Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 30 avril 2016

Captain America : Civil War - Anthony et Joe Russo (2016)

Steve Rogers est désormais à la tête des Avengers, dont la mission est de protéger l'humanité. À la suite d'une de leurs interventions qui a causé d'importants dégâts collatéraux, le gouvernement décide de mettre en place un organisme de commandement et de supervision. Cette nouvelle donne provoque une scission au sein de l'équipe : Steve Rogers reste attaché à sa liberté de s'engager sans ingérence gouvernementale, tandis que d'autres se rangent derrière Tony Stark, qui contre toute attente, décide de se soumettre au gouvernement...

 Le coup de poker d’un univers partagé, engagé par Marvel lors du lancement de Iron Man (2008) s’avère désormais un coup de maître, parfois artistique (Captain America : First Avenger (2011), Captain America : le soldat de l’hiver (2014), Avengers (2012) et Les Gardiens de la galaxie (2014)) et surtout financier. La promiscuité de la série télé et les moyens du cinéma ont façonné une vraie connivence avec le spectateur, pour lequel l’immense feuilleton Marvel est devenu le mètre étalon du film de super-héros – avec ses codes identifiés, il n’y a qu’à voir les salles rester pleines lors des génériques en attente de la scène bonus habituelle. C’est désormais la norme du blockbuster américain, ne pensant plus ses productions qu’en terme d’univers partagés et déclinables en de multiples et très rentables franchises. Les tentatives de projets originaux, risqués et one shot, se font denrées rares, le public n’ayant plus la curiosité de s’aventurer dans une proposition lui étant totalement inconnue – voir les échecs injustes des formidable A la poursuite de demain (Brad Bird, 2015) ; John Carter (Andrew Stanton, 2012) ; ou Lone Ranger (Gore Verbinski; 2013). D’évènementielle, la saga Star Wars est devenue une vache à lait lucrative - on attendra de voir si les spin off valent mieux que la paresseuse redite de JJ Abrams -, Universal recycle ces mythiques Universal Monsters en univers partagé à la Avengers, et la Warner reprend à son tour le modèle pour adapter les DC comics avec le récent Batman vs Superman : l’aube de la justice (Zack Snyder).

Désormais copié de toute part, comment Marvel allait donc répondre à la concurrence ? Le problème de la construction d’un univers partagé au cinéma, c’est le sens des priorités dans ce que l’on a à raconter au fur et à mesure que celui-ci se développe. Avengers : l’ère d’Ultron (2015) avait été une déception en négligeant le déroulement du film en cours pour préparer les évènements des suites à venir dans un ensemble bancal. C’est un écueil dans lequel est tombé de manière pire encore Warner dans Batman vs Superman : l’aube de la justice, les vraies qualités du film étant noyées dans le cahier des charges destiné à préparer les opus suivant. Des personnages pas établis annonçant un univers qui l’est tout aussi peu et amorcé dans la précipitation, le résultat était un beau gâchis que corrigera peut-être un director’s cut. Marvel semble de son côté avoir retenu la leçon avec ce Captain America : Civil War : chaque nouveau film doit fonctionner en tant que continuité de cet univers partagé et pas en promesses de ce qui s’y annonce. Les Captain America sont certainement les films les plus réussis produits par Marvel et ce troisième volet le confirme. Le film poursuit les précédentes aventures du Captain dont on retrouve la tonalité de thriller politique tout en constituant une suite bien plus convaincante des Avengers dont on retrouve l’équipe presque au complet.

L’intitulé Civil War désigne une fameuse saga récente des comics qui questionnait la place des super héros et leur nature instable par rapport au gouvernement en place, ce qui suscitait un immense conflit idéologique au centre duquel s’opposaient Iron Man et Captain America. Le film reprend cette idée avec tous les climax destructeurs des précédents films, remettant en cause le statut des Avengers sommés de se soumettre au pouvoir en place. Un souhait légitime tout comme sa contradiction si ledit pouvoir est corrompu et fait agir nos super héros selon des intérêts douteux. C’est là que la continuité des films antérieurs est judicieuse : en instaurant une tension immédiate de par les acquis déjà posés des personnages. L’héroïsme nourri de culpabilité de Tony Stark/Iron Man (du fait de son passé de marchands d’armes) l’incite à se soumettre à la loi. La figure de rempart vertueux et son expérience face à la dictature affichée ou larvée (les nazis du premier film ou le SHIELD infiltré du second) amène plutôt une méfiance de Captain America, refusant lui de donner le blanc-seing à un pouvoir aux desseins imprévisibles. A cela s'ajoute une implication plus personnelle, connue pour Captain America avec Bucky et qui constituera un superbe coup de théâtre pour Iron Man.

Chacun des personnages est dans son droit, pense agir pour le meilleur, le récit offrant de très intéressantes thématiques dans une Amérique pas remise du 11 septembre et des errements de l’administration Bush. Tout cela était déjà contenu dans Captain America : Le soldat de l’hiver et idéalement développé ici. L’adversaire est d’ailleurs tout ce qu’il y a d’humain, et le fruit des fautes passées de nos super héros. Les frères Russo avaient livré un spectacle de haute volée avec Le Soldat de l’hiver et récidivent ici, profitant des bases de l’univers Marvel pour se départir de scènes introductives et lancer immédiatement l’action. Tout ce conflit moral qui va déchirer les Avengers se fait dans le mouvement d’une narration fluide et riche en péripéties. Il y aurait à redire sur le trop plein de personnages dont le choix dans le débat est survolé pour certains afin de privilégier cette dynamique du récit.

Cependant, les scènes de combats collectives sont fabuleuses, comme ce duel dans l’aéroport où les Russo exploitent avec une grandiloquence comics jubilatoire les capacités des protagonistes, que ce soit Ant-Man, une nouvelle incarnation éblouissante de Spider-Man ou la Panthère noire. D’ailleurs, là aussi l’aspect teasing rédhibitoire (Marvel intronisant ce nouveau Spider-Man en vue d’un prochain film), en se fondant dans l’action, dérange moins. C’est en déchaînant la pyrotechnie du genre au service de l’intime que le film trouve sa force, notamment dans un final cathartique et anti-spectaculaire où les héros sont renvoyés à leurs doutes.

Robert Downey Jr. n’avait pas été aussi intense et impliqué depuis le premier Iron Man, Chris Evans est égal à lui-même et formidable d’humanité et de droiture. Fort de ses deux pivots, le reste des protagonistes - quand on leur laisse le temps de présence pour exister (Scarlett Johansson en Veuve Noire, Chadwick Boseman en Panthère Noire) - est au diapason. Les Russo tournent le dos à l’escalade de destruction massive - remise en cause au sein même du film – pour une conclusion amère laissant les Avengers ébranlés. C’est donc la force du récit en cours qui donne envie de voir la suite et pas les indices maladroitement lancés qui rendent plus problématique l’intérêt du Batman Vs Superman de la concurrence. En revenant à hauteur de ses personnages, Marvel redonne de l’intérêt à son univers.

En salle

mercredi 11 septembre 2013

Pain & Gain - Michael Bay (2013)


À Miami, Daniel Lugo, coach sportif, ferait n’importe quoi pour vivre le « rêve américain » et profiter, comme sa clientèle fortunée, de ce que la vie offre de meilleur : maisons de luxe, voitures de course et filles de rêve… Pour se donner toutes les chances d’y arriver, il dresse un plan simple et (presque) parfait : enlever un de ses plus riches clients et… lui voler sa vie. Il embarque avec lui deux complices, Paul Doyle et Adrian Doorbal, aussi influençables qu’ambitieux.

Michael Bay et ses blockbusters décérébrés constituent pour beaucoup la lie du cinéma commercial américain. Effets clippesques tout en montage syncopé et filtres pétaradants, couchers de soleil publicitaires dignes d’un clip d’Aerosmith et scènes d’actions over the top, tout Michael Bay est là. Chez lui, les personnages masculins sont de préférence bien bâtis, rigolards et machos, les filles des bimbos aux formes affolantes - Scarlett Johansson, Kate Beckinsale ou Megan Fox y sont exposées sous leur jour le plus sexy - tandis que les exploits héroïques se font le plus souvent sur fond de bannières étoilées où la corporation militaire est largement mise en valeur.

Michael Bay, c’est un peu l’américain moyen qui quand il va au restaurant commande le plus gros steak et lorsqu'il s'agit d'acquérir une nouvelle voiture s’achète le Hummer le plus imposant. Le tout est ainsi d’en mettre plein la vue et d’en imposer, ce qui se retrouve dans ses films à l’action démesurée, Bay aimant qualifier une séquence spectaculaire réussie de "awesome", son effet de style favori étant le travelling circulaire. Mais si tout cela est bien vrai, on aurait toutefois tort d’y résumer là Michael Bay, le cinéaste s’avérant bien plus intéressant que des tâcherons anonymes et interchangeables comme Bret Rattner ou John Moore.

Tous les motifs visuels et narratifs précités représentent en quelque sorte un idéal beauf du rêve américain dans tout ce qu’il a de plus racoleur, m’as-tu-vu et putassier. Il les a largement mis en valeur dans ses premiers films, notamment Armageddon (1998), imprégné d'imagerie americana mais néanmoins étonnamment touchant sous l’avalanche de clichés, de patriotisme et de rock FM - tout comme dans Rock (1996), où entre deux explosions se dessine un intéressant rapport filial, non anodin lorsqu'on sait que Michael Bay est un enfant adopté. Par la suite, Bay se perdit en cherchant à faire du « vrai » cinéma avec le sinistre Pearl Harbor (2001) où l’épopée romantico-guerrière se rêvant nouveau Titanic (James Cameron, 1998) tournait court du fait d'un casting transparent et de scènes sentimentales dignes de la collection Arlequin, le seul intérêt du film étant finalement la scène d’attaque où il laissait s’exprimer son sens de la destruction.

Plus tard, la schizophrénie serait de mise entre nouvelle tentative de cinéma plus classique mais rencontrant l’échec commercial - la SF plutôt efficace de The Island (2005) - et films ouvertement décérébrés et vulgaires faisant un triomphe - l’inénarrable Bad Boys 2 (2004), monument de vulgarité crasse où la caméra passe en plan-séquence sous les jupes des filles, où des souris font l’amour en missionnaire et où un duo de flics rase la moitié de Cuba lors d’un climax furieux.

La saga des Transformers, pour un premier volet où Spielberg producteur aura réussi à maîtriser Bay pour un honnête divertissement, sombrera dans les écarts les plus absurdes et débiles dans les deux épisodes suivant (2009 et 2011). Dans Bad Boys 2 comme dans les Transformers, Michael Bay se plaisait à piétiner et truffer de déviances ce rêve américain (bimbos, grosses voitures et couchers de soleil) qu’il vantait - quoi qu’on en pense - avec une réelle sincérité dans ses premiers films, laissant à penser qu’il n’en était pas dupe. Entre bêtise, génie ou simple goût de la provocation, on ne savait ainsi que penser du réalisateur à ce propos. Jusqu’à Pain and Gain.

Pain and Gain est un projet de longue date de Michael Bay, qui a toujours souhaité pouvoir s’atteler à un plus petit film entre deux blockbusters mastodontes. En acceptant de signer un Transformers 4, Bay avait dans le deal exigé de pouvoir enfin réaliser Pain and Gain. Le film s’inspire d’un sordide faits divers des 90’s à Miami où un groupe de culturistes avait séquestré, torturé puis tué des nantis, les forçant à signer des documents afin de s’approprier leurs biens. Le scénario fait de cette affreuse histoire une comédie noire à la Fargo (Joel et Ethan Coen, 1995) où nous suivrons les trois culturistes dans leurs pérégrinations sanglantes. On peut résolument parler de la rencontre d’un auteur avec son sujet tant tous les tics visuels propres à Miami sont exploités : bling bling, étalage de richesse, bimbos siliconées et climat ensoleillé dans une sorte de catalogue publicitaire du plus mauvais goût.

Un cauchemar pour certains, le rêve américain pour d’autres à l’image du héros Daniel Lugo (Mark Wahlberg). Coach dans une salle de sport, ambitieux et persuadé que son tour viendra dans la longue file d’attente de la réussite sociale, Daniel Lugo décide pourtant de prendre un sanglant raccourci. L’étalage vulgaire de plaisir et la frustration vis-à-vis de sa clientèle richissime vont donc l’amener au kidnapping du vantard et plein aux as Kershaw (Tony Shalhoub) dont il va spolier la fortune avec l’aide de ses acolytes, le frustré et adepte des stéroïdes Adrian (Anthony Mackie) et le colosse Paul (The Rock).

L’intrigue développe une escalade de séquences extrêmes et hilarantes où Bay dénonce la bêtise profonde de ses héros ainsi que la vacuité du rêve qu’ils poursuivent. Tout n’est qu’apparence à l’image du culte du corps qu’ils entretiennent et les mantras ridicules de sportifs dont ils se galvanisent ("My name is Daniel Lugo, and I believe in fitness") et qui seront les mêmes que lorsqu’ils chercheront la fortune, d’abord avec des gourous ("Are you a doer, or are you a dont’er?") puis ensuite dans leur actions criminelles extravagantes - où même là ils ne montreront guère de disposition, telle cette longue scène de meurtre raté où effectivement l'on nage en plein Fargo.

Une fois fortune faite, le rêve américain a effectivement belle allure, ce même s'il s’avère bien conventionnel : villas en quartier résidentiel, voitures de luxe et cocaïne. Le personnage de Kershaw s’avère tout aussi pathétique dans la manifestation de sa réussite sociale, énumérant ses possessions et alignant les punchlines condescendantes à mourir de rire (« Tu sais qui a inventé la salade ? Les pauvres ! »).

 Michael Bay démarre le film dans son esthétique bien connue : palmiers, coucher de soleil flamboyant, boîte de nuit aux strip-teaseuses topless… seulement, il n’y a plus comme dans ses films d’action de héros téméraires et courageux aptes à surgir de cette fange mais bien trois pieds nickelés hors-la-loi. Dès lors, cette imagerie du rêve américain vire sous acide avec des idées de mise en scène complètement folles, des situations déviantes (la scène du barbecue final vaut à elle seule le déplacement) et un festival de répliques aussi ordurières qu’inventives. Un panneau viendra même, lors d’un dérapage anthologique, rappeler au spectateur stupéfait de tant d’excès que « Ceci est toujours une histoire vraie » !

Les trois acteurs donnent magnifiquement de leur personne, Mark Wahlberg pur produit de cette Amérique white trash de par son passé - et certains de ses rôles comme Boogie Nights (Paul Thomas Anderson, 1997) ou le récent Fighter (David O. Russell, 2011) - dévoile un potentiel comique énorme, surgonflé et l’air ahuri tandis que The Rock amène une - petite - touche d’humanité avec ce personnage pieux et en quête de rédemption, entre deux sniff de cocaïne tout du moins. Pain and Gain, assez éreintant et un peu trop long dans ses excès, demeure cependant un sacré ovni et couve un potentiel de film culte en puissance.

Mais le plus drôle serait de voir un pamphlet dans la vision de ce que Michael Bay a toujours célébré, ce dont on doute fort et que l’épilogue confirme, où plus que dans l'objectif, c'est dans les moyens employés (et l’imbécilité des protagonistes) qu’il faut voir la critique. La vie de pacha, ça se mérite et ce n’est pas cet acharné de travail (dix films en treize ans tout de même) qui dira le contraire. Un parfait pendant du Spring Breakers (et dans une moindre mesure le Bling Ring de Sofia Coppola) de Harmony Korine pour ce qui est en cette année 2013 du rêve américain sous acide .

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