Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 10 janvier 2018

Les Mutinés du Téméraire - H.M.S. Defiant, Lewis Gilbert (1962)

En 1797, le « Téméraire » est envoyé rejoindre la flotte britannique en Méditerranée. À son bord, le lieutenant Scott-Padget est un homme cruel qui s'acharne sur l'équipage au moindre prétexte. Conscient de la révolte qui gronde, le capitaine Crawford tente de reprendre en mains le navire en attaquant un navire français au large de la Corse.

Lewis Gilbert signe un de ses meilleurs films avec ce H.M.S. Defiant qui semble proposer une variante anglaise des Révoltés du Bounty et ses multiples versions. Adapté du roman Mutiny de Frank Tilsley (paru en 1958), le film inscrit son postulat familier dans un contexte plus spécifiquement anglais en donnant une vision filmée d'une réalité historique. En mars 1797, la Royal Navy dû en effet faire face à la Mutinerie de Spithead soit la rébellion concertée des marins de onze navires contestant les conditions de vie épouvantable en soldes misérables, discipline intraitable et recrutement forcé. Après une rude négociation, les marins auront gain de cause et reprendront le service sans subir de sanction le 15 mai 1797.

Pour plus de tension, l'intrigue du film intègre ce contexte aux Guerres Napoléoniennes même si cela s'avère historiquement inexact puisque tout en respectant la date des évènements on anticipe un conflit dont les prémisses se situent plutôt en 1799. La brutalité inhérente à la Royal Navy s'illustre avant même que le récit ait gagné la mer avec la violente séquence de The Press soit le recrutement forcé de quidam arraché avec violence à leur quotidien. Les deux personnalités amenées à s'opposer sont présentées en parallèle dans cette ouverture. On voit le Capitaine Crawford (Alec Guinness) prendre ses ordres de mission auprès de ses supérieurs dans un dialogue où on le devine compatissant pour les conditions misérables de son équipage quand dans le même temps son second le lieutenant Scott-Padget (Dirk Bogarde) est le meneur prenant plaisir à enrôler des malheureux contre leur gré. Une fois en mer, les jeux de pouvoirs associés à la gronde sociale latente va faire monter graduellement la tension.

On voit ainsi les minutieux préparatifs de la fameuse mutinerie dont la volonté augmente ou s'amenuise selon la domination à bord entre l'humaniste Crawford et le sadique Scott-Padget soumettant les matelots au fouet au moindre embryon d'incartade. Dirk Bogarde est excellent dans ce rôle détestable, il faut le voir littéralement jouir du claquement de fouet sur le dos de ses malheureuse victimes ou de savourer la crainte qu'il génère au sein de l'équipage glacé par un simple regard. L'acteur se montre très subtil, sa cruauté jouant à la fois de la conscience de supériorité de classe, sadisme pur et simple et volonté de domination - il est sous-entendu que son attitude a précédemment poussés ses précédents capitaines à la cour martiale.

Lewis Gilbert filme avec brio le quotidien du navire, de la colère grondant dans les cales au duel psychologique sur le pont entre les officiers et réussit avec fluidité à caractériser habilement un grand nombre de protagonistes (Anthony Quayle est excellent en meneur pacifiste et réfléchi de la fronde). Les enjeux sont intelligemment relancés à travers un conflit feutré et retors qui laisse voir les failles de ces codes militaires maritimes - Crawford impuissant face aux maltraitances de son jeune fils aspirant sur le navire - et l'ascendance sociale devenir un instrument de pouvoir pour Dirk Bogarde.

Parallèlement Gilbert nous offre un vrai grand film d'aventure spectaculaire avec des affrontements épiques et variés. On aura droit à du duel frontal entre navires français et anglais où le réalisateur témoigne d'une belle ampleur (les plans d'ensemble des deux navires face à face), d'un sens de la destruction certains et d'une violence sanglante lors des abordages. A d'autre moment cela jouera sur la pure stratégie avec un navire de guerre camouflé en bateau de commerce et le superbe final joue la carte de l'émotion avec un choix cornélien entre la cause sociale et la patrie, là aussi dans une impressionnante péripétie. Une très belle réussite portée par un grand trio d'acteur Alec Guinness/Dirk Bogarde/Anthony Quayle.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez Columbia et doté de sous-titres anglais

samedi 16 avril 2016

Le Bouc émissaire - The Scapegoat, Robert Hamer (1959)

L'anglais John Barratt visite la France. En se baladant dans les rues du Mans, il croise son sosie. La ressemblance entre les deux hommes est tellement extraordinaire qu'ils passent ensemble une soirée bien arrosée. Le lendemain matin, Barratt se réveille dégrisé dans une chambre d'hôtel, et s'aperçoit affolé qu'il a été dépouillé de ses vêtements et de son identité. Il est devenu son sosie : le Comte Jean de Gué. Son histoire est tellement invraisemblable que personne ne veut y croire. Barratt se retrouve acculé à vivre la vie d'un autre, une vie qui lui réserve quelques surprises...

Robert Hamer retrouvait Alec Guinness pour la quatrième fois avec The Scapegoat, adaptation d'un roman de Daphné Du Maurier. On devine ce qui a pu attirer le réalisateur et sa star dans le matériau original. Pour Alec Guinness c'est l'occasion de se livrer à un nouvel exercice de dédoublement entre le solitaire et humaniste John Barrat et séducteur et égoïste Jean de Gué. Pour Robert Hamer il y a matière à scruter à la manière de son Noblesse Oblige (le cynisme en moins) la décadence de la haute société à travers cette description d'une famille fort torturée de noble français. Le film pèche par un vrai parti pris d'adaptation. Le roman de Daphné Du Maurier plongeait une âme suicidaire au cœur d'une famille au penchant autodestructeur et au lourd passé, et John Barrat reprenait gout à la vie en endossant les responsabilités qui accablait son double car se sentant enfin utile.

Le roman était une vraie étude de caractères où le vide intérieur du héros suicidaire se nourrissait des maux de sa famille d'adoption pour renaître en les guérissant. Robert Hamer reprend cette idée dans le film mais avec un acteur aussi charismatique qu'Alec Guinness (à l'insistance de Daphné Du Maurier alors que la production envisageait Cary Grant) la lumière est bien plus placée sur lui que sur le défilé de névrosés que constituait la famille dans le roman. Les protagonistes sont réduits ou simplifiés, Bette Davis en matriarche morphinomane et la jeune et pétillante Annabel Bartlett s'imposent donc mais ce choix simplifient la portée de certains rebondissements qui suivent fidèlement le roman dont il aurait fallu mieux assumer de s'éloigner.

L'autre déséquilibre est d'avoir greffé une tonalité de thriller absente du livre et qui surgit sans trop d'explication au début et la fin du film. La rencontre entre John Barrat et son sosie Jean de Gué est introduite dans une logique d suspense à travers les jeux d'ombres dans la filature nocturne et l'attitude lus ouvertement inquiétante de Jean de Gué. La confrontation finale sera nettement mieux gérée mais gâchée par un épilogue un peu expédié. Du coup l'aspect social et humaniste du livre est tout juste survolé et la volonté de thriller du film pas assez appuyée. Les deux facettes auraient cependant pu fonctionner en laissant plus la narration respirer quand tout file ici trop vite en 90 minutes à peine qui ne laissent pas l'atmosphère s'installer. On peut sans doute imputer cela à l'alcoolisme de plus en plus aggravé de Robert Hamer parfois incapable de tourner et qui laissera le filmage de certaines scènes à Alec Guinness.

Ce dernier sauve le film par son épatante double performance. Lors de la première entrevue des sosies, il les différencie par son jeu subtil notamment ce passage où la présence penaude de John Barrat ne parvient pas à attirer l'attention d'un barman quand le charismatique Jean de Gué s'impose d'un simple geste de la main. Faute d'antagonistes consistant (le personnage de Blanche passionnant dans le livre et pourtant incarné par l'excellente Pamela Brown n'existe pas vraiment) l'argument du livre est inversé, la bonhomie et bienveillance de l'imposteur transformant les membres de la famille plutôt que les problèmes de cette dernière éveillant son empathie. Pas inintéressant mais pas assez creusé pour convaincre, dommage mais le livre se prêtait sans doute mieux à une adaptation en feuilleton tv. Une adaptation plus récente a d'ailleurs été produite par la BBC, à tenter éventuellement.

Sorti en dvd zone 1 (mais le disque est multizone) chez Warner dans la collection Warner Archives et sans sous-titres 

On comprend un peu le problème avec cette bande annonce jouant essentiellement sur le suspense

samedi 22 août 2015

Détective du bon Dieu - Father Brown, Robert Hamer (1954)

Le père Brown, un prêtre catholique, se voit confier la mission de soustraire une croix de grande valeur à la convoitise d'un voleur réputé. Or, l'ecclésiastique entend contrecarrer le vol, tout en sauvant l'âme du malfaiteur.

Father Brown est la troisième adaptation du célèbre personnage de prêtre détective créé par G.K. Chesterton. Le film est en fait le remake de Father Brown, Detective (1934) première transposition de Edward Sedgwick avec Walter Connolly dans le rôle-titre. Le film de Robert Hamer reprend le principe du scénario de cette première version en adaptant la nouvelle La croix bleue (première des 51 nouvelles consacrée au personnage) mélangée à l'intrigue d'autres nouvelles. Le mélange d'humour anglais et de vraie intrigue policière alambiquée offre donc une illustration réussie du personnage, bien aidé par l'interprétation facétieuse d'Alec Guinness.

La scène d'ouverture donne une bonne idée de la singularité des enquêtes du père Brown. Alerté par un cambriolage, des policiers ne voient pas le vrai voleur s'échapper et trouve notre héros en train de remettre le butin en place. On découvrira que le voleur était un paroissien que le prêtre a couvert et remis sur le droit chemin avec humour en lui signifiant qu'il était un bien piètre criminel. En effet, le goût pour les énigmes criminelles du père Brown n'est pas un passe-temps mais au contraire une part entière de son sacerdoce religieux où il s'entend à remettre les malfrats qu'il coince sur la voie de l'honnêteté. On évite tout prêchi-prêcha religieux grâce à l'humour des situations et de la truculence du personnage, gaffeur, lunaire et inoffensif en apparence mais à l'intelligence redoutable. Il va avoir à faire à forte partie lorsqu'il devra mettre à l'abri de Flambeau, un voleur chevronné et caméléon la prestigieuse croix de sa paroisse.

Le duel entre le père Brown et Flambeau est amené avec brio, le voleur étant interprété par Peter Finch. Les deux rivalisent de subtilité pour duper l'autre et sans trop en dire le moment où les masques tombent est savoureux, l'acuité de Brown fonctionnant pas sur l'observation des lieux et des objets mais de celles des âmes humaines qu'il sait observer et souhaite apaiser. Dès lors, tout en ayant démasqué Flambeau, Brown décèle la fragilité secrète en lui et décide de lui éviter l'arrestation, le traquant pour mieux l'absoudre. On aura ainsi une intrigue très ludique où la police piste le père Brown afin de remonter jusqu'à Flambeau. Peter Finch en simili Arsène Lupin volant pour le plaisir de l'adrénaline offre une prestation à la vulnérabilité subtile et dégage une classe folle. Le duo formé avec Guinness fonctionne à merveille et finalement on regrettera que le film soit si court tant il y avait matière à pousser plus loin le jeu.

Très agréable même s'il y avait matière à rendre la chose plus tortueuse (d'autant que certaines résolutions des nouvelles s'avère très inventives) mais on passe un bon moment. A noter une curiosité, une partie de l'intrigue se déroulant en France on trouve Gérard Oury encore acteur dans un rôle de flic franchouillard amusant.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez Sony 

Extrait

mercredi 19 août 2015

Noblesse Oblige - Kind Hearts and Coronets, Robert Hamer (1949)

Héritier éloigné de la maison ducale d'Ascoyne-Chalfont, Louis Mazzini élimine successivement, par des méthodes aussi variées qu'inventives, tous les prétendants qui le séparent du titre, avant finalement de tuer le duc lui-même lors d'une partie de chasse, en maquillant l'assassinat en accident. Le soir où il est enfin proclamé duc, un officier de police vient l'arrêter pour un meurtre qu'il n'a pas commis, celui du mari de sa maîtresse. Condamné à mort, il écrit dans sa cellule de prison des mémoires où il relate ses crimes réels.

Très loin de se résumer à la performance multiple d’Alec Guinness qui y joue huit rôles, Kind Hearts and Coronets est un des chefs d’œuvres du studio Ealing et un grand classique du cinéma anglais. Sorti la même année que Passeport pour Pimlico, le film incarne avec celui-ci le grand virage du studio vers la comédie caustique fustigeant la société anglaise. Pourtant Noblesse Oblige par son amoralité, la virulence du propos et sa manière de bousculer absolument toutes les valeurs anglaises détone même par rapport à d’autres productions Ealing qui suivront. Le film sort durant les difficiles années d’après-guerre où le pays se reconstruit et souffre encore des privations, ces valeurs et cette identité anglaise ayant justement constitués un socle afin d’unifier le peuple face à l’adversité. Noblesse Oblige vient bousculer cet état d’esprit avec son héros au froid individualisme, symbole de ce que la guerre a bousculé à savoir l’impitoyable système de classe de la société anglaise. 

Un retour à cette injustice est impossible et Robert Hamer, certainement le réalisateur Ealing aux préoccupations sociales les plus marquées (se souvenir de son remarquable Il pleut toujours le dimanche (1947)) s’avère le plus indiqué pour donner un coup de pied dans la fourmilière. Le film s’inspire du roman Israel Rank: the autobiography of a criminal de Roy Horniman paru en 1907. Le scénario reprend le postulat ainsi que le cadre de l’Angleterre édouardienne (symbole d’une injustice remontant loin dans l’histoire du pays) mais effectue plusieurs changements majeurs. Le héros meurtrier du roman était à moitié juif et cette caractéristique pouvait autant signifier l’antisémitisme d’alors ou dénoncer au contraire l’image intéressée que l’on se faisait des juifs à l’époque. Une ambiguïté impossible à entretenir alors que se sont dévoilées récemment les horreur d’Auschwitz mais Hamer souhaitant associer cette lutte des classe d’une certaine forme de racisme fera du héros un italien. La cruauté du roman (où le héros n’hésitait pas à tuer des enfants pour parvenir à ses fins) est retranscrite par une ironie et un humour noir savoureux s’exprimant notamment par la voix-off détachée de Dennis Price.

Sa mère ayant choisie l’amour plutôt que le rang en épousant un ténor italien, Louis Mazzini (Dennis Price) se voit détourné de la prestigieuse lignée des Ascoyne-Chalfont, prestigieuse famille noble anglaise. Il aura malgré son milieu modeste été élevé dans le souvenir de cette parenté, étudiant les arbres généalogique et interdit de se mêler aux autres enfants indignes de son rang. Les D’Ascoyne n’ont pourtant que faire de cette famille embarrassante, refusant d’aider financièrement Louis et sa mère ou de contribuer à sa carrière. Forcé de travailler comme simple commis de magasin, Louis voit pourtant sans rancœur prendre une toute autre dimension lorsqu’il sera refusé à sa mère tragiquement décédée de reposer dans le caveau familial. Il va alors radicalement reconquérir son rang, assassinant les huit héritiers Ascoyne qui le sépare du duché.

Les D’Ascoyne représentent différentes facettes de l’éloignement des réalités de cette aristocratie (arrogance, snobisme, bêtise, sens de l’honneur par l’absurde l’amiral) et toutes endossent le visage d’un Alec Guinness qui s’en donne à cœur joie dans un transformisme loufoque. « L’ennemi » nanti par cette incarnation uniforme représente donc une métaphore de l’aristocratie imbue d’elle-même tandis que Hamer proposera une illustration plus hétérogène de la populace qui ne vaut guère mieux. Louis Mazzini représente le pont entre les deux classes sociales, partageant la condescendance des riches pour les classes inférieures et l’avidité des pauvres pour s’élever à tout prix dans la société. 

Dennis Price est parfait pour exprimer cette dualité. Si l’on peut être tout d’abord touché par ses déconvenues (notamment la mort de sa mère, seule scène où il semble exprimer une émotion sincère), sa froide détermination dans le crime, les manières de plus en plus arrogantes de sa prestance de gentleman et les répliques distanciées finissent par le rendre aussi antipathique que ceux qu’il combat. Ce renvoi dos à dos s’exprime également à travers les deux personnages féminins. La dépravation, l’ambition et le calcul de l’amie d’enfance Sibella (Joan Greenwood) n’a d’égal que la pudibonderie, la naïveté et la conscience de son rang de la belle Edith d'Ascoyne (Valerie Hobson). La séduction provocante de la première répond à la prestance et à la beauté élégante de la seconde, manifestation des deux mondes dont est issus notre héros.

 La mise en scène de Robert Hamer participe de cette approche par son inventivité. Le visions majestueuses du luxe dans lequel vivent les D’Ascoyne sont non seulement atténuée par leurs attitudes arrogantes mais aussi par leurs morts ridicules que le réalisateur filme avec un sens du gag (l’amiral noyé, la chute dans la cascade) et des situations grotesques (le prêtre empoisonné) qui transforme l’ensemble en un réjouissant jeu de massacre où le rire atténue la violence des situations – mais pas toujours comme ce coup de fusil dénué du moindre trait d’humour. Bêtes, imbus d’eux-mêmes et éloigné des réalités dans les hautes sphères et  prêts à tout pour réussir, froidement intéressés et immoraux au sein du peuple.

Les aristocrates accrochés à leurs privilèges s’avèrent aussi méprisables que les roturiers qui ne rêvent que de prendre leurs places. Telle est l’Angleterre bousculée que nous dépeint Robert Hamer. Le final salue ainsi ce triomphe de la vilenie (et le prolongement de façade de ces valeurs avec le bourreau et le personnel de la prison si déférents envers le duc) et du cynisme calculateur, la luxure comme le confort s’offrant à notre héros avec ces deux prétendantes dont une devra radicalement s’effacer. Le montage américain tentera bien d’édulcorer l’ensemble avec l’ajout d’un épilogue où le journal de confession est découvert mais c’est bien le regard malicieux de Dennis Price qui marquera l’impression d’ensemble. Un classique absolu.

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Studiocanal 

mercredi 21 janvier 2015

Il était un petit navire - Barnacle Bill, Charles Frend (1957)

L'honorable William Horatio Ambrose se confie à un journaliste : dernier descendant d'une longue lignée de marins, il se devait d'honorer ses ancêtres en embrassant une carrière de militaire en mer. Son seul souci - de taille - est qu'à peine sur un bateau, il devient immédiatement sujet à un mal de mer carabiné. Devenu malgré tout capitaine, grâce à ses services durant la guerre comme testeur de médicaments, il fait l'acquisition d'une jetée, dans une station balnéaire, ancien parc d'amusement tombé en décrépitude. Par la force de sa volonté, il va redorer le blason de la jetée de Seacastle en même temps que le sien.

Barnacle Bill a l’insigne honneur d’être l’ultime film produit par le Studio Ealing. Une époque était déjà révolue depuis la vente des studios à la BBC en 1955, Ealing quittant la fameuse adresse à laquelle il devait son nom et les dernières productions se faisant sous la bannière MGM. Ce dernier film sous la bannière Ealing, loin de constituer une apothéose constitue du moins une honnête et sympathique synthèse où l’on retrouve toutes les facettes du studio. T.E.B. Clarke, le scénariste qui avait été un des moteurs du virage d’Ealing vers la comédie à la fin des années 40 est l’auteur de ce chant du cygne dans lequel Alec Guinness désormais superstar depuis le triomphe du Pont de la Rivière Kwai vint également faire un dernier numéro dans cette maison ayant contribué à sa reconnaissance.

William Horatio Ambrose (Alec Guinness) souffre d’un drôle de paradoxe : fils d’une lignée prestigieuse de marin, le malheureux souffre du mal de mer et il lui semble bien difficile d’honorer cet héritage. Le générique aux crédits tanguant illustre avec amusement le mal de son héros avant que la construction en flashback (clin d’œil à celle de De l’or en barre (1951)) ne nous explique le concours de circonstance l’ayant amené à bénéficier des honneurs en ouverture. Guinness nous rappelle au souvenir de Noblesse Oblige lorsqu’on le verra endosser de la préhistoire à la Première Guerre Mondiale les traits de ses ancêtres illustres marins et pas si héroïques que cela à travers leur mort ridicule. Bien décider à honorer sa lignée, Ambrose va faire l’acquisition d’une jetée qui lui permettra d’être capitaine sans avoir à prendre la mer. A son échelle modeste il va être amené à manifester son héroïsme en faisant de sa jetée le seul espace de liberté dans la sinistre cité de Seadcastle. On retrouve là un des motifs majeur d’Ealing, l’ode à l’insoumission. 

L’espace restreint constituant le dernier bastion de la rébellion du commun des mortels avait déjà été abordé dans Passeport pour Pimlico (1949) ou Tortillard pour Titfield (1953) et sera ici incarné par cette jetée défiant la bureaucratie, la corruption et les mœurs figées de cette vieille Angleterre (et symboliquement seule lumière dans la désolation de la nuit le temps d'une scène). Cette rébellion se fera non par la violence mais par la fête, reprenant là aussi des situations de classiques Ealing comme Champagne Charlie (1944) ou Whisky à gogo (1949) puisque cette jetée festive est un défi lancé aux notables de la ville voyant leurs intérêts menacés. 

Comme souvent cette approche possède une double facette puisque cette insoumission célèbre à chaque fois une forme de solidarité typiquement anglaise et prolongement de l’unité qui fit la grandeur du pays durant les épreuves de la Seconde Guerre Mondiale. En cette fin des années 50, cet esprit avait tendance à s’estomper et le film souhaite le ranimer avec force à l’esprit du public anglais. C’est également une métaphore du Studio Ealing seul à perpétuer cet esprit et dont pas mal des scénarios les plus brillants eurent leurs prémisses dans un concert de pinte au sein du pub faisant face aux locaux.

Le fond est donc là et toujours aussi attachant mais la forme n’est pas tout à fait au niveau. Charles Frend ne possède pas l’humour noir d’un Alexander Mckendrick, ni la dimension sociale de Robert Hamer, encore moins la bonhomie de Charles Crichton ou encore l’ironie de Cavalcanti. Frend exprime toutes ses facettes mais de manière assez laborieuse dans un rythme un peu languissant et donc sans le génie de ces prédécesseurs. On passe donc un moment agréable et l’amateur d’Ealing avance dans un certain confort sur terrain connu mais le savoir-faire a pris le pas sur les fulgurances géniales d’antan. 

