Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est André Téchiné. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est André Téchiné. Afficher tous les articles

jeudi 30 janvier 2014

Barocco - André Téchiné (1976)

Dans un port du nord de l'Europe, à l'occasion d'une campagne électorale, le journal dirigé par Walt (Jean-Claude Brialy) pourrait discréditer un candidat par la publication d'un reportage sur le boxeur Samson (Gérard Depardieu) qui ferait état d'une prétendue relation homosexuelle. Celui-ci est payé pour parler par Gauthier (Julien Guiomar). Des hommes de main de Gauthier rattrapent Samson et Laure à la gare. Samson ne leur rend pas l'argent reçu pour l'interview; il est abattu sur le quai. De fait, Laure a caché l'argent dans un casier de la consigne de la gare. Elle donne à la police le signalement du tueur, qui ressemble fortement à Samson.

Le romantisme si particulier d'André Téchiné se dévoile superbement dans ce troisième film déroutant. Une trame politique prétexte va servir ici de point de départ à une romance des plus étranges. Le couple de jeunes paumés que forment Samson (Gérard Depardieu) et Laure (Isabelle Adjani) vont se trouver mêlés à des enjeux qui les dépassent lorsque Samson se mêle à une mascarade destinée à piéger un candidat politique. Il va céder aux sollicitations des deux candidats rivaux mais finira traqué et tué par un mystérieux commanditaire qui lui ressemble trait pour trait. Laure qui a assisté au meurtre semble distinguer sans se l'avouer cette ressemblance entre son amant défunt et son bourreau mais la question restera longtemps en suspens, participant à l'ambiance cotonneuse du film que sert idéalement le score entêtant de Philippe Sarde.

Aucune explication quant à l'origine du mystérieux double de Samson tout aussi éperdument amoureux de Laure et dont l'aura menaçante s'estompe progressivement. C'est une sorte d'incarnation nébuleuse du vide existentiel qui guide la plupart des personnages secondaires, que ce soit le directeur de journal Walt (Jean-Claude Brialy) obsédé par son testament ou une magnifique Marie-France Pisier, prostituée incapable de donner un nom à son nourrisson.

Isabelle Adjani par sa présence lumineuse et ses airs mélancoliques semble tout aussi égaré qu'eux mais subsiste dans son regard une attitude farouche et la volonté de s'accrocher d'abord symbolisé par le couple fusionnel qu'elle forme avec Samson puis avec le surprenant lien se formant avec "l'autre" notamment au cours d'une longue scène de huit-clos.

Un voile brumeux entoure cette ville à la géographie indistincte (et le film fut en fait tourné à Amsterdam) que Téchiné filme avec élégance (et une photo somptueuse de Bruno Nuytten) et c'est sur ce même flou que s'avance l'intrigue et des interactions étonnantes où même les méchants (Julien Guiomar) ont du vague à l'âme. Cela se confirme avec un final paroxystique et qui rend ce Barocco plus insaisissable que jamais.

Sorti en dvd zone 2 chez Opening

dimanche 7 avril 2013

Hôtel des Amériques - André Téchiné (1981)


A Biarritz, Gilles est accidentellement renversé par la voiture que conduit Hélène. Gilles va tenter d'aimer cette femme prisonnière d'un amour passé qui le fascine. Il erre dans la vie d'une fille à l'autre, d'un boulot à l'autre. Dans la vie, Gilles et Hélène traînent leur solitude.

Hôtel des Amériques est un film à la fois tourné vers l'avenir avec cette première étape de la fructueuse collaboration entre Catherine Deneuve et André Téchiné (Le Lieu du Crime en 1986, Ma saison préférée en 1993 et Les Voleurs en 1996) mais jetant rétrospectivement un voile nostalgique sur le passé avec un des derniers rôles de Patrick Dewaere toujours aussi intense en écorché vif dépressif. L'ensemble du film fonctionne d'ailleurs sur cet effet de contraste. L'histoire narre la rencontre de deux solitudes qui vont se percuter au moment où Hélène (Catherine Deneuve) percute accidentellement en voiture Gilles (Patrick Dewaere) et qu'ils ne vont plus se quitter.

Le contraste fonctionne tout d'abord avec le caractère des deux personnages. Hélène est fuyante, secrète et froide, Deneuve distillant tout le glacial mystère dont elle est capable tout en exprimant cette séduction magnétique qui nous empêche de la quitter des yeux. L'inverse Gilles est un extraverti aux humeurs qui déteignent sur son entourage, heureuses comme dépressives. Son métier d'anesthésiste se répercute sur la vie d'Hélène endormie dans le souvenir d'un amour disparu et qui se refuse à vivre, l'inconsistance sociale de Gilles reflète aussi son caractère orageux, lui sans métier et habitant toujours l'hôtel tenu par sa mère.

Téchiné les fait ainsi se s'aimer, se déchirer et se poursuivre dans une ville de Biarritz où la photo somptueuse de Bruno Nuytten confère un mystère et une aura fantomatique tout en contrastant à nouveau par sa tonalité ensoleillée avec les pensées sombres de des protagonistes. La ville semble autant être un paisible lieu d'oubli de soi (Catherine Deneuve) qu'un renvoi au vide et à la médiocrité de ceux qui y ont échoués (Dewaere ou son meilleur ami joué par Étienne Chicot).

Au-dessus du couple plane le souvenir magnifié et inaltérable de l'ancien amant, quand Hélène saura en échapper pour l'amour de Gilles, c'est pour celui-ci que cet amour passé constituera un poids le renvoyant à la médiocrité de son existence, à un choix par défaut (là encore l'exiguïté anonyme de sa chambre répond à l'immensité et aux souvenirs contenus dans le domaine de la Salamandre). Tous deux ne font que se croiser, tandis que Hélène resplendit ainsi de enfin vivante par amour (l'arrivée resplendissante de Deneuve à la gare en robe blanche et le teint vif contrastant avec les tenues strictes et le visage morne du début) c'est la déchéance morale et physique pour Gilles rendu odieux par son dégout de lui-même.

Téchiné dépeint cela avec précision et maîtrise, contenant les élans romanesque du film tout en magnifiant leur apparition (Deneuve enfin bousculée qui va rejoindre Dewaere en cherchant son adresse). L'inconnu et l'indistinct Téchiné les laisse en fait s'exprimer dans la magnifique musique de Philippe Sarde qui contribue grandement à la beauté et au charme vaporeux qui parcourent le film.

Dans la superbe conclusion, le contraste n'existe plus que par l'éloignement mais il semble pourtant bien que la passion soit enfin partagée et apaisée au même moment (Deneuve se refusant à jeter la photo de Dewaere, ce dernier se lançant à sa poursuite). Téchiné le laisse entendre mais nous laissera néanmoins dans un beau sentiment de doute, en contraste comme toujours.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal