Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 20 novembre 2017

A Day in the Death of Joe Egg - Peter Medak (1972)

A Day in the Death of Joe Egg est l'adaptation de la pièce éponyme à succès de Peter Nichols, immense succès dès sa prière sur les planches anglaises en 1967, puis international à Broadway et qui perdure aujourd'hui. L'histoire s'inspire du vrai drame vécu par Peter Nichols et son épouse ayant dû élever leur fille réduite à l'état de légume par un manque d'oxygénation du cerveau. La pièce exploite ainsi toute la confusion de sentiments de ces parents après des années de soins et d'amour sans amélioration, tant au niveau personnel que celui du couple mais aussi par rapport à la fillette.

Le film prend le parti totalement inverse de celui du futur Lorenzo de George Miller (1992) où une forme de mysticisme transcendera les doutes. Cela se ressent d'ailleurs dans la construction où l'on passe d'emblée de la désolation présente du foyer avant que des flashbacks heureux nous guident vers ce quotidien sinistre. Toute l'attention et l'affection de Sheila (Janet Suzman) se dirigent désormais uniquement vers sa fille inerte, cet espoir ayant depuis longtemps quitté Bri (Alan Bates) prenant désormais tout avec cynisme. Peter Medak parvient à surmonter la source théâtrale avec des apartés tragique et ironique où Alan Bates endosse joyeusement tous les visages des interlocuteurs ayant cherché à expliquer ou accepter le malheur à travers la médecine ou la religion. Cette distance disparait même cruellement quand cette détresse s'exprime dans un extérieur que la famille cherche à affronter malgré tout comme dans une attraction de noël face aux regards curieux des autres.

Le film ose exprimer les désirs les plus sombres qui peuvent même par intermittence traverser l'esprit de ses parents las comme celui de voir leur fille mourir, si ce n'est d'abréger eux-mêmes ses souffrances. Cela sera malheureusement un peu trop surligné quand cela passe par des protagonistes extérieur à la famille comme Pam (Sheila Gish) mais elle exprime néanmoins bien ce dégoût neutre et extérieur face à la laideur et l'apathie de la maladie- tandis que Freddie (Peter Bowles) évoque lui une compassion excessive et coupable. Le film constitue aussi l'anti Mandy d'Alexander Mackendrick (1952) avec un mal insurmontable qui sépare irrémédiablement le couple, chaque signe positif (le frémissement étant autant un signe de vie qu'une convulsion) ne pouvant qu'être déçu. Le final implacable ne laisse pas une once d'espoir et marque durablement.

Sorti en Bluray et dvd zone 2 anglais chez Indicator et doté de sous-titres anglais

mercredi 10 février 2016

Le Cri du sorcier - The Shout, Jerzy Skolimowski (1978)


Au cours d'un match de cricket qui se déroule dans une institution psychiatrique, l'écrivain Robert Graves fait la connaissance de Charles Crossley, un pensionnaire étrange présenté comme très intelligent. Alors qu'ils sont tous les deux dans une cabane à compter les points de la partie, Crossley entreprend de lui raconter son histoire. Grand marcheur, il dit avoir voyagé pendant dix-huit ans en Australie où il apprit la magie d'un sorcier aborigène et acquit un pouvoir terrible, le cri de terreur qui provoque une mort instantanée.

Troisième film britannique de Jerzy Skolimowski, Le Cri du sorcier est une œuvre fascinante entremêlant la singularité polonaise du réalisateur (formé à l'École nationale de cinéma de Łódź aux côté d’Andrzej Wajda et Roman Polanski pour lequel il écrira Le Couteau dans l’eau (1962) avant de lui emprunter le pas en Angleterre) et imagerie typiquement anglaise imprégnée d’une terreur plus universelle. Le film est une adaptation d’une nouvelle de Robert Graves dans laquelle Skolimowski trouve matière à exploiter son thème de l’absence de communication, au cœur de son film le plus connu, la romance adolescente Deep End (1967).

Le film joue à plusieurs niveaux sur la notion de mensonge et de croyance. Ce sera d’abord à travers la narration avec ce récit en flashback où le temps d’une partie de cricket dans un asile psychiatrique, Crossley (Alan Bates) l’un des patients, narre son histoire folle à un auditeur (Tim Curry) curieux. Vagabond mystérieux, il s’immisce dans l’intimité du couple formé par Rachel (Susannah York) et Anthony Fielding (John Hurt). Ne sachant par quel bout prendre l’inconnu, les Fielding laisse malgré eux Crossley poser son emprise sur leur volonté. Le cadre rural paisible jure avec la silhouette ténébreuse de Crossley qui fascine Anthony tout en mettant Rachel mal à l’aise. Son passé étrange en Australie où il aurait passé dix-huit ans et appris la magie noire attise la curiosité d’Anthony, d’autant plus pour ce musicien expérimental lorsque Crossley lui révèle avoir appris un cri maléfique propre à tuer tout auditeur malheureux alentour. 

