Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 4 novembre 2012

John Carter - Andrew Stanton (2012)


John Carter, un vétéran de la Guerre civile américaine, refuse systématiquement de s'engager auprès de quelque cause que ce soit, prétextant être à la recherche d'une mine d'or qui le rendra riche. Un jour, il est mystérieusement transporté sur la planète Mars, où il fait la rencontre d'une race de guerriers et de leur chef, Tars Tarkas. Alors que les peuples de Mars, que ses habitants appellent Barsoom, se livrent une lutte à finir, John est forcé de choisir son camp. Il s'allie donc à la princesse Dejah Thoris, promise par son père au commandant ennemi afin de faire cesser le conflit.

Parmi les grands fiascos de cette année 2012, l’échec injuste de John Carter aura enterré pour un bon moment l’espoir de voir les studios se pencher sur des adaptations  des grands classiques de la littérature SF (à la manière de ce qui se passa pour la fantasy avec le succès du Seigneur des Anneaux). Avatar (2009) de James Cameron avec son mélange d’action, d’écologie et d’humanisme avait réveillé les fantômes de cette littérature SF et d’aventure des années 50 et 60, notamment le Cycle de Tschaï de Jack Vance. Dans ce type d’ouvrage, on croisait des éléments d’aventure et de western dans un contexte inconnu, dépaysant et exotique, ce qu’on retrouve précisément dans Avatar qui donnait une version space opera de l’histoire de Pocahontas.

On ne peut accuser John Carter de surfer sur cette vague, le projet aboutissant enfin après un long development hell dont une récente tentative avortée par Kerry Conran (réalisateur du sympathique Captain Sky et le monde de demain, déjà une amusante tentative de SF rétro), puis Jon Favreau, avant de tomber dans le giron de Disney. La légitimité du film tient surtout dans le fait qu’il renoue avec les sources mêmes de cette littérature. Le récit est adapté des ouvrages d’Edgar Rice Burroughs, pionnier de cet imaginaire avec ses créations Tarzan, et donc John Carter dont on transpose ici le premier volet de son célèbre Cycle de Mars. Respectueuse, épique et touchante, la tentative est une réussite splendide.

 Dans ce qui est son premier projet live, Andrew Stanton s’en sort avec brio et laisse poindre les thématiques au centre de ces précédents films. On retrouve ainsi la notion de deuil, se résolvant par une odyssée (spatiale ici, maritime dans Le Monde Nemo), le rapprochement entre deux êtres de mondes opposés (les robots de Wall-E, la fillette et les monstres de Monstres et Cie dont il a écrit le scénario), mais aussi une méfiance envers une autorité s’imposant par la duperie et le mensonge (l’apathie des humains de Wall-E, la peur des humains qu’ont les créatures de Monstres et Cie). Stanton s’est imposé comme l’un des réalisateurs les plus doués de Pixar, par cette capacité à imprégner d’une humanité profonde les mondes imaginaires parcourus et John Carter ne fait pas exception.

Nous avons donc ici un protagoniste héros de la Guerre de Sécession, rendu apathique par la tragique et violente perte de sa famille. Des circonstances extraordinaires le propulsent dans le monde de Barsoom (nom que donnent les martiens à leur planète), où, en contribuant à vaincre la tyrannie en marche, il va aussi vaincre ses propres démons. Ce qui semble des défauts s’avèrent finalement des choix judicieux, tel le choix du malingre Taylor Kitsch dans le rôle-titre, loin du musculeux débordant de testostérone.

Son manque de charisme apparent appuie l’aspect éteint et accablé du John Carter brisé du début de film, et sert d'autant mieux l’iconisation décomplexée le mettant en valeur lorsque galvanisé, il multipliera ensuite les exploits surhumains. On est également assez éloigné des déesses aux formes généreuses des couvertures de pulps avec la princesse de Barsoom jouée par Lynn Collins. Là encore, en dépit de tenues affolantes dignes du bikini de Carrie Fisher au début du Retour du Jedi, Stanton capture sa beauté avec une sobriété et une élégance qui ne distraient pas du conflit intérieur du personnage, femme éduquée et contrainte de choisir entre sauver son peuple et épouser un homme qu’elle déteste.

 Ces enjeux intimes donnent consistance à un univers à l’esthétique foisonnante. On reprochera sans doute à Stanton de délivrer un visuel peu original, qui le rapproche fortement de Star Wars (l’ambiance péplum spatial de La Menace Fantôme et L’Attaque des clones vient plusieurs fois à l’esprit), mais c’est bien Lucas qui a pillé cet héritage pour sa création et Andrew Stanton se contente de la reproduire fidèlement, même si tout cela manque sans doute d’excès et de kitsch. L’imagerie est donc fortement exotique et orientale dans les décors et costumes de cette planète désertique et brûlée par le soleil. 

La mise en scène de Stanton se fait ample et énergique pour capturer les exploits de John Carter, notamment sa capacité à effectuer des bonds prodigieux grâce à la gravité décuplant ces aptitudes physiques avec nombre d’affrontements furieux. Ceux-ci comme toujours gagnent en intensité en convoquant les sentiments : la catharsis du héros affrontant un armée à un contre cent, les mœurs spartiates du peuple Thark qui disparaissent pour un simple rapprochement père/fille en plein combat (Willem Dafoe et Samantha Morton, fabuleux dans une prestation en motion captures similaire aux Nav’i d’Avatar), un final épique où l’intensité des batailles spatiales des Star Wars n’est pas loin.

C’est pourtant dans le long épilogue d’une grande poésie et mélancolie que la magie fonctionne définitivement, justifiant la narration en flashback (avec un joli clin d’œil à Edgar Rice Burroughs) et achevant la quête de son héros désormais apaisé. Devenu légende, il mérite enfin l'aura mythologique du titre John Carter of Mars qu'il retrouve dans sa totalité lors du générique de fin.

Le seul vrai défaut serait sans doute le rythme trop soutenu qui accélère trop les évènements et dilue parfois la force de certains moments dont la fameuse séquence où John défie seul une armée. On sait combien Disney tâtonna dans la manière de vendre le film. On ressent donc les coupes destinés à le réduire aux 2h20 d’un format classique, propice aux séances quotidiennes. On peut toujours espérer un possible director’s cut dans quelques années et regretter longtemps les suites prometteuses avortées (la série comportant dix livres) et les nombreuses productions que son succès aurait pu susciter.

Sorti en dvd zone 2 français chez Disney

mercredi 12 octobre 2011

Wall-E - Andrew Stanton (2008)


Les humains ont quitté la Terre depuis 700 ans, laissant des milliers de robots pour nettoyer la planète. Un seul d'entre eux a survécu et continue son travail : WALL-E. Jusqu'au jour où une fusée dépose un robot nommé EVE… i la rencontre est un peu brutale, EVE et WALL-E font rapidement connaissance et c'est le coup de foudre. Mais soudainement, au grand étonnement de WALL-E, EVE cesse complètement de bouger après avoir découvert une plante. Lorsqu'une fusée vient la chercher, WALL-E décide de l'accompagner dans l'espace...


Née d'une contrainte imposée par Disney avec l'interdiction de donner des suites à ses oeuvres (sous peine de ne pas être inclues dans le contrat de films à réaliser pour eux exigeant histoire originale. Paradoxalement avec plus de liberté désormais cela a donné dernièremnt le médiocre Cars 2 leur seul ratage), la créativité de Pixar atteignit des sommets durant les années 2000. Depuis sa création, chacun des films de Pixar représente un nouveau défi : au niveau de l’univers (le Paris de Ratatouille, l’océan de Nemo…), du bestiaire (les insectes de 1001 Pattes, les jouets de Toy Story…), ou encore du genre abordé (le film de super héros avec Les Indestructibles, le film de commando de 1001 Pattes). Wall-E ne fait pas exception à la règle.

Alors que Ratatouille était la création Pixar qui se rapprochait le plus d’un cartoon classique, Wall-E prend en partie l’option inverse, la science- fiction n’acceptant pas la demi-mesure en matière de crédibilité. Tous les grands classiques SF des années 60 et 70 sont convoqués ici avec, entre autres, des références explicites à 2001 L'Odyssée de l'espace (visuelles, avec l’ordinateur central évoquant HAL, mais aussi narratives, avec une brillante reprise de l’éveil de l’homme), une ambiance post apocalyptique typique du genre (avec sa terre désertée), et la recréation de l’image à halo des caméras Panavision 70 mm utilisées dans nombre de films des années 70. Les décors de cette Terre abandonnée impressionnent de perfection et d’immensité. La réalisation de Andrew Stanton reprend quant à elle admirablement le style sobre et contemplatif des Blade Runner et autres Rencontre du troisième type, dont il s’applique à reproduire l’atmosphère.

Face à cette démonstration technique, l’élément humain et ludique cher à Pixar est introduit par le Wall-E, robot de recylage qu’on a oublié d’éteindre lors du grand départ de la Terre. A ranger immédiatement parmi les plus grands personnages du studio, Wall-E est une prouesse à tout point de vue. La manière d’humaniser notre robot est aussi drôle que touchante (hilarants gags où Wall-E se débarrasse du bijou contenu dans une boite et garde cette dernière). Ses réflexes pratiques disparaissent ainsi peu à peu face à la solitude ressentie par le dernier être vivant sur Terre. La découverte d’objets humains finit même par le changer en idéaliste romantique (belle utilisation de la comédie musicale Hello Dolly). Il n'est d'ailleurs fait usage d'aucune facilité anthropomorphique, hormis un regard des plus expressifs. La logique de la machine (qui rappelle beaucoup le Johnny 5 de Short Circuit), peu adaptée à son comportement devenu si humain, amène une gaucherie et une fragilité qui rendent le personnage aussi attachant qu’un E.T. La rencontre et la séduction de EVE sont tout aussi habilement amenées. Malgré son aspect froid et destructeur, le comique et l’humanité d'EVE transparaissent peu à peu au travers de ses tentatives dévastatrices et maladroites de se fondre dans l’univers de Wall-E. Sensible, tendre, et assumant le tour de force d’une narration quasiment sans paroles, la première demi-heure de Wall-E est un véritable bijou.

Le film prend ensuite un tour étonnamment engagé pour ce type de production, sans pour autant se départir des préceptes positifs chers à Pixar (tels qu’être soi-même, s’affirmer…). On découvre ainsi que l’humanité n’a pas disparu, mais réside désormais dans l’espace, obèse et apathique, sous l’entière dépendance des machines qui empêchent tout retour sur Terre. Visuellement impressionnant (fabuleuse scène d’envol; futur automatisé foisonnant de détails), l'originalité du film tient également à son histoire, qui met en scène deux robots s’éveillant à des sentiments oubliés par l'humanité. L’accomplissement de la romance entre Wall-E et EVE va ainsi de pair avec le sursaut de l’humanité.

Une thématique des plus passionnantes qu'Andrew Stanton (réalisateur du meilleur Pixar le magnifique Monstres et Compagnie) fond à la perfection dans l’univers de Pixar. Les figures imposées comme la fantastique course poursuite finale ou la reprise référentielle (belle relecture de l’éveil des premiers hommes de 2001 accompagnée de « Ainsi parlait Zarathoustra », parfaitement indiquée ici), sont ainsi brillamment adaptées à ce thème. En définitive, Wall-E représente en quelque sorte un idéal de film tout public (les tout petits seront plus sensibles à ce film qu’aux enjeux complexes de Ratatouille), à la fois drôle (hilarant robot nettoyeur), et touchant (le dernier échange entre Wall-E et EVE devrait faire fondre les plus cyniques).