon de ferme, agent dans une station-service, chauffagiste du Parlement, vendeur en magasin. A leur échelle, chacun est déjà touché par ces bouleversements en germes qui aboutiront tout naturellement à leur mobilisation dans une ellipse nous menant en 1941. La caractérisation des protagonistes se fera constamment dans l’action et le mouvement pour témoigner de leurs évolution, que ce soit leur rencontre dans le train en route pour la caserne, le labeur des exercices et manœuvres militaires, les voyages à travers le monde et enfin l’expérience du front dans la toute dernière partie.

Ce n’est pas ce dernier élément qui intéresse Reed et ses scénaristes. L’Héroïque Parade se focalise en effet sur le parcours spirituel et collectif de cette unité d’infanterie légère (et imaginaire) du Duc de Glendon. Le scénario évoque bien sûr d’autres films de formation militaire mais dans la plupart la finalité est le champ de bataille quand Reed ne cesse de retarder ce moment et détourne avec tendresse des structures façons Les Quatre Plumes Blanches (1939) avec ce groupe de vieillards vétérans de l’unité raillants ces jeunes soldats loin de leur bravoure d’antan. Au lieu de les contredire en nous plongeant dans le pur film de guerre, Reed le fait en nous montrant comment le vrai courage naîtra du fait de se fondre dans un ensemble fiable, qu'on aime et prêt à tous les sacrifices pour ses frères d’armes.

 Arrachés à leurs foyers pour une guerre dont les enjeux les dépassent, nos recrues passeront par divers états dont la rébellion et la méfiance avant d’être réellement unis. Le casting contribue énormément à l’empathie ressentie pour cette unité. Stanley Holloway plutôt associé à la comédie – dont quelques joyaux Ealing comme Champagne Charlie (1944), Passeport pour Pimlico (1949) ou Tortillard pour Titfield (1953) – et au music-hall apporte tout son charme bougon à l’attachant et soupe au lait chauffagiste Brewer.

On trouve aussi un jeune coq en quête de figure d’autorité avec Jimmy Hanley et les rapports sociaux s’estompent entre les anciens subalternes et employeurs joués par Hugh Burden et Raymond Huntley. Ces archétypes entretiennent une proximité chaleureuse, à la fois universelle et unique tant leurs diversités reflètent la population anglaise qui se reconnaît à travers eux et leur quotidien bouleversé. Cette bienveillance se manifeste également envers les figures d’autorités avec l’intransigeant mais dissimulant un grand cœur Sergent Fletcher (William Hartnell) et un David Niven transpirant l’humanité en Lieutenant Perry.

Si le film semble bien éloigné des thrillers d’espionnage qui ont fait le succès littéraire d’Eric Ambler – de nombreuses fois adaptés d’ailleurs comme Le Masque de Dimitrios (1944) de Jean Negulesco, Voyage au pays de la peur (1943) de Norman Foster ou encore Intrigues en Orient (1943) de Raoul Walsh – l’auteur se spécialisera au cinéma dans le film de guerre avec de grandes réussites comme La Mer Cruelle (1953) ou La Flamme Pourpre (1954). La construction rigoureuse de la narration et sa montée en puissance lui doivent beaucoup. Peter Ustinov évite lui à l’ensemble de sombrer dans le tract de propagande froid et sans âme et on reconnaît sa verve truculente dans les bons qui scellent la camaraderie au sein de l’unité. Les deux se retrouveront d’ailleurs bien plus tard pour un immense succès avec l’adaptation du roman d’Ambler Topkapi qui vaudra un Oscar su second rôle masculin à Ustinov.

La dernière partie consistera à mettre en application ces préceptes à l’épreuve du feu durant la campagne d’Afrique du Nord. Là encore, le film déjoue les structures classiques puisque le terrain sera surtout l’occasion d’éprouver cette camaraderie nouvelle dans l’attente. Si riposter dans le feu de l’action relève d’un instinct de survie plus naturel, savoir patienter, guetter et attendre un danger et ennemi hypothétique sans perdre ses moyens demande d'autres qualités. Mais ces hommes ont appris à se connaître et se respecter et chaque instant de vide sera l’occasion de mettre à profit ces liens pour ne pas cogiter et s’impatienter.

On ne cèdera au spectaculaire que le temps d’un impressionnant naufrage de destroyer et d’un intense face à face au portes du désert où l’ennemi est une figure abstraite (autant par les torpilles coulant le destroyer que les soldats allemands à la silhouette fantomatique). C’est pourtant bien les moments de vie anodins partagés dans ce village, la complicité avec les autochtones (dont un Peter Ustinov dans un petit rôle de tenancier de bar), les parties de fléchettes et les chansons que l’on retiendra. La facette patriotique ne transparait finalement que par l’absence de vrai drame puisque tout le monde survivra à sa brève expérience du combat. Le générique de fin où les ombres de soldats défilent dans la brume est donc idéalement représentative de L’Héroïque Parade, la vie commune et l’épreuve du feu nous l’a prouvé, ces hommes ne font plus qu’un dans un ensemble vaillant et solidaire.


Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films

Extrait

lundi 17 février 2014

Tortillard pour Titfield - The Titfield Thunderbolt, Charles Crichton (1953)

Un groupe de villageois essaye d’empêcher les chemins de fer britanniques de fermer la ligne de Titfield

Tout en célébrant et magnifiant un certain état d'esprit typiquement anglais, les films du studio Ealing mêlaient constamment à cette vision une dimension plus ambigüe vantant l'individu contre l'institution, la menace plus indicible. Certains des meilleurs films Ealing obéissent totalement à cet idée, que ce soit Champagne Charlie (1944) et ces chanteurs de music-hall défiant la morale, Whisky à gogo (1949) où la communauté écossaise trafique du whisky au nez et à la barbe de l'autorité anglaise et bien sûr le sombre Went the day well (1942) où un petit village anglais résistait à l'invasion de l'armée allemande infiltrée. A chaque fois la solidarité et l'esprit d'entraide anglais s'opposait à son institution froide, suscitant un propos à la fois critique et élogieux.

The Titfield Thunderbolt est le film qui magnifie ce schéma avec une œuvre drôle, sensible et palpitante. On ne sera pas surpris de retrouver au scénario T. E. B. Clarke qui avait offert un des plus beaux fleurons du studio dans cette veine avec Passeport pour Pimlico (1949) où un quartier de Londres clamait son indépendance et s'établissait en état. Ici ce sera la petite communauté de Titflield qui se soulèvera lorsque la British Railways décide de fermer la ligne ferroviaire liant leur village à Mallingford pour mettre en place un réseau de bus. C'est à la fois un terrible coup pour l'histoire, la ligne étant une des plus anciennes d'Angleterre mais aussi pour l'avenir et le désert rural qu'entraînera cette disparition.

Qu'à cela ne tienne, certains vont se mobiliser pour éviter ce drame et notamment le pasteur Weech (George Relph) passionné de locomotive, Squire (John Gregson) petit-fils d'un des constructeur du chemin de fer local et Walter Valentine (Stanley Holloway toujours aussi truculent) patron de la taverne qui va financer l'affaire afin de gérer de manière autonome la ligne. Cependant entre le gouvernement tatillon qui ne leur laissera pas passer aucune erreur et les manœuvres des agents de la compagnie de bus voyant l'aubaine leur échapper, nos héros auront fort à faire pour réussir leur pari.

Charles Crichton offre d'abord une vision bucolique et idéalisée de ce village et de sa population, nous attachant autant aux personnalités hautes en couleurs qu'aux paysages verdoyant magnifiés par la photo somptueuse de Douglas Slocombe. Cette imagerie atteint des sommets avec la première séquence majestueuse voyant le train traverser vallons, petites maisonnées fermières et champs où s'abreuvent les troupeaux nous marquant d'un éclat indélébile et créant l'empathie quant à la folie de ces villageois téméraires.

L'entrain des héros est mis à rude épreuve autant par le sens des responsabilités très relatives de certains protagonistes (excellent personnage de Dan profitant des trajets pour chasser et récupérer les animaux braconné la veille) certains affrontements épiques comme cet un engin agricole défiant la locomotive sur la voie. Les effets spéciaux sont très réussis pour l'époque, partagés entre la vraie reconstitution d'une voie (la production ayant ranimée la ligne abandonnée de Limpley-Stoke à Camerton et recyclé la locomotive "Lio" remorquée hors champs vu son grand âge) et des incrustations habiles pour intégrer les acteurs aux scènes les plus mouvementées.

On aura ainsi une scène de déraillement sacrément impressionnante et une autre plus délirante où une locomotive volée traverse ville et forêt dans un joyeux splapstick. Les instants les plus palpitants restent cependant ceux où la communauté s'unit pour surmonter les différentes embûches comme cette scène ou passagers et villageois se mobilisent pour faire repartir le train après que la réserve d'eau ait été sabotée, le recyclage et rafistolage comme un symbole de la locomotive du musée et surtout le final réellement haletant où nos héros sont bien mal en point pour satisfaire l'inspection. Système D, ruses et artifices divers se déploient pour un suspense rondement mené par un Charles Crichton très inspirés dans la gestion des péripéties. Un grand moment de bonne humeur et un des films les plus attachants du studio Ealing.

Sorti en blu ray et dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais 

Petit making of d'époque avec images de tournages rares

 

mardi 26 novembre 2013

Passeport pour Pimlico - Passport to Pimlico, Henry Cornelius (1949)

A Pimlico, un quartier de Londres, l'explosion d'une bombe, dernier vestige de la guerre, met à jour un trésor du XVe siècle ainsi qu'un édit royal certifiant que Pimlico est la propriété des ducs de Bourgogne. Aucun décret n'ayant annulé depuis cet héritage, les habitants décident de proclamer leur indépendance à l'égard du Royaume-Uni.

Passeport pour Pimlico est une des plus audacieuses productions Ealing de l'époque et témoigne magnifiquement de la capacité du studio se faire un prolongement de la réalité anglaise d'alors dans une tonalité où s'entremêlent la célébration et la critique de cette anglicité. Le pitch audacieux voit Pimlico, un petit quartier de Londres bouleversé par la découverte d'un décret d'Edward IV enterré depuis le XVe siècle en faisant une propriété du Duc de Bourgogne et donc une terre indépendante en pleine Angleterre. Par jeu les habitants vont rapidement défier l'autorité mais seront rapidement dépassé par les enjeux socio-politiques de ce nouveau statut.

Le film arbore un postulat commun à plusieurs productions Ealing, à savoir une petite communauté ligué contre une entité puissante le plus souvent symbolisé par la Grande-Bretagne elle-même. Ce sont les villageois écossais alcoolisés du génial Whisky à gogo (1949), les chansonniers tout aussi avinés de Champagne Charlie (1944) ou encore le village défendant son train à vapeur dans Titfield Thunderbolt (1953), les protagonistes luttant dans ces trois films sur une forme d'autoritarisme de l'état britannique qu'il soit politique ou moral.

Des thèmes cher au scénariste T. E. B. Clarke qui dans Il pleut toujours le dimanche (1947) aura également fait le portrait d'une Angleterre d'après-guerre assez sinistre pour une des productions Ealing les plus sombre. Le film surprend ainsi par ce ton vindicatif faisant sous l'humour du pays une nation sclérosée et autoritaire via l'attitude du gouvernement, mais se moquant aussi dans un sens du côté insulaire et autarcique typiquement anglais par l'attitude fermée des héros quand ils se découvrent malgré eux citoyens bourguignons. Une approche osée qui se rééquilibrera et évitera la froide démonstration par la truculence et l'empathie typique d’Ealing envers ses héros modestes.

Quelques années après la fin de la guerre l'Angleterre est encore un pays sinistré et criblés de dette, les quartiers en ruine (dont celui de Pimlico) venant rappeler le souvenir des difficiles années du Blitz. Une période de privation encore vivace qui explique le sentiment de défi des habitants qui voient là une occasion de s'en sortir mais mettra à jour les dérives du moment avec une foules d'individus louches profitant de cet espace hors la loi pour faire fructifier le marché noir et trafic de bons de rationnement. Derrière la légèreté de l'ensemble vient donc pointer une réalité pas si éloignée encore mais c'est à nouveau la communauté qui sera ici mise en avant pour célébrer l'Angleterre.

Si effectivement le gouvernement est fustigé par son attitude ambiguë (qui les verra affamer et assoiffer Pimlico pour soumettre les dissidents), le peuple ayant survécu par l'entraide et la solidarité est représentée ici par le microcosme des habitants de Pimlico dont l'astuce est louée lors des séquences où il se joue de l'autorité pour assurer leur survie.

Ironiquement, des situations de film de guerre (exactement comme dans Whisky à gogo) sont reprises avec évasion, guet-apens et camouflage pour permettre à nos héros passant sous les barbelés et sortant de nuit de se rationner. Cette solidarité sera même étendue lorsque les denrées arriveront de tout le pays pour aider nos héros. Une habile pirouette scénaristique verra tout de même les rebelles rentrer dans le rang tout en gardant la main, rétablissant intelligemment l'ordre moral cher à Michael Balcon, tatillon patron d’Ealing.

Tout cela ne fonctionnerait par sans un merveilleux casting de monsieur et madame tout le monde attachants à la tête desquels trône le génial Stanley Holloway (ou une tordante Margaret Rutherthord en historienne farfelue). Henry Cornelius qui triomphera plus tard avec la géniale comédie automobile Genevieve (1953) mène l'ensemble à la perfection, autant pour pousser le postulat de départ jusqu'à l'absurde que pour conférer une chaleur et émotion de tous les instants.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa