Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi
Nina, à quarante ans, est inconsolable depuis la mort de Jamie, son
mari violoncelliste. Un jour pourtant, celui-ci réapparaît, comme si de
rien n'était.
Avec ce premier film à l'émotion feutrée,
Anthony Minghella est loin de l'emphase romanesque qui caractérisera la
suite de sa carrière (Le Patient Anglais (1996), Retour à Cold Mountain (2003)...). Au choix, Truly, Madly, Deeply peut être vu comme le versant plus adulte de Ghost (1990) sorti l'année précédente voire une variante sobre de L'Aventure de Madame Muir
(1947). L'histoire dépeint le chagrin inconsolable de Nina (Juliet
Stevenson), ne se remettant pas de la disparition de son mari Jamie
(Alan Rickman). Le début du film s'attarde longuement sur cette douleur,
le vide laissé par le défunt se ressentant sous diverses formes. Les
moments légers s'assombrissent dès qu'un détail vient rappeler l'absent
(Nina se braquant lorsque sa sœur propose de prêter le violoncelle de
Jamie à son fils), l'isolement de Nina et son rapport fuyant face à son
entourage amical ou potentiellement amoureux (avec un truculent
personnage d'ouvrier polonais) et symboliquement un appartement tombant
en décrépitude en reflet de son existence terne. Juliet Stevenson
suscite l'empathie immédiate par ses différentes attitudes face au
manque, son visage pourtant jovial semblant constamment traversée d'une
mélancolie latente et son mal-être s'exprime autant par la neutralité
distante que l'expression démonstrative et impudique de sa détresse
(magnifique scène chez sa psychanalyste où elle craque véritablement).
Soudainement
l'atmosphère dépressive et mortifère s'estompe avec l'impensable, le
retour spectral de Jamie. La scène est magistralement filmée par
Minghella, jouant de leur lien musical lorsque Nina entame un air qu'ils
avaient l'habitude de jouer au piano. Le violoncelle de Jamie se fait
alors entendre, puis sa silhouette apparait en arrière-plan flouté puis
de plus en plus nette sur la gauche de l'image suggérant ainsi autant
une création mentale qu'un véritable fantôme. Ce motif - utilisé tout au
long de L'Aventure de Madame Muir justement - se déleste
pourtant de toute imagerie éthérée ou immaculée fréquemment adoptée dans
ces cas-là.
Les amoureux se retrouve comme si rien n'avait changé dans
leurs plaisanteries, leur complicité amoureuse (dont le fameux concours
d'adverbe aimant qui donne son titre au film) et Alan Rickman excelle
dans un registre léger où la nature de son personnage se révèle sans le
fatras habituel (traversée de pièces ou d'objets à la Ghost
justement) mais par des détails subtils comme le froid qu'il ressent
constamment. Le bonheur des retrouvailles s'estompe progressivement,
Minghella accentuant le décalage relationnel de Nina à son entourage par
un jeu sur la temporalité (ce qui semble une journée passée avec Jamie
étant une semaine d'absence au travail) et un fossé plus grand encore
avec les "vivants". L'introspection douloureuse et solitaire du début du
film est remplacée par les têtes à tête avec le fantôme de Jamie pour
un même résultat, un deuil qui ne se fait pas.
Minghella en
abandonnant toute esthétique surnaturelle rend le passé envahissant par
des choix plus triviaux et comiques mais qui fonctionne tout autant.
Jamie attire ainsi avec lui d'autres acolytes fantômes qui occupent
l'appartement et se délecte de classiques en vidéo, prétexte à placer
judicieusement un extrait de Brève Rencontre (1945) là aussi
œuvre où pèse le poids du souvenir. Le foyer devient un mausolée
étouffant qui empêche l'épanouissement, ce dont notre héroïne ne prendra
conscience que par son attitude incohérente dans la possible romance
avec Mark (Michael Maloney tout en vulnérabilité, très bon). Le final
par sa sentimentalité sobre résout avec une grande délicatesse le
dilemme dans une conclusion osant un lyrisme un peu plus appuyé. Le film
au départ destiné à la télévision sortira finalement en salle et
rencontrera un succès inattendu en Grande-Bretagne (BAFTA du meilleur
scénario original pour Anthony Minghella, nomination à celui du meilleur
acteur pour Alan Rickman) et aux Etats-Unis et constitue désormais un
film culte.
Sorti en dvd zone 2 anglais chez MGM et doté de sous-titres français
Pour les anglophones un petit doc où Minghella revient sur le film
John McClane, un policier new-yorkais, arrive à Los Angeles pour rendre visite aux siens, installés en Californie depuis que son épouse travaille pour une grande firme japonaise, et résoudre les problèmes de couple occasionnés par cette séparation. Alors qu’il rejoint sa femme lors de la réception donnée par son patron en haut du grand building de l’entreprise nippone, le Nakatomi Plaza, un commando de terroristes européens investit les lieux et prend en otage tous les employés. McClane parvient à s’échapper discrètement…
John McTiernan avait avec Predator (1987) signé un vrai classique du cinéma d’action et après avoir montré ses aptitudes dans ce qui était seulement son deuxième film, il était fin prêt à révolutionner le genre. Die Hard est un projet de longue haleine dont le résultat aurait pu être très différent. Le film est une adaptation très libre du roman Nothing Lasts Forever de Roderick Thorp. L’ouvrage est une suite du Détective précédent ouvrage de Thorp adapté en 1968 avec Frank Sinatra. Ce dernier est donc rattaché au projet pour y reprendre son personnage mais sera trop âgé quand le projet prend forme au milieu des 80’s. Dès lors il est décidé de recycler le postulat en actionner lambda 80’s, Arnold Schwarzenegger devant y reprendre le rôle de John Matrix qu’il tenait dans le buriné Commando (1985). La star autrichienne décline et le projet passera sans succès entre les mains de Sylvester Stallone ou encore Burt Reynolds. Le producteur Joel Silver convaincu par le brio de McTiernan l’engage à la réalisation et ce choix conjugué à celui de Bruce Willis (star télé dans la série Clair de lune et pas du tout associé au cinéma d’action à l’époque) orientera le film dans une direction plus audacieuse.
Le héros d’action chez John McTiernan ne s’impose pas par sa force physique ou sa virilité, mais surtout par son astuce et sa ténacité. Dans ses meilleurs films le réalisateur met à mal les clichés machistes, conférant à ses personnages une vulnérabilité dans laquelle ils vont puiser des ressources morales et/ou intellectuelles qui vont leur permettre de s’en sortir. L’imposant Arnold Schwarzenegger semblera bien frêle face au chasseur
extraterrestre surarmé de Predator et
devra en revenir à un état primitif pour survivre. Ce même Schwarzenegger
rigolard et invincible dans le film dans le film de Last Action Hero (1993) se montre emprunté dans le monde réel,
donnant un vrai sens et danger à son héroïsme. On peut ajouterLe 13e guerrier (1999) et son prince arabe devant lui aussi apprivoiser les mœurs viking
pour survivre face à une tribu cannibale. Die
Hard est la meilleure illustration de cet aspect à travers John McClane
(Bruce Willis), pure incarnation du héros maverick
rétif au monde qui l’entoure, pour le meilleur et pour le pire.
McTiernan le
caractérise immédiatement comme une anomalie face à la superficialité et la supposée
modernité ambiante. Atterré par les mœurs californiennes désinvolte dès sa
descente de l’avion, il tiquera tout autant à la familiarité et à la
consommation de cocaïne qui règne au sein de la société Nakatomi. Cette
imposante tour de verre symbolise l’Amérique capitaliste des 80’s, le
corporatisme international avec ce Japon synonyme de modernité mais aussi son
couple en crise depuis que son épouse Holly (Bonnie Bedellia) a décidé d’y
mener carrière. Ce côté poisson hors de l’eau deviendra un atout lorsqu’il s’agira
de contrecarrer les plans de dangereux cambrioleurs maquillés en terroriste qui
vont prendre l’immeuble en otage.
McTiernan définit l’héroïsme de McClane par sa
débrouillardise, sa désinvolture et sa volonté qui s’oppose à la froide
organisation et au méthodisme des malfrats emmenés par le terrible Hans Gruber.
A la technologie, l’armement lourd et à l’élégance vestimentaire de Gruber et
ses sbires répondra le marcel de plus en plus crasseux, le système D et l’humour
en toutes circonstances de McClane. Si Gruber s’avérera un ennemi retors et
vicieux, McTiernan fait endosser ce côté négatif par d’autres protagonistes que
les méchants. Le yuppie Ellis (Hart Bochner) périra par sa stupide arrogance,
tout comme les hilarants agents du FBI Johnson et Johnson (Robert Davi et Grant
L. Bush) tous tirés à quatre épingles et imbus d’eux-mêmes.
Ils se perdront en
sacrifiant à un système (Ellis et son idéologie capitaliste pensant que tout s’achète)
ou une méthodologie (Johnson et Johnson appliquant sans réfléchir le processus
face à une opération terroriste) quand McClane ne fait confiance qu’à lui-même
et improvise au gré des situations. Le scénario défini cette idée avec le vrai
objectif des malfrats (un cambriolage d’envergure masqué en opération
terroriste) et McTiernan le résume en une scène magistrale quand le tank
hi-tech et imposant de la police avance fièrement sur la musique martiale de
Michael Kamen avant d’être dégommé d’un coup de bazooka par les méchants.
La mise en scène de McTiernan offre également une vrai
réflexion dans le duel que se mènent Gruber et McClane. Gruber a savamment
préparé son hold-up, plaçant scrupuleusement hommes et matériel dans cette tour
Nakatomi qu’il a parfaitement étudiée. Lui et ses sbires et y déambulent selon
un plan défini, suivant une topographie des lieux qu’ils maitrisent et le
réalisateur leur fait suivre des environnements ordinaires (salle de réunions,
bureaux, sous-sol) sur des lignes verticales et horizontales. Il en va tout
autrement pour McClane en perpétuelle découverte de cette tour Nakatomi au fil
des dangers encourus. Cela sera un handicap comme une force, la prise de risque
permanente se conjuguant à une imprévisibilité qui désarçonnera toujours les
terroristes si bien organisés. Impossible de définir une ligne pour l’avancée
chaotique de McClane s’adapte au lieu et aux situations, tour à tour rampant
dans les conduits, sautant dans le vide ou escaladant les patios d’ascenseur.
Quand ses ennemis s’approprient les lieux, McClane s’y fond. La mise en scène
fluide de McTiernan fait parfaitement fonctionner cette approche, dans un
mouvement constant associé à la musicalité d’un montage conférant une énergie
folle à l’ensemble. La manière dont toutes les situations et informations
convergent pour montrer la prise de pouvoir des terroristes au début est une
véritable leçon de maîtrise par McTiernan. Le montage et l’art du raccord font
figures d’ellipse sans jamais avoir à surligner par une scène ou un dialogue
superflu une information passant par l’image (McClane repérant une sortie et s’éclipsant
à l’arrivée des terroristes) et faisant confiance à l’intelligence du spectateur.
Cette fluidité et élégance visuelle (magnifique photo de Jan De Bont) atteint
des sommets lors des montées de tension, McTiernan excellant pour amplifier un
rebondissement comme ce travelling avant vers Gruber quand il devine l’identité
de l’épouse de McClane, la photo se saturant de lense flare pour accentuer la dramaturgie et loin de l’usage
stérile qu’en fait aujourd’hui un JJ Abrams. De même ce calme avant la tempête
lors du face à face final est une pure merveille où le côté cowboy roublard de
McClane est totalement exploité.
Bruce Willis, aussi sarcastique qu’intrépide invente une
véritable icône moderne avec John McClane. Alan Rickman dans son premier rôle
au cinéma impose une présence onctueuse et impitoyable. Chaque échange verbal
et face à face en fera des adversaires malins et sournois qui rend l’affrontement
palpitant. Même les quelques facilités et conventions (l’amitié entre Willis isolé
et le policier en uniforme Reginald VelJohnson, la scène finale) passent toutes
seules tant elles se fondent bien dans le ton et la continuité du récit,
constamment ludique dans son déroulement sans se départir de son suspense. Un
très grand film qui deviendra un mètre-étalon maintes fois copié (il faudra
attendre Matrix (1999) pour que le
cinéma américain aille chercher ailleurs l’inspiration en terme d’action) et
qui connaîtra quatre suites dont on ne retiendra que Une Journée en enfer (1995) où McTiernan renouvèlera à nouveau le
genre dans un style sur le vif qui annonce le chaos d’un Paul Greengrass.
Au siècle dernier en Angleterre, à la suite du décès de leur père, les sœurs Dashwood et leur mère sont contraintes de réduire drastiquement leur train de vie et de quitter leur propriété pour s'exiler à la campagne. L'aînée, Elinor, renonce à un amour qui semble pourtant partagé, tandis que sa cadette, Marianne, s'amourache du séduisant Willoughby. Si la première cache ses peines de cœur, la seconde vit bruyamment son bonheur. Jusqu'au jour où Willoughby disparaît.
Atteint de fièvre Austenienne aiguë ces dernières semaines (troisième livre entamé d’affilé c’est parti pour une intégrale pour l’été) il était donc temps de se pencher sur les adaptations. Le film d’Ang Lee est assurément une des plus réussies et fut largement saluée par la critique en son temps. Raison et Sentiments est le premier roman tardif de Jane Austen paru en 1811 dont le succès d’estime ouvrira la voie à d’autres bien plus important, en faisant un des auteurs les plus populaire de l’époque même si la vraie grande reconnaissance et analyse littéraire se fera après sa mort. Le livre est en quelque sorte une révision d’un texte de jeunesse intitulé Elinor and Marianne qu’après un long silence créatif Jane Austen se décide à reprendre pour entamer la carrière que l’on sait.
L’histoire dépeint les amours contrariées de deux sœurs, Elinor et Marianne dont les caractères diamétralement opposés (fougueux et passionné pour l’une, calme et mesuré pour l’autre) vont amener à réagir bien différemment face à cette haute société anglaise cruelle et frivole où tout rapport repose sur la notion de classe. Les deux héroïnes étant sans fortune, elles vont aller au-devant de bien des déconvenues. Romantisme, mélange de retenue et d’emphase et féroce satire bourrée d’humour, Raisons et Sentiments constituait de brillant début pour l’auteur. Néanmoins on est en droit d’y trouver quelque légers défauts totalement corrigés dès le merveilleux Orgueil et Préjugés à suivre. Austen reste ainsi trop évasive dans certains lien primordiaux entre personnage (on reste très distant des relations entre Marianne et le Colonel Brandon et le mariage entre eux en conclusion n’est guère touchant) et à l’inverse surligne parfois trop par le dialogue le caractère pourtant bien établi des deux sœurs (on ne compte plus les crises de Marianne et une Elinor mesurée jusqu’à l’excès parfois.
L’excellent scénario d’Emma Thomson atténue largement ces petits soucis. Tout ce qui n’était que de l’ordre descriptif dans le livre se voit ici approfondi sous la caméra d’Ang Lee. Le lien affectif se tissant entre Edward Ferrars (Hugh Grant) et Elinor (Emma Thomson) est ainsi longuement développé en début de film, le cadre rural apaisant où évoluent les deux personnages accompagnant bien la nature douce de leurs caractères. Emma Thomson tout en élégance et sensibilité retenue est parfaite et Hugh Grant gauche et effacé rend plus attachant encore Ferrars que dans le livre. Il en va de même pour Marianne dont l’emphase a été un peu atténuée et Kate Winslet (qui y gagnera le surnom de « Corset Kate » tant elle collectionnait les films en costumes à l’époque) lui prête la fièvre amoureuse attendue sans pour autant la rendre égoïste.
La romance exaltée (magnifique séquence de sauvetage sous la pluie) et tragique avec le fourbe Willoughby est ainsi idéalement menée dans son charme trop appuyé en laissant deviner l’issue comme dans le cruel cynisme intéressé qui l’achèvera. Le script ajoute foultitude de petite scénettes pour montrer l’interaction entre Marianne et son prétendant malheureux le Colonel Brandon qui rend ainsi leur rapprochement plus touchant, notamment grâce un Alan Rickman résigné qui bouleverse souvent lors des divers camouflets qu’il subit.
A quelques broutilles près (les personnages les moins actifs disparaissent comme la deuxième sœur Steel ou la fade Mrs Jennings) et coupes nécessaires le film est donc très fidèle. Ang Lee adopte une esthétique feutrée et ne tombe pas dans une flamboyance inappropriée même si de jolis moment se dégagent comme cette très belle scène de bal ou la première rencontre entre Marianne et Willoughby.
La mise en scène du réalisateur est réellement au service des personnages et tente souvent de cerner l’émotion dissimulée au détour d’un regard à la dérobée, d’un geste inapproprié, données enssentielles dans cette société où le paraître et la dissimulation sont si importants. C’est particulièrement vrai pour Elinor, forcée de donner bonne mesure face aux tourments qu’elle subit et Emma Thomson est aussi brillante dans la contenance (la scène où apprend que Ferrars est fiancé et cette détresse fugitive dans le regard) que quand l’émotion la déborde enfin lors de l’ultime entrevue heureuse avec Ferrars.
L’alchimie fraternelle est réellement palpable avec Kate Winslet et on saluera à nouveau les légers ajouts qui rendent le drame plus fort tel Marianne brisée observant sous la pluie la demeure de Willoughby mais aussi le dernier regard de ce dernier à la fin qui exprime ce qu’un très long dialogue nécessitait dans le livre, son regret. La très belle musique de Patrick Doyle joue également un grand rôle dans sa manière de guider subtilement les émotions tout au long du film.
Il n’y a bien que l’aspect caustique qu’Ang Lee ne parvient pas à rendre aussi fort malgré quelques moments amusant (la révélation de Miss Steel à la sœur de Ferrars quant à leur lien est un grand moment). Le goujat vaniteux Robert Ferrars est assez raté notamment et il manque réellement quelques joutes verbales et phrases assassines qui aurait ajouté du piquant. Une très belle transposition donc et un des meilleurs films de Ang Lee, qui ravira les amateurs de Jane Austen et qui à coup sûr donnera envie aux autres de s’attaquer à ses ouvrages.