Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 25 juillet 2019

Nocturne indien - Alain Corneau (1989)


Rossignol, un jeune Français arrive à Bombay, à la recherche de Xavier, un ami proche disparu depuis peu sur place. Il part sur ses traces, voyageant à travers une Inde déroutante, se rapprochant à chaque étape un peu plus de son ami.

Si la fresque Fort Saganne (1984) avait permis à Alain Corneau de sortir du registre du polar, c’est véritablement avec Nocturne Indien qu’il pourrait montrer une autre facette de sa personnalité. Profondément marqué par un voyage qu’il effectua en Inde, Corneau s’intéressait depuis grandement à divers pan de cette culture, sans forcément envisager d’en tirer un film. La donne change lorsqu’il découvrira le roman Nocturne Indien de d'Antonio Tabucchi paru en 1987.

Dans son adaptation, Corneau n’a pas la prétention de retranscrire la réalité indienne mais cherche à capturer la perte de repères que représente le contact avec l’Inde pour l’étranger. L’intrigue à la fois simple et nébuleuse suit donc Rossignol (Jean-Hugues Anglade) à la recherche d’un ami disparu en Inde. C’est un jeu de piste où l’objet insaisissable de la quête compte moins que les diverses et mystérieuses rencontres que fera notre héros. Corneau recherche le dépaysement par l’atmosphère et les sensations de Rossignol plutôt que l’imagerie touristique attendue. Cela donne une dimension contemplative, intimiste et solennelle où le réalisateur appuie par des plans fixe figeant les personnages dans des tableaux vivants, Rossignol se fondant au sein du décorum ou alors gardant son statut d’être de passage qui observe à distance les soubresauts du quotidien indien.

Notre héros traverse le film comme dans un rêve, l’incongruité et l’étrangeté des rencontres baignant dans les nuances subtiles de la photo d’Yves Angelo où chaque échange sert la quête effective comme intérieure. Pour la première il ne faut relever que les indices qui mènent Rossignol d’un lieu à un autre et la seconde passe par des dialogues explorant sa nature profonde. Le vieil homme dans le train démontre une profonde connaissance de la mystique indienne sans pour autant avoir l’avoir traversé géographiquement, une connexion culturelle se fait avec un érudit tandis que qu’une monstrueuse et touchante voyante révèle la dualité présent/absent de Rossignol. Le personnage apparait tour à tour candide et en pleine découverte puis étonnamment lucide (la manière dont il comprend qu’un taxi l’emmène dans la mauvaise direction) et assuré.

On s’égare entre le poursuivant et le poursuivi qui sont peut-être une seule et même personne. Les accords de Frantz Schubert ((le 2e mouvement du Quintette en U qui tourne en boucle) apportent un décalage bienvenu aux environnements indien (notamment cet envoutant travelling vers une statue de Shiva) et symbolise le moi intérieur de Rossignol, acteur et spectateur de son aventure. L’épilogue appuie cela dans le récit qu’il fait de son voyage à Clémentine Célarié, cette présence et le retour de la langue française ramenant le personnage à sa nature de touriste (le film s’achevant à la très visitée Goa). Corneau respecte l’ouvrage de Tabucchi en nous laissant dans l’expectative et les multiples interprétations possibles. La prestation habitée de Jean-Hugues Anglade (fortement marqué par l’expérience) n’est pas pour rien dans le pouvoir de fascination du film qui autorise définitivement Corneau à une plus grande versatilité (le célébré Tous les matins du monde qui suivra le confirmera).

Sorti en dvd zone 2 français chez Studiocanal 

dimanche 5 mai 2019

Série Noire - Alain Corneau (1979)


Franck, représentant de commerce, traîne son existence minable dans la triste banlieue parisienne. Ce porte-à-porte laborieux fait bientôt la rencontre de Mona, une adolescente de 17 ans. Ils se découvrent alors un même but : fuir leur morne condition, quitte à employer les moyens les plus... expéditifs !

Passionné de polar tant dans la littérature policière que dans le film noir, Alain Corneau le temps de ses 5 premiers films (et plus particulièrement Police Python 357 (1976), La Menace (1977), Série Noire (1979) et Le Choix des Armes (1981) parvint à s’approprier et donner une nouvelle identité française au genre, loin de l’approche stylisée d’un Jean-Pierre Melville. Cela est particulièrement vrai avec Série Noire, une œuvre où il adapte le classique Une Femme d’enfer de Jim Thompson et le transpose dans un environnement français. Au départ Corneau envisage plutôt une adaptation de Pop. 1280, essaye même de collaborer au scénario avec Jim Thompson et vise un casting américain prestigieux (Ernest Borgnine, Sterling Hayden…) mais le projet s’enlise sans aboutir – Bertrand Tavernier en donnera une magistrale transposition quelques années plus tard avec Coup de torchon (1981). 

Réfléchissant à un autre ouvrage de l’auteur auquel s’attaquer, il voit la structure et les personnages d’Une femme d’enfer comme parfaitement déplaçables de leur cadre américain.
Parmi les grands atouts du film il y aura les choix de George Perec au scénario et celui de Patrick Dewaere dans le rôle principal. La présence de Perec peut surprendre sur un tel projet mais l’auteur est un passionné de polar et de Jim Thompson qui parviendra magnifiquement à inscrire son ton et ambiance dans le cadre français et notamment les dialogues de Patrick Dewaere. 

La narration du livre nous montrait un idiot poissard narrant le récit à la première personne, paradoxalement sûr de lui, mettant sur le des autres et du mauvais sort le vrai regard pitoyable que l’on avait sur lui. Patrick Dewaere joue donc Franck Pouplard comme les autres le voient plutôt que de la manière dont lui se voit dans le livre, un hurluberlu rendu imprévisible et excentrique par condition désespérément précaire. L’ambiance suintante typiquement américaine du roman s’orne ainsi d’une sinistrose crasse typique de l’imagerie la plus dépressive de la France des années 70.

La gamme de couleur grise, ocre et brune, la météo pluvieuse et le cadre banlieusard (terrain vague, appartement insalubre…) sordide contribue donc à une atmosphère oppressante en diable. Les éclaircies font figure d’anomalie rapidement souillées, on pense aux retrouvailles de Pouplard avec sa femme (Myriam Boyer) dont la nuisette rose jure avec dans l’appartement miteux et bien sûr la présence et le visage virginal de la jeune Mona (Marie Trintignant). Corneau atteint ainsi des sommets glauques telle cette scène où Mona offre gauchement son corps nu en pâture à Pouplard tandis qu’une radio-transistor crache le Rivers of Babylone de Boney M en fond sonore.

Corneau afin de nous plonger au plus près de cette fange délaisse ses méthodes habituelles et sur les conseils de son directeur photo Pierre-William Glenn, adopte un filmage caméra à l’épaule qui accompagne plutôt que dirige les comédiens dans un découpage classique. Si le scénario et les dialogues de Perec sont suivis à la lettre (les expressions déroutantes et autres néologisme improbables assurant la dimension spontanée), toute l’approche formelle de Corneau vise à saisir cet aspect naturaliste dans la liberté de mouvement des acteurs. 

Dans ce registre Patrick Dewaere est tout simplement stupéfiant d’implication, une boule de nerfs insaisissable pouvant craquer à tout moment dans des élans de folie aussi absurde que douloureux (lorsqu’il se tapera frénétiquement la tête sur un capot de voiture), où laisser éclater sa frustration dans une violence terrifiante. Le fatalisme du film noir n’a rien à voir ici avec ce perdant creusant sa propre tombe dès le départ. Sans parler de happy-end loin de là, la conclusion ne bascule pas dans le pur nihilisme du roman de Jim Thompson mais le filet de lumière entraperçu ne donne pourtant que peu d’espoir quant au futur des personnages. Succès d’estime à sa sortie, le film gagnera ses galons de classique avec le temps et sera considéré par Patrick Dewaere comme sa meilleure prestation. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez StudioCanal

samedi 19 septembre 2015

La Menace - Alain Corneau (1977)


Jalouse de l'amour qu'Henri porte à Julie, Dominique se venge en la frappant avant de se jeter d'une falaise. Julie devient alors la suspecte principale. Pour la faire sortir de prison, Henri commence alors à semer de fausses preuves pour pousser la police à le suspecter.

La Menace est le deuxième film de la grande série de polar qui marqua le début de carrière d’Alain Corneau, venant après l’inaugural et salué Police Python 357 (1976) et avant Série Noire (1979) et Le Choix des armes (1981). Corneau dans chacune e ses œuvres redéfinissait avec déférence mais de manière personnelle la dimension de fatalité du polar, la tirant vers le piège implacable dans Police Python 357, la tragédie pour Le Choix des armes ou le pur sordide dans Série Noire. La Menace prolonge donc une première fois le sillon de Police Python 357 tout en s’en démarquant. 

Le poids d’un destin s’avère à la fois concret et flottant à travers la mise en scène de Corneau filmant le couple Yves Montand/Carole Laure en amorce, sous un regard extérieur, qu’il soit celui haineux de l’amante rejetée Dominique (Marie Dubois) où celui plus indistinct de la fatalité qui pèse sur eux. Ces deux regards peuvent être clairement identifiables ou incertains, Corneau jouant tour à tour sur le thriller le plus concret et une dimension plus métaphysique avec des mouvements de caméras circulaires qui emprisonnent les personnages dans d’impressionnants décors naturels. Le scénario piège nos héros dans une suite de hasards improbables jouant une sorte d’effet miroir déformant avec Police Python 357

Le Yves Montand réellement coupable dans le film précédent adopte ainsi une attitude de de secret et dissimulation identique dans La Menace où il est innocent mais où tous les éléments se liguent contre lui. Son attitude sera un défi au destin avec un stratagème alambiqué dont le côté réfléchi rend le personnage plus froid et moins romanesque que dans Police Python. L’émotion fonctionne donc par l’alchimie entre Montand et Carole Laure, sobre et passionnée dans les premiers instants du film puis douloureusement contenue lorsqu’ils mystifieront leurs accusateurs. La première partie pose ainsi la situation (formidable Marie Dubois en amante rejetée et désespérée) et le piège dans une veine sobre, glaciale et étouffante.

La seconde partie prolonge la tragédie en marche mais cette fois la laisse exploser par la seule image, dans les grands espaces canadiens et par l’adrénaline d’une scène d’action impressionnante. Corneau fait ainsi cohabiter un imaginaire policier français blafard et intimiste avant de laisser exploser une inspiration américaine fonctionnant par ces grands espaces convoquant le western et le road movie. Les cascades de Remy Julienne sont époustouflantes (Montand se rappelant au bon souvenir du Salaire de la peur en donnant de sa personne au volant de son semi-remorque), les morceaux de bravoure ne constituant pas un simple aparté spectaculaire mais un vrai prolongement du drame par sa conclusion tragique. Le final noir et mélancolique dresse donc une concrétisation du polar selon Alain Corneau, à la fois dans la tradition et un vrai renouveau qui allait s’exprimer pleinement avec le classique Série Noire

Sorti en dvd zone 2 français chez Studiocanal 

 

Et une vidéo de tournage d'époque