Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 19 mars 2014

Pain et Chocolat - Pane e Cioccolata, Franco Brusati (1972)


Nino, immigré italien, a quitté sa famille pour tenter sa chance en Suisse. Renvoyé injustement du restaurant où il travaillait, Nino effectue successivement plusieurs emplois de fortune, avant de comprendre que s'il veut s'intégrer, il devra se faire passer pour un germanique. Mais les racines ne s'arrachent pas aussi aisément...

Plus à sa place et en disgrâce en cas de retour au pays qu'il a quitté et tout aussi perdu dans une terre d'accueil qui ne sera jamais totalement sienne, le dilemme de l'émigré trouve un de ses plus juste et poignante illustration dans ce Pane e cioccolata. Une réalité qui se manifestera à travers les déboires de Nino (Nino Manfredi) italien exilé en Suisse où il espère accéder à une vie meilleure. L'ensemble du film narre ce qui s'avérera une assimilation impossible et ce dès la symbolique scène d'ouverture. Nous nous trouvons dans un jardin public où se déploie une vision bucolique et parfaite illustration du cadre de vie paisible et bucolique associé à la suisse : un petit orchestre joue un concerto de Mozart, le soleil éclatant éclaire l'herbe verdoyante où se prélassent les adultes et jouent l’enfant, tous plus épanouis et blonds les uns que les autres.

Nino surgit alors comme un chien dans un jeu de quille au sein de cet environnement idéalisé, veste mal ajustée, l'allure gauche et surtout irrémédiablement italien avec ses cheveux bruns, sa moustache et sa gouaille contrebalançant la froideur suisse. Brusati amorce dès ce début de film l'équilibre ténu entre drame et comédie pour dépeindre l'impossible assimilation de notre héros italien. Là on rira plutôt de la stigmatisation dont il fait l'objet dans une escalade aussi drôle que navrante avec un enfant suisse refusant de jouer au ballon avec lui, l'arrestation pour un crime qu'il était venu signaler en tant que témoin et surtout son expulsion du pays pour avoir ô sacrilège uriné en public.

Nino s'accroche pourtant, allant de déconvenues en désillusions, l'intrigue étant ponctuée de départ en gare pour un retour en Italie qu'il ne se résout pas à faire descendant toujours au dernier moment du train pour tenter une ultime fois sa chance. Comme toujours pour l'émigrant, le pays étranger est synonyme de terre promise mais la pilule sera amère et sous différente forme. Ainsi les démunis ne seront pas les seules victimes avec la rencontre de cet évadé fiscal (Paolo Turco) certes richissime mais solitaire lors d'une cruelle séquence on le découvre abandonné par sa femme et ses enfants (parlant anglais et soulevant la thématique du déni des origines courant tout au long du récit) préférant retourner en pension que passer du temps avec lui. Son désespoir vaudra bien celui des ouvriers négligés et exploités tel Nino viré à la première anicroche du restaurant où il travaillait.

Chaque moment de bonheur sera contrebalancé plus tard d'une péripétie appuyant le propos, ainsi l'amitié et amorce de romance avec l'émigrante grecque jouée par Anna Karina est stoppée net par la liaison de celle-ci avec un agent de l'immigration pouvant faciliter son installation dans le pays. L'intégration ne passe pas par une assimilation mais par un reniement de soi et une posture impossible où l’on se fera passer pour ce que l’on n’est pas. Brusati pousse la logique loin lorsque dépité Nino se teintera en blond et verra aussitôt l'horizon s'éclaircir à travers les même clichés que la scène d'ouverte : Mozart et Berlioz envahissent de nouveaux la bande-son, le moindre quidam est soudainement avenant face à celui qu'il pense être son égal, les enfants sont charmants et la photo de Luciano Tovoli s'affranchit des teintes sinistres aperçues jusque-là pour offrir des tableaux immaculé et radieux.

Malgré ce fond tragique, Brusati illustre avec chaleur la solidarité animant cette communauté italienne dans de belles séquences comme le spectacle improvisé dans les baraquements d'ouvriers où ils raillent de leur situation dans une chanson même si les larmes ne sont jamais bien loin du rire. Le film annonce aussi dans sa dernière partie un des thèmes majeurs d'un autre futurs classique joué par Nino Manfredi, Affreux, sales et méchants (1976) d'Ettore Scola. Comme dans ce dernier, le dénuement et la pauvreté ont un impact sur les facultés (et la moralité chez Scola) intellectuelles et le bon sens des pauvres lorsque poursuivant sa déchéance Nino travaille dans une communauté agricole où la tâche abrutissante à totalement fait régresser nos travailleurs italiens.

S'oublier ou s'enfoncer le choix semble mince et enferme littéralement les italiens dans leurs fanges avec ce moment cinglant où les mines ahuries ils observent derrière leur les grillages de leur grange/cage de jeunes suisses aux corps parfait et plus blond que jamais en plein hédonisme, nus en pleine nature. Nino Manfredi livre une prestation magnifique, exprimant une détermination vacillante face à l'adversité et perdant presque la raison face à ce destin cruel. La transformation physique est impressionnante, l'acteur passant de la raideur impossible à fondre dans le décor au pitre aux cheveux fou et à l'œil hagard, brisé par les épreuves. Brusati malgré tous ses obstacles parvient pourtant à ne jamais être totalement dépressif dans son propos par le volontarisme de son héros (qui a ses petits moments de gloire comme se cri de victoire encerclé de Suisse en plein match télévisé contre l'Italie), touchant le fond pour toujours mieux tenter de remonter. L'histoire se conclut ainsi sur un ultime faux départ et descente de train, rien ne nous indiquant que cela ira mieux mais le laissant espérer pour ce personnage si attachant.

Sorti en dvd zone 1 et doté de sous-titres anglais mais le film ayant été diffusé dans une copie restaurée récemment au Festival Lumière on peut espérer une sortie salle voire dvd française pour bientôt


jeudi 17 octobre 2013

Jeux Pervers - The Magus, Guy Green (1968)


Acceptant un poste de professeur sur une petite île grecque, Nicholas Urfe fait la rencontre d'un homme que l'on dit mort depuis des années.

Une sacrée bizarrerie 60's où l'on a aucun mal à deviner la présence de John Fowles au script (adaptant son roman The Magus) tant les enchevêtrements narratifs étranges sont typique de l'auteur de La Maîtresse du Lieutenant Français. Cela démarre de manière relativement sobre avec l'arrivée de Nicholas Urfe (Michael Caine) sur une petite île grecque où il a accepté un poste de professeur. On devinera au fil de flashbacks que notre héros s'est isolé là afin de fuir l'amour passionné d'Anne (Anna Karina), amante française avec laquelle il entretient une liaison tumultueuse.

Il va bientôt rencontrer un étrange et richissime personnage possédant une villa dans les environs, Maurice Conchis (Anthony Quinn). Celui-ci va avoir un comportement énigmatique et manipulateur envers lui, poursuivant un objectif nébuleux dont Nicholas est le pivot. La situation va encore se compliquer avec l'arrivée de la séduisante Lily (Candice Bergen), dont la nature indéfinie amorce les ruptures de ton du récit.

Lily est d'abord présentée comme un fantôme et amour de jeunesse de Conchis que seul lui-même et ses pouvoirs de médium est capable de voir ainsi que Nicholas. L'ambiance se fait donc étrange, onirique et laisse à Guy Green le loisir de s'adonner à diverses expérimentations visuelles plus ou moins réussies avant de démentir cette piste initiale. On est progressivement perdus dans les multiples twists, retournement de situations et changement d'identités et de fonctions des protagonistes, la réalité s'altérant peu à peu pour nous faire naviguer entre rêve et cauchemar.

Les enjeux sont tout aussi incertains, on ne sait si c'est l'apaisement intérieur du torturé Nicholas qui se joue (et l'aveu de ses sentiments envers Anna), le passé douloureux de Conchis sur cette même île durant la guerre et l'occupation allemande voire même une réflexion métaphysique sur le cinéma et la fiction.

On sera au choix ou alternativement fasciné puis agacé par l'ambiance très spéciale (on n’est pas loin du Prisonnier) où Guy Green est capable de littéralement envouter et émouvoir (toute les scènes avec Anna Karina sont très touchantes dans leurs déchirements amoureux) pour sombrer dans le ridicule dans la minute suivante notamment lors de séquences érotiques supposées audacieuses.

C'est à cause de son absence de réelle vision que le film est si inégal et la prestation des acteurs s'en ressent. On ne sait au final jamais si l'on doit détester ou apprécier Michael Caine, à tout miser sur son mystère et charisme Anthony Quinn est tout aussi difficile à cerner (hormis lors d'un des flashbacks tardif), Candice Bergen reste un bel objet jusqu'au bout et finalement seule Anna Karina tire son épingle du jeu car extérieure au jeu de dupe des autre personnages.

Entre d'autres mains le potentiel était sans doute là pour une plus grande réussite mais The Magus est si surprenant par son ton psychédélique et ses ruptures de ton qu'il demeure une curiosité valant le détour et visuellement soignée (superbe photo de Billy Williams magnifiant autant les paysages grecs que les décors étranges aux effets poupées russes toujours surprenant).

L'accueil critique sera en tout cas catastrophique, Caine en faisant son pire film avec L'Inévitable Catastrophe et Ashanti (sans doute n'avait-il pas encore tourné Les Dents de la mer 4 quand il déclarait cela) tandis qu'il nous vaudra cette sortie hilarante de méchanceté de la part de Woody Allen : If I had to live my life again, I'd do everything the same, except that I wouldn't see "The Magus".

Sorti en dvd zone 1 chez Fox doté de sous-titres anglais et d'une vf

Extrait bien grâtiné