Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 8 juillet 2014

Parfum de femme - Profumo di donna, Dino Risi (1974)

Fausto est un grand amateur de femmes. Il est un bel homme, dans la force de l'âge et vit seul avec sa vieille tante à Turin. Sept ans auparavant, alors capitaine de cavalerie, il a perdu la vue en manipulant une bombe lors des grandes manœuvres. Il refuse son infirmité et dissimule son amertume sous une agressivité permanente. Bien qu'aveugle, Fausto est capable de deviner la présence des femmes grâce à leur parfum...

Tout au long de sa filmographie, Dino Risi aura su se faire le remarquable et cynique peintre des évolutions de la société italienne d’alors. Le Fanfaron (1962) ou encore Le Veuf (1959) témoignait ainsi des travers du miracle économique, Une Vie difficile (1961) de la fin des idéaux politiques ou encore Au nom du peuple italien (1971) de le la corruption et de l’agitation politique de l’Italie des années de plomb. Au début des années 70 une certaine nostalgie et perte d’illusion se fera jour dans le cinéma italien, symbole d’une société morose où il ne reste plus rien à réaliser. Ettore Scola en offrira une belle illustration sous un jour attachant dans son inoubliable Nous-nous sommes tant aimés (1974) ou bien plus désespéré avec La Terrasse (1980). Dino Risi allait donner sa vision de ce désenchantement, intime et aigre-douce.

 Parfum de femme (adapté du roman Il buio e il miele de Giovanni Arpino) témoigne en fait de la disparition d’une certaine race d’homme fort ayant contribué à rétablir le pays. Sans cause ni patrie à défendre, ils sont perdus et inutile dans ce monde moderne. Cette vacuité sera représentée symboliquement avec la cécité de Fausto (Vittorio Gassman) ancien capitaine victime d’un accident lors de grande manœuvres. L’armée lui attribue un jeune soldat en permission, Giovanni Bertazzi (Alessandro Momo), pour l’accompagner durant son voyage à Naples. C’est à travers le regard du jeune homme que nous allons découvrir la personnalité singulière de Fausto. Tout dans son comportement outrancier est une manière de faire oublier son infirmité. 

Séducteur pressant et libidineux avec les femmes dont il devine la présence par leur seul parfum, agressif et bagarreur avec les hommes, s’imposant en tous lieux par son culot et son charme, Fausto est un phénomène ambulant ne semblant jamais gêné par son handicap. Le périple est l’occasion de diverses péripéties amusantes et pour le malheureux Giovanni (rebaptisé Ciccio) d’être largement malmené par son bouillant compagnon. La photo aux veloutes brumeux et diaphane de Claudio Cirillo imprègne l’atmosphère estivale d’une certaine mélancolie pour ces paysages que Fausto ne peut voir, tout comme le thème au piano entêtant d’Armando Trovajoli. Tous ces éléments amènent une forme de distance à la confiance et aux vociférations de Fausto dont la vulnérabilité se dévoile progressivement. Il ne cherche pas seulement à surmonter son handicap mais surtout à le masquer, se comportant comme un voyant et rejetant tout ce qui peut lui rappeler sa condition, que ce soit une bienveillance, pitié malvenue ou la simple présence d’un autre aveugle aux alentours.

 Vittorio Gassman est fabuleux, imprégnant ce type de personnage excessif dont il a le secret d’une vraie tristesse. La caméra de Risi s’attarde à de nombreuse reprise et longuement sur son regard. Le regard vide de celui qui ne voit plus, mais surtout de celui qui ne ressent plus. Fausto affirmera ne plus regretter que les visages et courbes des femmes dans l’obscurité où il est condamné, car il peut encore ressentir les plaisirs et sensation d’une étreinte. Par contre il se refusera comme le soulignera un dialogue à imaginer les paysages et monuments qu’il ne peut plus voir. Cela serait la preuve d’un romantisme dont il n’est plus capable tant il s’estime inutile au monde qui l’entoure.

L’étape finale du voyage à Naples vient pourtant bousculer cette conviction avec l’amour inconditionnel que lui voue la belle Sara (Agostina Belli). Toute la détresse de Fausto nous apparaît ainsi, réfrénant ses attitudes machistes et sa brutalité envers Sara car elle représente le seul élément l’aimant tel qu’il est, ne tenant pas compte de ce qu’il a été. Risi offre des moments poignants et subtils entre eux, où Fausto se referme en devinant sa présence tandis qu’elle le dévore des yeux avec une désarmante candeur. 

Malgré toute la force qu’il affiche, Fausto devra se raccrocher à la vie en ayant accepté sa faiblesse. Pas celle que lui amène sa cécité mais celle qui fera vaciller sa funeste résolution d’en finir. Le personnage était impressionnant par son désintérêt de tout car rien à respecter quand on a plus aucun intérêt au monde qui nous entoure, plus de volonté de vivre. Cette flamme, Fausto la retrouve lorsque pour la première fois du film il ose véritablement et sincèrement demander à l’aide. Physiquement car il est tombé au sol, mais surtout symboliquement pour embrasser enfin cette et cet amour qu’il n’aura pas été capable de fuir. Un des chefs d’œuvre de Dino Risi et un des plus beaux rôles de Vittorio Gassman, judicieusement récompensé du prix d’interprétation au Festival de Cannes 1975.

Sorti en dvd zone 2 chez TF1 Vidéo



mardi 18 juin 2013

Mimi métallo blessé dans son honneur - Mimì metallurgico ferito nell'onore, Lina Wertmüller (1972)

Mimi, un manœuvre sicilien, refuse de se plier aux règles de la mafia. Privé de travail, il s’expatrie, laissant sa femme Rosalia en Sicile. À Turin, Mimi ne tarde pas à être à nouveau contacté par l’Organisation et, comprenant la menace, il se fait plus coopératif. Promu métallo, puis contremaître, il tombe amoureux fou de Fiorella avec qui il a un fils. C’est alors que la mafia le rapatrie en Sicile où sa femme légitime l’attend…

Mimi Metallo blessé dans son honneur est le film qui révèle le talent d'une Lina Wertmüller à la carrière déjà bien remplie mais relativement confidentielle. Les penchants anarchiste, féministes et la dénonciation machiste qui l'animent s'expose dans un tout cohérent, hilarant et grinçant pour ce classique qui lance un formidable cycle créatif pour la réalisatrice. Le scénario se situe à mi-chemin entre les comédies caustiques siciliennes de Pietro Germi (Divorce à l'italienne, Séduite et abandonnée) dans la dénonciation des moeurs archaïques locales et une facette politisée typique des Années de Plomb. Lina Wertmüller va faire siennes ces influences dans une sorte de comédie humaine cruelle et ironique.

Le début du film nous présente une Sicile arriérée et corrompue où se morfond notre héros Mimi (Giancarlo Giannini). Entre la vie de couple sans saveur avec sa trop prude épouse Rosalia (Agostina Belli) et sa modeste condition d'ouvrier, Mimi ne s'égaye qu'au contact des quelques sympathisants de gauche et syndicaliste qui s'opposent mollement aux règles de la mafia. C'est à leur écoute que son destin bascule lorsqu'il ne vote pas pour un candidat de la mafia aux élections et est privé de travail en représailles. C'est l'occasion pour notre héros de quitter son cocon et d'aller tenter sa chance à Turin, dans ce nord de l'Italie plus riche et supposé plus civilisé et équitable.

Lina Wertmüller l'isole dans la grisaille urbaine le temps d'un plan d'ensemble lourd de signification. Le cadre change mais les injustices restent dans des proportions plus vastes au sein de ce nouvel environnement où Mimi sera de nouveau exploité en tant qu'ouvrier du bâtiment dans des conditions précaires. La première ambiguïté annonciatrice de la suite interviendra après la mort accidentelle d'un ouvrier que cherchent à dissimuler les sinistres employeurs mafieux. Témoin de leurs malversations lorsqu'ils voudront se débarrasser du corps, Mimi sauve sa peau en s'inventant une parenté avec le Don de sa région, y gagnant au passage une promotion pour un plus confortable emploi en usine. Dès lors toutes les manifestations d'engagement politique de Mimi sonneront faux par cet acte de lâcheté initiale qui en annoncent d'autres où sauver sa peau importe plus que la cause.

Lina Wertmüller donne un possible salut à Mimi par l'amour et la belle romance qu'il va entretenir avec la trotskiste Fiorella (Mariangela Melato formant pour la première son mythique duo comique avec Giancarlo Giannini). Habitué aux siciliennes soumises, Mimi est subjugué par la gouaille et le charisme de cette femme libre, abandonnant ses manières rustres pour exprimer sa part la plus vulnérable et sensible afin de la séduire.

Le temps d'une longue séquence romantique magnifiquement filmée par Wertmüller on assiste à la détresse de l'amant repoussé, aux sentiments progressivement ébranlé de l'aimée et de l'union finale avec une sensibilité infinie pour ce qui est le moment le plus sincère du film. Le féminisme de Lina Wertmüller s'y dévoile autant par l'abandon de Mimi exprimant finalement son côté féminin (la déclaration désespérée les yeux baignées de larmes est particulièrement touchante) pour toucher Fiorella également devenue femme accomplie en cédant pour la première fois à un homme qu'elle aime.

 Ce bel espoir ne résiste pas pas au retour malheureux en Sicile. Les petites concessions concédées par Mimi auront dévoilé un être malléable que même cet amour ne pourra rattraper. Mimi est un être constamment coupé entre plusieurs mondes : le monde communistes et celui des patrons véreux où il s'avère un contremaître aussi impitoyable que ceux qu'il dénonçait et surtout l'écart entre l'être civilisé et moderne en lequel la ville est supposée l'avoir transformé et le sicilien machiste qu'il n'a finalement jamais cessé d'être. Le script malin l'exprime de façon outrancière (la crise de démence de Mimi lorsqu'il apprend qu'il est cocu) et inventive, la vengeance par crime d'honneur prenant un tour sophistiqué illustrant une nouvelle fois bien la lâcheté de Mimi même pas capable de faire usage de la violence brute de ces ancêtre pour se venger.

 La scène finale d'un mimétisme cinglant avec l'ouverture montre ainsi un cycle perpétuel de la corruption (qui arbore un même visage) régnant sur cette Sicile et l'Italie de manière plus vaste. Le profit, le cynisme et l'individualisme gagne sur les idéologies dans une terrible impasse politique et morale. Une grande réussite qui vaudra à Giancarlo Gianinni de nombreuses récompenses pour sa magistrale prestation tandis que Lina Wertmüller creusera le même sillon dans une veine plus mélodramatique dans le suivant et magnifique Film d'amour et d'anarchie (1973).

Sorti en dvd zone chez SNC/M6 Video

lundi 7 novembre 2011

La Carrière d'une femme de chambre - Telefoni Bianchi, Dino Risi (1976)


En Italie, sous le fascisme. Les aventures galantes d'une jeune femme ambitieuse devenue star de cinéma.La Carrière d'une femme de chambre s'inscrit dans la veine de ces nombreux films italiens des années 70 qui comme pour répondre à l'agitation politique du moment se penchait vers un passé tout aussi chaotique pour le pays, l'ère fasciste sous Mussolini. On pense bien sûr entre autre au Jardin des Finzi-Contini de De Sica, Liberté mon amour de Bolognini, Une journée particulière de Scola…

Bien moins ouvertement dramatique que ces œuvres, le film de Risi se place plutôt du côté de la grosse satire sous un angle original à savoir l'industrie du cinéma durant le fascisme. Le titre original du film Telefoni bianchi est d'ailleurs bien plus parlant puisque reprenant le terme par lequel on désigne cette période du cinéma italien dite des téléphones blancs (terme sous-entendant le prestige des productions) où les productions luxueuses vantaient le faste et la gloire du fascisme.

On va donc ici suivre l'ascension d'une belle, écervelée et peu farouche femme de chambre qui va progressivement se muer en icône du régime. Risi, si doué pour fasciner avec des personnages ambigus rate un peu ici le coche faute d'une interprète solide. Agostina Belli (révélée l'année précédente le temps d'une mémorable apparition dans Parfum de femme mais ayant plus souvent donnée dans la comédie sexy) est tout au plus amusante au début du film en idiote sexy peu avare de ses charmes (et une sacrée allure en blonde platine façon Jean Harlow) mais s'avère assez transparente dès que son registre doit se faire plus dramatique.

Cochi Ponzoni dans le rôle du malheureux fiancé de la belle arbore une magnifique mine de chien battu et le running gag l'envoyant aux front les plus sinistres (Guerre d'Espagne, Russie, Ethiopie) par les amis de plus en plus haut placés de Marcella est hilarant mais de même il manque singulièrement de charisme (un Alberto Sordi aurait été grandiose dans le rôle). Du coup on ne se sent pas particulièrement impliqué par ce qui est raconté et le film est assez inégal.

Heureusement Risi se rattrape par différentes vignettes drôles et féroces où sa méchanceté et son humour noir font des étincelles grâce au très grinçant script de Ruggero Maccari. Les gags et situations énorme s'enchaînent (surtout durant la première moitié) pour dénoncer l'hypocrisie et la bêtise latente de ce régime fasciste. Toutes figures masculine à la virilité exacerbée révèlent des êtres odieux et lâches (le producteur promettant monts et merveille à Marcella qui s'avéra être un simple employé, la chemise noire qui l'envoie travailler en maison close) au premier rang desquels on trouve le Duce en personne magnifiquement ridiculisé le temps d'une apparition mémorable.

On retiendra aussi la déférence de l'équipe de Cinecitta pour Marcella lorsque le Duce l'impose au producteur avec un tordant retournement de veste de Vittorio Gassman qui l'humilie puis l'encense en cinq minutes une fois au courant de ses "appuis". Gassman est comme toujours grandiose en star narcissique (et s'inspire physiquement du jeune premier de l'époque un certain... Vittorio De Sica !) et terriblement pitoyable dans sa déchéance. Il éclipse la pauvre Agosta Belli à chaque confrontation, tout comme Ugo Tognazzi qui fait une apparition marquante en faussement sympathique vendeur itinérant dans un des moments les plus sombres du film. Visuellement c'est également un des Risi les plus beaux, la reconstitution est magnifique et bien mise en valeur par l'élégante mise en scène ainsi que la très belle photo de Claudio Cirilli. Un Risi mineur mais néanmoins plaisant donc.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Vidéo

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