Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 11 avril 2017

Qu'est-ce que maman comprend à l'amour ? -The Reluctant Debutante, Vincente Minnelli (1958)

L'action se déroule durant la "London Season" de Londres, une institution multiséculaire débutant après la fête de pâques pour se terminer en aout et durant laquelle toute la bonne société britannique socialise lors de bals, diners, ou courses hippiques. A l'aéroport Lord Jimmy Brodbent accueille Jane, sa fille d'un premier mariage, élevée aux États-Unis. Elle fait la connaissance de sa belle-mère Sheila, une jeune femme élégante, futile et mondaine. Jane ayant 18 ans, Sheila décide de la faire débuter dans la société élégante avec présentation à la cour. Mais Jane n'apprécie ni les soirées mondaines ni les partis potentiels, à son goût trop guindés, que lui présente sa belle-mère. Mais Jane, au grand désappointement de sa belle-mère, s'éprend d'un musicien italo-américain à la réputation sulfureuse.

The Reluctant Debutante sort la même année que Gigi et bien que plus mineur explore également dans un cadre européen la découverte de l'amour d'une jeune fille pour Minnelli. Le film adapte la pièce éponyme de William Douglas-Home jouée en 1955, l'auteur signant d'ailleurs également le scénario en collaboration avec Julius J. Epstein. Dans l'ensemble le film a bien du mal à se départir de cette origine théâtrale même si le raffinement des décors et les atmosphères chatoyantes - décors de Jean d'Eaubonne, costumes de Pierre Balmain entre autres - maintiennent néanmoins les standards esthétiques de Minnelli.

L'intérêt repose plutôt sur le propos du film qui mêle les traditionnels doutes parentaux face à l'émancipation sentimentale de leur enfant mais aussi une critique acérée de la haute société londonienne. Jane (Sandra Dee) américaine par sa mère rejoint son père anglais (Rex Harrison) à Londres et fait la rencontre de sa nouvelle épouse Sheila (Kay Kendall). Ces retrouvailles après deux ans amène une appréhension à la fois pour le père confronté désormais à une vraie jeune femme, et pour Sheila cherchant l'affection de sa belle-fille. La transition et les liens pourront ainsi se nouer grâce à la "London Season", rite de passage où les jeunes filles découvrent le monde à travers les bals, les rencontres avec les garçons de bonne famille (et futurs époux potentiels) et le tout sous le chaperonnage attentif de leur parents.

Même si l'on peut regretter que le film ne s'attarde pas plus dans le détail des différents codes de ce rituel, Minnelli en capture néanmoins avec humour le rythme effréné et harassant (particulièrement dur à suivre pour le père joué par Rex Harrison) mais aussi la répétition et l'ennui pour Jane. Le titre importe plus que la conversation dans les rapprochements espérés par les parents, le scénario moquant tout autant la vacuité des jeunes hommes (David Fenner et sa conversation ne dépassant pas les problèmes de circulation) que celle de la mère superficielle et ambitieuse jouée avec délectation par Angela Lansbury.

Sous la légèreté le propos s'avère tout de même assez cinglant. La simple rumeur suffit à disqualifier le modeste David Parkson (John Saxon) dans sa conquête de Jane quand l'ouvertement libidineux David Fenner (Peter Myers) est absout de tous ses actes, dont un moment assez dérangeant où il harcèle Jane sous le regard bienveillant de Sheila. Tout à sa légèreté, le film n'approfondit cependant pas assez (peut-être est-ce le cas de la pièce passée au lissage hollywoodien) ces aspects qui auraient pu donner plus de force dramatique à l'ensemble.

Le but ici est surtout d'offrir un divertissement pétillant mais si le charme et la fragilité de Sandra Dee opèrent, les moments de lourdeurs ne manquent pas (l'interminable scène nocturne dans l'appartement) et sorti de sa beauté ténébreuse, John Saxon (loin de ses futurs rôles de dur à cuire) est assez transparent et fait plutôt office de Louis Jourdan du pauvre. Cela en atténue les émois de l'héroïne et le dilemme amoureux face à un prétendant si terne. Pas un mauvais moment donc mais un Minnelli très mineur (mais resté assez populaire au point d'avoir son remake en 2003) tout de même.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

mardi 15 juillet 2014

Samson et Dalila - Samson and Delilah, Cecil B. DeMille (1949)


L'épopée biblique et tragique de Samson, qui lutte pour libérer son peuple, les Hébreux soumis aux Philistins. Il tombera dans le piège tendu par la belle et cruelle Dalila.

On associe souvent Cecil B. DeMille au gigantisme des fresques historiques hollywoodiennes et plus particulièrement au péplum. Pourtant à bien y regarder il n’aura abordé le genre qu’à quatre reprises tout au long de son immense filmographie. C’est pourtant bien dans le péplum que s’exprime le mieux cette fameuse dualité si fascinante chez le cinéaste, à savoir une droiture, un moralisme et une piété qui s’oppose toujours à un gout et un vrai talent à illustrer le désir, le stupre et la luxure. Le Signe de la Croix (1932) traitait ainsi des premiers martyrs chrétiens tout en se délectant avec moult détails des tortures qu’ils subissaient dans les arènes romaines (ainsi que des mœurs dissolues de ces derniers). Cléopâtre (1934) multipliait les allusions et situations sexuelles explicite dans son portrait de la souveraine égyptienne campée avec un sens de la provocation étincelant par Claudette Colbert.

La construction même de la première version des Dix Commandements (1923) fonctionnait sur cette dualité avec une première partie consacrée aux exploits de Moïse tandis que la seconde mettait les tables de la loi à l’épreuve des tentations du monde moderne. Samson et Dalila était donc le projet idéal pour DeMille avec son héros tiraillé entre sa foi, son destin et l’attrait des sens représenté par Dalila. 

Le projet germe dans l’esprit de DeMille dès 1935 (sur un premier traitement de Harold Lamb) avec pour jouer Dalila une hésitation entre Paulette Goddard, Dolores Del Río ou encore Joan Crawford. Rien ne se fera pourtant à ce moment et la production ne reprendra réellement que 12 ans plus tard en 1947. Là encore le casting de Dalila sera de longue haleine, DeMille commandant au peintre Henry Clive un tableau représentant sa vision de Dalila et qui s’avère une sorte de croisement entre Jean Simmons, Lana Turner et Vivien Leigh soit une combinaison entre le désir, la sensualité et la passion que peuvent véhiculer ces trois actrices. Outre ces modèles d’autres stars féminines seront envisagée tel que Ava Gardner, Jennifer Jones, Susan Hayward, Rita Hayworth, Rhonda Fleming ou encore Linda Darnell. Hedy Lamarr sera finalement l’heureuse élue suite à des essais brillant, DeMille ayant d’ailleurs toujours eu un œil sur elle puisqu’il l’envisagea pour jouer Esther en 1939 dans un autre projet de péplum biblique avorté. 

Le Samson idéal sera tout aussi difficile à trouver. DeMille envisage tout d’abord le culturiste Steve Reeves (qui aurait ainsi pu faire des débuts cinématographique plus prestigieux que sa carrière italienne) celui-ci refuse de perdre un peu de sa masse musculaire trop imposante – l’Italie plus friande des surhommes aux proportions démesurée l’accueillera à bras ouvert quelques années plus tard pour sa la saga des Hercule. Burt Lancaster fut également choisit mais dû renoncer à cause de problème de dos et c’est finalement Victor Mature qui échoit du rôle-titre, DeMille ayant été captivé par sa prestation dans Le Carrefour de la mort (1947). 

Le vrai problème du réalisateur ne réside pourtant pas uniquement dans le casting mais aussi dans le ton à adopter. En en restant à une adaptation pure de la Bible (et plus précisément du Livre des Juges), le personnage de Dalila n’en resterait qu’une pure incarnation de femme fatale perfide qui causera la perte de Samson. DeMille souhaite ainsi accentuer la force dramatique du récit de ce qu’il considère comme une des plus belles histoires d’amour jamais contée. Il trouvera matière à travers le livre Judge and Fool/ Samson the Nazire de Vladimir Jabotinsky qui accentue la dimension romanesque du récit biblique en liant dès l’origine le destin de Samson et Dalila, cette dernière étant la sœur de la première femme de Samson. Le script de  Jesse L. Lasky, Jr. et Fredric M. Frank s’inspirera donc de ces différentes sources pour un résultat flamboyant.

Le film sera ainsi très fidèle dans sa chronologie et son illustration des péripéties de l’épopée de Samson, mais en plaçant constamment la destinée du héros à l’aune de l’amour de Dalila. DeMille nous dépeint ainsi dès le début en parallèle le lien de Samson à son peuple israélite sous le joug de  l’envahisseur philistin mais aussi la façon dont le héros est surtout soumis à ses sens à travers l’amour qu’il voue à la belle philistine Semadar (Angela Lansbury). L’icône qu’il est destiné à devenir s’oppose ainsi à l’homme qu’il est encore, les deux s’entrecroisant dans ses démonstrations de force aux motivations contrastées. Lorsqu’il s’introduit chez Semadar pour la séduire, il tordra une lance pour impressionner le rival amoureux qu’est le Prince Ahtur (Henry Wilcoxon habitué de DeMille) puis défiera le Saran (George Sanders) en personne en le devançant à une chasse au lion où il tuera le fauve à mains nues. 

Samson s’oppose déjà à l’oppresseur mais pour des objectifs personnels. La reconnaissance en tant que sauveur semble donc quelque peu abstraite tandis que l’amour de Semadar s’avérera très ambivalent et superficiel (la trahison sur l’énigme, son père prompt à l’offrir à Ahtur au premier conflit). Dans tout ce flou et cette incertitude, seul l’amour fou et inconditionnel de Dalila semble représenter un vrai ancrage pour Samson. Son malheur sera qu’il ne saura pas le voir, provoquant ainsi la colère d’une femme blessée.

Chacun des évènements mythiques que vit Samson sera donc toujours causé par l’influence de Dalila. Il endosse complètement sa dimension d’ennemi des philistins après que Dalila ait semée la discorde à son mariage qui virera au bain de sang et bien sûr sa trahison causera sa perte mais aussi son exploit le plus retentissant. La facette romanesque peut ainsi s’épanouir en ramenant constamment ces personnages plus grands que natures à une échelle plus intime à travers leurs amours passionnés. Le choix de Victor Mature s’avère des plus judicieux et l’on comprend mieux que DeMille ait écarté Steve Reeves. Son Samson n’est pas un héros parfait et vertueux mais un homme se cherchant et qui dans ses erreurs construit sa destinée.

Mature a certes une carrure imposante mais ne parait pas surhumain car sa force ne lui pas de son physique, mais de la bienveillance divine. Tant que Samson n’est pas totalement accompli, ses exploits aussi impressionnant soient-ils ne joueront donc que sur sa puissance physique tel ce lion abattu de ses mains – scène fabuleuse dans son découpage où un vrai lion se déchaîne le plus souvent – ou encore sa colère déchaînant les flammes sur les convives de son mariage. DeMille déploie toute son imagerie grandiloquente et son recours à l’iconographie religieuse lorsque les actions de Samson s’ornent de vertus plus nobles. Lorsque Samson prisonnier se libère et décime une armée de philistins dans une gorge rocheuse seulement armé d’un crane d’âne, le réalisateur se soustrait à toute forme de réalité et déchaîne un enfer de violence où le ciel s’assombrit, les cadrages donnent enfin à notre héros cette présence démesurée et son bras vengeur brise les os et le métal avec une brutalité stupéfiante.

La seule force ne peut dompter ce Samson mais son cœur peut le trahir. Revancharde et amoureuse, Dalila va réussir à le dompter. La grande force du script est de ne jamais faire douter de la duplicité de Dalila et malgré tout rendre impossible à ses interlocuteurs pas dupe de ne pas céder à ses charmes. L’esprit et l’intelligence acérée du Saran (George Sanders parfait d’élégance et de finesse) devinent que son cœur appartient à un autre mais l’accepte et les bras vigoureux de Samson sentent l’ambiguïté de l’étreinte de cette séductrice mais ne s’y refusent pas. Hedy Lamarr est extraordinaire pour exprimer cela par ses attitudes provocantes et poses sensuelles, la présence lascive trahissant une intensité de sentiments constants pour l’objet de toutes ses attentions à savoir Samson. 

Toutes ses actions, ses bienfaits comme trahisons auront pour but de s’approprier leur cœur de Samson. La complicité entre Lamarr et Mature est palpable, DeMille entretenant constamment cette aura de doute et de passion ardente, le thème romantique et torturé de Victor Young l'illustrant à merveille. Samson aime et désire Dalila, tout en sachant qu’il ne peut se fier à elle. Dalila aime éperdument Samson, mais sait qu’il est voué à de plus grands dessein que ses seuls baisers. Sa trahison ne sera donc pas un acte de haine mais d’amour lorsqu’elle percera le secret de sa force et le livrera aux philistins.

Le couple ne pourra donc s’unir qu’endossant simultanément son aura charnelle et mythique. Un des plus beaux moments du film est sans doute quand descendu plus bas que terre Samson demande à Dieu de punir Dalila car lui en demeure incapable malgré ce qu’elle lui a fait. La dernière scène est une des séquences les plus extravagantes jamais filmées par DeMille, celle où Samson use de ses ultimes forces pour ensevelir ses ennemis avec lui dans le temple du païen de Dagon. Là encore le spectaculaire et l’intime ne sont jamais séparés. 

Samson désormais aveugle s’assure en vain que Dalila est hors de danger avant de s’enterrer avec les philistins, et Dalila d’être le plus près de lui lors de ce sacrifice. Les murs peuvent s’effondrer, les colonnes se briser et les idoles se fendre, le couple est enfin réuni et apaisé, la facette romantique ayant largement pris le pas sur le biblique. Le film sera un succès colossal, la plus grosse recette de 1950 et le plus grand triomphe de DeMille avec sa mythique relecture des Dix Commandements en 1956. 

  
Sorti en dvd zone 2 et en blu ray chez Paramount



vendredi 27 juin 2014

La Compagnie des loups - The Company of Wolves, Neil Jordan (1984)

La jeune Rosaleen rêve qu'elle vit dans une forêt de conte de fées avec ses parents et sa sœur. Cette dernière est tuée par des loups et, le temps que ses parents fassent leur deuil, Rosaleen va vivre chez sa grand-mère, une vielle femme superstitieuse qui la met en garde contre les hommes dont les sourcils se rejoignent. Peu après, le bétail du village est attaqué par un loup. Les villageois partent le traquer mais, une fois tué, le corps du loup se change en être humain.

Second film de Neil Jordan après le méconnu Angel (1982), La Compagnie des Loups allait imposer l’univers singulier du réalisateur et devenir un des classiques du cinéma fantastique des 80’s. Le film adapte la nouvelle éponyme d’Angela Carter qui en signe également le scénario. Une partie de l’œuvre d’Angela Carter fut consacrée à revisiter d’un point de vue féminin et féministe certains grands auteur masculins tel que le Marquis de Sade (avec son pamphlet féministe La Femme sadienne) ou Charles Baudelaire (sa nouvelle Vénus noire). Avec La Compagnie des Loups, Angela Carter appliquait ce principe au conte du Petit Chaperon Rouge en en pervertissant la dimension morale que purent imposer les versions reconnues des Frères Grimm ou de Charles Perrault. Elle usait de la dimension orale originelle de ce conte pour à la fois rester fidèle à la tradition tout en en donnant une nouvelle lecture originale. Neil Jordan capture parfaitement cela dans ce film d’une rare finesse laissant une large part à l’interprétation.

La structure du film déroute d’entrée tout en imposant déjà son atmosphère étrange. Le récit débute dans un cadre contemporain où la jeune Rosaleen (Sarah Patterson) endormie dans sa chambre et rêvant justement du conte où elle est le petit chaperon rouge. Cette introduction dissémine des indices qui annoncent la relecture à venir du conte à travers ce que l’on devine de la personnalité de Rosaleen. Il semble qu’elle pose problème à son entourage à s’enfermer et s’isoler ainsi et le simple détail du vol de rouge à lèvre de sa sœur montre une coquetterie signifiant un intérêt pour le paraître et par conséquent pour les garçons et donc la volonté de séduire. Ce trait de caractère se perpétue dans le monde du rêve formant un cadre rural, moyenâgeux et moralisateur.

L’onirisme le plus prononcé est de mise tout en révélant l’inconscient de Rosaleen puisque sa sœur y meurt d’entrée dans une forêt de cauchemar où se dissémine de façon monstrueuse les éléments de sa chambre à coucher. Les décors d’Anton Furst imposent à la fois le factice flottant du songe et vrai réalisme à cette nature touffue. Les compositions de plans magnifiques de Jordan offre des tableaux où il paie son tribu à son mentor John Boorman (dont il fut l’assistant sur Excalibur (1981)et qui produisit son premier film) avec tout comme lui un décor plié au états d’âme de ses personnages. Une clairière sans danger durant une promenade en amoureux de jour devient un lieu à la magie rampante ou tout semble vivant et où se greffent les inserts d’animaux les plus étranges.

Le conte originel contenait une dimension morale et sexuelle sous-jacente en forme d’avertissement aux jeunes filles qui en s’éloignant du sentier et donc de la moralité et chasteté devenaient des proies idéales pour les loups/hommes pouvant les dévorer/abuser d’elle. On retrouve cela ici à travers le personnage de la grand-mère (Angela Lansbury) dont le discours n’est fait que de menace et promesse de châtiment à Rosaleen afin de lui éviter de « se perdre ». Pour ce faire Jordan réintroduit la tradition matriarcale et orale originelle de tous les contes pour enchâsser des fables morale dans le récit narrées par la grand-mère.

L’aspect le plus folklorique et païens associé aux loups et aux démons est convoqués ici avec des motifs physiques significatifs pour les repérer comme notamment le mono sourcil mais aussi des tares morales quand la grand-mère affirme que les enfants illégitimes de prêtre engendrent des loups. Chacune de ces fables est terrifiante et supposée glacer l’auditrice qu’est Rosaleen, notamment une première histoire où pour s’être amourachée d’un homme-loup, une jeune femme le voit revenir hargneux et jaloux bien des années plus tard alors qu’elle est déjà mère de famille.

Rosaleen semble pourtant plus fascinée qu’horrifiée et la façon quelque peu surannée dont est caractérisée Angela Lansbury amène une certaine distance ironique. La raison est que Rosaleen n’est pas le prude et innocent chaperon rouge connu du conte mais une jeune fille curieuse des choses de l’amour et que Jordan sexualise sobrement mais tout de même de façon visible. La preuve de ce changement est que les fables seront par la suite racontées par Rosaleen dans un changement subtil de point de vue. La dimension morale et punitive subsiste mais plus en direction des jeunes filles ayant fauté, ce sont cette fois les tentateurs masculins qui seront punis de leurs abus.

Dans une des histoires une « fille perdue » s’immisce dans le mariage de l’homme l’ayant mise enceinte et frappe de son courroux tous les convives qui se transforment en chiens. Un pur moment de terreur hallucinée en forme de brûlot féministe. Tout le film repose en fait sur l’attrait et la peur du sexe que ressent Rosaleen, sur son hésitation entre morale et stupre, entre civilisation et nature. La dimension rêvée et atemporelle de l’histoire se confirme d’ailleurs avec le cadre de ce segment évoquant plutôt le XVIIIe siècle quand une autre des fables voit carrément apparaître une voiture transportant un Terence Stamp génialement démoniaque.

Jordan nous a ainsi habilement préparés à la réinterprétation du conte lorsqu’enfin celui-ci reprend ses rails et que Rosaleen est confrontée au loup. Celui-ci prend les traits séduisant d’un chasseur (Micha Bergese dont le look annonce les vampires dandys d’Entretien avec un vampire (1994)) qui va charmer notre héroïne absolument pas craintive. Même lorsque sa vraie nature se révèlera, les dialogues pervertissent le conte tout en le respectant puisque les fameux « comme vous avez de grandes dents… » voient la terreur exprimée par l’écrit contredite par l’image où au contraire Rosaleen s’esbaudit du physique avantageux du loup dénudé. La transformation de l’humain au loup, terrifiante dans le récit de la grand-mère ne l’’est absolument pas ici, tout comme la meute de loup semble bienveillante à l’inverse des prédateurs dépeints dans les histoires rapportées.

C’est une dualité qui court dans toute l’œuvre de Neil Jordan : l’immortalité et la malédiction pèse sur le destin des vampires de Entretien avec un vampire, les amants adultère de La Fin d’une liaison (1999) sont amoureux et coupable à la fois, les amours sincères et « contre-nature » de The Crying Game (1992) ou encore les désirs de vengeance justifiés mais hors la loi de Jodie Foster dans  À Vif (2007). Comme dans tous ses films suivants, Neil Jordan refuse d’ailleurs de choisir puisque si le désir physique triomphe dans le rêve, la morale du conte reprend ses droits de façon inattendue dans le réel avec une conclusion absolument stupéfiante de noirceur et de poésie. Le premier chef d’œuvre de Neil Jordan qui sera consacré par de nombreux prix dont celui du jury au Festival d’Avoriaz en 1985.

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening

lundi 7 janvier 2013

The Private Affairs of Bel Ami - Albert Lewin (1947)


Paris, 1880. Georges Duroy (George Sanders), un ex-militaire sans le sou, retrouve Charles Forestier (John Carradine), un de ses amis de régiment devenu journaliste à La Vie Française. Forestier ne tarde pas à introduire Duroy dans le milieu de la presse, l’aidant ainsi à entamer une carrière de journaliste… tout en lui conseillant d’user de ses charmes pour accélérer son ascension sociale. Conseil que Duroy s’empressera de mettre en pratique, devenant bientôt l’amant de la riche Clotilde de Marelle (Angela Lansbury), première d’une longue suite de conquêtes féminines...

Le raffinement d'Albert Lewin s'affirmait encore avec éclat dans cette splendide adaptation de Maupassant. Tout au long de sa courte filmographie, Lewin n'aura eu de cesse d'exprimer sa grande culture en tentant toujours de mêler les arts "majeurs" avec la puissance dramatique et romanesque attendue dans un grand film hollywoodien dans un tout accessible. Cette démarche s'avère d'autant plus cohérente dans ses trois premiers films aux motifs récurrents, notamment la présence de la peinture intervenant comme élément pictural et dramatique dans le biopic de Gauguin The Moon and Six pence (1942) ou l'adaptation d'Oscar Wilde Le Portrait de Dorian Gray (1945) où les tableaux (crées pour les films) surgissaient en technicolor à des moments clés. George Sanders, modèle de dandy cynique et arrogant constituait quant à lui l'acteur fétiche idéal pour Lewin et est présent tout au long de ces trois premiers films creusant le même sillon.

Cette fois cette approche sera au service du parcours semés d'embuches, trahison et vilenies de George Duroy (George Sanders) provincial ambitieux bien décidé à faire son chemin à Paris. Lewin aura su donner une vraie profondeur à George Sanders dans cet emploi récurrent d'homme cynique et manipulateur. Ici son Bel-Ami est certes détestable en ambitieux sans scrupule mais également humain, Lewin exprimant cette même forme de compassion que dans Dorian Gray pour ces dandy vaniteux.. Au départ vrai mufle sans talent ni manière (grandiose première scène où il rabroue une jeune femme venue l'aguicher) il découvre que l'attrait qu'il exerce sur les femmes va lui permettre de gravir les échelons sociaux à grand pas.

 On assiste donc avec plaisir l'acquisition progressive d'aisance professionnelle, rhétorique, vestimentaire et au final séductrice de Bel-Ami qui en s'améliorant devient un monstre d'égocentrisme. L'intrigue exerce une dualité constante entre ce Bel-Ami impitoyable qui séduit, triche et ment avec celui amoureux de Clotilde (Angela Lansbury) confidente avec laquelle il ose fendre l'armure. Comme le souligne la phrase leitmotiv du film All women take to men who have appearance of wickedness, Clotilde bien que connaissant ses travers est comme toutes les femmes du film une victime amouraché d'un goujat et de la plus intelligente (excellente Ann Dvorak), à la plus pure (Katharine Emery en prude Madame Walther) toutes tomberont sous son charme.

Lewin orchestre tout cela avec l'ambition visuelle qui lui est coutumière. La reconstitution est somptueuse, originale (ces scène de rue aux arrière-plans dessiné) et surtout très intelligemment pensée. Les intérieurs luxueux ont souvent des sols en figurant des cases noir et blanc faisant avancer les personnages des pions sur un grand échiquier, parfois c'est la disposition même des personnages dans le cadre qui fait d'eux des pions tel cette scène somptueusement éclairés par Russel Metty où Bel-Ami, Madeleine et le mari mourant s'intervertissent dans une scène d'une cruauté et d'une finesse extraordinaire. Le clou arrive bien sûr avec l'apparition en couleur du tableau La Tentation de Saint-Antoine faisant le lien avec les séquences similaires des précédent Lewin.

Dans le roman c'était le tableau Le Christ marchand sur l'eau de Karl Marcowitch mais Lewin peu inspiré par ce thème choisit d'y faire figurer une peinture représentant La tentation de Saint-Antoine et organisa un concours entre douze peintres fameux dont Dali, Paul Delvaux, Dorothea Tanning, Leonora Carrington avec pour vainqueur Max Ernst dont l'œuvre apparait donc dans le film. Ce changement de tableau implique aussi son lien à l'intrigue, dans le livre c'était une représentation du triomphe de Walther fier de son acquisition et la présentant éclairée à la lampe électrique mais Lewin en fait une illustration de la tentation de la chair de Madame Walter. Code Hays oblige, Le film use constamment de la métaphore ou du dialogue à double sens pour exprimer les pulsions érotiques des femmes sous l'emprise de Bel-Ami et ce moment est une merveille avec ce mélange des arts permettant d'exprimer les non-dits par la seule image.

De même la fin du roman est modifiée ici, le triomphe de Bel-Ami chez Maupassant ayant réussi dans toutes ses manigances devenant une punition avec Lewin le faisant perdre tout près du but dans un duel. Ce qui ressemble à une édulcoration hollywoodienne devient grâce à la façon dont le réalisateur a amené la chose un vrai regret pour notre héros avec un George Sanders abandonnant enfin toute roublardise. Encore une grande réussite pour Lewin et le meilleur était à venir avec la merveille des merveilles, Pandora.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side

Extrait des premières minutes

mardi 6 mars 2012

Hantise - Gaslight, George Cukor (1944)


Quelques années plus tôt, Paula s'est enfuie de Londres après l'assassinat non élucidé de sa tante Alice. Établie depuis dix ans en Italie, elle y rencontre un pianiste, Gregory, qu'elle épouse. Par amour pour son mari, elle se laisse convaincre de revenir habiter dans la maison où sa tante a été étranglée. Mais le bonheur ne dure pas. À peine installé à Londres, Gregory commence à se montrer de plus en plus distant avec sa femme et l'accuse de perdre la tête. Peu à peu, Paula se laisse convaincre de douter de sa propre santé mentale.

George Cukor réalisait avec ce Gaslight un des sommets du thriller psychologique et gothique, registre où on ne l'attendait pas forcément. On peut en dire autant de son interprète principale Ingrid Bergman déroutante ici dans une prestation fragile et vulnérable à la Joan Fontaine. D'ailleurs l'ensemble lorgne fortement sur le Rebecca d'Hitchcock avec en toile fond une thématique voisine sur le souvenir d'un être disparu et l'influence sur des personnages amené à vivre en des lieux marqués de sa personnalité. Hantise est cependant bien moins mystérieux et ambigu dans sa teneur possiblement fantastique, et comprend bien vite que l'intérêt n'est pas forcément dans la résolution qui malgré quelques se surprise est plutôt attendue. Le mari à l'amour pressent se muant en véritable tyran joué par Charles Boyer est rapidement démasqué par le spectateur, tout comme l'objectif possiblement pécuniaire dont la véritable nature se révèlera en conclusion.

L'intérêt ne repose donc pas sur le mystère à résoudre (la touche policière étant finalement assez routinière) mais clairement dans le traitement narratif de George Cukor. L'ouverture dans une ruelle londonienne au soir d'un meurtre pose l'ambiance avec sa place inquiétante plongée dans la brume, les bâtisses victoriennes sombres et imposantes derrière celle-ci et les silhouettes se perdant dans le décor. Cette introduction magistrale et toute en atmosphère nous fait apparaître un Ingrid Bergman hébétée par l'horreur à laquelle elle vient d'assister et laisse deviner quasi sans dialogue la fragilité mentale de Paula.

Tous ses aspects se trouvent exacerbés lorsqu'on revient en ces lieux quelques années plus tard. Seulement tout ce qui suggérait un possible virage fantastique se trouve progressivement escamoté lorsqu'on devine la manipulation d'un Charles Boyer d'une ignominie absolument prodigieuse auréolant son charme et bagout naturel d'une aura terriblement inquiétante.

Cukor met sa mise en scène au service de cette cruauté mentale et de l'illustration de l'esprit à la dérive d'Ingrid Bergman. Tous les artifices se déploient donc entre les champs contre champs jouant entre le regard inquisiteur et pénétrant de Boyer et celui apeuré de Bergman ou le jeu sur les arrière-plans (la silhouette de Boyer au début de la scène du tableau disparu) et le hors champs (l'ombre de Boyer se dessinant lorsque Bergman pense avoir perdu sa broche) accentuant la paranoïa et le sentiment d'être constamment observé.

Le jeu sur la photo traduit également la dérive de Bergman avec cette fameuse lampe à gaz à la lumière aussi vacillante que l'esprit de son héroïne perturbée et Cukor traduit avec un brio cruel ce sentiment d'oppression, notamment lorsque les bruits étranges entendus par Bergman se muent en magma sonore accompagné d'un mouvement de caméra en plongée sur celle-ci apeurée sur son lit. Lors de la conclusion, les yeux de Charles Boyer brilleront un court instant d'un éclat avide et scintillant lorsqu'on aura connu le but de ses manigances. Le travail de Joseph Ruttenberg est impressionnant de bout en bout.

Ingrid Bergman est absolument extraordinaire de fragilité et suscite une empathie parfaite son trouble avec un travail impressionnant sur la gestuelle de plus en plus incertaine, le regard vide et une allure recroquevillée constante. La prise de conscience finale lors de l'ultime face à face avec Boyer n'en est que plus intense et l'actrice récoltera un premier Oscar bien mérité (récompensant aussi sa détermination face à O'Selnick qui ne souhaitait pas la prêter sous prétexte qu'elle figurerais après Boyer au générique).

On saluera aussi une Angela Lansbury déjà formidable pour son premier rôle au cinéma en domestique effrontée et qu'on devine dépravée. Malgré un très bon Joseph Cottten, l'aspect purement policier et enquête n'est pas ce qu'il y a de plus intéressant et le film perd de son attrait dans la dernière partie quand vient l'heure des explications avec un suspense final ne fonctionnant pas complètement. L'important n'était par l'arrivée mais bien le voyage inconfortable proposé par Cukor dans cet univers.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

jeudi 1 décembre 2011

Les Aventures Amoureuses de Moll Flanders - The Amorous Adventures of Moll Flanders, Terence Young (1965)



Au XVIIIe siècle, en Angleterre. A 17 ans, Moll Flanders entre au service d'un seigneur. Grâce à sa beauté, elle est bien traitée par les hommes de la famille. Elle épouse le fils cadet mais celui-ci meurt peu après la cérémonie. Moll part alors à Londres chercher l'aventure...

Si on fait exception de certains rôles chez son mentor Richard Quine (L'Inquiétante Dame en noir surtout), le Embrasse-moi idiot de Wilder ou Jeanne Eagles dans un registre plus dramatique, l'image de Kim Novak est plutôt associée dans l'inconscient cinéphile à un mélange de fragilité, de mystère et de séduction insaisissable et fascinante. L'actrice balaie cette étiquette avec une prestation comique de haut vol dans cette adaptation délurée du Heurs et Malheurs de la fameuse Moll Flanders de Daniel Defoe.

Si les élans picaresques provocateurs sous couvert de morale du livre sont respecté, l'intrigue du film en est quelque peu éloigné même si nombre de péripéties demeurent. Le rebondissement le plus scandaleux (le mariage accidentel de Moll avec son frère et l'enfant fruit de leur union) est ainsi judicieusement évité pour en rester une sensualité joyeuse et débridée tout au long du film.

La tonalité de Moll Flanders découle directement du succès du Tom Jones de Tony Richardson deux ans plus tôt et on y retrouve (avec moins de génie et d'excès) cette volonté de malmener le récit romanesque en costume à coup d'idées visuelles et narratives détonantes. On suit donc ici la vaine quête d'élévation sociale et de respectabilité de Moll Flanders (Kim Novak) orpheline d'origine modeste qui passe d'amant en amants pour atteindre son objectif. La nature innocente de Kim Novak ne disparait pas complètement et est même utilisée à des fins comiques comme lors de cette ouverture où en voix off elle narre sa vie vertueuse et éduquée quand à l'image on la découvre servante peu farouche assaillie par ses maîtres.

Kim Novak remplaçait Diane Cilento initialement prévue (et déjà dans Tom Jones) initialement prévue au côté de Sean Connery finalement remplacé par Richard Johnson (marié à Kim Novak à ce moment là). L'actrice semble donc s'en donner à coeur joie avec ce rôle décomplexé où le décolleté pigeonnant elle minaude, surjoue et dévoile une palette comique trop peu exploitée, un régal. Pour l'accompagner un joyeux casting ou on croise George Sanders en vieux pervers, Lili Palmer reine de l'arnaque ou encore un hilarant couple de noble surendetté Angela Lansbury/Vittorio De Sica (qui en fait des tonnes).

La narration décousue se divise en grands épisodes plaçant Moll dans un nouvel environnement où ses charmes l'aident ou lui portent préjudice. Le meilleur moment demeure la séduction avec la canaille Jemmy (Richard Johnson) où chacun pense l'autre riche et pense l'exploiter par un mariage et où la cupidité à bien du mal à prendre le pas sur le vrai amour naissant quand le subterfuge sera découvert.

La reconstitution est somptueuse dans un superbe technicolor et Terence Young dynamise l'ensemble par un rythme enlevé notamment une course poursuite finale survoltée et jubilatoire. Malgré un rythme inégal un sacré divertissement et Kim Novak sous l'aspect léger du rôle trouve sans doute en partie ses marques pour sa fascinante prestation schizophrène du Démon des Femmes de Aldrich trois ans plus tard...

Et malheureusement c'est pour l'instant inédit en dvd donc guetter éventuellement une diffusion sur TCM où il y a eu un cycle Kim Novak récemment.

jeudi 19 août 2010

Les Trois Mousquetaires - The Three Musketeers, George Sidney (1948)



Voilà ce qui est sans aucun doute la meilleure adaptation du chef d'oeuvre d'Alexandre Dumas. Troisième version filmée (Après celle muette de Fred Niblo en 1921 et de Henri Diamant Berger en 1933) du livre, Les Trois Mousquetaires est le premier des films qui verront la MGM triompher dans le genre "cape et d'épées" puisque suivront du même Sidney le flamboyant Scaramouche (encore meilleur) et Le Prisonnier de Zenda de Richard Thorpe.

Le film est vraiment un modèle de savoir faire hollywoodien, tant la trame et l'esprit du roman sont respecté malgré les changements nécessaires. Ainsi tout l'aspect caustique si délectable dans le livre (les hésitations d'Aramis entre les femmes et l'église, la placidité du colosse Porthos) s'estompe pour un récit au service de la pure efficacité narrative (scénario de Robert Adrey, adaptateur chevronné puisqu'il rendit grandement justice à Madame Bovary et Les Quatres Cavaliers de l'Apocalypse qu'il écrivit pour Minelli). La première heure file donc à toute vitesse en nous présentant nos héros en pleine action dans un tourbillon d'humour et de péripétie. L'arrivée de D'Artagnan à Paris sur son cheval "jaune" ridicule, l'amitié scellée au combat avec ses compagnons, la défiance envers Richelieu (Vincent Price parfait d'autorité sournoise), tout ces évènement se déroule avec une limpidité bluffante.

Gene Kelly est absolument fabuleux en D'Artagnan, fougueux et fanfaron à souhait et ses aptitudes physique exceptionnelles de danseur font merveilles ici entre les duels à l'épée survoltés (chorégraphié de manière virtuose par le maître d'arme Jean Heremans amplifiant à merveille les mouvements pour plus de spectaculaire) et les cascades phénoménales qu'il exécute lui même (les futurs exploits d'un Jackie Chan viennent plus d'une fois à l'esprit). Le premier affrontement avec les gardes de Richelieu est à ce titre absolument étourdissant, Kelly y déployant des trésors de souplesse et de fantaisie.

Van Heflin est tout aussi bon en Athos, mentor charismatique dont l'aspect bon vivant et alcoolique dissimule une âme torturé par un terrible secret. Aramis et Porthos pâtissent donc un peu de ce traitement par rapport au livre vu la nature comique de leur personnage qui ralentirait l'action mais Gig Young et Richard Coote offrent néanmoins des prestations honnêtes. De même, les personnages secondaires si drôle que sont les valets des mousquetaires sont réduit au seul Planchet (et une courte appartion de Grimaud). La complicité et l'humour sont omniprésent sans pour autant verser dans le second degré qui entachera grandement la version à venir d'un Richard Lester.

Passé le trépidant épisode des ferrets de la Reine (excellente Angela Lansbury) l'aspect le plus sombre (et coquin voir la duperie de D'artagnan envers Milady reprise à l'identique) de la seconde partie du roman est en tout points respecté. Lana Turner en Milady est une des plus formidables méchante du cinéma d'aventures de ces années là.

Bien plus qu'une femme fatale, elle incarne la duperie et la séduction dans sa forme la plus abjecte et les rares entorses au livre se font dans le bon sens puisque renforçant sa nature néfaste. Un des moments les plus mémorable du roman était lorsque Milady prisonnière en Angleterre brisait par une perfide manipulation la volonté de son geôlier puritain insensible à ses charmes. Sidney fait disparaitre le personnage du puritain (passionnante figure mais une nouvelle fois le long duel psychologique avec Milady aurait été trop complexe à rendre à l'écran dans la tonalité trépidante voulue par le film) pour le remplacer par Constance Bonacieux. L'esprit du passage demeure mais légèrement détourné pour amener plus facilement vers la conclusion désenchantée mais où l'esprit de l'aventure demeure intact.

Au final pour les amateurs de Dumas une transposition éblouissante, et pour les autres un des sommets du film de cape et d'épées dans la plus pure flamboyance hollywoodienne avec technicolor éclatant, décor et costumes clinquants. Il est vraiment dommage que les deux suites Vingt ans Après et Le Vicomte de Bragelonne n'aient pas été adaptées durant cette période avec le même casting...

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner