Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 14 mars 2019

The Angels wash their faces - Ray Enright (1939)


Gabe Ryan, tout juste sorti d'une maison de correction, décide de s'installer dans un nouveau quartier avec sa soeur, Joy. Le jeune homme souhaite repartir à zéro, mais il se retrouve malgré lui dans les affaires du chef de la mafia locale et de politiciens corrompus. C'est alors qu'il se retrouve accusé injustement d'assassinat et d'incendie criminel.

The Angels Wash Their Faces est une production lancée pour surfer sur le succès de Les Anges aux figures sales de Michael Curtiz (le titre original Angels with dirty face entretenant le lien) sorti l'année précédente. L’un des liens entre les deux films est la présence des Dead End Kids, turbulente et célèbre troupe d’enfants acteurs révélés par le Dead End de William Wyler (1937). Ils constituaient l’enjeu moral des Anges aux figures sales, hésitant entre la fange au contact du gangster James Cagney ou possiblement sauvables en suivant la voie morale de l’antagoniste issu de l’église Pat O’ Brien. 

 The Angels Wash Their Faces fait cette fois des enfants les moteurs de leur propre salut face à la corruption des adultes. Les Dead En Kids une nouvelle fois petites frappes sympathiques du quartier se lie d’amitié avec Gabe Ryan (Frankie Thomas), un jeune en quête de rédemption en sortant de maison de correction et venu vivre avec sa sœur (Ann Sheridan). La première partie du film tisse un implacable piège de déterminisme social avec ce quartier insalubre, des adolescents livrés à eux-mêmes et une corruption ambiante qui se manifeste par des incendies criminels en vue de spéculations immobilières. C’est très intéressant dans la description des figures maléfiques qui maintiennent les démunis dans leurs handicaps sociaux, que ce soit par intérêt pour les mafieux qui feront accuser Gabe des incendies ou cette affreuse institutrice (Margaret Hamilton, la sorcière de Le Magicien d’Oz (1939)) méprisant ces jeunes gens sans les aider à s’en sortir. Dans ces moments, le film s’approche de la richesse du film de Michael Curtiz. 

Malheureusement une idée pourtant intéressante sur le papier (les enfants étant provisoirement à la tête e la mairie selon une tradition locale) pousse la suite du film dans la comédie policière un peu poussive où les Dead En Kids font leur numéro en menant l’enquête. C’est cousu de fil blanc et assez grossier dans les rebondissements et bons sentiments – pas aidé par un Ronald Reagan transparent. Du coup le film ne demeurera qu’une curiosité dérivée d’un vrai classique du film de gangster, dommage.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

mercredi 29 juin 2016

Les Anges aux figures sales - Angels with Dirty Faces, Michael Curtiz (1939)

Rocky Sullivan et Jerry Connolly ont grandi ensemble dans Hell's Kitchen. Quand ils se retrouvent quelques années plus tard, le premier est devenu un gangster, le second un prêtre dont le but est de remettre dans le droit chemin des enfants défavorisés. Par amitié, Rocky va faire pression à sa manière sur les notables qui financent sans conviction les œuvres de Jerry dont l'idéalisme est peu en accord avec les codes et les tentations de ses jeunes apprentis délinquants.

Les films de gangsters avaient représentés un lucratif phénomène pour les studios au début des années 30 avec des classiques brutaux comme Le Petit César (1931) de Mervyn LeRoy, Scarface (1932) de Howard Hawks ou encore L’Ennemi public (1931) de William A. Wellman. Seulement avec l’application stricte du Code Hays à partir de 1934, ces odes amorales aux malfrats s’avèrent plus problématique à produire et son un temps délaissés par les studios. Tout en continuant à produire des polars, les firmes célèbrent désormais la police dans un revirement cynique voyant les ancien hors-la-loi vedettes de l’écran se muer en G-Men comme James Cagney dans Les Hors-la-loi (1934) de William Keighley. Les Anges aux figures sales va relancer la mouvance du film de gangsters en se parant de précautions morales qui le rendront plus acceptable aux yeux de la censure.  Le scénario de Rowland Brown (auteur de belles réussites du genre comme The Doorway to Hell (1930) d’Archie Mayo) va capturer l’attention de James Cagney, désormais sous contrat avec la compagnie indépendante Grand National Pictures (où il touche un pourcentage sur les recettes) après un énième départ de la Warner pour brouilles financières. Suite à quelques échecs au box-office, Cagney comprend que la Warner est bien sûr la plus apte à produire le film dans les meilleures conditions et moyennant une substantielle augmentation il retourne dans le giron du studio.

Les Anges aux figures sales tout en maintenant la férocité et des productions du début de décennies 30 inclut donc une dimension morale, rédemptrice et punitive pour le gangster. Le scénario brillant n’en fait pas une contrainte mais bel et bien l’enjeu du film, sans aucune lourdeur. La destinée joue d’emblée son rôle lorsque les jeune Rocky Sullivan (James Cagney) et Jerry Connolly (Pat O'Brien) suite à un larcin voir leur chemin prendre des directions très différentes. Jerry ayant de justesse échappé à la police s’en repend pour endosser la carrière de prêtre tandis que Rocky arrêté est perverti par les séjours en maison de correction puis prison pour devenir un gangster chevronné. Sorti d’une énième peine, Rocky retourne dans le quartier de son enfance où il va être déchiré entre cet attachement et un royaume à reprendre à son ancien complice Frazier (Humphrey Bogart). James Cagney est ici loin des brutes psychotiques de L’Ennemi Public ou plus tard L’Enfer est à lui (1949) et campe un personnage attachant mais incapable de renoncer à ses instincts criminels. 

Cela passe par l’amitié profonde le liant à Jerry mais aussi le modèle ambigu qu’il va représenter pour un groupe de jeunes délinquants - joués par le groupe d’enfants acteurs Dead End Kids révélés par le Dead End (1937) de William Wyler. La gloire du malfrat rend les adolescents admiratifs, celui-ci ancien enfant des rues sachant comment les prendre et les rudoyer pour marcher droit - dans une veine proche du Bataillon des sans-amours (1933) d'Archie Mayo. La partie de basket où à force d’invectives, coups de pieds aux fesses et gifles, il les contraint à jouer dans les règles en offre une illustration pleine d’énergie. Michael Curtiz par sa mise en scène exprime superbement la façon dont cette vie urbaine misérable semble amenée à répéter inlassablement la corruption de la jeunesse, un même panoramique arpentant le grouillement de ce quartier de Hell’s Kitchen étant repris dans les deux époques. Rocky est la clé pour interrompre ce cycle sans fin mais pris dans ses affaires il va entraîner ses jeunes acolytes sur le même chemin tragique. Les gamins avaient au départ malgré leur larcin gardé une certaine innocence qui se dilue progressivement au contact de Rocky. Le clou est atteint lorsque après une distribution d’argent facile par Rocky, Jerry les retrouve ces anges désormais aux figures sales arrogant et poseurs pariant dans un bar enfumé. Le sacerdoce de Jerry sera ainsi de sauver ces jeunes âmes en perdition, quitte à s’aliéner l’amitié de Rocky.

Le récit se partage donc entre ces préoccupations humanistes et un vrai film de gangster bien nerveux. Michael Curtiz orchestre avec son brio habituel de sacrés moments d’actions, que ce soit un guet-apens au découpage époustouflant ou un spectaculaire gunfight final. La finesse du script n’adoucit jamais artificiellement le personnage de Rocky, malfrat impitoyable (voir le final où il abat sans états d’âmes plusieurs policiers) mais pétri de principe et capable de compréhension. Pat O’Brien en prêtre féru de justice est plus uniforme mais solidement campé et on s’amusera de la prestation d’un Humphrey Bogart par encore star et en contre-emploi avec ce gangster couard et embourgeoisé. Malgré une bonne introduction Ann Sheridan semble malheureusement être une caution amoureuse un peu artificielle. 

Quelques années plus tôt certains montages du Scarface de Hawks s’ornaient d’un épilogue grossier humiliant le gangster pour atténuer le panache violent de sa vraie fin. Les Anges aux figures sales reprend cette idée avec plus de talent car cette « morale » est un vrai aboutissement du récit et du cheminement de Rocky. Le vrai courage ne sera plus de jouer les gros bras comme si souvent, mais de se renier volontairement pour sauver d’autres âmes. Curtiz n’ose filmer la « lâcheté » de Rocky qu’en faisant escamotant sa présence à l’écran, le visage fier de James Cagney demeure l’image qu’on a de lui tandis que sa supposée vulnérabilité passe par le son, les inserts sur ses mains crispée et des ombres chinoises. Le héros n’en a finalement que plus de force dans ce sacrifice intime, Curtiz étant brillamment parvenu à équilibrer la morale et la grandeur de son personnage. Une grande réussite.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

mercredi 18 mai 2016

Je suis un criminel - They made me a criminal, Busby Berkeley (1939)

Johnnie Bradfield, un champion de boxe, est injustement accusé du meurtre d’un journaliste. Le coupable, son manager, s'enfuit avec sa voiture et sa petite amie. Alors qu’ils sont poursuivis par la police, ils ont un accident et sont retrouvés carbonisés. Pris pour mort et mal conseillé, Johnnie décide de disparaître et part sur les routes pour échapper aux éventuelles poursuites. Après avoir traversé tous les États-Unis, il fait une halte en Californie dans un "camp de redressement" pour jeunes délinquants.

Les talents de Busby Berkeley ne se limitaient pas à la comédie musicale, en témoigne ce joli film où à un clin d'œil près (la scène où le héros est arrosé et qu'un des gamins sifflote l'air de By the waterfall entendu dans Prologue (1933)) on se trouve dans plaisant mélodrame. Le film est le remake de La Vie de Jimmy Dolan (1933) de Archie Mayo et participera à l'ascension de John Garfield dont c'est seulement le deuxième film. Il incarne ici un champion de boxe fraîchement vainqueur et se parant d'une vertu et innocence aux yeux de la presse, un fils à maman se tenant éloigné des tentations du succès.

Une façade qui va éclater lorsque la réalité le révèle coureur, buveur et arrogant. La supercherie est sur le point d'être dévoilée par un journaliste dont il sera injustement accusé du meurtre. Les circonstances le font passer pour mort mais néanmoins coupable et il est désormais condamner à errer dans l'anonymat et sans le sous. John Garfield impose déjà son authenticité et charisme avec ce anti-héros cynique et individualiste. On appréciera la justesse avec laquelle sa désinvolture s'atténue et participe à sa rédemption, d'abord par la crainte d'être reconnu puis ensuite pour défendre enfin une autre cause que la sienne.


Ce sera celle des gamins d'une maison d redressement et de leur responsable Peggy (Gloria Dickson). La groupe d'adolescent est joué par la troupe des Dead End Kids, révélée par le Dead End (1937) de William Wyler et très célèbre alors. Leur énergie et gouaille apporte un répondant idéal à John Garfield, toute les scènes montrant l'apprivoisement commun créant un lien bien plus attachant que la romance très convenue avec Gloria Dickson (qui au départ semble avoir un vrai répondant avant d virer à l'amoureuse transie).

C'est reflet inversé de la première partie où tous les proches de Garfield étaient des sangsues prêtes à le lâcher à la première déconvenue et justifiant presque son individualisme. Là malgré la progression convenue du récit on vibre néanmoins à l'empathie et compassion naissante de Garfield pour ses garnements auxquels il va peut-être sacrifier son secret. Un bon moment dont on regrette juste la sobriété excessive de Busby Berkeley, le rythme et les dialogues percutant son là mais la mise en scène est anonyme. Sans attendre la folie de ses comédies musicales on pouvait espérer plus d'inventivité notamment lors des combats de boxe. Sympathique néanmoins même si l'incarnation suivante d boxeur de John Garfield sera autrement plus mémorable dans Sang et Or (1947) de Robert Rossen.

Sorti en dvd zone 2 français chez Widl Side

lundi 7 décembre 2015

Allez coucher ailleurs - I Was a Male War Bride, Howard Hawks (1949)

Après la Seconde Guerre mondiale, les troupes alliées occupent l’Allemagne et participent à la reconstruction du pays. Un capitaine de l’armée française, nommé Henri Rochard (Cary Grant), doit partir en mission avec la jeune et frétillante Catherine Gates (Ann Sheridan) qui lui sert d’interprète. Après de nombreuses péripéties, les deux jeunes gens tombent fous amoureux et se marient. Miss Gates est américaine et malheureusement Rochard n’a pas le droit de la suivre aux USA. Elle invente alors un subterfuge loufoque pour que son époux puisse s’embarquer avec elle à bord du navire qui les mènera de l’autre côté de l’Atlantique...

Moins connue et célébrée que les classiques La Dame du vendredi (1940) et L’impossible monsieur bébé (1938), Allez coucher ailleurs est pourtant une des screwball comedy les plus réussies et originales de Howard Hawks. Le film s’inspire de la vraie histoire de Roger H. Charlier (mais crédité du nom du personnage du film Henri Rochard au générique), ancien officier belge fiancé à une américaine durant l’après-guerre et qui rencontra les pires difficultés à rejoindre aux Etats-Unis. En effet, la législation américaine était organisée pour faciliter l’accompagner des épouses étrangères mais absolument pas les maris. Howard Hawks réunit Hagard Wilde sa scénariste de L’Impossible Monsieur Bébé Charles Lederer celui de de La Dame du vendredi pour tirer toute la substance comique de cette histoire.

Dans toutes ses screwball comedy (à celles déjà citées on peut ajouter le génial Boule de feu (1941), Chérie je me sens rajeunir (1952) et le tardif Le Sport favori de l’homme (1964)), Howard Hawks place un homme immature et infantilisé face à une jeune femme espiègle qui va se jouer de lui dans réjouissant charivari amoureux. Ici il s’agira du capitaine de l’armée française Henri Rochard (Cary Grant) forcée de s’acoquiner la jeune américaine Catherine Gates (Ann Sheridan) qui va lui servir d’interprète pour une mission au sein de l’Allemagne d’après-guerre.   

A cette opposition classique au sein de son cinéma, Hawks ajoute une entreprise de démasculinisation de son héros au détriment de sa compagne de voyage. La première partie dépeignant leur périple à traver l’Allemagne est la plus réjouissante pour illustrer cette idée. Régulièrement titillé et moqué par Catherine, Henri sera humilié plus qu’à son tour. Cette domination s’affirme déjà par le moyen de transport, un side-car piloté par Catherine tandis qu’Henri est réduit à l’état de passager dans le cockpit. 

C’est la jeune femme qui prendra toutes les décisions durant le voyage tandis que chaque tentative d’initiative d’Henri l’humilie toujours plus à travers des gags hilarants : soulevé par la barrière en voulant traverser une voie ferrée, sauvé de la noyade par Catherine, emprisonné et incapable de retrouver l’objet de sa mission suite à une mauvaise blague. Le rapport homme/femme implose complètement, Henri faisant office de « repos du guerrier » en massant Catherine après une journée de turpitude. C’est finalement elle qui concrétisera le rapprochement amoureux par son audace, Henri exprimant ses sentiments par une manifestation sensible là aussi plutôt associé à une héroïne dans les comédies romantique de cette période.

Une fois le couple établi, l’effacement de l’archétype de mâle viril et dominant se poursuit pourtant en constant miroir de la première partie. Les obstacles ne sont plus physiques mais administratifs, d’abord par le chemin de croix de paperasse pour officialiser le mariage puis pour le consommer. Le cliché ancestral du guerrier ramenant une épouse de ses campagnes étrangères s’inverse, l’administration américaine n’ayant prévu des procédures que pour les maris rentrant au pays avec leur épouse. Ce flou juridique empêche les époux de cohabiter et de passer leur nuit de noce mais va permettre à Henri de suivre tant bien que mal Catherine sur le chemin du retour, perdant un peu plus de ses atouts masculins à chaque avancée. 

Cary Grant est bien évidemment génial, gardant bagout et prestance malgré tous les outrages et faisant passer par son charisme la déchéance de son personnage. Ann Sheridan est typique des héroïnes de Hawks avec un peps, une distance et une drôlerie de tous les instants auxquels on peut ajouter une autorité naturelle qui contrebalance avec l’inconséquence de Cary Grant. Après avoir enfilé un pantalon pour conduire le side-car et affirmant ainsi « porter la culotte » au sein du couple, la boucle est bouclé lors du final où Henri est carrément obligé de se travestir en femme pour la dernière marche avant le départ. Ce n’est que dans l’intimité enfin accordée de leur cabine qu’il pourra retrouver ses attributs pour une nuit de noce tant attendue. Hilarante et progressiste, une belle réussite qui souffre juste d’un déséquilibre de rythme (la partie voyage est bien plus trépidante que celle de l’enlisement administratif), vive Howard Hawks ! 

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta 

 

lundi 8 juillet 2013

Une femme dangereuse - They Drive By Night, Raoul Walsh (1940)

Joe Fabrini (George Raft) et Paul Fabrini (Humphrey Bogart) sont deux frères routiers qui travaillent dans la région de San Francisco. Endettés, ils ont du mal à s'en sortir et finir de payer leur camion, et de nombreuses contrariétés ne les y aident pas. Un jour cependant, Joe trouve du travail dans l'entreprise d'Ed Carlsen (Alan Hale). Tout semble aller mieux pour lui, le travail lui plaît, tout comme la jolie Cassie (Ann Sheridan) dont il devient vite très épris. Mais, Lana (Ida Lupino), la femme de son patron, tombe amoureuse de Joe.

They Drive By Night est un film important concernant l'étape qu'il marque pour son casting. George Raft en campant un travailleur ordinaire se détache enfin de son image de dur à cuir issue de ses nombreux films de gangsters des années 30. Humphrey Bogart malgré un rôle secondaire impose déjà son charisme et rencontre là le réalisateur et la partenaire féminine (Ida Lupino) qui sauront le mettre en valeur dans son film suivant La Grande évasion (1941) qui fera enfin décoller sa carrière après des années de vaches maigres. Enfin et surtout Ida Lupino crève l'écran en femme fatale rongée par la folie, l'actrice anglaise étant enfin reconnue par Hollywood où elle s'est exilée depuis 1935.

Le film est un curieux mélange de film noir et de social, une assez rigoureuse description du milieu routier laissant place à une pure intrigue criminelle dans sa seconde partie. Ce croisement inattendu vient en fait de la Warner à la production qui mêle là le cadre ouvrier du roman de A. I. Bezzerides The Long Haul paru en 1938 ici adapté avec un l'argument policier de Ville frontière (1935) de Archie Mayo et qui marquait l'ascension de Betty Davis à la Warner. Assez ironiquement, Ida Lupino reprend le rôle tenu par Betty Davis, elle qui fut engagé par le studio pour constituer une alternative à une Davis jugée trop capricieuse.

Le talent et l'efficacité légendaire de Raoul Walsh fait idéalement le lien entre ces deux sources pour nous offrir un film limpide et sans temps mort. La première partie nous dépeint la rude vie de routier et la quête de réussite acharnée des frères Joe (George Raft) et Paul (Humphrey Bogart) Fabrini, bien décidé à monter leur affaire de transports malgré tous les obstacles qui se placent sur leur route.

Entre autre les patrons véreux peu pressés de régler leur dettes, un usurier acharné cherchant à leur retirer leur camion et bien sûr l'épuisement qui n'est jamais loin face aux cadences insensées à tenir. Tout cela est bien mené et truffé de moments qui rendent immédiatement le duo attachant (la façon dont ils récupèrent leur dû, la rencontre avec Ann Sheridan) tandis qu'une brève rencontre avec une vénéneuse Ida Lupino annonce la rupture de ton du deuxième acte.

Un accident met hors-circuit pour un temps l'affaire des héros et Joe doit faire face aux assauts de la femme du patron incarnée par Ida Lupino. Celle-ci s'empare totalement du film par sa prestation hallucinée. Littéralement dévorée par son désir ardent pour George Raft, l'actrice semble constamment sous tension par ses postures et regard provocant, ses tenues extravagantes.

Un désir inassouvi qui confine à la folie pure dans un final marquant notamment cette scène de tribunal où le visage de Lupino n'est plus qu'un masque déformé de pure démence. Même s'il y avait un vrai grand film à tirer de l'option "tranche de vie du monde des routiers" amorcé en premier lieu le mélange détone et permet de savourer la grande interprétation d’Ida Lupino, bon film !

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

vendredi 25 février 2011

L'Ange des ténèbres - Edge of Darkness, Lewis Milestone (1943)


Norvège, 1942. Le village de Trollness vit à l'heure de l'occupation allemande depuis maintenant deux ans. Mais la résistance s'organise... Impliqués dans la lutte contre l'envahisseur, Gunnar Brogge, un marin-pêcheur, et sa fiancée, Karen Stensgard, doivent redoubler de prudence à la veille du parachutage d'une cargaison d'armes en provenance d'Angleterre...

Sorti en plein coeur de la Deuxième Guerre Mondiale, Edge of Darkness ne fait pas dans la demi mesure pour ce qui est d'exprimer un vindicatif et exalté appel à la lutte contre l'ennemi nazi. L'histoire nous plonge donc dans le drame d'un petit village côtier norvégien sous le joug de l'occupant allemand régnant d'une main de fer sur la petite communauté. Sous l'apparente soumission, la fureur monte pourtant lentement face à l'envahisseur et le scénario (de Robert Rossen qui adapte un roman de William Woods) explore très intelligement les sentiments contradictoires qui anime les norvégiens. La fierté nationale et la haine des nazis côtoient donc la peur et la lâcheté bien ordinaire et compréhensible quand ce n'est pas la collaboration pure et simple comme avec un odieux personnage d'entrepreneur. Ses différentes facettes se dessine à travers une gammes de personnages variés et à la psychologie fouillée malgré l'évidente teneur propagandiste du film.

Errol Flynn est magistral de charisme en leader de la rébellion et même s'il est clairement le héros se fond dans la peau d'un pêcheur ordinaire membre de cette communauté. Une prestation nuancée et modeste où il excelle car ne roulant pas des mécaniques de manière inappropriée comme dans Sabotage à Berlin précédemment évoqué. La scène ou décidé à venger l'agression dont Ann Sheridan a été victime il est violemment ramené à la raison de la collectivité est ainsi magnifiquement intense notamment lorsque la caméra défile sur tout les visages d'autant plus déterminés. Walter Huston en médecin hésitant puis gagné par la fièvre guerrière est fascinant également, Ann Sheridan plus unidimensionnelle en résistante farouche offre également une solide prestation mais c'est l'ensemble du casting qui est admirable. D'ailleurs le camp nazi offre les figures les plus ambigües avec John Beal perdu qui rejoint les allemand par faiblesse et ne parviendra jamais à réparer son erreur, tout comme Nancy Coleman en polonaise soumise au bon plaisir de Koenig campé avec un sadisme parfait par Helmut Dantine.

Le film propose une lente montée en puissance dramatique où le village en attente de livraison d'armes par les anglais pour une attaque massive doit subir tout les tourments. La construction narrative invite d'ailleurs à cette tonalité noire puisque le récit s'ouvre par l'arrivée d'une armée allemande dans le village dévastée et jonchées de cadavres un flashback nous laissant découvrir les évènements. Les héros nous sont également présentés du point de vu ennemis lorsque les nazis devisent sur les éléments les plus perturbateurs de la communautés. L'atmosphère souffre alors d'une tension de tout les instants avec cette menace omniprésente pouvant sévir à tout moment. Ayant réussi à réellement nous attacher à cette petite communauté, Milestone n'en rend les malheurs et souffrances que plus fort pour ce qui est le grand atout du film, une force émotionnelle qui va au delà de l'aspect propagandiste et belliqueux. Les exactions nazies se font ainsi de plus en plus révoltante que se soit l'humiliation, un viol au filmage sobre et traumatisant où le terrible jet en pâture d'un vieil intellectuel qui a courageusement osé s'opposer au vol de sa maison.

La conclusion guerrière sur la rageuses réaction du village est donc un véritable exutoire amené avec une empathie massive du spectateur tant Milestone a su jouer de cette attente. L'affrontement final est un des plus furieux vu dans un film de guerre de cette période, moments héroïques et sacrificiels survoltés, destruction massive en pagaille le tout filmé avec une rage et une virtuosité phénoménale par Milestone (ce moment où Flynn approche du QG nazi en charrette lancé au galop et en saute pour jeter une grenade grandiose !). Cela rappelle beaucoup Went the day well film anglais du studio Ealing (traité en juillet sur le blog) tout aussi rageur où un village anglais se soulevait contre invasion nazie souterraine. Edge of Darkness s'avère aussi dur et exaltant dans son ode au combat contre la tyrannie, se terminant sur une note pleine d'espoir mais tout aussi va t en guerre. Grand film de guerre et au passage un score ténébreux et fabuleux de Frank Waxman notamment lors de l'assaut final où il s'orne d'élan funèbres à la Wagner.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner dans le coffret Errol Flynn déjà évoqué précédemment.

Extrait