Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 3 janvier 2017

Arènes sanglantes - Blood and Sand, Rouben Mamoulian (1941)

Fils de torero, Juan Gallardo rêve de gloire et d’endosser l’illustre habit de lumières à l’image de son père mort dans l’arène. Vivant pauvrement à Séville avec sa famille, il quitte la maison pour faire carrière à Madrid dans la tauromachie. Après quelques années, il réussit à se faire un nom auprès d’aficionados. Auréolé de gloire, il retourne à Séville, retrouve sa famille et son amie d’enfance, Carmen. Ils se déclarent leur amour et se marient. Réalisant de spectaculaires corridas, Juan est maintenant à son apogée. Encensé par tous, il est remarqué par la troublante séductrice Doña Sol, une superbe aristocrate habituée au milieu mondain.

Arènes sanglantes participe à la démarche hollywoodienne de réviser ses classiques les plus spectaculaires du muet à l'aune du parlant. Rouben Mamoulian pour son premier film à la Fox avait donné l'année précédente une relecture à succès du Signe de Zorro de Fred Niblo avec Tyrone Power et Linda Darnell. C'est donc tout naturellement que la même équipe est reconduite à nouveau pour remaker Fred Niblo et sa première adaptation du roman de Vicente Blasco Ibáñez en 1922. Mamoulian poursuit d'ailleurs en plus réussi sa démarche du Signe de Zorro où il retardait et limitait le spectaculaire pour s'attarder sur le contexte et les sentiments qui guidaient les actions des personnages. Ainsi au départ Arènes sanglantes avec son Technicolor flamboyant, son casting prestigieux et le faste de ses décors semble verser dans une pure vision épique et romanesque de ce monde de la tauromachie. Au contraire Mamoulian en contrepoint de ce visuel pétaradant va proposer un film étonnement introspectif.

Cette démarche ne se devine que progressivement tant le film donne dans le portrait plein de panache de Juan Gallardo. L'intrépidité juvénile, le panache et le charme de Juan marquent dès l'adolescence où il est déjà sûr de son talent, de son destin et de ses amours avec Carmen (Linda Darnell). Cette insouciance continue à rendre le personnage attachant dans son ascension où le mépris des autres appuient sa détermination à réussir, tout en nous amusant quand il se voit trop beau et trop vite (hilarante scène où il se croit acclamé à la gare). Pourtant à bien y regarder on constatera finalement la nature assez elliptique de la réussite de Juan, les obstacles venant plus de son orgueil blessé que de son réel apprentissage (et la sagesse possiblement acquise) pour devenir un matador accompli. Juan est poseur et vaniteux alors qu'il n'est rien (la scène où il arrive en maître dans son ancien quartier et distribue les cadeaux) et accentuera ces traits de caractère une fois parvenu au sommet, une nouvelle fois sans apprendre (il restera illettré jusqu'au bout).

Le film ne traite pas d'une figure héroïque mais plutôt de la faiblesse du caractère humain face à une adulation publique versatile. Le journaliste joué par Laird Cregar méprisant ou adulant Juan au gré des évènements représente bien cela mais c'est dans les scènes de tauromachie que Mamoulian l'exprime le mieux. Les postures martiales et l'attitude fière de Juan ont toute leur raison d'être dans cet environnement grandiose, le découpage de Mamoulian soulignant autant la grâce que le danger de tous les instants de la joute. Si Juan est magnifié dans son élément, les inserts sur le public trahissent l'hypocrisie du public plus grisé par la mort omniprésente que la prouesse, Mamoulian l'exprimant autant par la beauté (l'admiratrice jouée par Rita Hayworth) que le grotesque (ce spectateur dégustant son steak en pleine joute). Le toréador ne vaut finalement pas mieux que la viande de sa victime que se partagent les spectateurs après le spectacle. Ce sera bientôt son tour d'être symboliquement dévoré.

Tyrone Power si dominateur dans son arène est littéralement happé par le luxueux et rococo gigantisme de la demeure de Doña Sol de Muire (Rita Hayworth). Les scènes de séduction font preuve d'un raffinement aussi forcé et factice que le sourire de Rita Hayworth qui s'est trouvé un nouveau jouet. Tout cela contribue à rendre Juan étranger à son élément, Mamoulian faisant subtilement passer la déchéance progressive de notre héros. La déchéance morale se dévoile par un simple motif visuel (la bague qui révèle son adultère) puis simplement en escamotant les scènes de tauromachie qui n'ont plus lieux d'être.

La poursuite vaine de la gloire et adrénaline de l'arène se révèlera aussi par ses victimes collatérales présentes (le personnage de John Carradine reportant toujours ses adieux pour le pire) ou future avec le trop ambitieux Anthony Quinn. A l'inverse c'est lorsqu'il convoque magnifiquement l'iconographie religieuse que Mamoulian humanise ses personnages (Linda Darnell en quasi figure de sainte), Mamoulian reconnaissant l'inspiration de Velázquez dans les somptueuses compositions de plan où Juan se recueille avant le combat, ou dans les séquences d'agonie ou les toréadors adoptent des poses de martyrs. Alors que la construction du récit s'avère finalement très classique dans son rise and fall, c'est la finesse du traitement et de l'illustration du réalisateur qui rendent Arènes sanglantes si prenant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening

 

mercredi 1 juillet 2015

Don Angelo est mort - The Don is dead, Richard Fleischer (1973)

Après le décès de Don Paolo, le chef de la mafia new-yorkaise, un Conseil réunissant les plus grandes familles du Milieu se réunit et désigne Don Angelo comme leur nouveau chef. Ce dernier prend sous sa protection Frank, le fils de Don Paolo et le désigne comme son héritier. Cet arrangement ne convient pas à Orlando, l'avocat d'un chef de famille rival et met tout en œuvre pour une guerre éclate entre Don Angelo et Frank, guerre qui sera très sanglante...

The Don is dead est un polar mafieux surfant sur le succès du Parrain (1972) de Francis Ford Coppola et adaptant le roman éponyme de Marvin Albert (auquel on doit le personnage du détective privé Tony Rome adapté avec Frank Sinatra) qui lui-même s'inscrivait opportunément dans la lignée du succès littéraire de Mario Puzo. Le postulat est assez voisin du classique de Coppola avec son récit de succession sanglante et le personnage de Frederic Forrest évoquant Michael Corleone/Al Pacino dans sa trajectoire.

Les premières minutes du film dessinent la dualité de ces mafieux entre ce qu'ils sont et ce à quoi ils aspirent. La scène d'ouverture nous montre ainsi une transaction de drogue manquant de mal tourner mais qui se conclura par le cadavre des braqueurs importuns coulés dans du béton. Juste après nous aurons une cérémonieuse réunion de succession entre les grandes familles du Milieu où à l'opposé de la brutalité à laquelle on vient d'assister c'est l'imagerie d'une mafia dirigée comme une entreprise qui s'affirme. L'objectif est de décider à qui donner le pouvoir de Don Paolo, un des chefs de la mafia new-yorkaise fraîchement décédé. Son fils Frank (Robert Forster) étant trop tendre, c'est Don Angelo (Anthony Quinn) qui va le prendre sous son aile et en faire son successeur.

Tout cela n'est pourtant pas au gout du consigliere Orlando (Charles Cioffi) qui souhaite profiter de l'incarcération de son parrain pour prendre le pouvoir et qui va donc mettre en place une redoutable machination. Ce personnage tirant les ficelles est le seul véritable méchant (avec son ambitieuse épouse) du film tandis que tous les autres seront emportés dans une spirale de violence qui les dépasse. La progression du film reflète la schizophrénie exprimée en ouverture, montrant ainsi les liens réels et solides unissant les protagonistes, qu'ils soient filiaux entre Don Paolo et Frank ou fraternels entre les deux hommes de mains que son Vince (Al Lettieri) et Tony Fargo (Frederic Forrest).

Il suffira pourtant d'un soupçon de confusion pour que tout vole en éclat par une habile manipulation. Frank et son mentor ayant été conduits à convoiter la même femme (Angel Tompkins dont le visage angélique laisse le doute jusqu'au bout quant à sa duplicité) la rivalité amoureuse aura des répercussions terribles sur toute la "famille". Le Parrain tout en montrant une mafia impitoyable avait fait des liens du sang un refuge (jusqu'au Parrain 2 et son final traumatisant du moins) autant qu'une prison dans lesquels les personnages pouvaient s'épanouir, se sentir protégés et étouffés à la fois. Tous cela vole en éclat dans The Don is dead où les codes de violence et de vendetta prenne le pas sur les sentiments qui demeurent pourtant intact. Il suffirait ainsi que Don Paolo et Frank aient une conversation pour tout apaiser et déceler le complot mais le premier réflexe sera de s'envoyer des tueurs. De même le plus réfléchi Tony sent venir l'entourloupe mais par fidélité pour son frère va le suivre dans cette guerre des gangs.

Le scénario nous offre une captivante partie d'échec truffée de coup de théâtre et que Fleischer emballe avec l'efficacité qu'on lui connaît. On pourra juste regretter le manque d'ampleur de l'ensemble (ce passage en Italie dont on ne verra qu'un bout de quai dans un port) lorgnant plus sur la série B musclée que le luxe du Parrain. Toutes les rencontres se font dans des entrepôts sinistres, garages désaffectés et ruelles mal famées, le train de vie nanti des Don à peine entraperçu. On devine les restreintes budgétaire mais cela participe bien finalement à faire des personnages quel que soit leur statut les petites frappes violentes qu'ils n'ont jamais cessés d'êtres. S'ils s'abandonnent à leurs pulsions avec férocité ils n’en restent pas moins humain quand les figures plus réfléchies s'avéreront bien plus détestables comme Orlando.

Fleischer nous offre un spectacle rondement mené et brutal, le film avançant au rythme des fusillades, attentats et bagarres filmés avec une sacrée énergie comme ce guet-apens furieux dans une ruelle. Le casting est fabuleux avec des acteurs subtils, aussi féroces dans l'action que vulnérables dans les moments calme. Al Lettieri spécialiste des rôles de tueurs mafieux intimidant (Le Parrain justement ou encore Mr Majestyk (1974)) est étonnamment touchant en brute épaisse dépendant des méninges de son frère. Anthony Quinn vacillant face à une violence qu'il n'est plus capable d'exercer est excellent également mais c'est vraiment Frederic Forrest qui emporte la mise, charismatique et déterminé tout en étant poussé par les évènements vers un destin criminel qu'il souhaitait fuir. Etonnant qu'il n'ait pas eu plus de premiers rôles après pareille prestation. Très polar auquel il faut signaler un excellent score de Jerry Goldmith qui expérimente déjà certains motifs synthétique d'œuvres à venir.

Sorti en dvd zone 1 chez Universal et doté de sous-titre français

mercredi 5 novembre 2014

Le Cygne Noir - The Black Swan, Henry King (1942)

Le roi d'Angleterre décrète l'amnistie de tous les pirates du royaume s'ils s'engagent à renoncer au crime. Sa respectabilité retrouvée, le pirate Morgan devient gouverneur de la Jamaïque. Son ami James Haring, considérant ce revirement comme une trahison, rejoint l'équipage du réfractaire capitaine Leech. Haring tombe alors amoureux de Margaret Denby, la fille de l'ancien gouverneur, et décide de changer de vie. Il s'oppose dès lors à son ancien allié.

Le Cygne Noir est une réponse de la Fox à la Warner qui aura triomphé tout au long des années 30 avec d’époustouflant films d’aventures signées du duo Michael Curtiz/ Errol Flynn. C’est d’ailleurs plus précisément aux films de pirate de la Warner (Captain Blood (1935), L’Aigle des mers (1940)) que Darryl Zanuck cherche à faire concurrence et verra pour cela les choses en grand. Le film adapte ici un roman de Rafael Sabatini, auteur auquel cinéma d’aventure doit une fière chandelle puisque de ses écrits furent tirés les titres précités mais également Scaramouche. Le Cygne Noir se démarquera de ses prédécesseurs par sa magnificence affichée avec le choix de la couleur où la photo chatoyante de Leon Shamroy saura mettre en valeur la luxuriance des décors et costumes.

Le choix d’Henry King (plutôt qu’un Henry Hathaway autre réalisateur majeur de la Fox qu’on associe plus – Peter Ibbetson (1935) étant l’exception qui confirme la règle – à un pur cinéma d’action quand un certain raffinement est recherché ici) la réalisation s’avère particulièrement judicieux tant le réalisateur est durant cette période associé à des films historique prestigieux comme Capitaine de Castille (1947) ou Échec à Borgia (1949), tous deux avec Tyrone Power d’ailleurs. Le dépaysement et l’aventure doivent ainsi s’exprimer dans un apparat inédit qui doit surclasser la Warner.

Une démarche opportuniste mais réussie à l’image du héros du film, ce Jamie Waring qui va abandonner du jour au lendemain sa tapageuse carrière de pirate pour suivre son ancien mentor le Capitaine Morgan (Laird Cregar) gracié et promu gouverneur de la Jamaïque. Le film s’ouvre néanmoins sur un fulgurant moment d’action où se montre sous son ancien jour criminel en dépouillant un fort espagnol. Le temps des corsaires semble pourtant révolu avec la paix signée entre l’Empire britannique et l’Espagne et Jamie, pragmatique, va se ranger du côté de son ami quitte à se mettre ses anciens complices à dos comme le redoutable Capitaine Leech (George Sanders loin des dandys suaves qu’on lui connaît et sacrément intimidant, chevelure et barbe rousse hirsute).

On semble là loin de la droiture des héros à la Errol Flynn mais le charisme de Tyrone Power estompe toute méfiance, d’autant que le moteur de ses choix semble plutôt être les charmes de Margaret (Maureen O’Hara), fille de l’ancien gouverneur. Leur relation orageuse constituera un des grands attraits du film, versant sentimental d’un des thèmes du film. 

L’histoire dépeint ainsi un complot des anciens maîtres et noble « de souche » pour destituer du pouvoir le nouveau riche qu’est le gouverneur Henry Morgan. En s’alliant avec les pirates toujours actifs et en leur donnant des informations sur les cargaisons à venir, il décrédibilise le gouverneur en laissant croire qu’il n’a jamais réellement abandonné ses anciennes activités. C’est un refus de ce monde changeant où la piraterie est amenée à disparaître et les hors-la-loi rentrent dans le rang. 

Laird Craigar, engoncé dans des tenues élégantes, affublé d’une perruque ridicule et nageant dans son fauteuil de gouverneur exprime bien cette difficile transition. Les attitudes rustres prêtes à ressurgir malgré le prestige de sa fonction sont sources de nombreux sourire, l’acteur imposant une présence tout à la fois ogresque, chaleureuse et paternelle envers Jamie. 

Si cette question reste en toile de fond côté politique (le film se concluant même sans que le traître n’ait été démasqué…) elle s’exprime à plein dans la trame amoureuse. On nage dans la screwball comedy des plus musclée où sous la distinction le caractère orageux de Maureen O’Hara fait des étincelles face à la présence animale de Tyrone Power. Ce dernier incarne une virilité agressive qu’il devra doser pour conquérir le cœur de Margaret après une première rencontre tumultueuse.

Il fallait bien le tempérament volcanique de Maureen O’Hara pour éviter au film de basculer dans le machisme tant certaines situations semblent outrancière. Les dialogues évoquent des échanges de filles contre des tonneaux de rhum, Jamie fait la cour à Margaret en lui parlant de ses dessous, en regardant sous ses jupes puis excédé par tant d’hostilité (on se demande bien pourquoi) va tout simplement l’enlever et l’emmener sur son bateau. 

Le méchant Leech n’a guère plus de tenue, réveillant une fille en lui versant du rhum au visage où vérifiant de manière insistante que l’union entre Jamie et Margaret a bien été consommée. Le cheminement est donc le même pour Jamie qui devra montrer ce qui le différencie de ses patibulaires acolytes (Thomas Mitchell et Anthony Quinn grimés en seconds rôles savoureux) en se comportant noblement et en respectant son aimée. 

Entretemps, les remarques acerbes auront fait office de mots doux entre eux et empoignades, coup de pierre et griffures auront remplacés les baisers. Il faudra attendre l’ultime séquence pour une vraie scène d’amour, la seule présente précédemment étant une imposture et une entorse audacieuse au Code Hays puisque notre couple est forcé de partager le même lit pour faire croire qu’ils sont mariés.

Le rythme alerte, l’intrigue prenante et ce charivari amoureux font ainsi oublier que l’action ne daigne vraiment se dévoiler que dans un final impressionnant. Hormis quelques plans d’ensemble sur les navires en mer, le tournage se fit essentiellement en studio pour des morceaux de bravoures grandiose. 

La mise en scène d’Henry King donne une sacrée ampleur à l’ensemble (ces plans en plongée du Black Swan se fracassant contre la terre), Tyrone Power bondissant porte l’estocade avec une vigueur et une souplesse démente notamment le duel final avec Sanders au découpage parfait. La mélancolie du Capitaine Morgan se mêle au baiser enfin sincère et fougueux entre Margaret et Jamie dans un beau coucher de soleil final, le crépuscule de la piraterie laissant place à la civilisation par le plus beau des motifs, l'amour. 

 Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Sidonis

samedi 18 octobre 2014

Revenge - Tony Scott (1990)

Jay Cochran est un ancien pilote de chasse. Il est invité à Mexico par son vieil ami Tiburon, puissant propriétaire terrien et peu recommandable. Jay tombe alors amoureux de la très belle Miryea, la jeune épouse de ce dernier. La vengeance de l'époux trahi sera terrible...

Tony Scott avait réalisé des débuts tonitruant avec Les Prédateurs (1983), une des plus belles illustrations contemporaine du mythe du vampire. L'insuccès de ce galop d'essai avait malheureusement contraint le réalisateur à se perdre dans des produits commerciaux où l'on ne reconnaissait plus l'auteur de Hungers avec Top Gun (1986 et qui reste néanmoins un petit plaisir coupable) et Le Flic de Beverly Hills 2 (1987). Il faudrait attendre Revenge pour retrouver le romantisme noir de Tony Scott qui s'approprie là un matériau très disputé. Le film adapte la nouvelle éponyme de Jim Harrison parue en 1979 dans le recueil Legends of the fall (et contenant donc aussi Légendes d'automne adapté plus tard dans les 90's avec Brad Pitt) et que se disputèrent des cinéastes aussi prestigieux que Sydney Pollack, Jonathan Demme ou John Huston. Ce dernier s'opposera d'ailleurs au choix de Kevin Costner convoitant le rôle mais la star au sortir du succès des Incorruptibles possède assez de pouvoir pour le produire lui-même. Cela aurait même pu être la première réalisation de Costner avant Danse avec les loups mais les producteurs calmeront ses ardeurs et feront appel à Tony Scott qui signe là un de ses meilleurs films.

Jay Cochran (Kevin Costner) ancien pilote fraîchement retraité de l'armée décide de rendre visite au Mexique à son vieil ami Tiburon Mendez (Anthony Quinn), homme puissant menant ses affaires d'une main de fer. Malgré leur amitié solide, l'entourage douteux, les ambitions et agissements peu recommandables de Tiburon vont progressivement créer un fossé entre les deux amis. Cette dichotomie entre la chaleur des relations privées et la froideur des affaires, Miryea (Madeleine Stowe) la jeune épouse de Mendez la connaît bien et c'est ce qui va la rapprocher de Jay avec lequel elle va entamer une liaison torride. Lorsque Tiburon le découvrira, sa réaction sera terrible et les entraînera tous dans une irréversible spirale de violence.

Dès les premiers instants du film, la photo de Jeffrey L. Kimball confère à ce Mexique une imagerie ensoleillée oscillant entre la chaleur immaculée du paradis et le rougeoiement de l'enfer. Un film comme La Horde Sauvage était à sa manière une illustration outrancière de toute l'aura mythologique et tapageuse que véhicule le Mexique dans la culture populaire. Tony Scott s'y essaie également à sa manière plus intimiste avec fce olklore local s'exprimant pour le meilleur et pour le pire. Politiciens corrompus, moindre contrariété, regard ou mot de travers conclut à coups de revolver. L'américain plus mesuré que joue Kevin Costner ne trouve bien sûr pas sa place dans ce monde d'excès, mais va pourtant être contaminé par cette fièvre par son attirance fiévreuse pour Miryea.

Pour se fondre dans ces lieux, il doit à son tour basculer dans l'irrationnel. Tony Scott est avare de longs dialogues inutiles et instaure une tension sexuelle intenable pour ses deux protagonistes qui ont finalement peu à se dire, les regards, silences et raideur corporels trahissant leur émois mutuels. Lorsqu'ils s'abandonnent enfin, c'est une libération que Scott traduit par des scènes très osées pour ce type de productions où Costner et Stowe vont loin dans le rapprochement. Le drame est en marche au cœur même de ces moments torrides où les personnages se savent perdus sans pouvoir s'arrêter, à l'image de Costner giflant sa partenaire avant de l'embrasser de plus belle.

Pourtant comme un dialogue le soulignera, dans ce monde de toutes les outrances, un adultère ne se règlera que dans le sang et les larmes. Anthony Quinn offre à ce titre une performance captivante. Meurtri par cette double trahison, il semble comme se forcer à entamer le cycle de violence qu'on attend de lui en retour et chacun de ses actes les plus révoltants semblent ainsi imprégnés de cette douleur contenue. Alors qu'il ne souhaiterait que se réfugier dans sa peine, il se doit de montrer sa nature impitoyable à ceux qui l'entoure car c'est ainsi que fonctionne son monde.

Chacun aura cédé à ses passions avec excès et si l'on s'attache forcément plus au couple Jay/Miryea, il n'y aura pas de vrais héros ni vainqueur dans ce Revenge dont le titre relève finalement d'une certaine ironie. Après le châtiment brutal et insoutenable infligé par Tiburon, on alternera ainsi entre les morts intérieures et en sursis de chacun des trois protagonistes. Jay remonte rageusement la piste de Miryea dans un Mexique truffé de danger mais l'absence de crescendo dramatique, les acolytes accessoires (Miguel Ferrer et un tout jeune John Leguizamo) et la violence sèche montre bien que l'enjeu ne reposera pas sur sa vengeance. L'ambiance western est bien plus crépusculaire et désenchantée que conquérante.

Tiburon lorsqu'il recroisera sa route lui demandera simplement de s'excuser de sa trahison et Jay lucide s'exécutera. Les compisitions de plans somptueuses de Scott capturent autant la sauvagerie que la beauté des paysage de ce Mexique qui semble comme consumer les âmes solitaires qui le traversent, tel ce cow-boy texan (James Gammon) vendeur de chevaux et compagnon de route éphémère mourant en silence de ses abus.

Miryea apparait comme la figure la plus tragique du film, défigurée droguée et souillée, ne survivant que dans l'attente de revoir Jay dans de magnifique retrouvailles finale où la superbe musique de Jack Nitzsche traduit autant le romantisme que la tragédie inéluctable.

Jay aura navigué entre la fureur (Tiburon) et la paix intérieure que peuvent susciter ces terres (la longue scène de convalescence avec Tomás Milián dont on découvrira également le drame personnel avec une belle retenue) et la conclusion semble nous montrer qu'il est sans doute prêt à pencher vers la seconde. Une des grandes réussites de Tony Scott, saluée avec le temps notamment par un Quentin Tarantino qui quand il le verra transposer son script inaugural de True Romance y attendra plus le réalisateur de Revenge que celui de Top Gun.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Sony et un director"s cut plus court existe également en bluray

samedi 6 septembre 2014

Last Action Hero - John McTiernan (1993)

Grâce à un billet magique, Danny Madigan, un enfant de onze ans, peut vivre les aventures de son policier préféré, Slater, croisé des temps modernes. Ensemble ils affrontent force danger et triomphent toujours. Mais les choses se compliquent lorsque des personnes mal intentionnées s'emparent du billet magique et gagnent New York, ou le crime paie encore plus qu'au cinéma.

Les meilleurs films de John McTiernan traitent souvent de l’opposition/affrontement d’un homme avec son environnement, ce dernier représentant toujours une idée et un état d’esprit opposé au sien. Dans Piège de cristal (1988) c’était le cow boy moderne John McClane contre la modernité (le début du film le montrant même incapable d'utiliser une photocopieuse) de son pays changeant qui serait symbolisée par l’imposante tour Nakatomi. La suite Une Journée en enfer (1995) représenterait John McClane contre la ville dont les bruits et l’animation mettent son corps à rude épreuve alors qu’il est à la poursuite d’un terroriste joueur. Le 13e Guerrier (1999) est aussi le récit de la confrontation entre l’Arabe raffiné et les rugueux vikings et Predator (1987) ne raconte pas autre chose dans ce duel entre Arnold Schwarzenegger défiant un guerrier alien dans une jungle hostile. McTiernan retrouve d’ailleurs la star autrichienne dans Last Action Hero et le réalisateur semble réellement avoir offert une sorte de variante meta de Predator ici ou le héros d'action se confronte à la réalité.

 Le film se plaisait ainsi dans sa première partie à nous présenter les compétences de son commando dans tout la surenchère virile du cinéma d’action 80’s avant de déconstruire cela avec l’ennemi indestructible que constituerait le Predator et rendant ces fanfaronnades bien vaines. Le héros devrait oublier l’apparaît superficiel et littéralement se fondre dans cette jungle et revenir à ses instincts les plus primitifs pour vaincre son adversaire. Last Action Hero opère de la même manière et Schwarzenegger va effectuer le même parcours, passant du personnage de cinéma d’action outrancier à l’écran au héros plus vulnérable confronté au monde réel. Last Action Hero pose une approche émotionnelle à l’opposé de celle viscérale de Predator car reposant sur le regard d’un jeune spectateur admiratif.

Le film reprend le principe de La Rose Pourpre du Caire (1985) de Woody Allen avec l’interaction inattendue d’un personnage de cinéma avec son plus grand admirateur dans la fiction et le monde réel. Dans les deux il s’agira de combler un vide, la jeune femme esseulée et mal mariée sous la Grande Dépression avec son idéal romantique à l’écran et le petit garçon de Last Action hero avec son idole, le flic dure à cuir Jack Slater. McTiernan se moque avec tendresse de tous les codes – qu’il en grande partie contribués à créer avec son scénariste Shane Black – du film d’action 80’s et la façon dont ils imprègnent l’imaginaire de son jeune personnage. Bande-son hard rock tapageuse, ouverture aérienne typique des productions Joel Silver avec voitures de police à perte de vue et bien sûr introduction tonitruante de Jack Slater. Bottes en peau de crocodiles, ceinture de cowboy, brushing impeccable et cigare au bec, Jack Slater sied parfaitement à la présence démesurée et rigolarde d’Arnold Schwarzenegger. 

L’acteur a toujours été l’incarnation idéale du surhomme dans ce cinéma d’action, pouvant endosser par son physique les forces les plus mythologiques (Conan le barbare) ou technologique (Terminator) dépassant l’entendement humain (à l’inverse de son rival de l’époque Stallone dont les exploits sont synonyme de souffrance et dépassement de soi). Ici il pousse juste le bouchon un peu plus loin en apportant une forme de distance à sa force tranquille (dont une savoureuse parodie d'Hamlet), McTiernan amenant toujours la dose de surenchère qui permet de poser un regard amusé à ses exploits. Danny (Austin O'Brien), pas dupe des grosses ficelles de cet univers qu’il admire préfère cependant s’y perdre tant le sien lui apporte peu de satisfaction. Le cadre urbain grisâtre de New York répond donc à une Californie ensoleillée et peuplée de bimbos de l’écran – la photo désaturée de Dean Semler ne se colorant que devant une enseigne de cinéma – et, quand le moindre crime voit immédiatement surgir la silhouette imposante de Jack Slater, Danny sera victime d’une traumatisante agression sans que personne ne vienne à son secours. 

A quoi bon le réel, l’école et un quotidien solitaire quand il suffit de s’engouffrer dans une salle de cinéma voir Jack Slater résoudre les problèmes d’un coup de feu et avec le sourire ? Son vœu va littéralement être exaucé à l’aide d’un ticket de cinéma magique hérité d’Houdini et nous faire savourer depuis l’intérieur ce monde tapageur de l’actionner. McTiernan après avoir montré les  clichés avec l’œil amusé du spectateur nous y plonge avec celui émerveillé du fan Danny qui commente autant qu’il vit intensément l’aventure. L’outrance est encore plus folle vécues de l’intérieur – chef de police noir sous pression et hystérique, le moindre coup de feu déchaînant l’enfer sur avec une explosion apocalyptique toute les cinq minutes, aucune blessure et munition illimitées pour tout le monde – dans ce monde du cinéma ou les références et les caméos aux succès récents sont légions avec entre autre Sharon Stone échappé de Basic Instinct ou Danny reproduisant une séquence culte d’ET

Même le compositeur Michael Kamen y va de son petit clin d’œil avec son thème de Piège de Cristal se faisant entendre sans prévenir. Jack Slater perché sur sa montagne de héros parfait acquiert pourtant une surprenante humanité au milieu de ces pantins grâce au lien qu’il établit avec Danny car il lui permet d’exister à travers le regard et l’admiration de son jeune fan. C’est cette relation qui en fera un vrai héros lorsque déboussolé il se confrontera au monde réel, à la poursuite de l’infâme Benedict (Charles Dance) ayant volé le ticket de cinéma magique.

La mise en abyme s’avère étonnamment touchante dans ce rapport au réel. Jack Slater découvrira certes lois de la physique différente et la douleur, mais c’est surtout en temps qu’être de fiction jouet des scénaristes que le personnage suscite l’émotion. Les évènements les plus douloureux de sa vie (la perte de son fils) n’auront été que des gimmicks destinés à produire l’épisode suivant de ses aventures quand pour lui ils constituent un vrai traumatisme. Cette vulnérabilité se révèle à l’image également où l’urbanité nocturne et pluvieuse new yorkaise noie sa carrure quand elle s’épanouissait dans les grands espaces lumineux californiens. Tout comme le Dutch de Predator, Slater devra donc dépasser ce qui le définit (un barbouze dur à cuire/une star d’action) pour être réellement ce héros sans peur et sans reproche. Cette fragilité nouvelle rend alors soudainement l’aventure plus palpitante dans ce monde réel où « les méchants gagnent à la fin » comme s’en délecte Benedict.

L’avalanche méta inversée de la dernière partie – caméo e pagaille une nouvelle Schwarzy dans son propre rôle compris – intéresse moins que la relation entre Slater et Danny, le premier étant bien décidé à prouver au second que l’âme d’un héros ne repose pas que sur des fanfaronnades sur pellicule mais par les actes. C’est réellement une des prestations les plus captivantes d'Arnold Schwarzenegger ici producteur et qui aura insisté pour que soit apportée cette profondeur au scénario initial plus sombre et violent. McTiernan dont on avait déjà décelé une dimension plus réfléchie dans ses précédents travaux se révèle définitivement un auteur passionnant avec ce film où il distille un sens de l’humour et de la dérision insoupçonné. Un vrai conte moderne et une réflexion sur le cinéma et le statut de héros qui sera malheureusement un échec à sa sortie car face au mastodonte Jurassic Park.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony et pour les parisiens visible bientôt en salle dans le cadre de la rétrospective consacrée au réalisateur ce mois de septembre 

dimanche 17 novembre 2013

Le Dernier Train de Gun Hill - Last Train From Gun Hill, John Sturges (1959)

La femme indienne du shérif Matt Morgan est violée et tuée par deux hommes. Se rendant à Gun Hill, Morgan découvre que l’un des criminels est le fils de son vieil ami Craig Belden, devenu un très riche éleveur. Bien qu’il doive la vie à Belden, Morgan est déterminé à arrêter les coupables et à repartir avec eux par le dernier train de Gun Hill. Mais avant cela, il devra affronter Belden et ses hommes, dans une ville indifférente ou hostile, où il ne peut compter que sur l’aide de Linda, l’ancienne maîtresse de son ami.

La figure si populaire du western américain des années 50 de l'homme de loi seul contre une vie apeurée et corrompue, célébrée dans Le Train sifflera trois fois (1952) et magnifiée par Rio Bravo (1959) trouve une belle variation avec ce Last Train From Gun Hill. Kirk Douglas (qui retrouve Sturges après le fameux Règlement de compte à OK Corral (1957)) est donc Matt Morgan, shérif parti traquer les meurtriers de sa femme indienne dans la ville de Gun Hill.

Problème l'un des assassins est le fils de Craig Belden (Anthony Quinn), riche éleveur maître de la ville et compagnon de route de Matt lui ayant même sauvé la vie. Toute la force émotionnelle du film repose sur ce dilemme qui va opposer deux hommes qui s'apprécient mais que les déchirements familiaux amèneront à s'opposer. La terrible agression d'ouverture par sa cruauté et sa violence sèche pose d'emblée cet antagonisme irréversible et la détermination qui guidera Kirk Douglas tandis que les rapports filiaux tendus entre Belden père trop imposant et son fils faible de caractère.

On retrouve ainsi le brio et la concision narrative qui pose brutalement la situation initiale, peindre de manière limpide le rapport entre Douglas et Quinn puis l'affrontement inéluctable lorsque les masques tombent. Après cette efficace mise en place, Sturges ralentit le tempo pour instaurer un véritable film de siège où un Douglas assailli vendra chèrement sa peau. Les quelques escarmouches sont remarquablement exécutées (dont une fusillade dans un saloon montrant toute la dextérité de Douglas) mais c'est surtout sur l'interprétation intense que repose la force du film.

Kirk Douglas meurtri incarne pourtant un personnage glacial et déterminé voir la réaction sobre et désespérée lorsqu'il découvre le cadavre de sa femme ou description froide du sort qui l'attend aux provocation du fils Belden) dont le chagrin ne s'exprimera que dans sa quête de justice inébranlable. A l'inverse Anthony Quinn est un être bien plus exubérant dont les sentiments se dévoilent de manière excessive et discutable, laissant entendre que ce caractère explosif est la raison des égarements de son fils. Entre eux, le très touchant personnage de Carolyn Jones blasé et revenu de tout qui sera réveillée par le courage de Douglas, symbole d'un changement possible des choses par son courage.

Ce parti pris finalement peu spectaculaire ne gêne pas au vu de la brièveté du film et lorsque l'action se manifeste, elle n'en est que plus intense. La longue marche vers le train en conclusion est assez splendide et filmée au cordeau par Sturges qui achève l'ensemble par un superbe et concis duel final. Beau western finalement assez noir et désespéré où tous seront perdant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount