Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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dimanche 15 septembre 2013

As Tears Go By - Wong gok ka moon, Wong Kar Wai (1988)


Dans les rues de Hong Kong, Ah Wah et Fly rackettent les bandits de la ville. Ah Wah vient tout juste d'accueillir chez lui une lointaine cousine, Ah Ngor, qui doit se faire hospitaliser pour un problème aux poumons, tandis que Fly, accompagné de Ah Site, se prend trop au jeu et se brouille avec un gang rival. Au fur et à mesure du récit, les relations entre Wah et Ngor deviennent plus intimes et Fly sombre de plus en plus dans la violence et les problèmes.

Après des années à végéter en tant que scénariste à la télévision puis dans l’ombre de production cinéma diverses et variées, Wong Kar Wai passé indépendant réalisait enfin son premier film avec ce As Tears Go By. Dans cette intrigue hautement inspirée par le Mean Streets (1973) de Scorsese (Jacky Cheung en lieu et place de De Niro en meilleur pote instable, reprise de la baston dans la salle de billard, héros partagé entre son amour et le milieu des gangsters) et pliée aux poncifs du polar hongkongais, il parvient déjà à imposer son style pas encore totalement abouti. 

Le scénario est sans doute le plus linéaire qu'il ait jamais fait mais le film se distingue par quelques figures visuelles récurrentes comme sa capacité dilater le temps (la scène du début ou Andy Lau se bat pour venger Fly), ainsi qu'une énergie et une liberté de mouvement à la camera portée très dynamique. On retrouve aussi son art de pondre la scène romantique qui tue, ici les retrouvailles entre Maggie Cheung et Andy Lau sur fond de Take my breath away (les reprises cantonaises de tubes pop anglo saxon un plaisir que l’amateur de Wong Kar Wai apprendra à savourer plus tard avec le Karmacoma de Massive Attack dans Les Anges Déchus (1995), le fameux California Dreamin’ de Chungking Express (1994) ou Dreams des Cranberries dans le même film). 

Le milieu des petites frappes de Hong Kong est décrit avec un réalisme palpable bien aidé par une interprétation sans faille (tous les seconds rôles ayant la gueule de l'emploi certains sont de vrais gangsters) notamment Jacky Cheung (toujours aussi intense dans ce registre de l’écorché vif martyr avant Une balle dans la tête (1990) de John Woo) très intense et attachant dans son rôle de de fou furieux en mal de reconnaissance.

Les quelques scènes d’empoignes urbaines ultra violentes à la machette bien éloignée du futur style iconique figé de Wong Kar Wai et ajoutent encore au cachet de véracité. Dans son premier rôle majeur, Maggie Cheung est étincelante de douceur et de fragilité et ses scènes intimistes avec Andy Lau annoncent déjà les atmosphères introspectives de Nos Années sauvages (1990). Dans l’ensemble, ce premier Wong Kar Wai s’avère nettement plus brut dans son esthétique et sa force mélodramatique. Le style s’affirmera dès le suivant, libérés des codes du cinéma de genre mais la fougue et le romantisme juvénile incandescent sont déjà là.

Sorti en dvd zone 2 français chez CTV



mardi 21 février 2012

Detective Dee : Le mystère de la flamme fantôme - Di Renjie, Tsui Hark (2011)


En l'an 690, Wu Zetian, veuve du dernier souverain chinois, est sur le point de devenir l'unique femme à accéder au titre d'impératrice de Chine. Une série de meurtres compromet les cérémonies de son couronnement. Pour résoudre ce mystère, elle fait sortir le juge Ti de prison ; ce dernier décide de saisir cette occasion pour rentrer en grâce.


Cinéaste symbole de la frénésie créative qui anima le cinéma de Hong Kong durant les années 80/90, Tsui Hark avait bien mal entamé le nouveau millénaire. Tout avait pourtant bien commencé avec le chaos organisé de Time and Tide, film d’action virtuose survolté. La suite allait être moins glorieuse, entre projet ambitieux à la conception hasardeuse (Legend of Zu confus et porté par des effets numériques ratés), commandes insipides (le film de sous-marin Missing) et vrai ratage avec All about women (tentative laborieuse de revenir à la veine féminine de Peking Opera Blues et Shanghai Blues) et le nanar Black Mask 2. La seule réussite notable à signaler était Seven Sword, épique transposition wu xia pian des Sept Samourai mais malheureusement, les fulgurances visuelles de Hark étaient noyées dans un montage tronqué qu’on espère complété un jour.

Son studio Film Workshop en berne et tandis que John Woo s’égarait également à Hollywood, Tsui Hark avait laissé son trône vacant à un Johnnie To devenu la coqueluche locale des critiques occidentaux. Ce Detective Dee replace Tsui Hark au premier plan et réitère dans un contexte différent une situation qu’il connut vingt ans plus tôt. Au début des années 90, monopolisé par ses activités de producteur, Tsui Hark avait abandonné (officiellement) pour un temps la réalisation si ce n’est pour l’affligeant The Master (première collaboration avec Jet Li dans un film de kung fu bas du front) ou le discutable Syndicat du Crime 3 où il dépossédait John Woo de sa création. Il allait donc faire son vrai retour en s’appropriant une figure emblématique de la culture et du cinéma hongkongais avec Wong Fei Hung et relancer un genre disparu avec l’éclatant Il était une fois en Chine.

Si Detective Dee (malgré un succès massif en Asie) ne semble pas promis au même impact, la démarche est la même. Au centre de ce nouveau film, on trouve donc le personnage du Juge Ti (étrangement rebaptisé, ce qui pourrait faire rater le coche de la sortie aux connaisseurs) célébré en Chine mais également connu en Occident. Le Juge Ti fut un haut fonctionnaire chinois de la dynastie Tang dont la perspicacité aura nourri nombre de récits populaires sur ses enquêtes, faisant de lui le Sherlock Holmes chinois. Robert Van Gulik, diplomate hollandais installé en Chine offrit les premières traductions des enquêtes du Juge Ti, avant de lui écrire de nouvelles aventures à son tour. Le personnage perdura ainsi et resta populaire en Asie et en Europe (il est d'ailleurs régulièrement présent en librairie dans de récents ouvrages), une première adaptation ayant même failli voir le jour il y a quelques années par John McTiernan avant ses ennuis judiciaires.

Tout comme Il était une fois en Chine, Detective Dee mêle habilement fresque historique, grand divertissement et propos engagé. L’histoire narre ainsi comment à la veille du couronnement de la première (et seule) femme impératrice de l’histoire de Chine, de mystérieux meurtres par combustion spontanée menace la cérémonie. La future souveraine décide donc de faire appel à celui qu’elle fit emprisonner bien des années plus tôt pour insubordination, le Juge Ti. Tsui Hark varie ainsi les plaisirs avec brio en s’inspirant autant des influences typiquement chinoises qu’européennes du Juge Ti. Cela se manifeste par un récit imprégné de mystères et de surnaturel, mêlé à une enquête plus ouvertement policière, chaque aspect mettant en valeur les aptitudes physiques (Sammo Hung à la chorégraphie des combats, ce n’est pas rien) qu’intellectuelles du héros.

Si on déplore certains effets numériques limites (le péché mignon de Tsui Hark : vouloir en faire toujours plus avec un budget pas toujours à la hauteur) le réalisateur délivre une mise en scène virtuose où il semble avoir troqué son goût du chaos organisé pour une touche plus élégante et posée dans l’action. Les morceaux de bravoures époustouflants ne manquent donc pas, notamment la très inquiétante expédition dans le Marché fantôme, ou le final et son compte à rebours haletant à la James Bond. Le casting est parfait entre Andy Lau tout en malice et charisme en Juge Ti, Carin Lau en souveraine manipulatrice et le solide Tony Leung Ka Fai (connu chez nous pour avoir été L’Amant de Jean Jacques Annaud) dans un rôle surprenant.

Mélangeant pur serial à rebondissements et rigueur historique (la reconstitution somptueuse), Hark semble avoir voulu fusionner l’influence de deux de ses modèles passés : Chu Yuan et King Hu. Le premier est resté célèbre pour ses récits tortueux aux multiples coups de théâtres, et le second pour sa maniaquerie d’esthète et son plaisir à dépeindre les intrigues de palais de la cour chinoise.

Une des plus grandes craintes avec Detective Dee restait cependant la perte de ce ton engagé (jamais estompé depuis le rageur L'Enfer des armes) dans cette grosse production. La rétrocession a changé la donne et la Chine offre a Hong Kong un nouveau marché et des budgets conséquents pour des films de grandes envergures (auxquels on peut préférer les œuvres plus bricolées d’antan qui en mettaient plein la vue avec des bouts de ficelles). Une censure plus ou moins prononcées aura donc vu le jour dans les succès récents, quand ce n’est pas la propagande pure et simple dans le nauséabond Hero de Zhang Yimou. Tsui Hark soumis désormais à cette contrainte, parvient néanmoins à poser un propos intéressant.

Tout en respectant l’aura de la future impératrice, le scénario en donne une image d’autoritarisme forcené que la conclusion atténue par une belle pirouette. Montrée sous un jour néfaste lorsqu’elle cherche à asseoir son pouvoir, l’impératrice couronnée se trouve désormais « forcée » par Dee à privilégier le sort de son peuple à son ambition. Impossible de ne pas y voir une forme de conseil au très autoritaire régime chinois actuel… Une belle réussite donc qui laisse à espérer que ce retour aux affaires du maître se propage à sa filmographie à venir.

Sorti en dvd zone 2 chez Wild Side