Alec Guinness est une fois de plus parfait ( à la fois léger et impliqué avec ce marin dirigeant sa berge comme un pavillon de la Royal Navy) et fait passer par sa seule prestation tous les manques narratifs et esthétiques du film, la dimension héroïque d’Ambrose passant lui plus que par la mise en scène de Frend lors du morceau de bravoure final - en dépit de la belle idée des spectres des ancêtre observant la taille finale. Même la petite distance comique ne doit qu’à son pas mal assuré alors qu’il se décide par la force des choses à prendre la mer. Un adieu qui sans être indigne ne s’avère pas mémorable non plus face au passé glorieux d’Ealing mais l’on ne peut s’empêcher de sourire dans cette dernière scène où Horatio et les auditeurs de son récit fin saouls sont toisés par un policier suspicieux. La fête était bien finie.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

lundi 29 septembre 2014

De l'or en barre - The Lavender Hill Mob, Charles Crichton (1951)

Un sujet de Sa Majesté, vivant heureux dans une ville du Brésil, raconte comment il fit fortune: modeste employé de banque, convoyeur de lingots, il rencontre un jour Pendlebury qui approvisionne la France en petites tours Eiffel. Une idée lumineuse jaillit des cerveaux des deux compères.

De l’or en barre fait partie du combo magique de films sortis entre 1949 et 1951 qui contribueront à associer définitivement Ealing à la comédie avec d’autres titres mémorables comme Passeport pour Pimlico (1949), Whisky à gogo (1949), Noblesse oblige (1949) et L’Homme au complet blanc (1951). Le studio avait certes déjà signé quelques comédies mémorables auparavant comme Champagne Charlie (1944) mais ce n’était qu’un genre parmi d’autres comme le drame, le film de guerre ou le film historique. Ealing en tant que temple de la comédie britannique devra grandement notamment au scénariste T.E. B. Clarke. Celui-ci sera responsable du script mémorable de Passeport pour Pimlico et aura déjà tenté le mélange entre récit policier et humour avec Hue and Cry (1947). Alors qu’il est supposé signer le scénario du très sérieux polar Pool of London (1951), l’idée de The Lavender Hill Mob germe dans l’esprit de T.E. B. Clarke avec l’idée d’un hold-up audacieux orchestré par des quidams ordinaire. Emballé par l’idée, le patron d’Ealing Michael Balcon lui fait abandonner Pool of London pour développer ce postulat. Le scénariste révisera son premier jet – où la deuxième partie voyait les lingots d’or passer de main en main et s’éloigner des voleurs initiaux – pour concentrer l’intrigue sur les pérégrinations des apprentis criminels qui seront incarnés par Alec Guinness et Stanley Holloway devant la caméra de Charles Crichton.

Le film s’ouvre au Brésil où Mr Holland (Alec Guinness) mène une véritable vie de pacha, bien de sa personne et prodigue avec son entourage auquel il distribue les billets pour la moindre amabilité. La narration en flashback nous le fait découvrir bien moins à son aise un an plus tôt, modeste employé de banque et tatillon convoyeur de lingot. A l’extérieur, un être insignifiant, ennuyeux et sans ambition, source de moquerie ou de bienveillance déplacée pour son entourage se résumant à ses collègues, sa logeuse et ses colocataires. A l’intérieur, Holland bouillonne et ne rêve que de dérober ces lingots en formes de tentation insaisissable qui lui permettrait de s’offrir une nouvelle vie loin de cette grisaille. L’occasion va lui en être donnée lorsqu’il aura comme nouveau colocataire Pendlebury (Stanley Holloway) patron d’une usine fabriquant des Tours Eiffel de  plomb pour la France. Dès lors, il va convaincre son nouvel ami d’user de sa fonderie pour transformer les lingots en Tour Eiffel faisant passer le butin inaperçu, et recruter les deux malfrats plus aguerris Shorty (Alfie Bass) et Lackery (Sydney James) de les aider. 

Après avoir contredit l’apparence et les pensées de Holland dans l’intention, le script concrétisent ce fait lorsque sous l’apparence austère notre héros s’enhardit en tant que cerveau criminel. Nous y aurons été préparés de manière amusante lors de ces moments amusant où Holland nous découvrons son goût pour les romans policiers de gare qu’il lit à sa vieille colocataire dans un slang des plus gouailleur. Le crescendo est constant pour révéler la malice du personnage, le regard se faisant plus vif derrière ses épais verres de lunettes pour convaincre Holloway dans une merveille de dialogue en sous-entendus de mener leur entreprise criminelle. L’autosatisfaction tranquille de l’épilogue brésilien s’amorce déjà là avec ce sourire plein d’assurance quand il reprend le titre qu’un acolyte lui a attribué. Yes, I’m the boss

Le seul reproche que l’on pourra faire au film, c’est de tranquillement dérouler son programme sans réellement offrir de surprise. Un tel sujet aurait pu donner un résultat bien plus subversif entre les mains d’un Cavalcanti ou Robert Hamer et ainsi pousser plus loin l’ambiguïté que dégage le jeu d’Alec Guinness. Ce n’est pas là l’intérêt de Charles Crichton – qui attendra la pré-retraite et le sursaut tardif de Un Poisson nommé Wanda (1988) pour oser emmener la comédie dans un registre plus agressif et moins bon enfant – qui cherche surtout à exploiter avec la plus grande efficacité les moments de comédie lorsque le plan dérape. 

Si le hold-up en lui-même n’a rien de particulièrement virtuose dans son déroulement, les conséquences seront l’occasion de quelques mémorables morceaux de bravoures. La dernière partie est ainsi placée sous le signe de la course-poursuite, nos héros faisant tour à tour office de poursuivants et poursuivis. Pour la première option, ce sera une traque haletante après des Tours Eiffel en or mise sur le marché par erreur, occasionnant une descente tourbillonnante de la vraie Tour Eiffel dans une scène aussi vertigineuse que délirante où l’abattement de Guinness et Holloway fait merveille. 

La seconde prouesse sera une fuite à pied puis en voiture du duo pourchassé par la police où Crichton convoque autant le comique de situation – les quiproquos où Holland embrouille la police en usant de la radio – que le pur splapstick dévastateur lorgnant sur Buster Keaton et annonçant les Blues Brothers avec son carambolage épique. Là aussi tout à sa frénésie Crichton ne s’attarde pas plus sur les moments qui auraient pu rendre l’ensemble plus grinçant comme lors que Holloway et Holland dupent des fillettes pour récupérer les Tour Eiffel égarées et traque celle n’ayant pas voulu leur céder la sienne. Le spectacle est échevelé et plaisant mais manque toujours ainsi un peu de consistance. Tout cela est résumé dans les dernière images où le génial côtoie le conventionnel. 

On jubilera ainsi de voir Holland échapper à ses poursuivants en arrêtant tout simplement de courir pour retrouver l’insignifiance qui sut si bien le rendre invisible à autrui. Le final où cette subversion se voit maladroitement rattrapée par la morale – si au moins l’on avait eu le panache et l’ironie de L’Affaire Cicéron (1955) au final voisin ce serait mieux passé – est nettement moins réussi par contre. Pas la meilleure comédie Ealing donc mais un vrai bon moment néanmoins et un des films les plus populaires du studio qui vaudra Oscar du meilleur scénario à T.E.B. Clarke.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

jeudi 25 septembre 2014

L'Homme au complet blanc - The Man in the White Suit, Alexander Mackendrick (1951)

Sid Stratton est chimiste. Des recherches le conduisent sur la voie d'une découverte susceptible de révolutionner l'industrie textile : le tissu inusable et insalissable. Afin de tester sa découverte, il se fait embaucher dans les filatures et parvient à s'introduire dans les services de recherche. Grâce à l'appui d'Alan Birnley, un gros industriel, la découverte de Stratton semble tout d'abord être un succès. Mais les magnats du textile et les syndicats ouvriers entreprennent bien vite d'empêcher l'exploitation d'une invention dans laquelle ils ne voient qu'une dangereuse menace pour leur industrie.

Dès son premier film Whisky à gogo (1949), Alexander Mackendrick s’était avéré un des réalisateurs les plus virulents et politisés du studio Ealing dans ce récit de résistance alcoolisée d’un village écossais face à l’envahisseur anglais. Cette facette se ferait plus brillante encore avec cet excellentt Homme au complet blanc où il fait montre d’une plus grande maîtrise et signe un de ses chefs d’œuvre. Mackendrick avait longtemps envisagé de traiter d’un film sur le domaine de l’invention et de la science où il évoquerait les travers du monde de l’industrie. Sa première idée serait d’évoquer l’arme atomique mais il ne trouverait jamais le ton idéal dans les scénarios envisagés. L’étincelle viendra en lisant la pièce inédite et dormant dans les tiroirs de son cousin Roger MacDougall qui lui offre la trame et le cadre idéal à ses attentes même s’il la remaniera considérablement (au point de décevoir les spectateurs de théâtre connaissant le film quand la pièce sera enfin jouée en 1954) et y inventera quasiment le personnage d’Alec Guinness. Le résultat donnera une fable visionnaire et cinglante sur le capitalisme moderne.

L’histoire nous dépeint les soubresauts que causera dans l’industrie du textile l’invention du chimiste Sid Stratton (Alec Guinness) qui invente rien moins que le tissu inusable et insalissable. Le ver est dans le fruit dès l’ouverture, nous montrant un Stratton exploitant en sous-marin les ressources des usines où il est engagé à des postes bien plus modeste afin de poursuivre ses recherches. Les grands patrons de l’industrie nous sont alors déjà montrés au mieux comme des incompétents découvrant sans en connaître la teneur le laboratoire secret de Stratton et les énormes dépenses qui en découlentr. Au pire et sous cette stupidité, ce sont de vils calculateurs dont chaque action n’est motivée que par le profit, à l’image de l’odieux Corland (Michael Gough) fiancé intéressé délaissant Daphné (Joan Greenwood) dès que la possible association commerciale avec son père (Cecil Parker) sera caduque.

Stratton est ainsi un électron libre et rêveur uniquement préoccupé par ses recherches et qui ne trouvera pas plus sa place parmi les ouvriers. Mackendrick place d’ailleurs cette classe populaire dans des stéréotypes complémentaires à ceux des nantis. Les riches sont refermés sur eux-mêmes et leur seul soucis de l’argent, les ouvriers sont certes plus compétents dans ce qu’ils font mais font montre d’un même repli avec une obsession syndicale et des formules gauchistes prémâchées, à l’image du tea time imposé à Stratton par une collègue. Mackendrick n’aura pas été cherché bien loin l’inspiration pour les figures de l’usine, le patron interprété par Cecil Parker étant tiré du patron d’Ealing Michael Balcon et l’ouvrier syndicaliste sur Sidney Cole, producteur du film et très porté sur les droits des travailleur au sein du studio. La catastrophe est donc déjà en marche même si Stratton trouvera une interlocutrice plus attentive avec Daphné, personnage le plus lucide du film et sachant écouter et comprendre la portée de ses recherches.

 Alec Guiness est une fois de plus formidable dans son interprétation de ce personnage naïf, obsessionnel et touchant dans son autisme le détachant complètement des réalités du monde qui l’entoure. Mackendrick tout en le rendant très attachant dans sa nature quasi enfantine n’en est pas moins critique envers son héros qui ne mesure pas les conséquences de son invention, uniquement obnubilé par le résultat. Son attitude noble sera ainsi baignée d’une légère ambiguïté lorsqu’il refusera les pots de vins des industriels du textile pour enterrer son invention, la vraie vertu incorruptible se disputant à son caractère obsessionnel. 

Il s’avère d’ailleurs incapable de communiquer avec le monde extérieur, ne pouvant expliquer la nature de ses recherches que dans un charabia scientifique incompréhensible inaudible pour les patrons qui n’auront de cesse de le congédier et il faudra la vulgarisation et l’appel du profit de Daphné envers son père pour qu’il y trouve enfin un intérêt. Auparavant une scène de comédie au timing et à l’ironie irrésistible nous aura montré l’étendue de l’immobilisme et de la notion de classe paralysant l’Angleterre d’alors. 

Cecil Parker recherchant activement l’auteur des dépenses cachées de son usine congédie dans le même temps celui qui en est l’auteur et cherche à le voir, par pur snobisme. Il finira par le soutenir enfin le temps de réjouissants gags où l’usine est transformée en blocos vivant au rythme des explosions causées par les expériences de Stratton. Pourtant dès que le résultat s’illustrera à travers un costume blanc immaculé et faisant de Stratton une figure pure et innocente, l’entité de l’industrie en constituera le parfait négatif avec le cortège funèbre des magnats menacés et plus particulièrement Sir John Kierlaw (Ernest Thesiger) arborant une allure de vautour. Un même et bien humain égoïsme va finalement lier nantis et classe populaire, la satisfaction personnelle prenant le pas sur le progrès et l’intérêt collectif quand les deux s’associeront pour détruire cette invention qui menace leurs revenus. 

La course poursuite finale bascule dans une forme de féérie cauchemardesque où Stratton fuit dans l’obscurité de la ville où son costume étincelle tandis que les ombres malveillantes de ses ennemis se font monstrueuses et spectrales. Stratton y gagne même en grandeur lors d’un court moment de lucidité où l’un des rares personnages s’étant montré bienveillant et désintéressé avec lui (sa logeuse jouée par Edie Martin) le fustigera car son tissu insalissable lui fera perdre ses revenus de lavandière. Guiness atteint une émotion aussi profonde que subtile à ce moment, permettant à Mackendrick de dessiner des contours bien moins manichéens qu’attendus à son récit. 

Même si l’on devine que le réalisateur penche vers les plus démunis – les patrons s’avérant définitivement monstrueux dans cette scène où ils envoient presque Joanne Greenwood moyennant finance se prostituer pour convaincre Stratton de lâcher prise – cela ne se fera jamais au détriment d’une finesse constante. La conclusion cinglante célèbre l’immobilisme du collectif plutôt que le progrès par l’individu, même si l’ultime scène amusée nous montre que les génies n’ont pas dit leur dernier mot pour dérégler l’ordre établi.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal