Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 17 juin 2013

Cloud Atlas - Andy et Lana Watchowski, Tom Tykwer (2012)


À travers une histoire qui se déroule sur cinq siècles dans plusieurs espaces temps, des êtres se croisent et se retrouvent d’une vie à l’autre, naissant et renaissant successivement… Tandis que leurs décisions ont des conséquences sur leur parcours, dans le passé, le présent et l’avenir lointain, un tueur devient un héros et un seul acte de générosité suffit à entraîner des répercussions pendant plusieurs siècles et à provoquer une révolution. Tout, absolument tout, est lié. 

Le temps du succès et de la hype des Matrix semble bien loin pour les Wachowski, qui auront profité du crédit de leur saga pour se montrer de plus en plus audacieux. Matrix Reloaded (2003) avait à l'époque décontenancé en renversant et en remettant en cause le mysticisme du premier volet, volonté maladroitement poursuivie dans Matrix Revolutions (2003), qui concluait la trilogie sur une note mitigée. Les Wachowski semblaient en fait constamment coincés entre l’univers froid et technologique qu’ils avaient façonné, pas loin d’être pompeux par instant (les noms des personnages lourds de symbolique, les tirades philosophiques vulgarisant Baudrillard), et des velléités bien plus chaleureuses et candides observées dans leur film noir lesbien Bound (1996). Cet équilibre entre sophistication de la forme et vraie puissance dramatique, ils allaient l'atteindre avec le formidable Speed Racer (2008).

Objet pop quasi expérimental au croisement de l’animation japonaise, du manga, du jeu vidéo et du cartoon, Speed Racer était un divertissement galvanisant et virtuose dont la tonalité naïve exprimait les thématiques du duo avec bien plus de force et d’efficacité que le sérieux papal des Matrix. Ce film, parmi les plus inventifs des années 2000, allait pourtant être un fiasco commercial retentissant et logique car sorti la même année que le carton The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008), mètre étalon du blockbuster dont l’ambition passait par une approche adulte lourdement assénée.

 Dans Cloud Atlas, les Wachowski semblent aller au bout de leur évolution avec cette épopée aux confins du temps et des genres, où un dispositif complexe sert un grand mélodrame et des questionnements profonds au cœur de chacune de leurs œuvres. Adaptant le roman Cartographie des nuages (2004) de David Mitchell, Cloud Atlas est un film choral où s’entremêlent six histoires étalées sur cinq siècles. Six histoires et autant d’approches, d’atmosphères et de genres différents abordés : film historique, science-fiction, comédie caustique, thriller politique, film post-apocalyptique… Si ce type d’approche n’est pas complètement neuf, le crédo et la maestria narrative ici en place en font une expérience unique.

Plutôt que de lier artificiellement les différents récits vers un crescendo dramatique commun en forme d’effet papillon temporel, l’approche est plus originale. On retrouve les mêmes acteurs d’une histoire à l’autre (plus ou moins identifiables pour certains, le générique de fin dévoilant qui est qui étant en ce sens fort amusant) qui seront tour à tour héros, méchants, en retrait ou au centre des évènements. Tom Hanks passe ainsi de l’affreux médecin empoisonneur et rapace en 1849 au savant amoureux en 1973, Jim Broadbent de l’éditeur poissard et attachant en 2012 au compositeur de génie retiré en 1936 - il en va de même pour tout le casting.

D’autres, comme Hugh Grant, creusent le même sillon négatif à travers les époques, Hugo Weaving incarnant même un mauvais génie démoniaque pour les peuplades primitives de la partie post-apocalyptique. Le lien entre tous ces moments, la manière dont se répondent toutes ces voies/voix et cette possibilité de rattraper les erreurs d’une vie dans une autre incarnation symbolisent ainsi par l’image l’idée de karma.

Les Wachowski l’avaient déjà exprimée avec le Néo de Matrix, l’Élu apte à vaincre la matrice mais venant après l’échec de bien d’autres comme le souligne la séquence de l’Architecte dans Matrix Reloaded. Le héros de Speed Racer semble également condamné à suivre une trajectoire parallèle à celle de son frère disparu, mais là aussi ce karma doit lui permettre de suivre son chemin propre. Tom Tykwer, coréalisateur avec les Wachowski, avait également exploré la question dans son Cours, Lola, cours (1999), où le récit proposait trois possibilités afin que son héroïne se sorte d’affaire.

Nécessité par l’ampleur du récit, le tournage des différents épisodes fut donc réparti entre les Wachowski et Tom Tykwer, chacun étant marqué du sceau de ses auteurs. On retiendra notamment pour les Wachowski la révolte de l’androïde serveuse Sonmi en 2144, reprenant le message sur l’endormissement des masses, chair à produire, de Matrix - ou dans leur adaptation de V pour Vendetta pour James McTeigue en 2006). Le duo reprend ses motifs avec une poésie décuplée pour signifier ce moment de libération, d’humanisation de la machine enfin consciente du monde qui l’entoure et rétive à la tyrannie.

Il en va de même dans ce monde revenu à l’âge de pierre où Zachry (Tom Hanks) cesse d’avoir peur et dépasse sa condition d’oppressé. Moins identifiable thématiquement, on reconnaît néanmoins la patte de Tom Tykwer à travers le romantisme et la noirceur du segment romantique musical de 1936 - et son acteur du Parfum (2006) Ben Whishaw -, et un peu de la tension de L’Enquête (2009) pour l’ambiance de complot de 1973.

La cohérence tenant l’ensemble aura été amorcée par le tourbillon de la scène d’ouverture, qui brasse les six histoires comme une seule. Les temporalités et univers se répondent les uns aux autres par un montage virtuose (aboutissement des expérimentations des Wachowski en la matière, notamment dans Speed Racer qui constituait déjà un vrai tour de force) faisant la bascule par un rebondissement, un détail en forme d’association d’idées ou une simple phrase dans une symphonie envoûtante.

Le karma et la destinée sont au cœur du va-et-vient qui naît de cet aspect flottant et par une symbolique marquée (la tâche de naissance en forme de comète liant certains personnages). Film total, Cloud Atlas mêle intimisme et grandiloquence, légèreté et emphase avec une foi et un plaisir de raconter réjouissants. Une œuvre ambitieuse et risquée qui, paradoxalement, par cette universalité, risque d’en laisser quelques-uns sur le côté ; comme en témoigne l’accueil américain, catastrophique, du film. Plus les Wachowski s’ouvrent, moins ils sont suivis mais plus le cinéphile est ébloui.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner et sera disponible en juillet en dvd zone 2 français

mercredi 9 janvier 2013

Speed Racer - Andy et Larry Wachowski (2008)


Speed Racer est un jeune prodige de la course automobile, né pour la course au sein d'une famille de pilotes. Or, lorsqu'il défie M. Royalton, président-directeur général corrompu des Industries Royalton, le jeune homme découvre que tout n'est pas rose dans le sport qu'il adore.

 En 1999 avec le premier volet de la trilogie Matrix on attribuait aux frères Wachowski une vraie révolution visuelle, confirmée durant les années suivantes où l’esthétique du film contaminait tout le cinéma d’action mondial. Tout d’un coup les blockbusters étaient envahi de héros tout de cuir vêtus, de scènes de boite de nuit à l’éclairage vert sur fond de techno et les arts martiaux s’invitaient dans les  productions les plus inattendues (Charlie et ses drôles de dames). Cet excès de décalque allait rapidement ringardiser Matrix bien malgré lui, d’autant que le film ne représentait pas tout à fait la révolution qu’on nous avait vendue. Les Wachowski avait plutôt procédés à une démocratisation de tout un pan de culture réservée à un cercle restreint (les jeux vidéo, l’animation japonaise, le cinéma d’action de Hong Kong, le cyberpunk, les jeux de rôles) dans un tout cohérent et accessible au grand public à travers un récit obéissant au règle de l’épopée classique. 

La forme empruntait énormément à ses différents matériaux sans innover et le premier Matrix malgré la réelle vision des Wachowski ne poussait pas assez loin la démarche. Les deux épisodes suivant seraient plus intéressant et complexe notamment Matrix Reloaded remettant audacieusement en cause le dogme mystique et quasi religieux du premier volet mais trop ambitieux les Wachowski se montreraient hermétique et un peu abscons dans leur démarche où les tunnels de dialogues philosophiques citant Baudrillard croiseraient des scènes d’actions faramineuses parfois vide de tout implication émotionnelle. Finalement si Matrix conserve son aura culte, les deux suites sont nettement plus discutées aujourd’hui. 

Etrangement, lorsque la réelle révolution arriverait avec Speed Racer, le grand public ne suivrait pas. Pourtant Speed Racer est un film autrement plus grand public, ludique et accessible que les Matrix dont il reprend tous les thèmes de manière bien moins empesée et pour le coup la fusion des divers médias « geek » aboutit à une forme réellement novatrice et inédite.  Le film est l’adaptation du manga éponyme de  Tatsuo Yoshida et surtout du dessin animé qui en fut tiré dans les années 60 qui fut très populaire aux Etats-Unis lorsqu’il y fut diffusé. L’adaptation sur grand écran envisagée de longue date s’enlisait avant que les Wachwowski s'en emparent pour le meilleur car avec James Cameron ce sont les occidentaux les plus aptes à transposer les codes de l’animation et du manga dans un langage cinématographique. Cela se vérifie dès la magistrale ouverture où en vingt minutes de pure prouesse narrative tous les enjeux du film se dévoilent.   

En tête d’une course qu’il survole de son talent, notre héros Speed Racer se mesure au record établi sur ce même circuit par son frère disparu 8 ans plus tôt. La narration effectue un va et vient entre les souvenirs qui l’assaillent, mais aussi ceux de ces parents assistant à la course ajoutés aux commentaires sportifs révélant la réalité peu reluisante des faits pour le grand public. Speed (Emile Hirsch), passionné des bolides depuis l’enfance adulait son frère Rex pilote pour l’écurie de leur père (John Goodman) mais en quittant celle-ci il se trouve mêlés aux malversations agitant en coulisse le milieu de la course et meurt tragiquement en rallye. Ayant pris à son tour le volant, Speed reçoit les offres du très douteux Royalton, patron d’un empire industriel souhaitant l’engager et sans doute faire sombrer dans la même impasse que son frère autrefois.

Speed Racer est une prouesse visuelle des plus déroutantes avec son univers kitsch et débordant de couleurs. Alors que les adaptations live de comics, bd, manga ou animation tendent à tirer leur matériau d’origine vers plus de réalisme dans leur passage au cinéma, les Wachowski jouent au contraire à fond la carte du cartoon bariolé. La force du film est que ces partis pris esthétique se font toujours à des fins narratives et dramaturgiques plus que pour l’épate. 

La course d’ouverture en est l’exemple le plus frappant en usant du principe issu des jeux vidéo de course qu’est le ghost : en pleine course pour améliorer votre chronomètre vous voyez devant l’image virtuelle de votre adversaire dont vous cherchez  à battre le temps. Ici l’effet est reproduit pour traduire le trauma de Speed hanté par le souvenir de son frère qu’il ne se résout pas à dépasser comme le montre la fin de la course où il renonce volontairement à briser le record. 

La narration très dynamique des mangas poussant la tension à son comble en pleine course est tout aussi brillamment exploitée : visages des pilotes incrusté ou en surimpression sur le décor, zoom et transition agressives pour les échanges entre eux, ce même décor qui s’estompe parfois pour isoler le pilote dans un espace mental traduisant son état d’esprit ou encore plans d’insert sur les spectateurs et commentateurs médusés par les prouesses des bolides. De manière plus ludique, le souvenir d’un Mario Kart ressurgit lors de la grande séquence du rallye de Casa Cristo avec ce circuit sinueux au décor varié semé d’embûches et surtout par les armes/pièges dont sont truffées les voitures avec des pilotes plus retors les uns que les autres(tout droit sortis d'un cartoon façon Les Fous du volant) pour se déstabiliser.

Les Wachowski ont convoqué toute l’équipe gagnante des Matrix pour ce nouveau prodige avec John Gaeta aux effets spéciaux, Kym Barett pour les costumes et David Tattersall à la photo (ainsi que Joel Silver à la production). On retrouve ainsi certain motifs de la trilogie comme ces ralentis figé décortiquant les mouvements les plus virtuose des bolides mais cette vois l’ensemble va plus loin avec une caméra d’une mobilité étourdissante virevoltant dans tous les recoins de la piste et du cockpit pour faire partager cette ivresse de la vitesse et du danger. Allié à cette débauche de couleur cela pourrait être rapidement écœurant et confus mais le découpage et le montage reprenant les effets bd précités rendent l’ensemble limpide et grisant de bout en bout.

Speed Racer constitue également un aboutissement thématique des pistes explorées dans Matrix en narrant une histoire quasi similaire. Matrix narrait la lutte d’un groupe d’humains assujettis par une entité cybernétique nébuleuse les exploitant en les endormant dans un simulacre de réalité où il n’avait plus leur libre arbitre sans le savoir. Seule l’intervention de l’Elu incarné par Keanu Reeves permettrait de rétablir l’équilibre et sauver l’humanité.

Dans Speed Racer, l’entité toute puissante est représentée par l’industriel Royalton (Roger Allam calque d'ailleurs son jeu outrancier sur celui de Hugo Weaving qui jouait L'Agent Smith grand méchant des Matrix) où le message sur ces conglomérats tout puissant et inhumain cherchant à tout absorber se fait plus clair et au lieu de la survie de la race humaine (rien que ça) Speed cherche avant tout à préserver sa famille. Une famille dépeinte avec une chaleur inattendue par les Wachowski (quand on se souvient de la froideur des Matrix notamment un troisième volet qui échouait un peu dans son pic émotionnel) et bien aidé par l’interprétation attachante de John Goodman et Susan Sarandon ainsi que le facétieux petit frère et son singe prétexte à quelques gros gags tordants.  

Cette dimension intime renforce l’empathie, que ce soit les épreuves et conflits traversés par cette famille (le deuil et le secret autour de Rex), leur interactions (superbes moments entre Emile Hirsch et Susan Sarandon, la tirade finale de John Goodman) et surtout la quête initiatique de Speed qui après avoir perdu son frère et découvert l’envers néfaste de son sport doit découvrir pourquoi il souhaite toujours courir. 

On se souvient de la fin grandiose du premier Matrix où Néo se mettait enfin à croire en sa dimension d’élu et enfin apaisé et sûr de sa force terrassait ses adversaires dans une gestuelle bien moins spectaculaire que le reste du film et pourtant plus impressionnante car empreinte de l’assurance du surhomme qu’il savait désormais être. La course finale de Speed Racer a exactement la même fonction mais avec une force évocatrice démultipliée. Cible de tous les coureurs dont il pourrait dénoncer la corruption et les liens trouble avec Royalton, Speed fonce pourtant sans peur dans les périlleux virages du circuit. Un maelstrom de mot et d’images ayant parcourus le film le montre face aux interrogations qu’il a désormais surmontées et cette assurance le rend invincible. 

Les Wachowski renforce cet aspect en apportant un lien quasi télépathique entre Speed et sa voiture, l’enjeu de la simple victoire finale est transcendé par l’expression visuelle et sensorielle de la plénitude de Speed et les réalisateurs osent une envolée psychédélique façon 2001 l’odyssée de l’espace pour signifier son envol  loin de ses adversaires, de ses doutes, sans égal… La transe et l’état de grâce du sportif aura rarement été aussi bien traduit que dans cette phénoménale montée épique virant à l'abstraction pop art (et rejoignant une réflexion de la mère évoquant une création artistique dans les prouesse de Speed).

Les Wachowski  réalisent là leur chef d’œuvre mais par son imagerie acidulée Speed Racer sera moins pris au sérieux que Matrix (c’est l’air du temps il faut du réalisme, un ton empesé et une dimension sombre forcée pour être crédible voir le succès de Nolan ou le virage des dernier James Bond) et ce vrai film ambitieux et familial sera un bide retentissant. A défaut du grand film populaire qu'il visait être, Speed Racer à toutes les allures du film culte.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

Extrait de la course finale