Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 28 février 2017

Voyage à deux - Two for the road, Stanley Donen (1967)


Mark et Joanna se sont rencontrés sur les routes du Sud de la France. Lui, un jeune architecte anglais sans le sou traversant la France sac sur le dos et elle, une jeune américaine pétillante en vacances dans la région. Les années passent, flirt, euphorie, mariage, enfant, adultères, divorce… le couple traverse les vicissitudes de la vie en empruntant tous les deux ans les routes de leur première rencontre. Entre rires et larmes, les souvenirs se mélangent dans un kaléidoscope de vignettes douces-amères.

A la fin des années 50 et sentant venir le déclin du système studio, Stanley Donen fait sa révolution en quittant Hollywood pour s’installer à Londres. Assez injustement associé au seul genre de la comédie musicale (auquel il doit ses films les plus célèbres au sein de la MGM, Un jour à New York (1949), Chantons sous la pluie (1952) ou encore Drôle de frimousse (1957)), Donen se réinvente avec une série de films imprégné d’une sensibilité plus européenne, qu’il s’agisse de revisiter le suspense Hitchcockien dans Charade (1963) ou de s’approprier l’esthétique pop et l’atmosphère Swinging London dans le survolté Fantasmes (1967). Voyage à deux est la plus grande réussite de cette période, Donen renouvelant la comédie romantique par un croisement d’influence où l’on retrouve le désenchantement du Rossellini de Voyage en Italie (1954), les expérimentations narratives d’un Alain Resnais et les trouvailles formelles de la Nouvelle Vague.

Voyage à deux entremêle les expériences de couple à la fois tumultueuses de Stanley Donen (marié pas moins de cinq fois) et celle plus apaisé de son scénariste Frederic Raphael (qui coule des jours heureux avec son épouse et leurs trois enfants) qui lui soumet l’idée du film. Durant son séjour en Angleterre, Donen avait pris l’habitude de prendre ses vacances en France et après le Paris de Charade,  place aux routes provinciales du sud de la France où voyagera le couple à différentes étapes de sa relation. La structure complexe du film entremêle ainsi différentes temporalités où il s’agira d’explorer, de la passion à la plénitude des débuts de la relation aux tensions et à la rancœur de l’usure, toutes les étapes de la vie conjugale des personnages. 

Stanley Donen est d’une inventivité constante pour offrir un effet miroir qui oppose les tours à tour amoureux et ennemis Mark (Albert Finney remplaçant Paul Newman qui a refusé le rôle) et Joanna Wallace (Audrey Hepburn). Cela passe par la caractérisation notamment, où les charmants défauts des débuts deviennent les insupportables tares du futur telle la goujaterie maladroite de Mark et son égoïsme d’homme enfant. C’est un défi pour l’amoureuse transie puis un fardeau pour l’épouse lasse Joanna qui est également pétrie de contradictions, insatisfaite dans le dénuement initial et délaissée lors d’une réussite matérielle qui accapare Mark devenu un architecte renommé.

Donen joue également de l’ironie dans la répétitivité des situations. Alors jeunes amoureux fougueux, Joanna et Mark observe le tête à tête muets de couple mariés forcément devenus étrangers à cause de l’institution tandis que leurs propre silences servent les regards énamourés où les mots sont inutiles. Pourtant ces silences de plombs nourrissent bel et bien le quotidien sous tension qui les attend. Les effets de montage servent ces contradictions dans le mouvement en jouant du passage sur les mêmes lieux au fil des années, les époques se répondant avec le couple se croisant lui-même dans de brillantes transitions jouant sur le cadre, la météo où les véhicules utilisés. 

Au romantisme le plus délicat et suranné peut succéder brutalement un cynisme cinglant telle cette portion de plage devant rester le cocon des amoureux juvéniles qui est souillée par les travaux du premier grand chantier de Mark. La défiance des époux va avec un embourgeoisement et un ancrage plus traditionnel marqué par la naissance d’un enfant. Les problèmes se devinent dès le départ avec cette fougue amoureuse qui rapproche si vite nos héros tout en marquant leurs différences : Mark hostile au mariage et à la vie de famille y cède pour ne pas perdre Joanna, la magie de cet abandon de certitudes nourrissant la défiance mutuelle à venir. 

Visuellement les véhicules jouent leur rôle aussi, l’insouciance de l’auto-stop ou les avaries des voitures binquebalantes créant une complicité qui s’estompe lorsque le couple trace les routes de campagnes dans le dernier coupé sport en échangeant des paroles aigres. Dans cette même idée les auberges de fortunes ou les villégiatures encore hors de prix sont synonymes de rapprochement (merveilleux moment où Finney fait passer en douce un repas frugal pour éviter les menus exorbitant de l’hôtel) tandis que les villas et palaces luxueux marquent le fossé du couple avec là aussi de constantes idées formelles pour jouer sur les époques. 

Tout cela s’incarne en fait surtout dans la sophistication croissante du look d’Audrey Hepburn. Au départ elle retrouve l’image de jeune fille candide qui caractérise ses plus grands rôles avant d’arborer une allure plus recherchée, entre le glamour classique des années 50 qu’elle incarne en tant qu’égérie Givenchy et le saut de plain-pied dans la modernité plus tapageuse des tenues conçues par Paco Rabanne ou Mary Quant – sans parler de l'inventivité constante de ses coiffures.

La romance béate succède au drame sourd et à la comédie noire dans un ensemble virevoltant où le couple ne cesse pourtant de s’aimer tout en se déchirant, porté par le superbe score d'Henry Mancini. La leçon serait d’être capable de maintenir la passion malgré les soubresauts inéluctables de la vie, la fantaisie et la complicité semblant être les plus beaux facteurs de poursuite d’une relation épanouie. Ce n’est donc pas une grande déclaration qui fera craquer une énième fois Joanna pour son homme, mais plutôt de le voir se ridiculiser et de lui glisser ce fichu passeport une fois de plus, comme au premier jour. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

 

jeudi 6 février 2014

Les Duellistes - The Duellists, Ridley Scott (1977)

Deux lieutenants de l'armée napoléonienne, d'Hubert et Feraud, vont poursuivre une querelle pendant quinze ans à travers toute l'Europe et se provoquer régulièrement en duel.

Coup d'essai et coup de maître pour Ridley Scott qui signe un classique instantané avec ce somptueux premier film. Scott passe d'ailleurs fort tardivement à la réalisation cinéma puisqu'il déjà la quarantaine lorsqu'il attaque Les Duellistes. En effet après des études de design et des débuts à la BBC en tant que chef opérateur et réalisateur de séries tv, Scott s'associe avec son frère Tony et d'autres jeunes réalisateur anglais comme Alan Parker ou Hugh Hudson pour fonder la Ridley Scott Associates. Pendant près de dix ans il signera foule de publicités, expérimentant et peaufinant son style pour arriver à la stupéfiante beauté formelle et à la maîtrise impressionnante des Duellistes qui le montre déjà au sommet de son art.

Adaptant la nouvelle Le Duel de Joseph Conrad, le film dépeint sur fond de guerre napoléoniennes le duel fratricide que se livreront les deux lieutenants D'Hubet (Keith Carradine) et Feraud (Harvey Keitel). Au fil des campagnes menant la soif de conquête de l'Empereur à travers l'Europe, les deux hommes se défient et s'affrontent régulièrement à chaque rencontre. Le motif de leur discorde s'avéra très anodin, le véhément et hargneux Feraud s'estimant insulté par D'Hubert venus simplement lui signifier sa mise au arrêt après un énième duel.

De cet antagonisme prétexte se dessinera une véritable opposition sociale avec d'un côté Feraud figure emblématique de ce régime napoléonien car étant un soldat de basse extraction ayant réussi à s'élever au rang d'officier. Le mimétisme avec l'empereur sera de plus en plus appuyé au fil de l'avancée du film avec les attitudes raides et impulsives d'Harvey Keitel, Féraud devenant même un vestige napoléonien déchu dans la dernière partie où il reprend les postures et la tenue vestimentaire de l'Empereur.

Dévoué jusqu'au fanatisme à Bonaparte qui lui a ainsi permit de s'élever, il est ainsi l'exact négatif de celui qui sera son éternel adversaire avec un D'Hubert issu de la noblesse et plus mesuré sur son souverain. Scott introduit brillamment ces différents éléments, d'abord par son script où les informations font progressivement sens (le premier adversaire défait par Feraud étant le neveu du maire de Strasbourg soit un pur produit de ces parvenus nantis qu'il méprise) mais aussi par l'échange elliptique qui amène l'affrontement entre les héros, D'Hubert s'exprimant avec légèreté sur Napoléon et provoquant ainsi la fureur de Feraud qui trouve là un motif à défier celui qu'il estime l'avoir offensé. D'Hubert prend les choses avec la distance et la mesure de son rang quand Feraud ne se détache jamais de la rage et de l'intensité de celui qui a dû batailler pour se faire sa place.

Ridley Scott avec le caractère de ces deux personnages donne une vision contrastée de cette figure du duel qui évolue dans chacune des séquences le mettant en scène. Prétexte à la soif de sang et de reconnaissance de Feraud dans le premier face à face, c'est avec une caméra à l'épaule chaotique que l'on suit les assauts rageurs au sabre dans une cour exigüe. Plus tard la bêtise et la vacuité de cette rivalité s'illustrera par un laborieux et lent combat où les adversaires ensanglantés et à bout de force déambulent tel des pantins désarticulés avec un sabre désormais trop lourd à la main, dans une grange au petit matin. Une dimension vengeresse et mythologique est atteinte avec le flamboyant duel à cheval en forêt où Scott use d'un brillant montage saccadé où l'on comprend la rancœur accumulée par D'Hubert malgré sa terreur, les inserts des outrages passés entrecoupant son avancée au galop face à Feraud et où le coup fatal est subliminal et invisible à l'écran.

 Le duel est ainsi un rituel vain mais éveillant une dimension de grandeur chevaleresque à l'image de celle véhiculée par l'Empereur et s'inscrira dans un arrière-plan flamboyant au départ, que ce soit cette ville de Strasbourg aux prémisses des grandes guerres à venir, de l'excitation et de l'admiration des soldats avant le combat à cheval. Cette facette s'estompera au fil de la déchéance de Napoléon, les retrouvailles sur le front Prussien s'avérant pathétique et avortée dans ce paysage de désolations où les régiments sont épuisés et soumis aux rigueurs de l'hiver. C'est cette facette chevaleresque qui pousse les deux adversaires à constamment relever le défi, D'Hubert pourtant paisible venant toujours au-devant de son meilleur ennemi chaque fois que leur route se croisent.

L'ultime duel montrera alors le changement d'époque et de mœurs où avec le retour de la royauté et l'exil de Napoléon cette hauteur n'a plus lieu d'être. Ce dernier combat formellement somptueux en forme de traque dans les ruines d'un château revêtira une aura nostalgique où les phrases échangées durant ces longues années reviennent en voix-off, le conflit se résolvant par un cinglant échange où la dette est soldée. Symboliquement la dernière séquence et la silhouette napoléonienne de Keitel fixant l'horizon est tout à la fois nostalgique mais aussi l'aube d'une nouvelle ère où le culte de l'honneur et des armes est révolu.

Les Duellistes est visuellement sous haute influence de Barry Lyndon, les paysages verdoyant et les ciels brumeux à perte de vue du début du film rappelant l'Irlande de Kubrick (Scott empruntant même au casting Gay Hamilton la fiancée infidèle de Redmond Barry chez Kubrick) tandis que Scott reprend pour certains intérieur l'éclairage minutieux à la bougie du classique de 1975. L'ensemble du film est un long tableau en mouvement dont les compositions de plan savent autant émerveiller par l'ampleur et la recherche picturale des extérieurs (tournage en Dordogne dans le Périgord noir) que par la sophistication des intérieurs (l'arrivée de D'Hubert dans le salon mondain où siège Feraud).

La prouesse est d'autant plus grande que Ridley Scott disposait là d'un budget fort modeste en dessous du million de dollars et que hormis l'absence de grande scène de guerre cela ne se ressent à aucun moment dans cette reconstitution minutieuse. Il faut également louer les performances exceptionnelles d'Harvey Keitel et Keith Carradine (pour qui s'étonnera de voir deux américains dans de tels rôles -le casting prestigieux étant totalement anglais pour le reste - ils furent imposés par la Paramount en lieu et place de Michael York et Oliver Reed initialement prévu pour faciliter le financement) absolument parfait de prestance et d'humanité et en ennemis éternel, et de plus redoutables bretteurs dans les séquences très réalistes conçues par William Hobbs. Le film sera fort justement récompensé du prix de la première œuvre à Cannes et amorce l'âge d'or de Ridley Scott allant au moins jusqu'à Legend (1985).

Sorti en dvd et en blu ray chez Paramount

jeudi 4 octobre 2012

Gumshoe - Stephen Frears (1971)


Eddie Ginley, animateur dans un club de Liverpool, s'identifiant à l'acteur Humphrey Bogart, s'amuse à passer une annonce de détective. Il est contacté par un inconnu qui le paie pour faire disparaître une étudiante, Alison Wyatt.

Gumshoe est le premier film pour le cinéma de Stephen Frears qui s'y attaque au polar, genre qui lui vaudra plus tard deux de ses grandes réussites d'abord dans son Angleterre natale avec The Hit (1984) et Les Arnaqueurs (1990) durant sa carrière américaine. On est ici loin du compte avec ce Gumshoe pourtant pas dénué de qualités et qui fourmille d'idées, sans doute un peu trop même pour un Frears débutant qui a bien du mal à ordonner tout cela dans un ensemble cohérent.

Le film se présente comme un pastiche (et pas parodie nuance) de film noir où plane notamment l'ombre du Faucon Maltais et Le Grand Silence, l'enquête et son enjeu étant au moins aussi nébuleux et incompréhensible que le classique de Hawks. Le décalage interviendra avec son très singulier héros, Eddie Ginley magistralement interprété par Albert Finney. Celui-ci un loser dans toute sa splendeur végétant et traînant sa déprime entre les séances chez son psy, l'animation peu palpitante du bingo dans les clubs pour métier et surtout les entrevues houleuses avec son frère qui a socialement réussis et qui a épousé ex fiancée (Billie Whitelaw).

 Pour se distraire de ce quotidien morne Eddie passe une annonce dans le journal où il propose ces services en tant que détective privé. Contre tout attente il reçoit la mission par un mystérieux commanditaire de tuer Alison Wyatt, un jeune étudiant avec enveloppe garnie de mille livres et une arme pour réaliser le méfait. La drôlerie du film naît du grand écart constant entre l'assurance et les allures de dure à cuire constants d'Eddie se prenant pour la réincarnation de Philip Marlowe et ses capacités réelle fort limitée. Il va pourtant avoir fort à faire tant navigue autour de lui foule de personnages douteux en voulant à sa personne.

Albert Finney est irrésistible, mâchoire serrée et imper bien ajustée alignant les (tentatives de) répliques pleines d'esprit à la Bogart tombant systématiquement à plat. Le personnage s'avère très touchant dans cette assurance naïves constamment altérées par les diverses humiliations et les vrais criminels endurcis auxquels il doit faire face mais Finney lui confère un bagout et un flegme qui le rende d'autant plus attachant. Dans sa vraie carrière, Eddie se rêve humoriste de scène et c'est ainsi qu'il traverse l'enquête policière, comme un type faisant son numéro et roulant des mécaniques. La relation entre lui et son ex (excellente Billie Whitelaw) est traitée avec une grande finesse et on comprend bien que c'est plus par sécurité qu'elle a choisi le frère ayant les pieds sur terre plutôt que Eddie qu'elle aime réellement (et volant plus d'une fois à son secours) tant celui-ci s'avère immature et inconstant.

Tout cela est fort bien posé et le script de Neville Smith multiplie les situations hommages aux classiques du genre savamment détournés tout en exploitant bien le cadre de cette ville de Liverpool. Malheureusement le film part un peu trop dans tous les sens et peine à maintenir une attention soutenue tant tous les éléments clés de l'intrigue nous arrive de manière anarchique. On est perdu entre les multiples sous-intrigues et personnages secondaires apparaissant et disparaissant, bons ou mauvais sans la moindre cohérence.

La très courte durée du film resserre tous ces éléments sans leur donner le temps de se développer et l'ennui poli domine face à ce récit dont on a très vite perdu le fil. L'explication finale fait d'ailleurs regretter un traitement un peu plus sérieux car les enjeux s’avèrent vraiment très intéressant (trafic d'héroïne entre la Grande-Bretagne pour faire tomber un leader politique en Afrique du Sud sous apartheid). On retiendra donc surtout un Albert Finney épatant et dont la performance lui vaudra une nomination aux BAFTA. Le film reste dans les annales aussi pour ses dialogues orduriers particulièrement gratinés qui lui vaudront le bannissement de futur diffusion TV avec un Ginley lâchant quelques répliques racistes choquantes comme ce Mighty Joe Young balancé à un noir venant de le passer à tabac. Petit Frears le meilleur restait à venir.

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres français

Extrait

vendredi 29 avril 2011

Samedi soir, dimanche matin - Saturday Night and Sunday Morning, Karel Reisz (1960)


Dans les années 1960, à Nottingham, Arthur, un ouvrier de 24 ans, le week-end venu, s’étourdit dans les pubs pour oublier sa condition sociale précaire malgré son travail consciencieux à l’usine. Dès le samedi, la bière coule à flots pour lui et ses copains. Sa maîtresse, Brenda, une femme plus âgée que lui et épouse d’un de ses collègues de travail, lui est très attachée. Mais Arthur est bientôt attiré par une jeune fille de son âge, Doreen, une nouvelle relation qui a pour effet de rompre avec son morne quotidien.

Saturday Night and Sunday Morning est un des films manifeste du "free cinéma" anglais, mouvement britannique des sixties équivalent à la Nouvelle Vague française même si plus politiquement engagée que cette dernière. Le phénomène trouve d'ailleurs en partie son origine du côté littéraire puisque certaines de ses préoccupation se retrouvent déjà chez les Angry Young Men, groupe de jeunes auteurs britanniques apparus durant les années cinquante. Leurs écrits se caractérisaient par la touche authentique et réaliste des milieux prolétaires dépeints, que ce soit les personnages type working class heroes favorisant une écriture au langage simple ou dans les situations issues du quotidien qui leur vaudront également le qualificatif de kitchen sink drama (variation du terme Kitchen sink painters attribué au peintres réalistes anglais des années 40/50). Le film de Karel Reisz adapte donc un des livres les plus culte du mouvement, écrit par Alan Sillitoe (qui en signe également le scénario) en 1958 et qui verra un autre de ses écrits transposé dans le cadre du free cinéma avec La Solitude du Coureur de fond réalisé en 1962 par Tony Richardson (ici producteur).

Saturday Night and Sunday Morning c'est donc aussi et surtout l'histoire d'un jeune homme en colère, ce Arthur incarné avec une fougue et authenticité peu commune par le jeune Albert Finney qui crève l'écran pour son premier rôle au cinéma. La vie d'Arthur se partage entre les semaines morne où il ronge son frein à l'usine et le weekend où enchaîne les beuveries épique au pub avec ses amis et aligne les conquête féminines. Car Arthur a trouvé la solution parfaite pour s'évader de ce Nottingham grisâtre, se ficher de tout et de tout le monde et n'en faire qu'à sa tête. Albert Finney campe ainsi un personnage impulsif et imprévisible dans ses actes comme ses propos, un gamin espiègle qui n'a aucune envie de grandir comme le montre d'hilarantes scènes où il joue de bien mauvais tours à ses congénères comme placer un rat mort au poste d'une collègue d'usine ou tirer au fusil à plomb dans la fesse d'une voisine récalcitrante.

Arthur ne cherche qu'à vivre au jour le jour et sans attache, et le mariage aboutissement logique de tout les jeune gens de son âge est synonyme de prison à laquelle il faut échapper. Le film se fait le portrait d'une certaine Angleterre de l'après guerre résignée et sans perspectives. Les quidams qui ont connus la guerre et les privations se contentent aisément d'un travail modeste et monotone qui leur apporte sécurité, la télévision étant une distraction bien suffisante et ils n'aspirent finalement à rien d'autres. La génération suivante, celles de leurs enfants ne se reconnaît pas dans cette perspective toutes tracée mais le film montre finalement l'impasse de ces jeunes gens face aux possibilités d'avenir terriblement limitées.

Pour Arthur, l'étau va même se resserrer dangereusement lorsqu'il mettra enceinte une amante mariée où à travers la rencontre d'une jeune fille (Shirley Anne Field) plus délicate que ses conquêtes habituelles. Le filme nous promène ainsi au fil des pérégrinations quotidiennes et des pensées de Arthur dans une ligne narrative ténue et liées aux états d'âmes de son héros. La mise en scène de Karel Reisz est une alliance d'authenticité (qui se réperrcute dans les dialogues et situations où on évoque ouvertement le sexe, l'avortement...) et d'élégance nous faisant visiter les recoins les plus prolétaires de Nottingham avec ses pubs enfumés ou la pinte coule à flot, les plans d'ensemble de paysage avec cheminées d'usines à pertes de vues, espaces ruraaux de plus en plus restreint, petites ruelles où jouent les gamins...

La photo de Freddie Francis propose un noir et blanc somptueux et tout en nuances qui capte la vérité ce cadre tout en lui conférant une recherche visuelle toute cinématographique. La description est d'ailleurs loin d'être négative et avec le temps c'est une vraie nostalgie qui se dégage pour cette Angleterre chaleureuse et faîtes de plaisir simple comme la promenade dominicale à bicylette, les excursion à la pêche, les sorties au dancing (belle bande son mod jazzy du et bien évidemment les réunions au pub. La conclusion laisserait notre héros presque rangé mais rien n'est moins sûr tant rien ne laisse totalement penser que sa nature indomptée saura être domestiquée surtout quand on sait que la société anglaise sera amenée à être bien plus libérée dans un avenir proche.Le film est un immense succès et multipliera les récompenses en Angleterre pour son acteur principal et son réalisateur promis à un bel avenir.

Saturday Night and Sunday Morning a également un immense impact sur la culture pop anglaise jamais démentie à ce jour. La chanson des Smiths There is a light that never goes out de l'album The Queen is dead s'inspire d'une phrase de Doreen (I want to go where there's life and there's people devenant I want to see people and I want to see life) tandis que le titre du premier album des Arctics Monkeys Whatever People Say I Am, That's What I'm Not (dont la pochette affiche le visage d'un pur lads glandeur clope au bec à la Albert Finney) reprend une des répliques cultes d'Arthur. On peut ajouter un titre des Stranglers et aussi de Madness en 1999 intitulé Saturday Night and Sunday Morning en hommage au film pour mesurer son importance dans l'appel à un nouvel idéal de vie pour les jeunes anglais.

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films mais l'édition est un peu chère donc éventuellement opter pour le zone 1 bien moins onéreux sorti chez MGM et dotée se dous -titres français. Ensuite pour les anglophones il existe une belle édition collector sorti en zone 2 anglais dotés de sous-titres anglais et les plus équipés peuvent même tenter le très beau bluray édité récemment et également doté de sous-titres anglais.

Bande annonce



Et pour rester dans l'esprit pop anglais un montage du film sur le morceau des Last Shadow Puppets, My mistake was made for you

lundi 12 avril 2010

Tom Jones - Tony Richardson (1963)


Un virevoltant et très novateur dynamitage du film en costume qui anticipa toute la vague des films délirant pop psyché à venir durant la décennie. Adapté d'un classique anglais de Henry Fielding, on suit les aventures du jeune Tom Jones, enfant illégitime élevé dans la campagne par un noble anglais. Doté d'un talent certain pour s'attirer les pires ennuis, il se retrouve chassé de chez lui à tort suite aux manipulations de son frères adoptif. C'est parti pour une suite d'aventures et de rencontres délirantes où il va essayer de lever le secret de ses origines et surtout gagner le coeur de sa bien aimée Sophie (joué par la charmante Susanna York) que le destin s'acharne à constamment éloigner de lui.

Raconté comme cela ça a l'air de donner dans le drame romantique et social en costume classique sauf que pas du tout. Tony Richardson applique un traitement cartoonesque, psyché et non sensique (et surtout avant que ce soit complètement à la mode le film datant de 1963) à son film qui offre un spectacle classieux (reconstitution splendide décors comme costumes dans l'esprit des meilleures productions anglaise du genre) et totalement distancié à la fois. Arrêt sur images incongru, narration en voix off so british moqueuses, des acteurs qui interpelle le spectateur en plein action, retour en arrière intempestifs, tout y passe. On peut ajouter aussi des séquences filmées en dépit du bon sens (dont une partie de chasse visuellement chaotique et bien barbare) à coup d'accélérés ou de zoom agressifs pour un grand moment de folie furieuse.

Les personnages sont au diapason à commencer par le héros campé par un Albert Finney génial. Donc Tom Jones tout en gardant le côté candide et innocent du héros romantique est coureur, buveur et bagarreur, aux antipodes d'un Darcy. Face à lui des des paysanne à la cuisses légères aux visages crasseux, des hommes tous pervers au visages rougeaud (l'alcool de la campagne c'est le meilleur) et aux dent gâtées... Ca ne vaut pas bien mieux lorsque l'intrigue se déplace à Londres sur la fin. Tout n'y est que perversions, mensonges et intrigues de palais (où Tom Jones aura fort à faire pour manoeuvrer dans ce monde hypocrite) et niveau reconstitution l'ambiance pouilleuses des bas fond est certainement plus proche de la réalité que nombre de films plus sérieux à l'esthétique léchée.


Bref malgré de petits défauts de longueur (2h à ce régime c'est un peu trop) un sacré spectacle entre l'académisme le plus pur (tout es bien qui finit bien ou presque la morale est sauve) et l'avant gardisme le plus délirant. Et puis rien que pour la prestation hilarante de Hugh Griffiths en propriétaire fermier rustaud et paillard c'est à voir. Judicieusement récompensé par 4 Oscars à l'époque et c'était tout à fait mérité.

Trouvable en zone 2 chez MGM pour pas très cher