Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Allan Dwan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Allan Dwan. Afficher tous les articles

vendredi 27 mai 2016

La Reine de la prairie - Cattle Queen of Montana, Allan Dwan (1954)

Sierra Nevada Jones (Barbara Stanwyck) et son père arrivent enfin avec leur troupeau d’un millier de têtes dans les plaines riantes et verdoyantes du Montana où ils souhaitent désormais s’installer. Mais ils sont attaqués le soir même par un groupe d’Indiens qui massacrent les cow-boys et font fuir les bovins. Quasi seule survivante, Sierra Nevada est emmenée et soignée par la tribu indienne Blackfoot dont font pourtant partie ses agresseurs. En fait, Colorados, le fils du chef, les a recueillis ne sachant rien des exactions de Natchakoa qui s’est acoquiné avec McCord, un Rancher local souhaitant rester seul propriétaire de la vallée.

La Reine de la prairie ne constitue pas le meilleur opus de la grande série de westerns de série B que signa Allan Dwan durant les années 50 à la RKO. Le scénario comporte pourtant les éléments thématiques de grands classiques de l’époque, que ce soit la veine pro-indienne ou encore cette évocation de la tyrannie des grands propriétaires terriens. La volonté de Dwan sera pourtant surtout de délivrer le spectacle le plus trépidant possible ce qui rendra ces questionnements assez superficiels dans une œuvre assez fantaisiste.

Le brio de Barbara Stanwyck dans le western n’est plus à prouver et son rôle ici annonce la propriétaire impitoyable de Quarante Tueurs (1957) de Samuel Fuller. On retrouve cette détermination mais ici avec un personnage plus vulnérable et attachant, bien décidé à reconquérir les terres volées par l’infâme McCord (Gene Evans) avec l’aide de l’indien Natchakoa (Anthony Caruso). Tout est ici affaire de duo interracial, celui maléfique formé par McCord et Natchakoa trouvant son pendant positif à travers Sierra Nevada Jones (Barbara Stanwyck) et Colorado (Lance). Lorsque les desseins criminels dominent, ce sont les travers de l’homme blanc qui semblent prendre le pas sur la nature indienne, Natchakoa cédant à la cupidité mais aussi aux vices du whisky. A l’inverse la sagesse indienne de Colorado apaise et guide Sierra Nevada qui surmontera ses préjugés dans sa quête de vengeance.

L’intrigue va des uns aux autres dans une suite de rebondissement mouvementés où le gunfighter Farrell (Ronald Reagan) est plus difficile à situer, employé par McCord mais aidant régulièrement Sierra Nevada. La véritable identité du personnage s’inscrira avec cohérence dans la mécanique narrative du récit mais pas forcément dans l’émotionnelle. Toute la construction tend vers une romance interraciale entre Sierra Nevada et Colorado, subtilement esquissée dans leur interaction mais aussi leur rapport aux autres (chacun fustigé dans son camp pour s’être lié à l’autre race) et comme effrayé de son audace le film estompe complètement cet aspect dans sa dernière partie pour amener lourdement un rapprochement de Barbara Stanwyck et Ronald Reagan. 

Le scénario manque de rigueur et de profondeur dans son déroulement riche en facilités. Les indiens fantaisistes, l’enchaînement ininterrompu d’action et les enjeux simplistes amène une naïveté qui ramène à la dimension la plus désuète du western alors en pleine mue durant ces années 50. On ne serait pas loin de parler de serial de luxe si ce n’était le brio formel d’Allan Dwan. Tombé amoureux des paysages du Montana, Dwan filme avec une égale inspiration l’immensité verdoyante de cette plaine, les guet-apens dans l’ombre des sous-bois. L’aspect contemplatif (magnifique plongée et profondeur de champs quand Barbara Stanwyck observe les voyageurs de la plaine depuis les hauteurs de la forêt) alterne avec une nervosité idéale dans les nombreux gunfights et combats à mains nues. 

Barbara Stanwyck illustre bien ce mélange d’élégance et l‘action, tour à tour masculine, bravache et en remontrant aux hommes puis délicate et féminine dans une volonté sincère (les liens naissant avec Colorado) ou calculée (lors de la seule fois où on la verra en robe pour amadouer McCord). Dwan croit tellement peu à la romance entre celle-ci et Ronald Reagan qu’il l’expédie avec une rare désinvolture, l’énergie de l’ensemble primant sur le reste. Même si loin de la richesse de Quatre étranges cavaliers (1954) et de l’émotion du Mariage est pour demain (1955), La Reine de la prairie reste un agréable divertissement.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta et Sidonis 

samedi 2 avril 2016

Le Mariage est pour demain - Tennessee's Partner, Allan Dwan (1955)

En Californie, à l'époque de la Ruée vers l'or : Cowpoke, un cow-boy de passage en ville, sauve la vie de Tennessee, un joueur professionnel, en abattant un tueur à la solde d'un de ses rivaux. Les deux hommes, très dissemblables, nouent cependant une amitié réciproque. Tennessee fréquente le saloon d'une belle femme qu'on nomme "la Duchesse" et qui est aussi son amante. Là, une aventurière cupide, autrefois liée à Tennessee, entreprend de séduire Cowpoke. Ce dernier lui promet bientôt un mariage. Mais, les choses s'enveniment...

Parmi la série de westerns de série B qu’il tourna en fin de carrière, Tennessee's Partner était le préféré d’Allan Dwan et est une de ses plus belles réussites. Le film est l’adaptation d’un roman de Bret Harte, spécialiste des récits évoquant les pionniers américains en Californie et dont Dwan était un grand admirateur. Le livre étant tombé dans le domaine public, c’est pour Dwan l’occasion de s’attaquer à moindre frais à un de ses auteurs favoris dont il enrichira néanmoins le récit assez court. Le film nous ramène à un Ouest brutal tel que Dwan l’a dépeint dans Quatre étranges cavaliers (1954) ou Tornade (1954), la métaphore sur le maccarthysme du premier et la vengeance du second laissant place à la violence ordinaire ayant court dans les villes gagnées par la ruée vers l’or.

Joueurs de poker plus ou moins honnêtes à la gâchette facile, maison de plaisir et le moindre nouveau riche menacé de se faire dépouiller sa concession, tous respire la violence et la corruption qu’éveille l’appât du gain. Pourtant toute l’inhumanité de cet environnement va se briser face à la solide amitié qu’évoque le titre original du film. Tennessee (John Payne) est un joueur professionnel dont la réussite lui a attirée de nombreuses haines et, lorsqu’un mauvais perdant s’apprêtera à lui tirer dans le dos c’est l’étranger Cowpoke (Ronald Reagan) qui lui sauvera la vie en abattant son agresseur. 

Cela suffira à tisser le lien entre deux personnalités antinomiques : cynique et désabusé pour Tennessee tandis que Cowpoke fait preuve d’un caractère franc et sincère. Allan Dwan concrétise cette amitié par une superbe idée de mise en scène, les séparant visuellement en plaçant un barreau au milieu du cadre qui fait croire qu’ils sont prisonniers dans des cellules différentes du bureau du shérif avant de les filmer en plan d'ensemble côte à côte, la geôle se faisant commune tandis qu’il se lient. Dès lors les situations vont faire se confondre leur nature profonde, signe de l’influence qu’il exerce mutuellement l’un sur l’autre. L’individualiste Tennessee va mettre leur amitié en danger pour éloigner Cowpoke de sa future épouse qu’il sait être une croqueuse de diamant. 

Le naïf Cowpoke va lui douloureusement découvrir la perfidie féminine quant au bout de l’aventure Tennessee décidera d’accéder aux désirs de « la duchesse » (Rhonda Fleming à croquer) qu’il a si souvent traitée avec désinvolture. John Payne et Ronald Reagan sont excellents et dégagent une vraie alchimie commune qui surmonte un récit traversé de saisissants éclairs de violences où toutes les trahisons et bassesses semblent possibles sortis de cette amitié. Les soubresauts de l'intrigue reposent d'ailleurs plus sur cet aspect mis à mal que sur la romance suivant un cours limpide.

Concrète, hors-champ où toute en retenue, la barbarie de l’Ouest a bien des visages tout au long du film et est illustrée avec inventivité par Dwan le temps d’une partie de poker chargée de tension, d’un assassinat nocturne où d’un mano à mano final féroce. John Payne perd peu à peu de sa froide élégance pour dévoiler un visage plus humain tandis que l’allure rustique de Ronald Reagan s’orne d’une dignité de plus en plus attachante au fil du récit. La conclusion se situe entre les deux visages dépeints par le film, la victoire d’un certain Ouest capitaliste mais finalement aussi celui d’une rédemption laissant un espoir de renouveau pour l’avenir. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta et Sidonis

mercredi 15 juillet 2015

Suez - Allan Dwan (1938)

L'histoire de la construction de canal de Suez par Ferdinand de Lesseps. Louis Napoléon, qui soupçonne Ferdinand de Lesseps de s'intéresser de trop prêt à Eugénie de Montijo, l'envoie en mission en Egypte. Lesseps conçoit le projet fou pour l'époque d'un canal reliant la Méditerranée à la Mer Rouge.

Allan Dwan réalise une des productions les plus célèbres et nanties de sa longue filmographie avec cette spectaculaire évocation de la construction du canal de Suez. Le film s'inscrit dans plusieurs tendances en vogue dans le Hollywood d'alors, le grand biopic historique popularisé à la Warner par William Dieterle (La Vie d'Emile Zola (1937), La Vie de Louis Pasteur (1936)), le film d'aventures exotique (Les Trois Lanciers du Bengale, Gunga Din), deux genres qui purent aisément se mélanger au film catastrophe dans des succès comme La Mousson (1938, Clarence Brown) ou San Francisco (1936, W.S. Van Dyke). Le scénario de Philip Dunne et Julien Josephson donne le versant le plus romanesque des évènements, que ce soit par les relations entre les personnages (L'Impératrice Eugénie ancien amante de Ferdinand de Lesseps jouant sur le soutient réelle qu'elle apporta au projet), les raccourcis (les manœuvres politiques de Napoléon III) et clins d'yeux grossiers (l'apparition de Victor Hugo et si l’on n’avait pas bien saisit un protagoniste lisant les pages des Misérables au même moment).

Là où le film joue le plus de cette fibre romanesque, c'est par l'image idéalisée de grand rêveur associée à Ferdinand de Lesseps. Sa destinée s'inscrit ainsi de manière mystique lorsqu'un voyant lui prédit qu'il "creusera des fossés" tandis que sa fiancée Eugénie est portera elle un couronne. Le grand dessein du canal de Suez lui apparaîtra également dans une pure épiphanie jouant sur ce côté mythologique avec ce semblant de cours d'eau se traçant dans le désert après un orage. L'ensemble du film confronte ainsi la vision du bâtisseur/rêveur à la réalité, toutes les entorses historiques volontaires jouant sur cette opposition. 

De Lesseps voit ainsi le projet se briser sur le mur du jeu politique, que ce soit Louis-Napoléon Bonaparte (Leon Ames) tissant sa toile pour devenir empereur, les anglais refusant ce canal sous tutelle française malgré l'apport économique. Les enjeux ainsi simplifiés sont limpide et toujours teinté de cette veine romanesque rattaché à l'intimité des personnages, tel cette trahison faisant De Lesseps un paria auprès de ses amis politiques et faisant du canal de suez la quête d'une vie, le seul élément auquel il peut désormais se raccrocher.

Tyrone Power excelle à exprimer la dimension exaltée et romantique du personnage, sa beauté juvénile se teintant de gravité au fil du récit. Les deux figures féminines expriment bien la dualité entre rêve et réalité du récit. Annabella incarne une sorte d'ange gardien passionné et plein d'entrain suivant et redressant de Lesseps face à toutes les épreuves, sa nature simple et son allure garçonne contrebalançant la sophistication et la beauté élégante d'une Loretta Young magnifique mais symbole de déconvenues, amoureuses comme politiques (même le triomphe final s'avérant amer dans de l'ultime rencontre lors de l'inauguration du canal). 

 L'alchimie entre les trois acteurs fonctionne d'autant mieux qu'entre eux se nouait une romance passée (Tyrone Power et Loretta Young) ou en devenir puisqu'Annabella (qui nous offre un joli moment érotisant avec ses seins bien visibles sous sa chemise trempées en début de film) épousera Tyrone Power à l'issu du tournage. 

Allan Dwan excelle dans tous les registres abordés par le film, d'abord par l'éblouissante reconstitution qui enchante lors des premières scènes parisiennes (le Jeu de Paume, le bal). Les moments spectaculaires illustrent les puissances humaines et mystiques qui entraveront la construction du canal avec deux morceaux de bravoures étourdissant. Un attentat provoquant un éboulement apocalyptique et une tornade dévastatrice arrachant les derniers liens de Lesseps, le confondant définitivement à sa création pour laquelle il aura tout perdu. L’ultime regard sur le canal de suez enfin terminé se chargera alors de fierté et mélancolie pour de Lesseps dans la magnifique conclusion où le mythe et l’esprit d’entreprise triomphe amèrement.


Sorti en dvd zone   français chez Sidonis

mercredi 26 mars 2014

Quatre étranges cavaliers - Silver Lode, Allan Dwan (1954)


Dans la petite ville de Silver Lode, le jour de son mariage, Ballard est accusé de meurtre par quatre cavaliers inconnus, dont l’un, nommé Ned Mac Carthy se dit « federal marshall ». Progressivement, Ballard, au départ largement soutenu par la population de Silver Lode, voit ses appuis se défaire, ses amis douter puis se retourner contre lui. Une chasse à l'homme s'ensuit.

Réalisateur phare du cinéma Hollywoodien au temps du muet, Allan Dwan vu son prestige lentement s’étioler à l’arrivée du parlant. Revenu en fin de carrière à des productions plus modestes, le cinéaste retrouvera un regain d’intérêt auprès des cinéphiles lorsqu’il intégrera la RKO déclinante pour collaborer avec le producteur Benedict Bogeaous et signer quelques série B modestes par leur budget mais grande par leur ambition comme le film noir Deux Rouquines dans la bagarre (1954). Silver Lode est la première œuvre de cette nouvelle ère et un des westerns majeur des années 50. Le film sort au moment où le maccarthysme bat son plein avec cette chasse aux sorcières jetant un voile de paranoïa aux Etats-Unis et notamment à Hollywood où nombres de carrières seront brisées et contraindront certains artistes à l’exil.

Une atmosphère retranscrite dans un contexte de western de manière magistrale. Dan Ballard (John Payne) est un concitoyen admiré et respecté de la ville de Silver Lode et en ce 4 juillet jour de fête nationale s’apprête à épouser la fille de l’homme le plus riche de la ville. Quatre sinistres individus vont pourtant interrompre les festivités avec à leur tête l’agent fédéral McCarthy (Dan Duryea) porteur d’un mandat d’arrêt contre Dan pour meurtre et vol. La victime n’est autre que le propre frère de McCarthy qui y met une abnégation toute personnelle où l’on devine que le transport jusqu’au lieu de jugement tournera court pour notre héros. Les amis proches de Dan le défendent aussitôt, mais l’opprobre est jetée et avec cette accusation son image souillée auprès des habitants de la ville se souvenant alors qu’après tout ils ne le connaissent que depuis deux ans et son installation en ville. Les manigances d’un McCarthy en quête de vengeance et la tournure dramatique des évènements où tous semble accuser Dan retourne ainsi la situation contre lui avec une population méfiante, hostile puis assoiffée de sang qui le traquera impitoyablement dans la dernière partie.

La population symbolise bien sûr le peuple américain malléable, suspicieux et capable au gré de la propagande de soudainement accuser et trahir son voisin, ami ou collègue par simple peur de l’autre. Dan Duryea est terrifiant en méchant assoiffé de vengeance incrustant cette peur au sein des habitants comme un virus mortel. En le nommant carrément McCarthy, le script ne se cache même pas de l’analogie au fameux sénateur chasseur de rouge et les élans inquiétants et psychotiques d’un Duryea aux yeux fous en disent long sur l’équilibre précaire et le peu de fiabilité sur ce marshall/censeur peu recommandable. Loin de ne mettre la situation que sur le personnage de McCarthy, Dwan nous signifie à plusieurs reprise que ce dernier ne fait au bout du compte que réveiller les rancœur des concitoyens de Silver Lode pouvant alors donner libre cours à leur haine et jalousie envers cet étranger ayant réussi sur leur terre et épousant le meilleur parti de la ville.

Ils sont représentés comme une foule indicible se parant de morale (les femmes distinguées) ou de justice et vengeance (les hommes rustres et brutaux) pour s’abandonner à leur bas-instincts envers un innocent. Le fait que le récit se déroule un  juillet est d’une cinglante ironie, cette fête nationale américaine synonyme d’entraide et de rassemblement ayant cours au moment où s’exprime le pire de l’âme humaine et de ces américains. Au contraire les plus fidèles et clairvoyant seront ceux habitués à ces regards hautain et au rejet comme la prostituée jouée par Dolores Moran.

Tout cela est rondement mené par un Allan Dwan développant toute ces thématiques tout en délivrant un spectacle tendu et alerte en à peine plus d’une heure. Le postulat évoque grandement Le Train sifflera trois fois de Zinnemann mais où malgré sa noirceur il suffisait à la fin pour Gary Cooper et Grace Kelly l’espoir de se reconstruire ailleurs que dans cette ville de lâche, Ballard ne quittera pas lui le lieu du drame. Nul refuge dans cette Amérique du doute et de la peur, et après avoir constaté le soutien de ses « amis » on devine Ballard se tenir à l’écart de la communauté pour au bout du compte une célébration d’un violent individualisme plutôt qu’une idéologie collective et viciée.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

jeudi 23 février 2012

Les rubis du prince birman - Escape to Burma, Allan Dwan (1955)

En Birmanie, un prince demande à la police britannique de retrouver le meurtrier de son fils. Un officier de la sécurité se lance à sa recherche et le retrouve chez la propriétaire d'un élevage d'éléphants. Cette dernière, amoureuse de lui, l'aide à s'évader...Les Rubis du Prince Birman est une excellente série B d'aventures réalisée par un Allan Dwan qui fait une nouvelle fois des miracles avec des bouts de ficelle. Le film possède une facture visuelle très impressionnante malgré un budget dérisoire. Recyclant une partie des décors du film Le Conquérant de Dick Powell, Dwan et son équipe, par une meilleure utilisation, rendent paradoxalement le film bien plus abouti que la superproduction qui valut son cancer à John Wayne. Composition de plan grandiose (l'assaut nocturne sur le temple bouddhiste est fabuleux) photo de toute beauté de John Alton, jungle de studio foisonnante et décors luxuriants, même l'utilisation de stock shots animaliers est faite avec maestria pour un affrontement avec un tigre très efficace.

En revanche, le film pêche par le faible nombre de scènes d'action, manquant d’ampleur même si elles ont été réalisées avec savoir-faire (notamment l'assaut final sur la ferme de Barbara Stanwyck). Le scénario, remarquable, rattrape ce petit défaut avec un Robert Ryan ambigu (son passif filmique en héros comme en ordure participe de cette ambiguïté), traqué pour un meurtre dont il ne se défendra jamais, le début du film le montrant sous un jour sombre avec foule d'actes violents et répréhensibles.

La suite illustre pourtant la vraie noblesse du personnage, lorsqu'il aide le policier venu l'arrêter (campé par l’anglais David Farrar) face à des assassins, ou les sentiments qu'il montre à l'égard de Barbara Stanwyck, notamment le final où il se rend pour l'épargner. La conclusion apportera bien sûr une explication habile et bien trouvée à cette situation de départ. Pas inoubliable et loin des grandes heures de Dwan mais plutôt sympathique donc.

Sorti en dvd chez Carlotta au sein d'un coffret consacré à Allan Dwan

Florilège décalé en musique

vendredi 21 octobre 2011

La Perle du Pacifique Sud - Pearl of the South Pacific, Allan Dwan (1955)


Deux ramasseurs d'épaves possésseurs d'un yacht se joignent à Rita au lourd passé, dans une quête aux perles noires sur une île secrète...

La Perle du Pacifique Sud est un des Dwan les plus décriés (par l’auteur lui-même qui renie le film en bonus du dvd) mais s’avère finalement une série B d'aventures assez sympathique (même si pas à la hauteur des autres réussites de fin de carrière de Dwan). Une chasse au trésor amène un trio de filous, composé de David Farrar (méconnaissable en marin avide au visage buriné), Dennis Morgan et son ex, incarnée par la divine Virginia Mayo, à investir une île cachée et paradisiaque pour mettre la main sur des perles gardées jalousement par des indigènes. Dès le premier plan tout est dit : Dennis Morgan se réveille les yeux flous sur la paire de jambes somptueuses de Virginia Mayo. Nous n'aurons d'yeux que pour elle.


Se faisant passer pour une missionnaire, elle est chargée d'infiltrer l'île et d'amadouer les habitants afin de trouver la cachette des perles. Pourtant, elle est rapidement gagnée par la quiétude et la beauté des lieux, ainsi que par la nature simple et paisible de ses habitants, au point de ne plus être sûre de vouloir commettre le forfait avec ses complices. Une histoire simpliste certes, mais vraiment bien traitée.


En tout cas durant une bonne moitié de film, consistant à montrer l'évolution de Virginia Mayo, passant de la quasi traînée du début de film à une jeune femme découvrant les plaisirs d'une vie simple. Allan Dwan lui donne une aura sensuelle des plus vénéneuses, la filmant sous les angles et dans des situations ô combien érotiques, comme lorsqu'elle se fait voler ses vêtements et se voit contrainte de dormir nue sous sa couverture.

La très courte durée du film (1h20 à peine) sert bien le début percutant, démarrant au quart de tour (nous sommes sur l'île au bout de quinze minutes), mais gâche un tantinet la dernière partie par des raccourcis laborieux alors que le développement était excellent jusque là et un happy end qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Visuellement, c'est un nouveau tour de force de la part d'Allan Dwan.

Le film fut tourné pour un budget minable sur une plage de Palm Springs décorée de palmiers en plastique (et quelques stock shots de la deuxième équipe filmés à Tahiti). Le tout est photographié (John Alton a encore fait des miracles) et cadré avec un tel brio que l'illusion est complète. On ne doute pas un seul instant que l'on est dans un coin reculé et sauvage du pacifique sud. Prodigieux visuellement et fort distrayant, un film qui ne mérite pas son affreuse réputation si on aime gouter aux plaisirs simples.Sorti en dvd zone 2 français au sein du coffret Carlotta consacré à Allan Dwan.

jeudi 11 août 2011

Deux Rouquines dans la bagarre - Slightly Scarlet, Allan Dwan (1956)

Les intrigues d'un gangster qui veut contrôler une ville. Deux sœurs sont impliquées dans ces affaires de corruption.

Allan Dwan fut un des réalisateurs pionniers d'Hollywood dont la carrière monumentale s’étend de l’émergence à la chute du système des studios. Sa grande période, dont les vestiges restent à exhumer, est sans conteste celle du cinéma muet, pendant laquelle il inventa l’imagerie du cinéma d’aventure moderne dans les films de Douglas Fairbanks, et réalisa ses œuvres les plus personnelles et célébrées comme Stage Struck ou A society Scandal. Son aura se fera moins prestigieuse à l’arrivée du parlant, mais il continuera à apporter son savoir-faire et sa science de la narration à des projets aussi divers que les adaptations de Heidi avec Shirley Temple ou des grands films historiques comme Suez en 1938. Durant la toute dernière période de sa carrière, il évolua au sein d'une RKO sur le déclin.

Entouré du producteur Benedict Bogeous (entrepreneur reconverti dans la production de films et à la personnalité rocambolesque) et de collaborateurs essentiels comme le directeur photo John Alton et le compositeur Louis Forbes, Allan Dwan va délivrer durant quelques années une flopée de grandes réussites de série B qui par la grâce de nombreuses diffusions télévisées dans les 70's forment ses œuvres les plus connues pour les cinéphiles français.

Parmi les plus brillantes, on trouve le légendaire Deux rouquines dans la bagarre flamboyant et sulfureux film noir adapté d'un roman du James Cain (Assurance sur la mort, Le Facteur sonne toujours deux fois...) Le Bluffeur. L'histoire développe une intrigue typique de film de gangsters, autour d'un redoutable caïd tentant de maintenir sa mainmise sur la ville face à un candidat à la mairie vertueux. La mise en place des enjeux est classique et bien menée, mais ce sont les passions bien humaines qui vont prendre le dessus.

Les deux sœurs Rhonda Fleming et Arlene Dahl vont se retrouver mêlées à ses luttes de pouvoir et de corruption, notamment par l'entremise du personnage ambigu et ambitieux campé par John Payne. Malgré les foudres de la censure, l'ambiance sexuelle est palpable et assez inoubliable.

La sage et prudente June, incarnée par Rhonda Fleming, est contrebalancée par des tenues sensuelles mettant diablement en valeur ses formes généreuses tandis qu'Arlene Dahl campe un personnage kleptomane et névrosé à l'attitude terriblement aguicheuse et provocante. En point d'orgue, la fameuse scène du canapé, laissant à un intrus l'occasion de voir ses jambes lorsqu'il entre dans la pièce. Les postures suggestives et le regard de braise de l'actrice compensent largement ce que Dwan n'a pu se permettre d'inclure.

Le technicolor fabuleux de John Alton (les deux stars féminines sont plus rousses que rousses, une particularité de beaucoup de femmes chez Dwan) apporte une flamboyance peu coutumière au film noir, exacerbant les sentiments et la violence là aussi bien plus appuyée que le tout venant du genre, tel le dérangeant face à face dans la maison de plage, ou encore l'éditeur et son cadavre défenestré. C'est bien ce traitement tout en excès à tout point de vue qui démarque grandement le film et transcende un déroulement qui aurait pu paraître routinier. Une belle réussite.

Sorti en dvd zone 2 français au sein d'un coffret consacré à Allan Dwan chez Carlotta.