Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 23 janvier 2018

Évasion - The Young Lovers, Anthony Asquith (1954)

Ted Hutchens, attaché à l'ambassade américaine à Londres, s'éprend d'Anna, la fille d'Anton Szobeck, un diplomate soviétique. Leurs chancelleries respectives les espionnent, soupçonnant l'un et l'autre de trahir leur pays.

Anthony Asquith signe un mélodrame poignant avec ce beau The Young Lovers. L'ombre de la grande romance du cinéma anglais Brève Rencontre de David Lean (1945), plane sur le film à travers plusieurs éléments. Dans le classique de David Lean, l'ombre d'une société anglaise inquisitrice façonnait une romance ardente et essentiellement intérieure reposant sur le regret pour son couple illégitime. Dix ans plus tard The Young Lovers étend cette problématique à une échelle plus vaste avec cet amour impossible sur fond de Guerre Froide entre Ted Hutchens (David Knight) attaché à l'ambassade américaine à Londres et Anna (Odile Versois) fille de diplomate russe. Le contexte politique et la dimension d'espionnage sont volontairement peu fouillés et sommaire, ne sert que de contrepoint oppressant à la romance entre Ted et Anna. Tout au long du film, Anthony Asquith s'applique à façonner une forme de monde intérieur pour ses amants, d'abord épanoui et simple cocon face à l'environnement londonien solitaire pour eux puis face à leurs chancellerie qui les épient et empêchent de s'aimer.

Les premières minutes sont à ce titre magnifique de romanesque purement formel. Le montage alterné capture ainsi les personnages dans leur isolement, silhouettes solitaires perdues dans l'urbanité londonienne foisonnante (pour Ted) ou désertique (pour Anna) tous deux en chemin pour assister à une représentation du Lac des Cygnes. Leur émotion commune face au ballet les réunis, Asquith par un léger panoramique accompagnant le regard de Ted quittant la scène pour s'attarder sur le visage en larmes de sa voisine (le lac des cygnes ayant un lien douloureux à son passé comme on l'apprendra). Les deux séquences suivantes poursuivent cette idée, d'abord en établissant la communication entre eux dans le hall vide du théâtre, puis le verre échangé en tête à tête dans un pub. Asquith les isole du monde qui les entoure par ce jeu sur l'espace, soit en se focalisant sur leur visage et sentiments changeant, soit en estompant littéralement l'extérieur avec un premier baiser mis valeur par un travelling avant qui rend presque abstrait l'arrière-plan du joueur d'accordéon dans le bar. Tout le film sera pour les amoureux une poursuite de ce moment, de récréer cet espace intime commun malgré l'opposition des blocs qui les dépasse.

Dès lors Anthony Asquith alterne la froideur des étouffantes diplomaties américaines et russes avec une vraie flamboyance visuelle et sensualité explicite des héros. La continuité avec Brève Rencontre opère avec à nouveau un leitmotiv musical romanesque tout au long du récit (Le lac des cygnes pour le film d'Asquith, le concerto pour piano n° 2 de Rachmaninov chez Lean) mais Asquith inverse l'esthétique intimiste claustrophobe de son modèle, porté par la jeunesse et la fougue de ses personnages loin de la résignation des adultes usés de David Lean et Noel Coward. Le point central de cette approche sera l'union charnelle des amoureux dans l'appartement de Ted, renforcée par l'intrusion momentanée d'éléments extérieur (quand l'intrus suffisait à refroidir les semblants d'élans physique dans une scène voisine dans Brève rencontre) et l'horizon s'étendant littéralement pour eux avec cette pleine lune accompagnant leur étreinte. Un des aspects passionnant du film est le regard suspicieux des diplomaties sur l'union et la manière dont il s'exprime.

Si chacun des héros est épié par ses pairs, chez les russes les masques tombent vite et le déchirement est filial pour Anna face un père (David Kossoff) qui a toujours tout sacrifié à la cause même si cela devait faire souffrir sa famille. Pour Anna cet amour est ainsi une émancipation et une manière d'exprimer à son père ce que sa carrière a coûtée à sa vie personnelle, le tout dans une grande finesse dénuée de manichéisme. A l'inverse la pure paranoïa règne chez les américains qui épient le faux pas potentiel de Ted, interprétant sous cet angle les manifestations d'amour à distance entre lui et Anna (ce poème téléphonique décrypté comme un code secret). Sur tous ces points le film constitue un beau précurseur du superbe et trop méconnu The Tamarind Seeds de Blake Edwards (1974), tout aussi romantique mais plus virtuose et ironique dans sa vision des jeux d'espions (la phrase finale d'Anna est presque la note d'intention du film de Blake Edwards).

Dès lors le suspense final fonctionne comme une parfaite illustration de cette opposition. La fougue, le mouvement perpétuel et les grands espaces déployant au fil de la fuite des fugitifs (toujours avec cet isolement suspendu comme les retrouvailles dans le train) fonctionnent à l'inverse des intérieurs figés, des mines taciturnes et immobiles des poursuivants qui ne peuvent suivre le rythme. C'est la force des sentiments qui décloisonne symboliquement (les inserts sur les flots de vagues durant la scène d'amour) puis concrètement cet espace et ouvre l'horizon des personnages. Un superbe œuvre romantique portée de plus par deux interprètes habité, en particulier la française Odile Versois dont la belle photo de Jack Asher n'a de cesse de mettre en valeur le moindre frémissement.

 Sorti en dvd zone 2 anglais chez ITV et sans sous-titres anglais

mardi 3 février 2015

L’Étranger - The Demi-Paradise, Anthony Asquith (1943)

Un jeune ingénieur russe arrive en Angleterre en 1939. Installé à Barchester, une petite ville de province, il découvre un monde replié sur lui-même, attaché aux conventions, et doit affronter les préjugés racistes...

The Demi-Paradise est un bel exemple de l’intelligence du cinéma de propagande anglais des années 40 qui saura toujours diffuser son message dans un versant original et humaniste produisant de vrais bons films. The Demi-Paradise se présente donc comme une sorte de croisement (en moins réussi) du Ninotchka de Lubitsch et de Mrs Miniver (1942) de William Wyler. Du Lubitsch, on retrouve le postulat du russe égaré en Occident avec le personnage d’Ivan (Laurence Olivier), jeune ingénieur venu en Angleterre chercher un partenaire industriel pour financer son invention, une hélice de bateau révolutionnaire. Nourri de préjugé envers les anglais, il verra ceux-ci presque tous confirmés sous des formes diverses. C’est d’abord la légendaire météo grise et pluvieuse londonienne qui va calmer ses ardeurs, puis le ton hautain et guindé ainsi que la méfiance des locaux envers « l’étranger » qu’ils abordent avec leur flegme british le plus glacial. Un unique rayon de soleil viendra éclairer son voyage avec la rencontre de la belle Ann (Penelope Dudley-Ward), fille de son possible mécène. Sa joie de vivre, ses sourires et son humour pétillant amène ainsi un autre visage plus lumineux à cette Angleterre et va troubler un Ivan peu à peu amoureux. Ce dernier arrive également avec la vision binaire du régime communiste malicieusement moquée au détour de quelques dialogues et de la franchise avec laquelle il fustige les mœurs anglaises. 

Si ses aprioris sont raillés à travers la préciosité du héros, ils ne sont pas totalement faux non plus et l’on y retrouve le recul que peuvent avoir les anglais sur leurs propres failles (notamment dans les films de Powell et Pressburger). La première partie du film se déroule en effet en 1939 avant l’engagement Anglais dans la Seconde Guerre Mondiale mais alors qu’Hitler étend son emprise en Europe. Même si biaisé par la vision d’Ivan on voit donc là une Angleterre repliée sur elle-même, cela se manifestant par la méfiance envers l’étranger donc, les discours isolationnistes dominants au sein d’une population tournée vers le passée (symbolisée par la célébration de la bataille de Waterloo annuelle). Cette situation va bien sûr perturber l’amorce de romance entre Ivan et Ann, la rigidité du premier s’opposant à la frivolité de la seconde et brisant pour un temps toute possibilité d’union.
Drôle, captivante et audacieuse, cette première partie est le moment le plus intéressant du film. Dans la seconde, Ivan reparti en Russie revient dans une Angleterre désormais en guerre et confrontée aux restrictions et au Blitz. 

Le ton est clairement plus policé et la dimension de film de propagande se ressent avec la célébration de la solidarité et du courage du peuple anglais face à l’adversité. De même l’humanisme et l’union des peuples sont magnifiés avec ce contexte difficile amenant l’acceptation d’Ivan par la communauté dans une fraternité inattendue. L’histoire d’amour peut ainsi enfin s’épanouir et certaines séquences répondent à la première en écho inversé, la célébration de Waterloo laissant place à une fête russe hommage à la ville natale d’Ivan. 

Tout cela est bienveillant et agréable mais déroule un programme lisse et attendu loin des aspérités intéressantes du début du film. L’histoire d’amour si piquante devient très classique, Penelope Dudley-Ward perd son allant d’héroïne de screwball comedy et Laurence Olivier de sa raideur géniale. Ce n’est pas le message pacifiste qui est en cause mais le traitement linéaire du scénario puisque d’autres œuvres de propagande anglaise sauront à la même période prendre des chemins plus déroutant pour délivrer leur message (les films de Powell/Pressburger bien sûr ou en pépite méconnue le fabuleux Thunder Rock (1942) de Roy Boulting). Surtout que là on esquive les sujets qui fâche et potentiellement intéressant comme le fait qu'à l'origine la Russie est alliée à l'Allemagne. Plaisant, dans un premier temps audacieux mais finalement sans surprise, dommage.

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres assez difficile à trouver mais Elephant Film doit bientôt l'éditer en France

Extra

dimanche 2 septembre 2012

The Browning Version - Anthony Asquith (1951)


Contraint de prendre sa retraite d’une école publique britannique, un professeur de grec austère doit faire face à ses échecs en tant que professeur, époux, et en tant qu’homme…

Au cinéma pour ce qui est de la description du métier d'enseignant, plusieurs visions sont possibles et ont déjà été exploitées. Celle rêvée du professeur charismatique et exalté, surhomme capable de susciter l'éveil d'une classe fascinée (Le Cercle des poètes disparus de Peter Weir l'archétype de cette approche), le vieil enseignant ennuyeux et bourré de tics moqués par ses élèves plutôt prétexte à grosse comédie et celle plus réaliste qui tente de retranscrire la relation élève/professeur avec justesse et sans forcer le trait mais pas forcément la plus dramatiquement intéressante (Derrière les murs). The Browning Version s'essaie courageusement à la deuxième solution pour un tirer un drame bouleversant.

Anthony Asquith adapte ici la pièce éponyme de Terence Rattigan qui en signe également le scénario. On assiste ici au portrait quelque peu pathétique d'Andrew Crocker-Harris (Michael Redgraves) un homme usé par la vie et son métier qu'il pratique sans aucune flamme ni passion, son attitude éteinte déteignant sur ses élèves qu'ils ennuient, ses collègues qui ne le respectent pas et surtout sa femme (Jean Kent) qui le méprise. Anthony Asquith souligne cet aspect dès les premières minutes où il retarde longuement la première apparition de Crocker-Harris.

Son nom n'est évoqué que par moquerie (The Crock) ou consternation par les élèves et différents protagonistes tandis que défilent des figures séduisantes de professeurs le cours de science enjoué du personnage de Nigel Patrick ou le jeune successeur interprété par Ronald Howard. Quand arrive effectivement Crocker-Harris, le fossé est d'autant plus cruel par rapport à ce qui a précédé. Tout dans l'attitude de ce dernier concourt à créer un mur infranchissable entre lui et ses élèves avec son attitude austère, son phrasé ennuyeux, son approche sans attrait de sa discipline pourtant si riche (les lettres classiques) et au final le plus important (ce qu'une réplique appuiera) le manque d'humanité.

Crocker-Harris vit ses dernières heures dans cet établissement pour cause de santé et va alors se confronter à ses échecs. Brutalement mis face au mépris et à la piètre opinion que les autres ont de lui par diverses humiliations (notamment le déplacement de son discours d'adieu aux élèves) cet homme que les ans ont rendu indifférent à son environnement va devoir douloureusement se remettre en question. Crocker-Harris est en quelque sorte un Mr Chips n'ayant pas réussi à changer, quand dans le film de Sam Woods (1939) Robert Donat réussissait à surmonter les mêmes défauts en en faisant une excentricité qui amusait et le rapprochait finalement de ses élèves en l'humanisant.

Crocker-Harris n'a plus cette force là tant son foyer le ramène également à son échec (au contraire de Mr Chips dont le renouveau correspond à une rencontre amoureuse) avec une épouse qui le déteste et le trompe ouvertement. Michael Redgraves donne une interprétation fabuleuse de ce personnage éteint, le pas lourd et le regard sans vie derrière ses épaisses lunettes. Tous les procédés narratifs et la mise en scène d'Asquith n'auront eu de cesse à souligner l'isolement auquel est condamné Crocker-Harris par ce caractère, par cette absence du début, la manière de le détacher de son interlocuteur dans l'échelle de plan (et la profondeur de champ), les champs contre champs lourd de sens de lui seul face à une entité collective (le discours final, les scènes de classe) ou son monologue face à son successeur.

Derrière la pitié que suscite Crocker-Harris, quelques motifs d'espoirs sont néanmoins amorcés avec la manière dont le bouscule Nigel Patrick et surtout les tentatives d'un élève de susciter son attention. C'est ce dernier point qui donne les moments les plus poignants, ceux où Crocker-Harris laisse enfin ses sentiments plus que la simple fonction s'exprimer derrière son attitude. Son visage s'illumine pour la première fois lorsqu'il raconte la traduction qu'il fit d'Agamemnon dans sa jeunesse et craque même totalement après toutes les contrariétés qui ont précédés lorsque son élève lui en offre une traduction, cette Browning Version qui donne son titre au film.

Si le chemin de la rédemption semble encore long, Terence Rattigan semble tout de même faire preuve de plus d'optimisme à travers les changements qu'il apporte au film par rapport à la pièce. Celle-ci s'achevait avant le discours final de Crocker-Harris qui nous est cette fois montré en forme de poignante catharsis et une ultime entrevue avec le jeune Taplow peut nous laisser croire que peut-être notre héros saura enfin partager son savoir avec l'étincelle indispensable à son noble métier.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta et pour les anglophones une belle édition Criterion existe également (sous-tritée anglais) avec de nombreux bonus intéressant pour qui souhaite en savoir plus.

Extrait


lundi 19 décembre 2011

L'Homme fatal - Fanny by Gaslight, Anthony Asquith (1944)


Londres, 1880. Après dix années passées en pension, Fanny Hopwood revient au domicile familial. Celui qu'elle prend pour son père, William Hopwood, est tué accidentellement par Lord Manderstoke lors d'une altercation. À la mort de sa mère, la jeune femme entre au service d'un homme politique influent, Clive Seymore, qui lui révèle être son véritable père (sa famille s'était opposée à un mariage en dehors de son rang social et il avait ensuite épousé Alicia). Peu après, Fanny rencontre le secrétaire particulier de son père, Harry Somerford, et Alicia Seymore apprend la vérité...

Fanny by Gaslight est un des plus fameux mélodrames en costumes de la Gainsborough et fut même le second plus grand succès du box-office anglais en1944 derrière Heureux Mortels de David Lean. Adapté du roman éponyme de Michael Sadleir paru 4 ans plus tôt, l'histoire est typique du grand récit moral victorien. L'innocence et la candeur la plus sincère côtoie donc l'immoralité et le stupre tout au long du film et ce dès la scène d'ouverture. Notre héroïne Fanny encore fillette découvre ainsi au sous-sol de son paisible foyer un curieux établissement déambulent des femmes costumées et fardées qu'elle prend pour des actrices. Vice et vertu se confondent même le temps d'un superbe plan ou la jeune de Fanny observe un tableau obscène.

Le même jour (qui est celui de son anniversaire) un homme mystérieux vient lui rendre une chaleureuse visite et semble tenir particulièrement à elle. Une ellipse nous ramène sur les lieux dix ans plus tard avec le retour de Fanny (Phyllis Calvert) dans son foyer après ses études et va révéler tragiquement l'envers des évènements du début. Comme on l'a deviné le sous-sol abrite une maison close tenue par son père, ce dernier succombant bientôt après une altercation avec le client récalcitrant Lord Manderstoke (James Mason).

Le grand mélodrame se poursuit lorsque le meurtrier est acquitté, que sa mère meurt de maladie à son tour et qu'elle est envoyée chez le gentleman croisé au début et qui s'avérera être son vrai père. Jeune promis à un bel avenir politique, on l'empêcha d'épouser sa mère. Cela fait beaucoup en une demi-heure de film à peine et l'héroïne vraiment trop innocente frise la niaiserie et a du mal à être attachante tant Phyllis Calvert peine à faire exister le personnage derrière cette douceur ébranlée par les malheurs.

Tout le film voit donc Fanny subir les conséquences des évènements du début, le scandale qui l'entoure la freinant dans tous ces projets, que ce soit les retrouvailles avec son père (belle scène rurale et seul moment apaisé du film) ou sa romance avec Harry Somerford (Stewart Granger charmant et avenant jeune premier) la voyant se retrouver dans la même situation que sa mère.

Et à chaque fois le destin funeste prendra les traits de son persécuteur Lord Manderstoke avec un James Mason (encore dans sa période grand méchant Gainsborough) génialement sournois et détestable qui une fois de plus éclipse tout le casting. L'ensemble est tout de même assez ennuyeux et on s'amuse bien moins que dans les œuvres plus ouvertement amorales de Gainsborough la faute à ce trop lisse personnage principal, l'interprétation de Phyllis Carver (hormis la toute dernière scène où elle réplique enfin) peinant à susciter l'empathie.

C’est d’ailleurs bien les personnages immoraux les plus intéressant et charismatiques, Mason donc mais aussi Kathleen Nesbitt en épouse vénale mais aussi une ambigüe Jean Kent qui fera les mauvais choix par confort matériel. Le film n'est pas désagréable pour autant notamment grâce à la mise en scène élégante d'Asquith dont les cadrages et la lumière (belle photo de Jack E. Cox) mettent vraiment en valeur les décors et les costumes. On retiendra notamment une assez somptueuse scène de duel au petit matin dont on peut se demander si elle est passée sous les yeux de Ridley Scott pour Les Duellistes. Un peu trop forcé dans le larmoyant et peu palpitant donc mais cela se laisse voir tout de même grâce au brio formel.

Disponible en dvd zone 2 anglais notamment dans le coffret Stewart Granger déjà évoqué ici et doté de sous-titres anglais.

Extrait des dix premières minutes

samedi 7 mai 2011

Pygmalion - Bernard Shaw's Pygmalion, Anthony Asquith et Leslie Howard (1938)

Le professeur Henry Higgins, alors qu'il étudie de loin les manières d'une pauvre vendeuse à la sauvette de Piccadilly Circus, parie avec un collègue qu'il peut, en quelque temps et a titre d'expérience, complètement corriger l'allure et le langage de celle-ci, pour en faire une femme de la haute société.

Si la transposition musicale My Fair Lady reste la version désormais la plus connue de la fameuse pièce de George Bernard Shaw, celle ci connu une adaptation plus classique avec ce film de 1938. Shaw signe d'ailleurs lui-même le scénario tandis que la mise en scène se partage entre le plus aguerri Anthony Asquith et Leslie Howard dont c'est la première réalisation.

Dans l'ensemble le film est très fidèle à la pièce si ce n'est certains personnages secondaires un peu moins développés et la conclusion bien plus sentimentale et romantique que le cynisme de la pièce. On suit donc les aventures de Eliza Doolitle (Wendy Hiller dans son premier rôle cinéma et qui fut aussi la première Eliza Doolittle dans la pièce de Shaw), jeune fleuriste sans éducation des rues qui se voit prise en main sur un pari par le professeur Higgins (Leslie Howard) qui s'est juré de lui donner la prestance et la diction d'une duchesse en six mois.

Le script conserve toute la causticité et l'humour méchant de la pièce à travers le personnage hautain et méprisant de Higgins magistralement incarné par un Leslie Howard sautillant et rudoyant plus qu'à son tour Wendy Hiller. Cette dernière donne dans un registre à mi chemin entre le loufoque (hilarante scène où on tente de lui donner un bain) par les manières et le parler rustre de l'héroïne et une dimension plus profonde et intériorisée, ce dernier dominant au fil de l'avancée du film et de l'acquisition du savoir par Eliza Doolitle.

L'origine théâtrale se ressent clairement par la construction du film obéissant à celle des actes de la pièce et se divisant donc en cinq grandes et longues séquences abordés de manières constamment variées par Asquith. Les deux premiers "actes" (la rencontre farfelue en pleine rue, la mise en place du pari et le début de l'apprentissage) donne ainsi volontairement dans le pur théâtre filmé avec son verbe assassin, le défilé de personnages délirants (Wilfried Lawson d'une vulgarité grandiose n Mr Doolitle) et l'abattage du duo Hiller/Howard, elle en victime ne s'en laissant pas compter et lui en professeur tyrannique et odieux. Les séquences d'apprentissage par leur montages (signé David Lean !) dynamique aux multiples invention visuelles se chargent donc d'apporter l'énergie empêchant le tout d'avoir un aspect trop figé.

La mise en scène s'enhardit au fil des progrès de Eliza Doolitle et la première hilarante sortie pour un thé, par son jeu des champs contre champs et la disposition des personnages dans l'espace. On constate l'extraordinaire travail effectué sur les intonations et les modulations de voix à travers la prestation de Wendy Hiller et l'impression que donne son personnage pas encore mûr, la diction quasi parfaite désormais exprimant encore des anecdotes vulgaires. l'important n'est pas seulement la manière de dire mais ce qui est prononcé également. Cette nuance se voyant approfondi en conclusion lorsque Eliza fera remarquer à Higgins que c'est autant le regard respectueux porté sur elle que que son attitude propre qui en fera réellement un Lady. Wendy Hiller est constamment sur la corde raide du cabotinage et de la caricature mais fait finalement preuve d'une maîtrise surprenante, toujours cette étincelle de mélancolie lorsqu'elle en fait des tonnes en pauvresse ignare et le regard malicieux en coin quand elle donne dans un registre ouvertement dramatique.

Tout cela fait merveille dans le sommet du film qu'est la superbe scène de bal où Eliza dégage une grâce et un mystère inattendu qui époustoufle l'assistance. Mais savoir c'est finalement être conscient de sa position et en décalage avec comme elle va le constater lors d'une cruelle séquence où son statut de simple cobaye éclate au grand jour. Le récit passionne lorsqu'il aborde cet entre deux troublant où se trouve Eliza, trop éduquée pour retourner dans un milieu qui n'est plus le sien, et d'origine trop modeste pour intégrer celui que ses nouvelles manières exige. Wendy Hiller est à nouveau épatante et Howard tout aussi brillant par sa goujaterie suscitant une incompréhension totale des sentiments d'Eliza.

Les derniers échanges désormais d'égal à égal même si tirant un peu trop en longueur sont brillants dans le renversement des forces, le marionnettiste Howard étant totalement dépassé par la vivacité de sa création désormais libre de ses pensées. Le film conserve ainsi toute l'acidité de la pièce tout en ménageant une issue plus romantique attendue lors de la belle conclusion où est néanmoins restée malgré le rapprochement des héros l'audace de ne pas les marier ce qui surpris grandement le public de théâtre à l'époque. Superbe adaptation donc qui eu d'ailleurs une influence directe sur la pièce puisque tout les ajouts du film (les scènes d'apprentissages, le bal et le phonétiste hongrois qu'on y rencontre) furent intégré par la suite par Shaw dans les futures représentations de la pièce.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

Extrait des 10 premières minutes

lundi 14 février 2011

La Femme en question - The Woman in Question, Anthony Asquith (1950)


L'enquêteur Lodge est sur une nouvelle affaire. Celle du meurtre d'Astra Taylor, voyante retrouvée morte par le fils de la bonne, étranglée par son foulard dans sa demeure. La bonne lui donne rapidement des détails sur les relations qu'entretenait Astra et sa soeur Catherine avec qui elle est en froid, et avec Bob, le petit ami de sa soeur avec qui il souhaitait préparer un numéro de télépathie.

Un thriller anglais qui fonctionne sur le principe désormais bien connu et établi pour le meilleur par le Citizen Kane de Welles ou le Rashomon de Kurosawa à savoir un récit en flashback adoptant plusieurs point de vue sur un personnage disparu ou des évènements passés. Ici, il sera donc question de faire la lumière sur la personnalité trouble d'Astra Taylor voyante retrouvée assassinée et les évènements ayant conduit à cet acte. L'enquête nous promène donc à travers les témoignages de cinq personnages différents, plus ou moins proche de la défunte et qui vont en offrir un portrait bien contrasté.

L'aspect purement policier et "whodunit" ne semble pas particulièrement intéresser Asquith tant il semble traité laborieusement. Les personnages des policier terriblement terne suivent plus l'enquête qu'ils ne la mènent, les indices et révélations se dévoilent mécaniquement et sans surprise et la résolution finale (prévisible si on a été suffisamment attentif) est vraiment sans éclat. Le plus important ici c'est réellement l'étude de caractère qui se dévoile à travers la subjectivité des flashback. Asquith fait preuve d'une étonnante sobriété visuelle (surtout si on en réfère à Citizen Kane) où tout n'est que subtilité (la photo qui se fait soudain plus lumineuse pour adopter le regard amoureux de Charles Victor idéalisant Astra) l'ensemble reposant entièrement sur la prestation fascinante de Jean Kent. Affreuse mégère intéressée ou femme légère dans le regard des uns, fragile et attentionnée dans celui des autres l'ambiguïté quant à sa vraie nature est le seul vrai mystère à résoudre plus que celui de son meurtrier.

L'actrice se montre tour à tour d'une sensiblerie charmeuse attendrissante puis fait imploser totalement cette facette en explorant de manière provocante son côté obscur. L'enchaînement du premier flashback où elle est magnifiée avec le second où le visage bouffi, la mine défaite et les bas en lambeaux elle se réveille lourdement est un sacré choc et Asquith reprend avec une grande intelligence des angles et des mouvements de caméra presque identiques (mais toujours avec la petite variation qui change tout) en revisitant les scènes sous les différents points de vue.

Jean Kent vampirise réellement le film par sa performance et en est finalement le seul vrai intérêt. Les différents narrateur n'existent que par elles et s'avère plus caricaturaux qu'autre chose, même Dirk Bogarde pas encore grand qui gâche un peu un personnage intéressant par sa fadeur. Etrangement le plus ouvertement caricatural est aussi le plus convaincant avec un très bon John McCallum en marin amoureux dépité par les infidélités de Astra, il réussi à susciter une vraie émotion malgré la balourdise de son personnage et un temps de présence plus limité que les autres protagonistes. Bref pas inintéressant, mais loin d'être inoubliable non plus même si ça m'incite à me pencher plus en avant sur la filmographie de Jean Kent (et Anthony Asquith) qui paraît plutôt intéressante. .

Sorti en dvd zone 2 anglais mais malheureusement dépourvu du moindre sous titres, français comme anglais.