Cette question de mensonge et de croyance s’exprime donc à la fois par la notion de point de vue mais aussi de la présence inquiétante de Crossley dont l’attitude évoque autant la folie que de réelles aptitudes surnaturelles. Skolimowski trouble nos repères par une narration dilatée dont le montage expérimental rappelle le travail de Nicolas Roeg (on pense à Walkabout (1971) et Ne vous retournez pas (1973) notamment). Des inserts révèlent des éléments de décors, d’objets, des embryons de rebondissements où l’on hésite entre hallucinations, cauchemar et vrais flashforwards qui dessinent les contours d’un piège absolument diabolique. Le Cri du sorcier est tout à la fois un triangle amoureux oppressant qu’un récit de soumission et d’addiction amoureuse et érotique. Crossley est un prédateur qui devinant le quotidien terne du couple va poser progressivement les jalons d’une machination implacable.

Une fois le film terminé la trame parait assez limpide et c’est bien l’étrangeté instaurée par Skolimowski qui fait toute la force du film. Le passé australien de Crossley (le meurtre de ses enfants et les coutumes de mariages aborigènes) laissent peu à peu deviner ses objectifs et les apartés les plus déroutants prendront sens de façon inéluctable non sans nous avoir glacé le sang le temps de quelques séquences mémorables comme la démonstration de force où Crossley use du cri. Les transitions bizarres et la mise en scène tout à la fois flottante et précise du réalisateur contribue à la perte de repères, renforcé par la mise planante et expérimentale de Mike Rutherford.

Skolimowski ne signe pas une œuvre hermétique mais fait néanmoins confiance à l’intelligence du spectateur en n’explicitant rien tout en semant les indices par la seule image, notamment l’usage de reproduction de tableaux de Francis Bacon dont un est « rejoué » par Susanna York pour nous faire comprendre à quel point son corps et son esprit son désormais assujettis. Les acteurs sont tous formidables : John Hurt joue de son physique malingre pour montrer à quel point sa volonté est écrasée par la détermination (magique ou psychologique) d’un Alan Bates taiseux et magnétique. Susannah York incarne à elle seul le basculement du film, ménagère ordinaire et méfiante qui s’érotise peu à peu en expression d’un sortilège amoureux ou magique où le regard se trouble, le corps se dénude et l’attitude se fait provocante.

L’ambiguïté demeure jusqu’au bout, le flashback comportant ses zones d’ombres (Crossley avouant dès le départ agencer les évènements à sa guise) et le présent semant le doute (les interférences de la partie de cricket provoquées ou pas par Crossley) jusqu’à un terrifiant final où l’on ne sait s’il est dû au forces de la nature ou aux forces occultes avec l’ultime manifestation du cri. Une chose sûre cependant avec la dernière scène, ce désir violent nous aura emmenés aux confins d’une folie maladive.

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Elephant 

mardi 10 mars 2015

Quartet - James Ivory (1981)

Marya et Stephan, jeune couple bohème, vivent dans l'insouciance du Montparnasse des années 20. Jusqu'au jour ou Stephan se fait arrêter pour recel d'œuvres d'art. Marya est alors recueillie par un couple de mécènes anglais, bien connu des milieux artistiques.

Quartet est une des œuvres qui amorce la reconnaissance critique en devenir de James Ivory, salué notamment par le prix d'interprétation d'Isabelle Adjani à Cannes (qui réussira l'exploit d'avoir un double prix d'interprétation féminine puisqu'elle est récompensée durant le même festival pour Possession). Le film adapte le roman Postures de Jean Rhys qui s'y inspirait en partie de sa propre existence dans le Paris des Années Folles. C'est un matériau idéal pour James Ivory qui y retrouve ses thématiques sur les rapports de classe et la soumission. Marya (Isabelle Adjani) une jeune anglaise d'origine créole mène une vie bohème et insouciante avec son époux Stefan (Anthony Higgins) jusqu'à ce que celui-ci se fasse arrêter pour recel d'œuvre d'art. Livrée à elle-même tandis que Stefan est condamné à un an de prison, Marya croit trouver une planche de salut quand les Heidler, un couple anglais formé de HJ (Alan Bates) et Lois (Maggie Smith) décide de la recueillir. Pourtant très vite un rapport malsain va s'établir entre les trois.

Le Paris romantique et flamboyant fantasmé de cette période n'existe vraiment que par intermittence et surtout au début du film. Dès l'installation du ménage à trois un lien sordide lie le couple et leur jeune protégée. La bienveillance de HJ n'avait pour but que de posséder (dans tous les sens du terme) Marya, tous cela avec l'assentiment de Lois. Marya après avoir tenté en vain de résister va finalement céder aux avances insistantes de HJ. Le scénario développe avec finesse l'issue inéluctable de cette cohabitation. D'abord par ce fameux rapport de classe, Marya livrée à elle-même n'ayant d'autre choix que de s'abandonner aux assauts de HJ. Son dénuement en fait une proie facile, d'autant que la connivence entre les époux la rabaisse sans cesse à sa condition où elle n'est finalement pour eux qu'un jouet, une sorte d'animal de compagnie dont ils finiront par se lasser (ce qui est arrivé à d'anciennes protégée comme on l'apprendra).

L'essentiel est de maintenir des apparences respectables derrières lesquelles les relations peuvent être plus libres. Le film est également captivant dans sa description sordide de la condition féminine. Toutes les femmes de l'histoire son dépendante d'un "maître", qu'il soit époux, amants ou client qui disposent d'elles à leurs guise. Sans cela, aucune carrière ou quelconque possibilité d'avenir, ce que l'on comprendra avec toutes les tentatives de fuites vouées à l'échec de Marya, la candeur et la vulnérabilité d'Isabelle Adjani ajoutant à ce côté enfant livré à lui-même. Le plus frappant est l'absence de rébellion de ces femmes face à ce destin, Lois acceptant et encourageant avec tristesse les écarts de son époux (magnifique Maggie Smith qui fait passer toutes nuances en silence et avec un détachement de façade).

Marya qui conjugue l'infériorité de sa classe et de son sexe va tomber bien plus bas, tombant finalement folle amoureuse de celui qui la tourmente tant. Isabelle Adjani développe finalement en parallèle de son rôle de Possession une autre expression de la folie, cette fois amenée par celle d'un monde qui ne lui laisse pas d'autre choix que cette soumission déguisée en amour passionnel. Elle semble toujours dominée, affaissée et assujettie par Alan Bates lors de leur scènes d'amours et lorsqu'elle daigne l'affronter on ressent plus une sorte de dépit résigné que de la vraie rébellion.

 Ivory et la scénariste Ruth Prawer Jhabvala renforce le côté passionné et torturé de ces rapports en comparaison du livre, HJ étant plutôt un anglais réfléchi pour lequel ce type de relation est normale au vu de son statut quand la prestation d'Alan Bates tutoie la démence par instant. De même Marya est nettement moins jolie que son équivalent au cinéma rendant naturel cette soumission alors que le drame est plus fort dans le film puisque même la beauté d'Isabelle Adjani ne pourra la sauver. C'est un thème au cœur de l'œuvre de Jean Rhys notamment son livre le plus connu La Prisonnière des Sargasses, sorte préquel de Jane Eyre où elle narrait le destin de la première épouse créole maudite de Rochester.

James Ivory instaure une atmosphère lente, oppressante et mortifère où l'on est bien loin des pétaradantes visions hollywoodiennes des Années Folles. La photo de Pierre Lhomme ajoute un côté terne et blafard qui jure avec l'inspiration impressionniste des compositions de plan d'Ivory, les scènes musicales montrent des danseuses momifiées et fantomatiques et la bande-son réinvente de façon plus contemporaine les deux titres de jazz interprétés par Armelia McQueen comme pour mieux s'éloigner des sons plus pétaradants et joyeux de l'époque. Les femmes restent les grandes perdantes jusqu'au bout et si rupture il y a, ce sera toujours pour tomber dans les griffes d'un nouveau "protecteur" à l'image du final glaçant. Pas le Ivory-Merchant le plus facile d'accès mais absolument captivant.

Sorti en dvd zone 2 français chez MK2
 

dimanche 22 juin 2014

Le Roi de Cœur - Philippe de Broca (1966)


Fin 1918, les Allemands abandonnent Marville après l'avoir piégé en y cachant une bombe. Un soldat britannique, Charles Plumpick, est chargé de localiser la machine infernale et de la désamorcer avant qu'elle n'explose. Sur place, il découvre une cité bien évidemment désertée par ses habitants, à l'exception des pensionnaires de l'asile d'aliénés. Ceux-ci l'accueillent à bras ouverts ; ils reconnaissent en lui leur « roi de cœur. Plumpick se laisse séduire par ses nouveaux compagnons mais n'en oublie pas sa mission pour autant.

L'une des thématiques récurrentes de la filmographie de Philippe de Broca et en particulier dans ces premières œuvres, c'est la fuite du réel et de ses tracas pour une légèreté et un amusement perpétuel. Les personnages excentriques se réfugient ainsi dans l'oisiveté, la séduction, le marivaudage ou l'aventure dans des œuvres aussi diverses et bariolées que Les Jeux de l'Amour, Cartouche (1962), Le Farceur (1960) ou L'Homme de Rio avec le De Broca farfelu et insaisissable première manière mais aussi Le Magnifique (1973), L'Africain (1983) ou Le Cavaleur (1979) dans sa veine plus populaire qui suivra. Le réalisateur va encore plus loin avec Le Roi de Cœur où il fait littéralement l'éloge de la folie dans ce qui est souvent considéré comme son chef d'œuvre mais qui constituera aussi un de ses plus cuisants échecs commerciaux.

L'histoire se déroule à durant la Première Guerre Mondiale dans le village français de Marville sous occupation allemande où l'envahisseur sentant le vent tourner décide de partir mais non sans avoir piégé les lieux d'une bombe qui doit tout détruire le lendemain à minuit. L'armée britannique prévenue à temps décide d'envoyer son élément le moins qualifié mais qui a le mérite d'être le seul à parler français, Charles Plumpick (Alan Bates). Surprise une fois arrivé sur place pour notre soldat, le village est désert si ce n'est les troupes allemandes en embuscade et la seule aide qu'il peut espérer est celle des pensionnaires de l'asile local. Ils vont transformer la ville en immense terrain de jeu, insouciants au danger qui les menace, au grand dam de Charles. Le message du film peut se résumer en deux moments clés. Tout d'abord celui où Alan Bates traqué par les allemands se réfugie dans l'asile et se voit forcé de se mêler aux pensionnaires déjantés en s'autoproclamant "roi de cœur" afin de ne pas être démasqué. 

Il échappe à une mort certaine tout en étant adopté par les pensionnaires qui prendront ce titre au pied de la lettre pour en faire réellement le souverain de ce royaume des fous. L'autre scène cruciale nous introduisant dans cet univers décalé sera celle où Micheline Presle jouant une malade anonyme découvre sa blouse d'hôpital, ses traits pâles et fatigués en se regardant dans un miroir et opère à coup de maquillage et de costume une saisissante transformation en la bien plus flamboyante Madame Eglantine, extravagante tenancière de maison close. La folie semble par ces deux exemples constituer une protection face à un monde trop laid et dangereux, que ce soit par un subterfuge qui ne demande qu'à se concrétiser pour Alan Bates où un déguisement et une armure plus "consciente" de la part de Micheline Presle.

Alan Bates (dont les premiers rôles anglais ne laissaient pas supposer un tel gout de la fantaisie on aurait plutôt imaginé un Albert Finney) est absolument parfait en roi de cœur, partagé entre une nervosité le rattachant au réel et à sa mission et un regard lunaire où l'on devine une bienveillance puis une certaine envie envers l'insouciance de ces compagnons azimutés. Philippe de Broca fait reposer l'ensemble sur un suspense artificiel où Charles cherche l'emplacement du détonateur de la bombe dans le village mais le vrai enjeu est bien sûr de voir notre héros adopter la cause et philosophie de vie des fous. 

La description totalement loufoque et bd des deux armées entre clichés locaux et totale incompétences (les trois soldats lancés à la suite de Alan Bates géniaux d'idiotie et de couardise) désamorce tout notion de danger et rend cette folie latente poreuse, annonçant le final azimuté. De Broca replace enfin dans un contexte moderne la Fête des Fous (grande fête païenne et parfois religieuse du Moyen Age, où chacun se plaisait à endosser un rôle et inverser les statuts sociaux en place dans la réalité) où les malades adoptent dans un grand tourbillon de fantaisie le rôle de notables déjantés du village. 

Le casting est extraordinaire et s'en donne à cœur joie dans l'excès et les performances outrancière : Michel Serrault en coiffeur précieux (et qui semble préparer les écarts de La Cage aux folles), Pierre Brasseur en général Géranium, Jean-Claude Brialy élégant et distingué duc de trèfle ou encore un hilarant Julien Guiomar en homme d'église, le bien nommé Monseigneur Marguerite. A travers le personnage d'Alan Bates, le regard sur les fous se fait distant, amusé puis attendri, notamment par le personnage à la troublante candeur joué par Geneviève Bujold. Sous le charme dès le premier regard, Charles comme pour signifier sa résistance au lâcher prise de la folie douce voit chaque moment intime avec Coquelicot (Geneviève Bujold) interrompu par une péripétie quelconque. 

Le rythme finit par se ralentir, l'arrière-plan guerrier se fait oublier et l'ensemble de plonger dans une douce fantaisie. Le regard se fait lointain une dernière fois lorsque Charles à l'occasion de sauver sa peau mais se refuse à abandonner les fous à leur sort. Des fous qui dans leur égarement gardent pourtant une certaine lucidité quant à leur temps et espace d’expression lorsqu’il ne suivent pas Charles à l’extérieur de la ville et comprennent à la fin que la fête est finie en rentrant d’eux même à l’asile sur l’entêtant thème principal de Georges Delerue qui alterne mélancolie et envolées pétaradantes avec brio.

Visuellement de Broca délivre une de ces œuvres les plus abouties. Les compositions de plan sont absolument somptueuses, laissant s'exprimer un surréalisme décalé dans sa nature anachronique et où peut s'inviter de pur moments de poésie à l'image de cette scène où Coquelicot rejoint le bâtiment où se trouve Charles en traversant une rue en trapèze. On retrouve souvent ce côté aérien qui faisait l'attrait du Farceur, voyant le héros surplomber les toits de cette ville fantôme (et le Paris désert des aurores pour le Jean-Pierre Cassel du Farceur) de toute sa légèreté d'esprit.

Le cadre de Senlis avec ses ruelles anciennes, ses remparts gallo-romains et médiévaux et sa cathédrale gothique sont magnifiquement mis en valeur par de Broca, la photo de Pierre Lhomme nous plongeant dans une atmosphère bariolée et rêvée offrant des confrontations déroutante avec le réel lorsque surgissent les engins militaires dans cet espace. 

On devine également l'amour que portait très certainement le réalisateur à La Kermesse héroïque (1935) de Jacques Feyder dans sa façon de désamorcer les clivages par la farce et la bonne humeur par le final paillard et dionysiaque avec les soldats britanniques. Mieux vaut cette folie euphorique que la violence perpétuelle des hommes semble nous dire de Broca, l'asile constituant un inattendu foyer et havre de paix dans la magnifique conclusion. Assumant pour la première fois la production d'un de ses films dans cette œuvre très personnelle, le réalisateur sera très marqué par son échec public dont il offrira une relecture plus "acceptable" avec Le Diable par la queue (1968). Pourtant le film sort l'année suivante au Etats-Unis où il connaîtra une bien plus grande reconnaissance et deviendra un film culte, connaissant même une transposition en comédie musicale.

Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 mais l'édition est épuisée et dure à trouve à prix acceptable, sinon c'est également disponible en dvd zone 1 MGM dans un dvd assez moyen (et sinon le film semble entièrement sur youtube en dernière solution)

mardi 20 mai 2014

Georgy Girl - Silvio Narizzano (1966)


Georgy, la fille d'un valet de chambre, a reçu, par la grâce de maître de maison James Leamington, une éducation de demoiselle. Mais elle est restée, à vingt ans, une adolescente effrontée, et partage un studio avec son amie Meredith. James lui propose de devenir sa maîtresse. Georgy l'évite soigneusement, mais profite de ses bonnes dispositions pour lui soutirer tout ce qui est nécessaire pour accueillir le bébé que Meredith attend de son ami Jos.

Georgy Girl est un des films cultes du cinéma anglais des 60's, qui rencontrera un succès local et international immense avec notamment quatre nominations aux Oscars. Le film adapte le roman éponyme de Margaret Foster (qui en signe elle-même le scénario) et participe en fait au mouvement d'œuvres de l'époque qui remettaient quelque peu en cause l'hédonisme et l'attrait du Swinging London avec le célèbre Darling (1965) de John Schlesinger ou les plus méconnus The Party's Over (1965) et The Pleasure Girls (1965) de Gerry O'Hara. Contrairement à l'ironie de Schlesinger ou à la tonalité moralisatrice des autres films cités, Georgy Girl fait reposer toute la force de son propos par l'immense capital sympathie véhiculée par son héroïne incarnée par une charmante Lynn Redgrave.

Georgy (Lynn Redgrave) est une jeune femme au physique ingrat dissimulant son mal-être dans une fantaisie qui en dépit de ses 22 ans fait d'elle une éternelle adolescente. Elle désespère son père (Bill Owen) par sa gaucherie et sa féminité aux abonnés absent, préférant s'amuser avec son amie et colocataire Meredith (Charlotte Rampling). Le générique nous fait découvrir toute la joyeuse insouciance du personnage qui s'extasie sur une perruque, se fait faire la même coiffure farfelue avant de s'en débarrassée à peine sortie du salon et dans un grand éclat de rire. Toute cette énergie n'empêche pas Georgy d'être profondément complexée, totalement inexpérimentée avec les hommes et ayant pour seul prétendant le patron libidineux (James Mason) de son père. Elle se sent surtout inférieure à Meredith, séduisante et libre courant d'aventures en aventures au désespoir de son petit ami Jos (Alan Bates). Georgy va nouer une vraie complicité avec ce dernier qui s'avère avoir un caractère tout aussi excentrique.

Une amitié qui pourrait se muer peu à peu en autre chose mais Georgy a un défaut : son âme est trop pure, trop sensible dans ce monde de l'égoïsme et du paraitre où sa sensibilité n'a pas sa place comme le lui fera remarquer Jos. Charlotte Rampling par sa prestation hautaine et glaciale incarne donc une Meredith parfaitement opposée à la bonhomie de Georgy. Silvio Narizzano (réalisateur québécois exilé à Londres comme son nom ne l'indique pas) caractérise son égoïsme et égocentrisme de façon progressive. D'abord de façon furtive, en montrant sa silhouette élégante s'engouffrer ou sortir d'une voiture avec un garçon toujours différent au volant, par son désintérêt pour Georgy qu'elle est prête à abandonner au moindre appel d'un prétendant puis en situation lorsqu'elle se montrera indifférente à l'enfant qu'elle a mis au monde. Tombée enceinte de Jos, Meredith se mariera ainsi par défaut et ne cessera de regretter son ancienne vie dissolue.

Le film pourrait tomber dans une morale malvenue, mais la futilité des aspirations de son entourage (s'amuser, faire l'amour et absolument rien d'autre) s'oppose au monde intérieur enjoué de Georgy et de son constant souci des autres. Elle rêve autant qu'elle craint de s'abandonner à un homme, évitant les relations (l'insistant James Mason) ou les vivants par procuration lorsqu'elle accompagnera les premiers pas laborieux du mariage entre Jos et Meredith. Sa fantaisie s'exprime toujours avec créativité (excellente scène où elle perturbe une soirée guindée en arborant une robe de diva et chantant à tue-tête, les cours de danse aux enfants) et contrebalance l'hédonisme vide de sens de Meredith pour qui son propre bébé ne sera qu'un obstacle pour l'empêcher de s'amuser (dont un dialogue glaçant de détachement évoque les multiples avortements qui ont précédés cette grossesse non désirée).

Jos s'avère nettement plus sincère et son amour naissant pour Georgy donnera une des scènes les plus mémorables du film. Après un baiser échangé, il traquera ainsi dans toute la ville Georgy en hurlant I love you bondissant comme un farfadet énamouré. Seulement lui aussi s'avérera incapable malgré sa sincérité d'assumer cette romance dès lors qu'elle impliquera des responsabilités. Heureusement le sourire de Georgy, capable de tout surmonter illumine à chaque fois une toile de fond assez dramatique pour tirer l'ensemble vers le conte de fée revisité.

On n'est ainsi pas loin de Cendrillon et du "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants" pour conclure mais amené avec une péripétie assez discutable et difficile à refaire tel quelle aujourd'hui. Georgy se tournera ainsi vers celui qui a pensé à elle et rien qu'à elle tout au long du récit dans une chute inattendue. Ni kitchen sink drama ni objet pop sophistiqué, à mi-chemin en réalisme cru et atmosphère rêveuse, Georgy Girl ne choisit pas et s'avère tout aussi capable de nous faire rire aux éclats que pleurer. Lynn Redgrave (sœur de Vanessa) par son innocence, son enjouement et expressivité exprime merveilleusement ce contraste, trouvant sans doute là le rôle d'une vie.

Sorti en dvd zone 1 chez Son et doté de sous-titres anglais

Extrait

mercredi 29 février 2012

Love - Women in love, Ken Russell (1969)

Durant les années 1920, en Grande-Bretagne, deux sœurs au caractère indépendant s’assument pleinement en exerçant chacune un métier différent. Gudrun est artiste-sculptrice tandis qu'Ursula est institutrice. Deux hommes de la bourgeoisie locale, des industriels miniers, sont séduits par ces deux femmes émancipées. Mais ce quatuor de personnalités aiguisées se retrouve bientôt en pleine confusion sentimentale...

Women in love est un des films les plus célébré de Ken Russell, celui dont le succès le lance sur les fructueuses et controversées œuvres des années 70. Cette adaptation d'un des romans les plus sulfureux de D. H. Lawrence. va offrir un écrin idéal à son gout de l'excès et de l'expérimentation visuelle, ici encore relativement maîtrisée et retenue en comparaison à des films plus furieux à venir. Le projet échoit un peu miraculeusement à un Ken Russell loin d'être encore une valeur sûre pour les producteurs.

Le réalisateur Silvio Narizzano qui sortait du succès de Georgy Girl décide pour son film suivant d'adapter le roman de D.H. Lawrence mais une vie personnelle compliquée l'oblige à quitter le projet qu'il a initié. Les producteurs approcheront en vain Jack Clayton, Stanley Kubrick ou encore Peter Brook pour finalement se rabattre sur Ken Russell qui avait déjà fait montre d'une excentricité et d'un sens visuel certain dans une commande comme Un cerveau d'un milliard de dollars où il dynamitait la série d'espionnage des Harry Palmer.

Le casting sera de longue haleine où seul Alan Bates (vedette de Georgy Girl) est engagé dès le départ dans le rôle de Rupert Birkin. La production impose le bankable Oliver Reed pour jouer Gerald Crich au détriment d'Edward Fox plus proche physiquement du personnage du livre. Le choix de Glenda Jackson pour la belle Gudrun pose problème également malgré le talent de l'actrice, jugée pas assez séduisante par rapport à l'image du livre. Elle subira un relooking de choc pour être rendue suffisamment attractive la production lui faisant redresser la dentition, enlever les varices des jambes (!) et lui donnant une coiffure plus glamour. Quant à Jennie en seconde sœur Brangwen, elle profitera de la désaffection d'actrices de premier plan comme Faye Dunaway ou Vanessa Redgrave (effrayées d'être éclipsées par Glenda Jackson au rôle plus riche) sur la fois de rushes d'essai effectués face à Peter O'Toole pour Un Lion en Hiver où elle n'obtenu pourtant pas le rôle.

Le livre de D.H. Lawrence fit scandale à sa parution au début des années pour les mêmes raisons que d'autres de ses ouvrages, sa teneur sexuelle. Ici il s'attachait aux tourments intimes de deux femmes émancipées et donc au comportement considéré comme immorale par sa sexualité sans tabou. Russell rend bien cet aspect avec cette description des deux sœurs Brangwen Gudrun (Glenda Jackson) et Ursulla (Jennie Linden), jeune femme bouillonnante d'expériences nouvelle et coincées dans un environnement morne et une société conformiste.

A travers leurs rencontre et leurs liaison avec deux séduisants hommes issus de la bourgeoisie locale et tout aussi frustrés, ce sont deux visions de l'amour, du couple et autant d'impasses qui se dessinent. La première partie dépeint d'abord longuement le cadre peu attrayant où évoluent nos personnages. Cité minière aux voisinages peu ragoûtants (déjà exploité dans Amants et fils), haute société ennuyeuse et festivités mornes forment ainsi un quotidien poussif.

Pour se stimuler, les sœurs donnent donc dans l'excentricité telle cette séquence où Glenda Jackson plutôt que fuir se lance dans une danse rituelle lorsqu'elle tombe sur un troupeau de taureau prêt à la charger. Elle qui intellectualise l'amour plus qu'elle ne le ressent tombera dans les bras de Gerald (Oliver Reed) riche héritier en quête d'une réelle passion. Ursulla idéalise elle un amour ordinaire et simple alors que son amant Birkin (Alan Bates) double de Lawrence dans le livre y voit lui une dimension plus grande que la vie impossible à créer dans une relation ordinaire.

L'intrigue bascule lorsque le seul couple équilibré du film, de jeunes mariés périssent tragiquement. Le drame place les protagonistes face à leur manque pour les voir s'abandonner totalement à leur passion. Russell qui délivrait jusque-là un beau film d'époque relativement classique (même si plusieurs trouvailles de montage percutantes nous font bien comprendre que l’on n’est pas dans un produit conventionnel) se lâche donc dans des expérimentations étonnantes notamment sur les scènes de sexe incroyablement crues et sensuelle.

L'étreinte en pleine nature de Birkin et Ursulla est fiévreuse et fulgurante avec un montage alterné symbolique puissant entre les corps entremêlés des amants et celui des noyés dans une même posture, à l'image de leur amour sincère mais voué à l'échec. De même la première relation entre Gerald et Gudrun par ses assauts froid et calculés contrebalance avec le désir brûlant de la scène précédente et tient plus de l'expérience (lors d'une scène d'amour en amont Glenda Jackson observe les amoureux faisant de même autour plutôt que de se focaliser sur Gerald avec qui elle flirte) que de la vraie passion.

Le ton navigue ainsi entre deux eaux, l'abandon contre l'intellect, l'amour contre le cynisme. Chez les hommes cela peut être dû à une insatisfaction constante possiblement comblée par une autre forme d'attrait, lourdement soulignée par Russell lorsque les deux amis s'adonnent nus à la lutte.Pour les femmes c'est leur trop grande émotivité (Ursulla) ou cérébralité (Gudrun) qui va leur jouer des tours, parfois au sein d'une même scène comme lorsque Gudrun humilie et rabaisse Gerald pour dans l'instant le solliciter sexuellement dans une totale contradiction.

La dernière partie est ainsi d'une rare noirceur en broyant totalement un des couples et en laissant l'autre sur un immense point d'interrogation. Le quatuor d'acteur est exceptionnel et se livre avec une grande confiance dans les scènes de nus. Glenda Jackson froide et exaltée est extraordinaire et glanera un oscar bien mérité de la meilleure actrice.

Alan Bates est formidable comme à son habitude et Oliver Reed transmet une vulnérabilité surprenante se jouant de sa carrure imposante. En dépit de petites longueurs çà et là, un bien beau film formellement somptueux (quelle photo de Billy Williams) et porté par un superbe score de George Delerue. La voie de Ken Russell était tracée.

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM

Extrait

mardi 5 juillet 2011

Le Vent garde son secret - Whistle Down the Wind, Bryan Forbes (1961)


Un magnifique film sur l'enfance et la perte de l'innocence qui constitue en quelque sorte le pendant anglais de Du Silence et des Ombres et qui était une nouvelle fois l'occasion de constater le talent précoce d'Hayley Mills. Le film est d'ailleurs une adaptation (par elle même au scénario avec Keith Waterhouse) d'un roman de Mary Hayley Bell , la mère d'Hayley Mills et on y retrouve cette atmosphère rurale si particulière qui fera le charme de Sky West and Crooked, le premier rôle adulte qu'elle écrira pour sa fille dans un film réalisé par son époux John Mills.

L'aspect racial de To Kill a Mockingbird disparaît totalement ici pour une approche de la religion naïve et touchante par un regard enfantin. Kathy (Hayley Mills) est donc une fillette vivant en campagne avec ses jeunes frères et soeurs Nan et Charles. Ayant perdu leur mère, il sont élevé par leur rugueuse tante et leur père (joué par Bernard Lee le futur M des 11 premiers James Bond) qui est bien plus occupé par la gestion de son domaine fermier. Ainsi livré à eux même, les trois enfants menés par leur grande soeur vivotent au gré de leur pérégrination dans la nature environnante de leur ferme et de leur petit village. Un jour, après avoir sauvé des chatons de la noyade, Kathy a un mot malheureux où elle remet en cause l'existence de Jésus ce qui lui est fortement reprochée par sa soeur. tenaillée par le remords elle croit ainsi voir le Christ revenu sur terre dans sa grange alors qu'il ne s'agit que d'un meurtrier blessé et en cavale (Alan Bates dans son premier rôle à l'écran). Une étrange relation va s'ensuivre.

Le film offre ainsi une vision contrastée de la religion selon l'interprétation qu'en font les enfants ou les adultes. La naïveté et l'innocence de l'interprétation qu'en font les enfants rend finalement toute sa simplicité bienveillante au message originel, parvenant à ébranler la dureté d'un criminel endurci (d'ailleurs hormis un avis de recherche placardé Alan Bates presque jamais nommé par son vrai nom comme pour maintenir l'illusion des enfants). A l'inverse, les adultes y voient des principes à respecter plus qu'une croyance, des paroles sacrées à retenir plus qu'à comprendre. Une scène s'avère criante à ce titre lorsque Kathy souhaite consoler son frère de la perte de son chaton et interroge le curé sur la raison pour laquelle Jésus laisse certains être mourir.

Ce dernier n'a qu'une formule toute faite et insipide à lui offrir, sans comprendre les interrogations et la détresse de l'enfant face à l'injustice de la mort. La croyance imprègne ainsi cette communauté mais de manière superficielle à l'image du personnage de Patricia Heneghan officiant à l'armée du salut et passant le film à psalmodier mécaniquement des paroles vidées de leurs sens. Finalement dans leur erreur les enfants s'avèrent donc paradoxalement les plus sincères.

Bryan Forbes capte magnifiquement cette atmosphère campagnarde par sa mise en scène épurée et un cadre magnifié par le superbe noir et blanc de Arthur Ibbetson. Le film est gorgé de symboles plus ou moins prononcés faisant le rapprochement entre l'aventures des enfants et les Evangiles. L'ombres des rois mages plane lorsque les trois enfants viennent apporter des présents à Alan Bates réfugié dans leur grange (les halo de lumière traversant l'obscurité du lieu instille aussi cet atmosphère), un gamin malmené par la brute du village va renier trois fois avoir vu Jésus un sifflement se faisant entendre au loin (et donnant son sens au titre) à la troisième imprécation.

La mise en scène de Forbes joue largement de cette analogie, la visite du groupe d'enfant dans la grange évoque par sa disposition les disciples entourant Jésus, plus tard un cadrage en plongée de Nan s'adressant à Alan Bates (réfugié en haut de la grange) accentue l'aura divine que lui associent les enfants et le final voyant l'arrestation de Bates le montre adopter la posture en croix christique selon le point de vue de Hayley Mills.

Le film évite tout prosélytisme puisque toutes interprétations religieuses sont soumis au regard et à la foi innocente des enfants et en particulier Hayley Mills une nouvelle fois très touchante. Le ton est d'ailleurs très ludique sous le drame grâce à la candeur et l'espièglerie des enfants et des stratagèmes dont il font preuve pour nourrir leur Messie.

Alan Bates n'est jamais embelli ni investit d'un grand message mais l'émotion qui le gagne face à la confiance et l'amour que lui donnent les chérubins estompe progressivement son aura menaçante, et on comprend aisément le mystère (Forbes jouant judicieusement de l'analogie physique avec sa barbe et son regard bienveillant) que peut dégager pour les jeunes héros son mutisme . La traque dont il est l'objet ne fait d'ailleurs que renforcer l'illusion des enfant en transposant sa persécution à l'ère moderne dans un beau final tout en retenue.

Un beau film à l'impact certain sur la culture populaire anglaise puisque une transposition en comédie musicale suivra plus tard dans les années 90 et plusieurs groupes pop placeront des références à Whistle in the wind dans leur chanson comme New Order sur Vanishing Point( issue de l'album Technique en 1989) avec cette ligne fort parlante "and they gave him away, like in 'Whistle Down the Wind,' by the look on his face, he never gave in".

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais

Extrait