Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 8 mai 2017

Le Prophète - Il profeta, Dino Risi (1968)

Pietro Breccia est un homme qui a décidé depuis longtemps d'abandonner la civilisation en devenant ermite en laissant derrière lui l'usure de la vie moderne, le consumérisme immodéré et toutes les futilités de la civilisation de consommation elle-même. Depuis des années, il vit dans la solitude sur le mont Soratte, aux environs de Rome. Un jour, il est débusqué par une équipe de télévision qui, flairant le scoop, décide de faire un documentaire sur le curieux ermitage de cet homme. À partir de ce moment, Breccia en a fini avec sa tranquillité. Malgré lui, il se retrouve étouffé par la société en raison de sa notoriété soudaine et du fait qu'il a dévoilé son identité passée, ce qui l'a contraint à descendre de sa montagne pour répondre devant la justice du non-paiement des taxes pendant ses années de vie d'ermite.

Les tentations, la lobotomisation et l’abêtissement inhérent à la vie moderne et plus précisément des grandes villes constituent un thème courant en filigrane au sein de la filmographie de Dino Risi. Cela donnera une des séquences les plus extraordinaires de son œuvre avec le final de Au nom du peuple italien (1972) et ses tifosis dégénérés un jour de match, mais d’autres films plus méconnus en traite. Boulevard de l'espérance (1953) évoque ainsi les dépeints ainsi les désillusions d’aspirants acteurs ayant émigrés à Rome, L’Inassouvie (1960) traite de l’avilissement sexuel d’une jeune femme par ambition et en plus trivial un sketch de Les Monstres montre l’incivilité ordinaire et hilarante entre piétons et automobiliste. 

Le Prophète est au départ un projet supposé réitérer le succès de L’Homme à la Ferrari (1967), précédent film de Risi qui réunissait déjà le couple Vittorio Gassman/Ann-Margret. Le sujet avait beau être différent on trouve néanmoins une continuité entre L’homme à la Ferrari et Le Prophète. Vittorio Gassman incarne dans les deux cas un être engoncé dans une rigueur traditionnaliste pour L’Homme à la Ferrari, sauvage et rousseauiste dans Le Prophète et Risi tout en poussant cette image à la caricature comique la confronte également aux contradictions qu’éveillera le désir symbolisé à chaque fois par les charmes d’Ann-Margret.

Pietro Breccia (Vittorio Gassman) est un homme ayant décidé de fuir la civilisation en vivant en ermite sur une montagne. Un hilarant flashback nous dresse ainsi les maux urbains qui l’ont conduit à cet exil : pollution, fièvre consumériste, emploi abrutissant, quotidien morne et stress permanent dont le clou sera une scène d’embouteillage justifiant la fuite. Cette civilisation le rattrape pourtant après un reportage télévisé qui le rappelle au bon souvenir de l’administration italienne. De retour à Rome Pietro observe donc désormais du haut de sa sagesse bourrue la vaine agitation moderne, cette vie janséniste en ayant fait un quasi surhomme. Dino Risi s’en amuse dans sa mise en scène, la stature et l’autorité naturelle semblant s’imposer à tous ses interlocuteurs voir la ville elle-même à travers ces plongées où il domine littéralement l’architecture de la ville. La vision des mouvements hippies, vide de sens et de pensées si ce n’est un hédonisme vain, ne trouve guère plus de grâce aux yeux de Pietro et donnera lieu à quelques confrontations haute en couleurs. La démonstration a beau manquer de subtilité, la première partie du film s’avère donc vraiment drôle et trépidante. 

L’abstinence fait également partie de la rigueur à laquelle se soumet Pietro, constamment défiée par la jeune et espiègle Maggie (Ann-Margret). Tant que Pietro sera indifférent à ses avances, il restera également hermétique à toutes les tentations, des anciennes comme des nouvelles amenées par sa soudaine notoriété. Sans forcément faire preuve de moralisme (l’intervention de Pietro sur le mariage des prêtres) Risi voit dans cette abstinence l’ultime renoncement à l’égo, le désir physique dépassant la simple notion de plaisir pour exprimer un certain narcissisme, une fausseté dans les rapports modernes. Pietro ne semble ainsi qu’être un défi insurmontable pour Maggie, et ce n’est précisément qu’après lui avoir cédé que notre héros succombe à toutes les failles extérieures. La solitude et l’austérité auront effacé cette conscience du regard de l’autre pour un détachement apaisé. Dès que Pietro perdra cette « innocence », tous les besoins futiles reprendront leur droit. 

Maggie l’aimait  sauvage et inaccessible, mais peut l’abandonner une fois l’avoir découvert aussi faible que les autres. L’amour n’est qu’un prétexte à cet instinct de possession où Pietro cède vainement à l’épate capitaliste et en devient l’objet publicitaire. Le propos est donc intéressant mais sans doute un peu schématique même si l’épatante prestation de Vittorio Gassman rattrape cet écueil. C’est surtout au regard d’autres œuvres de Risi conjuguant propos corrosif et vrai finesse que le bât blesse dans Le Prophète mais le film, encore plus inscrit dans son époque que L’Homme à la Ferrari sera un immense succès commercial. Risi, Ettore Scola et Vittorio Gassman s’en montreront néanmoins fort déçus à cause de ces quelques facilités. Cette insatisfaction amènera un hiatus de trois ans entre Gassman et Risi qui se retrouveront pour de nouveaux sommets : Au nom du peuple italien (1971), Parfum de femme ((1975) ou encore Ames perdues (1977).

Sorti en dvd zone 2 français chez ESC 

Extrait

vendredi 29 juin 2012

Joseph Andrews - Tony Richardson (1977)



Angleterre, XVIIIème siècle. Joseph Andrews, abandonné par ses parents, est recueilli par Lady Booby. Plus le temps passe et plus la jeune femme est séduite par le charme et la jeunesse du garçon. Bien décidée à l'initier aux plaisirs de l'amour, elle ne comprend pas quand celui-ci, éperdument amoureux d'une autre, refuse ses avances. Mis dehors, contre son gré, par Lady Booby, Joseph Andrews va vivre des aventures extraordinaires et va tout faire pour conquérir sa Belle...

14 ans après son génial Tom Jones, Tony Richardson adaptait pour la seconde fois Henry Fielding avec ce Joseph Andrews. On se souvient qu'avec Tom Jones, Richardson avait idéalement transposé la truculence, la provocation et la touche picaresque et morale de l'auteur avec une approche visuelle pop outrancière jamais vue dans un film en costume. Joseph Andrews est dans cette continuité et plus excessif encore, les dernières entraves de la censure freinant (un peu) la provocation de Tom Jones étant ici totalement dynamité. Tony Richardson réalise là l'anti Barry Lyndon par excellence. Rarement le XVIIIème aura paru aussi laid à l'écran (quand Tom Jones sous le délire gardait encore une certaine élégance classique de film en costume).

Donc ici le manque d'hygiène de cette période se rappelle à notre bon souvenir avec son défilé de figures rougeaudes, crasseuses et grotesque à la dentition gâtée chez les démunis quand pour les nantis l'avalanche de poudre sur les visages semble dissimuler les maladies de peau les plus diverses et faire ressembler ses membres à des spectres ridicule (les maquilleurs exagérant la chose avec du grain de beauté bien immondes placés n'importe comment). Les costumes et décors sont à l'avenant dans le mauvais gout volontaire, tout en couleurs criardes affreuses et en corset monstrueux perdant tout aura érotique.

Les seuls à traverser cet ensemble sordide en conservant leur beauté et leur innocence son notre héros Joseph Andrews (Peter Firth) et son aimée Fanny (Natalie Ogle). Leur traits fin et juvéniles, leur candeur en font presque des intrus dans ce cadre horrible et le récit cherche constamment souiller cette innocence à travers diverses péripéties toujours plus folles. Fanny manque donc d'être sauvagement violée plus d'une fois dans des circonstances de plus en plus extravagante (le summum étant atteint lors d'un cérémonie "religieuse" où des nonnes au formes généreuse entament un cantique paillard) tandis que Joseph subira les assauts de tout ce que le casting compte de personnage féminin, de la noble au port altier à la servante obèse repoussante (Beryl Reid géniale en Mrs. Slipslop).

Le roman de Fielding dénonçait la perversion des classes aisées sous couvert de vertus morales et de valeurs chrétiennes auquel il confrontait des figures idéalisées de pureté. Richardson saisit bien cela avec un couple de héros frisant la niaiserie et la transparence tandis que le reste de la distribution s'en donne à cœur joie. A ce petit jeu, Ann-Margret au charme toujours aussi ravageur tire une performance jubilatoire en noble tiraillée par le désir pour son valet Joseph dont la vertu la désespère. Il faut voir ces tentatives de séduction outrancières sans succès et le machiavélisme dont elle fait preuve pour séparer le couple.

Le traitement anarchique des meilleurs moments de Tom Jones est ici étendu à tout le film où Richardson use d'une mise en scène toujours aussi peu conventionnelle et truffée d'astuces narratives (les passages chantés et poétique qui alimentent en informations qui conduiront aux révélations lors de la chute) inventive. Par contre le charisme d'Albert Finney permettait d'être captivé par le destin du héros de bout en bout quand ici (même si c'est voulu) Peter Firth s'avère un peu insipide, l'innocence n'empêchait pas un personnage plus volontaire quand ici il passe au second plan face à Ann-Margret. Très plaisant tout de même notamment le final qui ose les transgressions généralement évitées dans d'autres adaptations quand se révèleront les liens familiaux entre tout ce petit monde.

Sorti en dvd zone 2 français chez Doriane Films

Extrait avec Ann Margret au sommet de sa (ses) forme(s) !

dimanche 2 octobre 2011

Ce plaisir qu'on dit charnel - Carnal Knowledge, Mike Nichols (1971)


L'itinéraire sentimental, psychologique et sexuel de deux hommes : de l'adolescence à l'âge mûr, Jonathan et Sandy face à la femme, aux femmes, à la féminité.

Mike Nichols résume brillamment le propos de son film quasiment dès la scène d'ouverture. Tandis que défile le générique sur fond noir, on suit en voix off le dialogue trivial des deux héros sur la gent féminine et de leur définition de la femme idéale. Leurs attentes sont immenses et contradictoires à la fois puisque pour eux la femme doit être sensuelle sans être vulgaire, bien faite mais pas trop, entreprenante au lit mais vierge au départ...

Une mentalité quelque peu rétrograde qui s'explique par le jeune âge des héros Sandy (Art Garfunkel lancé au cinéma par Nichols dans Catch 22) et Jonathan (Jack Nicholson) et du contexte des années 50 où la figure masculine toute puissante peut pour la dernière fois imposer ses désidératas aux femmes. Le film de Nichols se fait donc l'illustration de leur parcours et de leurs désillusions, des années 50 aux années 70 dans un monde changeant tandis qu'eux reste coincés dans leurs certitudes.

Les trois parties du film répètent un même schéma où les mutations de la société accentuent un peu plus à chaque transition le fossé entre les attentes de nos héros et leurs univers. Le début dans les années 50 voit donc se former un triangle amoureux secret entre notre duo encore étudiant et la jolie Susan (Candice Bergen). Le timide Sandy s'avère faussement innocent et romantique, influençable et superficiel (la manière dont il suit toute les affirmations de Susan lors de leur première conversation) dans sa relation avec Susan où il suit toutes les directives machistes de son ami Jonathan. A l'inverse ce dernier sous ses airs de séducteurs insensible va s'avérer le plus sincère des deux mais ira au-devant d'une terrible déconvenue. Candice Bergen, fausse oie blanche mène finalement les deux hommes par le bout du nez...

La deuxième partie à l'âge adulte s'avère plus virulente encore. Sandy désormais marié s'avère toujours aussi creux et débite des banalités sur son équilibre en couple avant d'exprimer bientôt son insatisfaction et se réfugier dans une autre relation castratrice. C'est cependant le couple autodestructeurs entre Jack Nicholson et la belle Ann-Margret qui passionne, les scènes amoureuses torrides illustrant la libération sexuelle des 60's où tout réel rapprochement sentimental semble impossible. Ann-Margret est très touchante, partagée entre la candeur d'antan et une sensualité assumée moderne mais qui va se trouver brisée par un Jack Nicholson odieux et incapable de s'engager.

L'épilogue désabusé montre les héros à l'âge mûr définitivement engoncés dans leur caricature. Rendu encore plus cynique et désabusé avec l'âge (avec une mémorable séquence de diapos où il commente toute ses conquêtes) Nicholson s'assure définitivement d'éviter tout engagement en ayant des relations tarifée tandis que Garfunkel va désormais chercher artificiellement la flamme auprès de très jeunes femmes... Mike Nichols montre une nouvelle fois après Le Lauréat et Catch 22 dans un registre différent un regard acéré sur ses contemporains. Les nouvelles idéologies libérées comme les tempéraments les plus archaïques en prennent ici pour leur grade dans une œuvre intelligente, inventive et élégamment filmée. Un Nichols plutôt sous-estimé semble-t-il.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

Extrait

mercredi 4 mai 2011

L'Homme à la Ferrari - Il Tigre, Dino Risi (1967)


Francesco Vincenzini est grand-père pour la première fois mais le couple que forment son fils et sa belle-fille, Carolina, bat de l'aile. Quand la charmante femme décide de quitter son fils, Francesco n'a qu'une idée en tête : essayer de leur faire entendre raison et de les rabibocher. Mais voilà, lorsqu'il débarque chez Carolina, il oublie presque tout et se laisse séduire par les charmes de la belle, le réconfortant dans sa peur grandissante de devenir vieux.
 
Ce qui n'aurait pu être qu'une énième histoire de démon de midi et d'adultère devient une réjouissante comédie à l'écran grâce au talent de Risi et à l'abattage d'un Vittorio Gassman en grande forme. Le début est des plus amusant avec un Vittorio Gassman aux antipodes de ses rôles de rustres vulgaires puisque ici en chef d'entreprise omnipotent, mari parfait et traditionaliste. Tellement droit d'ailleurs qu'il faudra plusieurs tentatives à la jeune et jolie Ann Margret pour réussir lui mettre le grappin dessus. La trame est bien connue mais Dino Risi apporte une foule d'idées ludiques et inventives à sa narration et à sa mise en scène pour dynamiter le tout notamment des petits apartés en noir et blanc illustrant les rêves ou les souvenirs fantasmés de Gassman entrecoupant ainsi certains moment clés du film.

Parmi les plus amusants de ces délires entre rêve et réalité on trouve une scène où Gassman se bat avec son fils pour lui raccourcir sa coiffure de hippie ou un autre où il tire dans le dos d’ Ann Margret qu’il soupçonne de le tromper, sans parler des flash-back audacieux savamment placés.

Quelques belles astuces de montages ajoutent également à cette touche décapante tel ce moment où l’épouse (Eleanor Parker) de Gassman lui propose des vacances pour se ressourcer, la séquence suivante enchaînant sur les dites vacances, mais avec sa maîtresse... Risi inscrit le film dans la tonalité pop 60's du moment pour montrer le décalage entre Gassman et la jeune génération avec un festival de couleurs, de coupes à frange (dont un savoureux gag où il arbore une coupe au bol à la Beatles) et de mini jupes, un zeste d'érotisme et interludes musicaux bien placés.

On retrouve également l'irrévérence habituelle de Risi envers la religion lors de ce moment où Gassman va se confesser chez un prêtre, le tout montré comme une vulgaire consultation chez un psy (prescription de ave maria comprise) avec une salle d'attente bondée.

Toutes ces idées transcendent donc grandement les scènes de vaudeville plus classiques et attendues qu'on s'attend à trouver dans ce type de récit. Vittorio Gassman livre un grand numéro, incarnant la lâcheté masculine dans toute sa splendeur, perdant la tête et incapable de faire son choix jusque dans les derniers instants (d'où un astucieux The End ? pour conclure) et la charmante Ann Margret lui offre une répartie parfaite entre manipulation et amour sincère. Un Risi mineur mais plaisant donc et qui semblait préparer en tout point un de ses grands chef d’œuvres à venir Au nom du peuple italien (dont on reparle bientôt) autrement plus corrosif et où Gassman incarne un personnage assez proche.


Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

Extrait