Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 25 octobre 2016

Le Fil du rasoir - The Razor’s Edge, Edmund Goulding (1946)

Le Fil du rasoir met en scène les amours et la destinée de deux jeunes riches américains, Larry et Isabel, à partir de 1919. Bien qu'épris l'un de l'autre, et fiancés, ils se séparent en raison des aspirations métaphysiques insatiables de Larry, qui a été profondément marqué par la Première Guerre mondiale, à laquelle il a participé comme pilote de chasse.

The Razor's Edge est une grande curiosité de l'âge d'or Hollywoodien de par ses thématiques baignées de mysticisme et anticipant les questionnements des mouvements hippies. Adapté d'un des derniers romans Somerset Maugham (paru en 1944), le film doit essentiellement son existence à la volonté d'un Darryl Zanuck obsédé à l'idée de le porter à l'écran. On le verra dans les nombreuses embûches surmontées la production. Ayant acheté les droits du roman pour la coquette somme de 50 000 dollars en mars 1945, Zanuck s'engage à verser à nouveau ce montant à l'auteur si le tournage n'a pas débuté d'ici à février 1946. Les atermoiements de producteur vont pourtant dangereusement le rapprocher de la date fatidique. George Cukor initialement envisagé est remplacé par Edmund Goulding et Zanuck ne voyant que Tyrone Power dans le rôle principal va attendre la démobilisation militaire de celui-ci qui n'interviendra qu'en janvier 1946. Somerset Maughan (auteur d'une première version du scénario qui sera rejetée, le dégoutant d'Hollywood) recommande son amie Gene Tierney pour le premier rôle féminin mais Zanuck choisit Maureen O'Hara tout en lui enjoignant de garder le silence pour ne pas s'attirer les foudres de l'auteur. Celle-ci s'étant confiée à Linda Darnell et Zanuck l'ayant appris il la punit en confiant finalement bien le rôle à Gene Tierney. Dernière péripétie, alors que le réalisateur et le casting ne sont pas arrêtés, Zanuck filme lui-même les scènes de seconde équipe en aout 1945 pour le passage supposé se dérouler en Himalaya mais tourné dans les montagnes du Colorado avec une doublure figurant Tyrone Power.

Le récit s'interroge sur la quête qui anima nombre de jeune gens au lendemain de la Première Guerre Mondiale. La "Génération Perdue" se noya dans un tourbillon de fêtes et de plaisir divers en Europe durant les années 20 dont certains parvinrent à tirer une vraie matière artistique à l'instar des Ernest Hemingway ou F. Scott Fitzgerald. D'autres retournèrent aux Etats-Unis pour s'y construire une fortune balayée par le krach de 1929. Face à ces questionnements "concrets", Larry Darrell (Tyrone Power) est indifférent et semble attendre autre chose que la frivolité ou la richesse matérielle. Tout son environnement l'invite pourtant à céder à cette conformité. La scène d'ouverture retarde d'ailleurs son arrivée dans une tonitruante soirée mondaine dont on a tous le loisir de contempler le faste et l'hypocrisie avant de le laisser apparaître, visage pur et étranger à ce monde. Sa fiancée Isabel (Gene Tierney) le pousse à endosser une lucrative carrière tout comme Elliott Templeton (Clifton Webb), l'oncle snob de celle-ci. Seul le personnage et narrateur Somerset Maughan (Herbert Marshall) - le Madame Bovary (1949) de Vincente Minnelli poursuivra cette tendance à mettre en scène l'écrivain dans sa propre adaptation - semble saisir le souffle romanesque de Larry et le comprendre.

Le récit suit donc en parallèle la destinée de Larry et celles d’Isabel et ses amis dont il s'est détourné pour poursuivre sa quête. Edmund Goulding le fait d'abord de manière ludique avec les manœuvres de l'oncle Elliott en voix-off pour faire entre Larry "dans le monde" contredites par l'existence janséniste à laquelle s'astreint ce dernier expérimentant les métiers les plus rudes (marin, mineur...) et fréquentant la population la plus modeste. Peu à peu, plus l'existence des amis laissés à la civilisation se fait dramatique (faillites, deuils...) plus celle de Larry prend un tour mystique avec comme sommet l'apprentissage spirituel en Inde et la véritable épiphanie vécue dans l'Himalaya.

Edmund Goulding parvient à façonner un vrai spectacle étrange et mystique qui captive tout en conservant son caractère intangible à la quête de Larry. Au début du film lorsqu'il est frustré par le monde moderne, on comprend le manque qu'il ressent sans pouvoir définir ce qu'il recherche. L'assurance et la maturité du héros traduisent l'accumulation de savoir et d'expérience sans que l'on ait assisté à de vraies péripéties et enfin l'expérience mystique de l'Himalaya reste en ellipse et seul le visage transfiguré et apaisé de Larry expriment sa mue. Ces choix judicieux évitent au film de sombrer dans le ridicule kitsch qui lui tendait les bras, l'exotisme et l'onirisme de l'épisode indien restant sobre.

Le film perd pourtant de son bel élan et originalité avec le retour à la civilisation de Larry. Quand il voudra concrétiser ce savoir pour aider les siens, cela se résumera à une ridicule scène d'hypnose. Par la suite il se montrera impuissant à guérir les maux de ses amis tous punis là où ils ont péchés, le matérialisme pour Isabel, le snobisme et le poids des apparences pour l'oncle Elliott (très bon Clifton Webb pince sans rire et maniéré). Seul le personnage sacrificiel et marqué par la vie de Sophie (Anne Baxter) semble sortir des stéréotypes mais son destin ne sera guère plus enviable. Alors sans forcément faire de Larry une sorte de messie, il y avait matière à rendre plus profitable son expérience et savoir à son entourage mais tout cela reste très flou et tire en longueur.

Il y néanmoins quelques belles fulgurances comme cette très touchante scène d'agonie paisible (on en attendait pas moins de Goulding avec la poignante scène de mort de son chef d'œuvre Victoire sur la nuit (1939)), la sexualité étonnement explicite et une reconstitution d'un Paris des bas-fonds dénués de toutes l'imagerie "Année Folle" - en plus d'oser de nombreuses scène en français (l'accent méridional alterne avec ceux des titis parisiens) pour plus de réalisme. Malheureusement malgré l'ambition du propos et l'interprétation habitée de Tyrone Power le film est plus original que réussi et passe un peu à côté de son sujet.

Sorti en dvd zone 2 français chez Fox

Extrait
 

vendredi 1 février 2013

Le Retour - Homecoming, Mervyn LeRoy (1948)


Engagé volontaire comme médecin de guerre, le Dr Lee Johnson fait la rencontre dans son corps d'armée de la séduisante infirmière Jane McCall surnommée Snapshot. Il ne tarde pas à tomber amoureux tout en se sentant coupable vis à vis de sa femme qui l'attend à la maison...

Comme de nombreux acteurs hollywoodiens, Clark Gable s'était engagé dans l'armée lors de l'entrée des Etats-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale et une fois démobilisé peina à retrouver des rôles à sa mesure. L'Aventure (1945) le film du comeback où il partage la vedette avec Greer Garson sous la direction de son ami Victor Fleming est un échec public et critique retentissant, et le bien plus réussi Marchands d'illusions (1947) sera surtout un succès d'estime. Le bien nommé Homecoming signe donc le vrai retour artistique de Gable qui trouve tout simplement là un de ses plus beaux rôles, sa propre expérience du front (où loin de se réfugier derrière son statut de star il participa à de vraies missions de combat) étant pour beaucoup dans la véracité qu'il apporte à ce personnage de vétéran au parallèle évident avec lui-même, star hollywoodienne/chirurgien ambitieux ramené au sens des vraies réalités par l'expérience de la guerre.

L'ouverture offre un saisissant parallèle avec au présent un soldat sur la bateau du retour aux Etats-Unis, marqué par l'expérience et taciturne, refusant de répondre aux questions d'un journaliste tandis que ces même questions réveille les souvenirs et amorce le flashback où il montre un tout autre visage. Le Dr Lee Johnson (Clark Gable) est un chirurgien dont l'ambition lui permis de rapidement s'élever dans son métier et qui entre deux consultation goûte désormais à la grande vie. Sa profession n'empêche pas un égoïsme certain comme le lui reproche son ami et collègue Bob bien plus impliqué dans les injustices sociales diverses alors que pour Lee, les patients sont avant tout des clients.

Même son engagement dans l'armée ne répond pas à un esprit vertueux mais à la norme du comportement à adopter en ces temps de guerre. Amené à exercer sur le front africain, Johnson va s'opposer puis se lier à son pendant inversé avec le lieutenant Jane « Snapshot » McCall (Lana Turner). Son existence est dévouée aux autres et à lutter contre l'injustice, au point de s'engager comme infirmière en laissant son jeune fils aux Etats-Unis. Les deux s'affrontent dès une mémorable première rencontre où le pragmatisme de Gable s'oppose à la dévotion aveugle de Turner, cette animosité trouvant une amusante chute lorsqu'ils apprennent qu'ils devront collaborer ensemble.

Mervyn Leroy nous rappelle là le maître du mélodrame qu'il sait être (La Valse dans l'ombre bien sûr) en passant de l'universel à l'intime pour éveiller l'émotion. L'universel c'est ce montage en fondu enchaîné qui montre la tâche insurmontable de ces chirurgiens de guerre alignant les heures au bloc dans une terrible vétusté pour soigner les blessures les plus graves. Gable commence à y fendre l'armure et perd de son arrogance face à l'épuisement, l'ampleur de la tâche et la perte douloureuse de ses patients dont une le marquera durablement. Ces certitudes s'estompent au même titre que la rigidité morale de Snapshot émue de voir cet homme prendre enfin conscience d'autrui. Pour leur troisième film en commun (après Franc jeu en 1941 et Somewhere I'll Find You en 1942) délivrent parmi les plus belles performances de leur carrière.

Gable le séducteur plein d'assurance des années 30 surprend par sa vulnérabilité, la construction du film même semble le faire évoluer de l'ancien Gable (les flashbacks avant-guerre) au nouveau de retour de guerre tout autant éprouvé par les visions sanglantes du front. Lana Turner surprend plus encore, elle qui dans le registre plus ouvertement dramatique se perd souvent en en faisant trop.

Là débarrassée de toute aura glamour avec ce personnage soldat avant d'être femme (un dialogue le soulignant ouvertement) elle bouleverse avec cette "Snapshot" tout en sobriété, masque d'impassibilité pouvant encaisser toutes les horreurs et dangers pour aider l'autre. Elle retrouve progressivement sa féminité en tombant amoureuse mais là aussi l'amène avec une douceur délicate, l'absence d'artifice séducteur (l'érotisme potentiel de la scène où elle se baigne est complètement désamorcée par Leroy) ayant amené l'actrice à une vraie finesse.

Les plus beaux moments du film sont lorsqu'ils daignent enfin s'abandonner, ébranlés par leur quotidien lugubre ou par leurs sentiments naissants. Leroy va du plus sobre au plus flamboyant au fil de la romance s'affirmant plus ouvertement. Une tasse de café partagée signe un début d'amitié après l'animosité de départ, plus tard Gable le regard égaré par la perte d'un patient cher réconforté par Turner tandis que les bombes pleuvent. On aura ensuite un baiser intense et une première séparation sous la neige (photo et cadrage somptueux avec Gable dans l'ombre tandis que Turner s'éloigne au loin spectre dans la blancheur enneigée) et enfin l'aveu poignant tandis que la mort rôde en plein siège de Bastogne.

L'issue de cette histoire d'amour ne sera connue que lors du fameux retour et les retrouvailles avec l'épouse jouée par Anne Baxter. Les retours sur la femme délaissée auraient pu alourdir le film mais par les questionnements qu'il soulève au delà du seul manque de l'autre (l'époux parti sera-il la même personne à son retour et que faire alors ?) et la prestation touchante d'Anne Baxter offre un beau contrepoint en montrant l'autre douleur engendré par le conflit, celui de la séparation, de la peur et de l'attente.

Cela accentue aussi les parallèles à l'Odyssée, le prénom de Gable étant carrément Ulysse (rebaptisé Useless par une Lana Turner fielleuse puis surnom attachant). Le beau final où rien n'est oublié mais où tout peut recommencer est magnifique, sans pathos et prenant son temps comme pour ménager le difficile retour au monde réel de son héros.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner 

jeudi 23 décembre 2010

La Ville abandonnée - Yellow Sky, William A. Wellman (1948)


Après avoir pillé une banque, des hors-la-loi s’enfoncent dans le désert de sel pour échapper à leurs poursuivants. Exténués, ils échouent dans une ville fantôme, Yellow Sky, où vivent un vieux chercheur d’or et sa fille. L’appât de l’or divise la bande...

Très grand western de Wellman où ses thèmes de prédilection et son style visuel atteignent des sommets pour offrir un objet précurseur en tout point dans le genre. L'ouverture donne dans le classique sans surprise avec cette bande de hors la loi sans scrupule qui arrive en ville, pille une banque et déguerpit aussi sec. Ce début nous montre ainsi les malfrats sous leur jour le plus désincarné et fonctionnel afin que soit appuyé l'aspect révélateur de la tournure plus surprenante de la suite du récit. Ce sera tout d'abord par une terrible scène de traversée de désert, qui révèle les dissensions sous jacente de la bande mais aussi la profonde autorité qu'exerce Gregory Peck sur ses hommes prêt à le suivre dans cette fournaise ardente. Un beau morceau de bravoure (qui inspirera sûrement Leone pour une séquence similaire dans Le Bon, La Brute et Le Truand) où les personnalités les plus valeureuses, lâche ou tenace se dévoile nous permettant d'anticiper certaines réactions de la seconde partie.

Cette traversée du désert qui laisse nos héros exsangues n'est que la première étape d'une mise à nu de chacun dans le cadre surprenant de la ville fantôme de Yellow Sky. Filmé dans le décor naturel de la Vallée de la Mort, le film distille une atmosphère inhabituelle dans le western américain de l'époque avec ces rocheuses imposantes dessinant des ombres de plus en plus oppressantes sur cette mystérieuse ville fantôme. L'action se trouve réduite au strict nécessaire dans une tonalité exclusivement psychologique où toutes les facettes de Wellman se dévoilent. Le grand attrait pour les personnages féminins fort (célébrés dans Convois de Femmes notamment) avec une Anne Baxter teigneuse faisant face sans férir aux malfrats et qui au terme d'un relation tumultueuse avec Gregory Peck découvre peu à peu sa féminité.

Plus surprenant, le message sur les méfaits de la guerre et la manière dont elle détruit les hommes, thème récurrent de Wellman (vétéran de la Première Guerre Mondiale) mais qu'on a pas vu venir ici. En effet sous les premiers abord patibulaires, la bande se révèle peu à peu comme une suite de destins brisés par la Guerre de Sécession. Diverses lignes de dialogues révèlent pour certains un passé plus simple et rural que la guerre et que la nécessité a poussée vers une voie criminelle, le moment le plus significatif étant la touchante séquence d'aveux où Peck conclu un marché en narrant son enfance difficile soucieux de démontrer que le vrai lui réside dans cette existence dont il a été détournée.

Plus qu'à un groupe de malfrat néfaste c'est sous la forme d'une bande de garçons perdus qu'apparaît la bande, la façon autoritaire et presque paternelle dont Peck résout tout les conflits et la crainte qu'il inspire à ses hommes (qui multiplient les volte face pour ou contre lui, indécis) soulignant ce fait. Au final hormis un très inquiétant Richard Widmark (et sans doute aussi John Russel et son regard vicieux) avide de revanche, il n'y a pas de vrai figure malfaisante et négative qui se distingue. Le pouvoir de suivisme dans un collectivité que fustigeait Wellman dans son puissant L'étrange accident est donc vu sous un jour plus nuancé ici quoique désespérant avec ses hommes condamnés à suivre un leader bon ou mauvais.

La forme est assez exceptionnelle et déborde d'inventivité. Tout les jeux vidéos FPS naissent lors de ce plan insensé où Anne Baxter arme son fusil sur un adversaire avec vue subjective depuis l'intérieur du canon, la manière d'aligner les personnages dans un décor et surtout le jeu d'ombre sur leur visages se découpant dans le cadre dans le jeu sur la profondeur de champs annonce elle le western spaghetti.

Le sommet est atteint en conclusion où Peck, Widmark et Russel se traquent longuement dans les ruines, rien ne nous étant caché de leurs progression alors que l'explosion de violence clôturant la séquence est elle vue en hors champs de puis l'extérieur (le western spaghetti Keoma de Castellari calquera quasiment son final sur celui de Wellman) laissant planer le doute sur le vainqueur. Grâce à toute cette finesse déployée, la scène final en forme de repentance et de nouveau départ aurait pu paraître trop simpliste ou appuyée mais fonctionne parfaitement. Juste brillant!

Sorti en dvd zone 2 français, pour les anglophones le zone 1 est cependant beaucoup moins cher et doté de sous titres anglais.

Pas pu trouver de bande annonce donc petit panorama des meilleurs moments mais mieux vaut couper le son vu la musique hors sujet...