Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 14 septembre 2015

Tempête sur la colline - Thunder on the Hill, Douglas Sirk (1951)

Lors d'une inondation, tout un village se réfugie dans un couvent, situé sur la colline surplombant la région. Parmi les personnes déplacées, se trouve une jeune femme, escortée de deux policiers, qui la conduisent au lieu de son exécution. En effet, elle est condamnée à mort pour le meurtre de son frère. Une des religieuses, Sœur Mary, par certains détails, se convainc, petit à petit, de l'innocence de la meurtrière...

Tempête sur la colline est le premier film de Douglas Sirk à la Universal, studio où il connaîtra l’apogée de sa carrière américaine avec une grande série de mélodrame produit par Ross Hunter et souvent interprété par Rock Hudson. Le parcours qui précède aura été quelque peu chaotique pour le réalisateur, fuyant l’Allemagne Nazie pour les Etats-Unis où avant de retrouver les plateaux de cinéma il entamera même une courte carrière d’éleveur fermier. Comme nombres d’émigrants germaniques comme Fritz Lang, Sirk loin du prestige et de l’autonomie dont il disposait au sein du cinéma allemand va devoir apprendre à composer avec le système des studios hollywoodiens. Le ton, le style et les genres abordés varieront donc durant les premières années d’un exil pensé comme provisoire mais qui se prolongera. L’apprentissage sera difficile avec deux seules vraies réussites,  L’Aveu (1944) d’après Tchekhov où il se lie d’amitié avec George Sanders et la délicieuse fresque historique A Scandal in Paris (1946). 

Las et désireux de retrouver son fils (enrôlé dans les jeunesses hitlériennes et tombé sur le front russe, un traumatisme qu’il évoquera dans le superbe Le Temps d'aimer et le Temps de mourir (1958)), Sirk jette une première fois l’éponge en 1949 le temps d’un bref retour en Allemagne. Les retrouvailles avec Hollywood seront bien plus fructueuse à l’orée des années 50 et donc de sa collaboration avec Universal où All I Desire (1953) et surtout Le Secret Magnifique (1954) entameront le cycle de ses mélodrames flamboyant. Il devra composer à nouveau entre les genres et se constituer une équipe technique fidèle (Frank Skinner à la musique, Russell Metty à la photo entre autre) mais signera au studio quelques productions intéressantes comme ce Tempête sur la colline.

Le film adapte la pièce Bonaventure de Charlotte Hastings et témoigne du peu de mainmise de Sirk sur ses films à ce stade de sa carrière américaine. Tempête sur la colline constitue en effet un très inégal mélange des genres entre le mélodrame et le suspense policier. Tous les éléments reliés à l’enquête improvisée (innocenter dans l’urgence une condamnée à mort) sont lourdement introduits et le spectateur le plus attentif aura résolu le mystère dès la moitié de l’intrigue par des indices grossiers. L’intérêt reposera donc sur le sens visuel de Sirk mais aussi ce que l’on repère des classiques à venir dans la facette mélodramatique du récit. La culpabilité constitue un moteur essentiel des mélodrames de Sirk, motif d’éveil des protagonistes ou de déchéance. Rock Hudson indirectement coupable de la mort de l’époux de Jane Wyman change sa manière d’être pour le meilleur dans Le Secret Magnifique (1954). 

Barbara Stanwyck se sent également coupable de son passé indigne dans All I Desire (1953), l’attrait d’ailleurs ronge Fred MacMurray sur Demain est un autre jour (1955) sans parler du remord de la fille lors des funérailles qui concluent Mirage de la vie (1959). Cela peut même relever d’une facette extra-diégétique avec Le Temps d'aimer et le Temps de mourir qui repose entièrement sur la propre culpabilité de Sirk envers son fils disparu. On retrouve donc l’aspect positif de cette thématique dans Tempête sur la colline. La bon sens et la droiture morale de Sœur Mary (Claudette Colbert) l’a autrefois conduite à éloigner sa sœur d’un amant néfaste mais à conduite cette dernière au suicide. Ce traumatisme l’a amené à sceller ses vœux de religieuse sans faire disparaitre cette fêlure qui se réveillera avec la rencontre de Valerie Carns (Ann Blyth) condamnée à mort pour le meurtre de son frère.

Plus que la poussive enquête policière, c’est donc de la profonde conviction de Sœur Mary que naîtra le sentiment de l’innocence de Valerie. Cette croyance qui lui a coûté une sœur va lui permettre de sauver une malheureuse, la culpabilité servant non pas une faute à oublier mais une bonne action à mener à son terme. Sirk mise avant tout sur l’humain et l’initiative individuelle pour réaliser des prouesses. La philosophie divine du Secret Magnifique constituait presque un pastiche par son imagerie outrancière quand les élans de Rock Hudson étaient constamment poignants. La grandiloquence religieuse du final de Mirage de la vie, aussi puissante soit-elle s’effaçait également par l’émotion simple d’une fille pleurant sa mère. 

On trouve déjà cette ambiguïté ici, Sirk offrant des images élégiaques et envoutante de ce couvent contredites à la fois par les révélations du scénario mais également par le comportement résolu et inflexible de la Mère Supérieure ne voyant en la condamnée qu’une âme perdue et coupable. Guidée par son seul instinct, Sœur Mary va ainsi poursuivre son but pour faire triompher la justice. Claudette Colbert apporte sa douceur, vulnérabilité et détermination pour une belle prestation même si la collaboration avec Sirk fut difficile puisqu’elle lui imposa son chef opérateur William H. Daniels. On sera moins convaincu par le jeu outrancier et théâtral d’Ann Blyth même si cet aspect constitue en partie l’illusion de pécheresse que le personnage suscite au premier abord. Une œuvre intéressante donc, en dépit de ses défauts et bien que Sirk lui-même la tenait en piètre estime au sein de sa filmographie. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Elephant Films

mardi 7 février 2012

Le Roman de Mildred Pierce - Mildred Pierce, Michael Curtiz (1945)


Mildred Pierce est une mère de famille qui affronte les reproches de sa fille ainée. Les goûts de luxe de cette dernière poussent Mildred à devenir serveuse, puis à ouvrir un petit restaurant...

Après 18 ans de bons et loyaux services la grande Joan Crawford se voyait contrainte de quitte la MGM, studio où elle avait gagné ses galons de stars et dont elle avait assurée quelques des plus grand succès du muet à la fin des années 30. Les raisons de la rupture étaient une suite d'échecs commerciaux d'une Joan Crawford dépassée et cantonnée aux yeux du public à un certain type d'emploi de jeune fille pauvre et ambitieuse popularisé notamment par le célèbre Grand Hotel (1932). Elle se retrouve finalement à la Warner où elle bénéficiera de l'agacement du studio pour les caprices de la star maison Bette Davis qui décide d'en faire sa rivale (une concurrence qui se poursuivra près de vingt ans plus tard dans le Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich qui relancera la carrière des deux stars vieillissantes).

Consciente de l'enjeu, Joan Crawford prend son temps pour choisir le premier projet au sein de sa nouvelle maison puisqu'il s'écoule 2 ans entre son dernier film MGM Un espion a disparu (1943) et Le Roman de Mildred Pierce. Le rôle-titre de ce dernier rejeté par Bette Davis et Barbara Stanwick la captive immédiatement tant elle y voit une occasion se réinventer avec ce rôle tragique de mère. La nature du film mélange audacieux de film noir et de mélodrame y est aussi pour beaucoup notamment grâce à la présence derrière la caméra de Michael Curtiz mais aussi des modifications apportées au roman éponyme de James M. Cain. La tonalité de film noir plus et la structure en flashback sont ainsi de purs ajouts la version cinématographique.

Un coup de feu, une silhouette masculine qui s'écroule, une femme bouleversée qui fuit à tout hâte la maison de plage où a eu lieu le crime. Le tout s'avère encore plus incompréhensible lorsque celle-ci après avoir tenté de se suicider, attire un homme qui semble être un ami sur ces mêmes lieux pour lui faire endosser le meurtre. Quelques rebondissements plus tard nous amènent au poste de police où cette femme, Mildred Pierce, va pouvoir confesser les douloureuses circonstances qui l'ont menée à cette situation. Modeste femme au foyer au petit soin de ses filles et surtout son aînée, Mildred Pierce doit soudain faire face au départ de son époux. Le motif de cette désertion marque d'emblée plusieurs éléments clés du récit.

La faillite masculine tout d'abord avec tous les hommes du film accumulant les tares : infidélités, avidité, fourberie et même perversion avec un adultère final en forme d'inceste fort osé. Le plus fiable s'avère finalement le personnage peu recommandable de Jack Carson qui réellement amoureux de Mildred va malgré son côté entreprenant et plusieurs actes discutable soutenir Mildred dans toute ses entreprises. L'époux joué par Bruce Benett est lui bien trop faible de caractère et effacé malgré ses bonnes intentions. La progéniture vue comme un poids et une malédiction est également un thème important, le départ du mari pour infidélité semblant plus un prétexte à ce qui ronge vraiment le couple, l'amour inconditionnel de Mildred pour sa fille qu'elle gâte sans réserve.

On peut voir en Mildred une réminiscence de la crise des années 30 où cette femme de milieu modeste n'ayant quitté sa condition que par le mariage et n'ayant pas d'autre expérience de la vie souhaite élargir l'horizon de ses enfants. Plus que par ce contexte, c'est en fait la dimension sociale et universelle de parent souhaitant voir leur enfant réussir ce qu’ils n’ont pu réaliser, leur offrir les opportunités qu'ils n'ont pas eues qui est en fait questionnée ici. Mildred Pierce, trop aimante et indulgente crée finalement un monstre d'égoïsme qui ne lui causera que des tourments.

Joan Crawford est tout simplement extraordinaire dans ce personnage tragique. Le conflit constant entre le regard où se lit la désapprobation pour les méfaits de sa fille et le geste qui n'ose jamais faire preuve de la fermeté nécessaire (où qui se le reproche quand il y cède) de peur de la perdre crée une émotion et un déchirement constant qui atteindra des sommets dans la dernière partie (ce regard embué de larme alors que sa fille ingrate la supplie de raccrocher le téléphone et de la sauver, encore...).

Ce statut plus mature n'empêche d'ailleurs pas l'actrice de conserver son aura glamour et élégante, bien au contraire. De femme d'intérieur à l'allure quelconque, son ascension lui confère une aura de plus en plus sophistiquée dans ces tenues tandis que Curtiz prend un malin plaisir à l'érotiser discrètement lorsque sa caméra et l'œil des hommes s'attarde sur ses jambes ou par certaines situation (la nage avec Beragon et ce qui s'ensuit, Jack Carson et ses avances lourde alors qu'elle est nue sous son peignoir lors de sa visite nocturne. Curtiz use de ses effets autant pour magnifier sa star que pour dans l'intrigue punir Mildred d'avoir cherché à être une femme avant d'être une mère, tel l'évènement tragique qui suit la rencontre sur la plage.

A cette beauté sobre de Joan Crawford répond celle étincelante de jeunesse d'Ann Blythe dans le rôle de la mauvaise fille. La sophistication de la photographie d'Ernest Haller pour l'éclairer traduit de manière de plus en plus marquée l'aspect orgueilleux, superficiel et finalement repoussant de cette fougue juvénile. La moue boudeuse enfantine devient peu à peu un masque de haine insensible plein de calcul et on déteste avec force cette affreuse Vera. C'est dire si la prestation d'Ann Blyth est puissante également, le script lui glissant foule de répliques parfaitement abjectes.

Michael Curtiz par la sophistication de sa mise en scène dilue brillamment dans la touche criminelle les aspects les plus sulfureux du film tel ce final où l'obscurité révèle progressivement, comme un crime, la liaison indécente entre Vera et Beragon (Zachary Scott absolument détestable). L'intime côtoie constamment la recherche esthétique marquée typique du réalisateur avec ses jeux d'ombres, ses décors immenses pesant comme le poids d'un destin inéluctable sur les personnages.

Un vrai tour de force visuel et narratif qui fusionne pour séparer mère et fille une ultime fois dans une conclusion puissante. Immense succès commercial, Le Roman de Mildred Pierce rendrait la revanche de Joan Crawford plus éclatante encore lorsqu'elle remporta l'Oscar de la meilleure actrice face notamment à la candidate MGM Greer Garson pour La Vallée du jugement. Grand film !

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner