Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Barbara Bel Geddes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Barbara Bel Geddes. Afficher tous les articles

mardi 9 février 2016

Panique dans la rue - Panic in the Streets, Elia Kazan (1950)

Kochak, un émigré venant d'arriver clandestinement par bateau à la Nouvelle-Orléans, est assassiné par ses partenaires de poker alors qu'il venait d'empocher la mise et souhaitait se retirer, ne se sentant pas bien. Le lendemain, la police découvre son corps. L'affaire, d'apparence banale, prend des proportions inattendues lorsque l'autopsie révèle qu'il était atteint de la peste pulmonaire (pneumonique). Le Dr Reed, représentant du service sanitaire, et le capitaine Warren vont effectuer une course contre la montre pour retrouver les personnes ayant pu être en contact avec Kochak, en particulier ses assassins, avant que l'épidémie devienne incontrôlable...

Les premiers films d'Elia Kazan comportaient déjà de belles réussites dans le registre du mélodrame avec les superbes Le Lys de Brooklyn (1945), Le Mur invisible (1947 et qui lui vaudra l'Oscar du meilleur réalisateur) et L'Héritage de la chair (1949). Cependant ces films s'inscrivaient dans un certain classicisme bien éloigné de ses expérimentations au théâtre et bien sûr de sa filmographie à venir. Panique dans la rue sera le film de l'émancipation où il trouvera vraiment son style. Le postulat est très original pour un film noir avec cette épidémie de peste répandue dans les bas-fonds de la Nouvelle-Orléans et qu'un médecin du service sanitaire (Richard Widmark) et un policier (Paul Douglas) vont tenter d'empêcher de s'étendre. Cela autorise un donc une approche entre atmosphères typique du genre (voir la poursuite et le meurtre brutal en ouverture où l'on passe d'une salle de jeu mal famée à une ruelle plongée dans les ténèbres) et un style documentaire typique de la Fox.

Kazan n'invente d'ailleurs pas cette veine au sein du studio (qui est plutôt tributaire de Henry Hathaway) mais se l'approprie à sa manière. En plus de filmer admirablement des environnements réels, il y plonge son casting sans filet entouré d'autochtones, la vie et l'énergie des séquences (l'interrogatoire à la gare, les trognes de travailleurs fatigués que l'on croise dans les bars miteux) se conjuguant au réalisme du décor. A cela s'ajoute un style fluide mêlant sobre virtuosité avec l'usage du plan-séquence et une approche sur le vif conférant une urgence où l'acteur dispose d'une plus grande liberté de mouvement, où une plus grande part est laissée à l'improvisation (même si on sent encore un certain contrôle par rapport à ce qu'on verra dans les films à venir). Dès lors la ville constitue autant un nid de dangers imprévisibles qu'un vrai terrain de jeu aux environnements variés (la cinégénie de La Nouvelle Orléans aidant) qui culmine lors de l'haletante poursuite finale entre immeubles insalubres, hangar et docks.

Le duo formé par Paul Douglas et Richard Widmark témoigne d'une remarquable écriture par l'efficacité d'un antagonisme cédant au respect puis à la possible amitié. Widmark déjà devenu star laisse la place du psychopathe à un débutant nommé Jack Palance qui crève l'écran avec ce premier rôle au cinéma. L'allure de colosse, le vice véhiculé par ce visage anguleux et marqué et les explosions de violences dérangeantes (la manière dont il malmène un acolyte fiévreux sur la fin) en font une menace sacrément intimidante.

Une belle réussite donc pour un Kazan nouvelle manière qui suscitera après coup des interprétations contradictoires avec selon les points de vue une peste parabole du Maccarthysme (car synonyme de méfiance et suspicion envers son voisin contaminé) ou du communisme (le virus apporté et propagé par des migrants aux noms à consonance étrangères).

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta 

dimanche 4 janvier 2015

Tendresse - I Remember Mama, George Stevens (1948)

Au début du XXe siècle, la famille Hansen quitte sa Norvège d'origine pour s'installer à San Francisco. Au cours des années qui suivent, autour de la mère qui dirige le clan avec très peu de moyens, la famille connaît des joies, des peines et aspire au bonheur, comme tout nouveaux américains...

Spécialistes du divertissement hollywoodien le plus enlevé depuis ces débuts et ce quel que soit le registre (comédie musicale avec Sur les ailes de la danse (1936), le film d'aventures pour Gunga Din (1939) et surtout la screwball comedy sur les géniaux Mariage Incognito (1938), Plus on est de fous (1943) ou La Justice des hommes (1942)) George Stevens verra le ton de ses films évoluer vers une tonalité plus dramatique après son expérience de la guerre. Engagé lors de la Seconde Guerre mondiale dans les services cinématographiques de l'armée américaine, Stevens filmera notamment le Débarquement en Normandie mais également les premières images des horreurs des camps de concentration avec la libération du camp de Dachau. Marqué durablement par l'expérience, ses films futurs n'auront plus jamais l'insouciance de ses premiers classiques, le plus marquant étant bien sûr le très sombre revers du rêve américain montré avec Une Place au soleil (1951). Avant de s'attaquer à ces sujets plus sérieux (dont une adaptation du Journal d'Anne Frank en 1959), Stevens semble avec I Remember Mama vouloir effectuer un retour vers un passé idéalisé et heureux, loin des horreurs auxquelles il vient d'assister. Le film est l'adaptation du roman Mama's Bank Account de Kathryn Forbes, en partie autobiographique puis s'inspirant de son enfance à San Francisco auprès de ses parents émigrants norvégiens. Plus précisément, le film transpose l'adaptation théâtrale qui fut tirée du livre à Broadway par John Van Druten.

Cela se ressent vraiment dans construction du film, sans vraie intrigue linéaire mais plutôt partagée en trois actes et moments nostalgiques mettant en valeur à chaque fois sous un nouvel angle la bonté de cette famille et plus précisément cette mère si aimante. La force du film est de créer une émotion sincère dans la capture de l'anodin. Les caractères de cette famille sont dépeints dans leur environnement modeste, la rigueur et la bienveillance de Mama (Irene Dunne méconnaissable et vieillie par le maquillage pour incarner cette matriarche), la nature rêveuse de Katrin (Barbara Bel Geddes), l'obstination de sa sœur Christina (Peggy McIntyre), la sagesse du père (Philip Dorn) ou encore l'attachement aux animaux de la cadette Dagmar (June Hedin). De simples archétypes dans la scène d'ouverture où la famille compte ses économies pour les échéances à venir, les personnages prennent un tour de plus en plus attachant au fil des trois actes.

Dans le premier Mama cherchera par tous les moyens à souhaiter bonne nuit à la petite Dagmar hospitalisée et à laquelle on lui interdit le contact avant le lendemain de son opération. On s'amuse des stratagèmes employés par cette mère mais le comique s'estompe vite face à son angoisse puis à cette scène d'une infinie tendresse où elle peut entonner sa berceuse, cette aura maternelle s'avérant universelle face aux yeux captivés des autres enfants de la chambre d'hôpital. Tout le film fonctionne ainsi, célébrant l'abnégation et l'amour de Mama capable de tout surmonter toutes les difficultés. Vu à travers le regard idéalisé de l'enfant, Mama semble pouvoir ressusciter les chats, sacrifier ses objets les plus précieux ou contribuer de manière surprenante à la carrière d'écrivain de sa fille. Jamais niais ni gratuitement mélodramatique le scénario st toujours authentique dans l'émotion, porté par une Irene Dunne habitée de bout en bout.

Parallèlement le film dessine une vision plus nuancée et amusée de cette communauté norvégienne expatriée avec ses personnages hauts en couleurs, les trois tantes coincées et acariâtres mais surtout l'Oncle Chris (Oskar Homolka dans un personnage inventé pour la pièce) dont la présence tonitruante dissimule un même souci des autres. Là aussi ces personnages naviguent du cliché comique et de la caricature vers quelque chose de plus authentique avec les bonheurs du mariage pour Trina (Ellen Corby), vieille fille à l'amour tardif. Même des acteurs secondaires du récit dégagent cette même bonté en dépit d'actes discutables comme le locataire Jonathan Hyde (Cedric Hardwicke) qui fera gouter aux joies de la lecture collective toute la famille. C'est par cette même voie que se conclura l'histoire bouclant la boucle à l'écoute d'une ultime histoire, celle de leurs propres souvenirs.

Sorti en dvd zone 1 Warner et doté de sous-titres français

mardi 24 décembre 2013

Sueurs froides - Vertigo, Alfred Hitchcock (1958)

Scottie est sujet au vertige, ce qui lui porte préjudice dans son métier de policier. Rendu responsable de la mort d'un de ses collègues, il décide de quitter la police. Une ancienne relation le contacte afin qu'il suive sa femme, possédée selon lui par l'esprit de son aïeule. Scottie s'éprend de la jeune femme et se trouve ballotté par des évènements qu'il ne peut contrôler.

Vertigo demeure le plus beau, le plus envoutant et personnel des Hitchcock. Tous les ingrédients typiques du Maître du Suspense sont ici bien présents : une intrigue astucieuse adapté du roman D'entre les morts de Boileau et Narcejac, un couple glamour et photogénique James Stewart/ Kim Novak et toujours le nouveau gimmick visuel de rigueur avec ce croisement de zoom et de travelling arrière produisant de façon insensée le sentiment de vertige à l'écran. Ces éléments, Hitchcock ne les mets pourtant pas au service de la tension et du suspense cette fois mais en fait de purs vecteurs d'émotion propre à servir l'étrange romantisme du film.

La scène d'ouverture où le policier Scottie (James Stewart) découvre dramatiquement qu'il est sujet au vertige place ainsi d'emblée le héros dans une position de vulnérabilité. Une vulnérabilité physique mais aussi finalement émotionnelle qui le rend autant apte à tomber éperdument amoureux que d'être victime d'une terrible machination lorsqu'il se met à la filature de l'étrange Madeleine (Kim Novak) pour le compte son mari interpellé par son comportement étrange.

Hitchcock entremêle ainsi d'emblée romantisme et perversion, amour et désir, assouvissement et fantasme. Scottie se fait ainsi clairement voyeur lorsque la caméra se substitue à son regard lorsqu'il observe Madeleine derrière une porte dans la galerie de fleur, crée une ambiguïté trouble quand il emmènera Kim Novak chez lui plutôt qu'à l'hôpital après sa noyade, comme pour profiter de cette inconscience pour un viol symbolique puisqu'elle se réveillera nue sous les draps de son lit.

C'est là que le choix de James Stewart s'avérera si judicieux, l'empathie plus que le dégout naîtra chez le spectateur face au trouble de cet homme perdant de son assurance tant il est submergé par sa passion naissante qui lui inspire ces actions discutables. Dans Fenêtre sur cour (1954), ce type de situations se justifiait finalement par l'argument criminel qui se vérifiait dans l'intrigue, Hitchcock évacue cela ici pour simplement faire reposer cela par le regard fasciné, subjugué et amoureux de Scottie.

Hitchcock visualise ce sentiment tout au long d'une première partie au romantisme mystérieux et fantasmatique. La musique envoutante de Bernard Herrmann accompagne ainsi les déambulations dans un San Francisco dont la modernité s'abandonne progressivement aux fantômes du passé, à travers ses bâtiments à l'architecture européenne, les intérieurs d'église et cimetières hors du temps et crées des ponts obsédants entre les époques comme ce motif récurrent de la spirale avec le chignon de Madeleine et le portrait de Carlotta.

L'action semble comme s'exercer au ralenti, la photo de Robert Burks baignée dans un voile diaphane et rendant plus hypnotique encore cette dimension de rêve si importante chez Hitchcock.

Dans ce contexte, la présence évanescente de Kim Novak fait merveille, ici et ailleurs à la fois, vide et bouillonnante d'une folie intérieur incompréhensible et bien sûr partagée entre le simulacre et les vrais sentiments pour Scottie.

Cette dualité a cours tout au long de cette première partie où la recherche formelle nourrit le mensonge dans les scènes d'intérieurs tandis que l'extérieur dévoile une certaine vérité sous l'illusion telle cette merveilleuse séquence dans une forêt irréelle s'achevant par un baiser passionné tandis que les vagues s'abattent sur un récif en arrière-plan.

Ainsi tout en magnifiant chaque apparition de Kim Novak/Madeleine, cette flamboyance entre mirage et amour idéalisé laisse constamment un espace incertain où chacun est réellement sincère au même moment. Lors de la scène d'adieux avant le drame, on peut supposer que ce n'est plus Madeleine mais la Judy de la seconde partie qui s'arrache le cœur brisé au bras de Scottie en sachant ce qu'elle s'apprête à lui faire.

La seconde partie servira donc de reconstruction de ce fantasme initial mais, celui-ci reposant sur une manipulation, Hitchcock va à nouveau le nourrir d'une forme de perversion. Scottie vidé de toute énergie par la perte de sa chimère n'existe que pour la retrouver tant tout élément de son environnement le ramène à son souvenir. Puisqu'il ne peut plus la rejoindre, il la recréera grâce à la rencontre de la si ressemblante Judy/Kim Novak.

Hitchcock propose un brutal retour au réel par ce biais, la présence plus charnelle de Judy (le ton gouailleur à l'opposé de la mutique Madeleine, la sexualité plus agressive avec cette robe moulante où on devine l'absence de soutien-gorge quand la silhouette élégante était emmitouflée sous les tenues sophistiquées de Madeleine) et le cadre plus urbain empêchant le rêve initial de renaître.

Là encore Hitchcock baigne la romance de stupre et d'une cruauté inattendue où l'amour reposera sur un fétichisme nécrophile cherchant littéralement à reproduire ce qui n'est plus. Alors que la révélation tardive de la vraie identité de Judy/Madeleine aurait constitué un formidable retournement de situation, le réalisateur escamote le déroulement du roman de Boileau-Narcejac pour éventer le mystère à mi-parcours.

Une nouvelle fois c'est l'émotion plus qu'un habile suspense qui guide Hitchcock ici, le déchirement de Judy entre amour dévoué et culpabilité nous rendant son destin bien plus déchirant que la construction originelle qui n'aurait retenu que sa facette manipulatrice. Kim Novak est à nouveau formidable dans ce registre plus habité, au regard vide mais fascinant de Madeleine on sera plus ému par celui de dépit de Judy face un Scottie insatisfait, recherchant toujours ailleurs ce qu'il a sous les yeux.

Sans ce choix, Scottie n'aurait existé que par cette perversion quand ici l'humanité de James Stewart en fait un amoureux désespéré poignant dans son égarement. Hitchcock cinéaste fétichiste s'il en est le peintre idéal de cette obsession en s'identifiant totalement à son héros, en suscitant l'empathie pour ses égarements qu'il comprend mieux que quiconque tant il se sera plu à remodeler ses stars féminines à sa guise.

Là encore Hitchcock créera un ailleurs momentané où les passions se confondent enfin, d'abord quand le visage de Judy dans la pénombre verte (les teintes colorées de la photo se faisant de plus en plus agressives au fil de l'avancée du film, le rêve devenant cauchemar) crée l'illusion de la présence de Madeleine pour Scottie mais surtout quand la transformation se fera enfin complète. Judy se sent enfin aimée et Scottie retrouve son amour perdu le temps d'une stupéfiante séquence où le décor s'estompe le temps d'un baiser et d'un travelling circulaire laisse éclater un souffle romanesque fabuleux tout en révélant l'éphémère de ce moment.

Les fantasmes doivent pour Hitchcock en rester à cet état et chercher à les réaliser c'est obligatoirement se perdre, lui l'aura réussi à travers ses films mais Scottie va à nouveau brutalement tout perdre dans une conclusion miroir à la première partie. A la perte tragique et romantique mais guidé par un artifice qui aura laissé perdurer un souvenir désespéré répondra donc au final un épilogue sombre, lucide et où tout retour en arrière est impossible dans ces même hauteurs d'une église abandonnées.

Tout l'enjeu du film repose bien là, Hitchcock osant laisser des trous béants dans sa trame policière qu'il laisse finalement irrésolue (si ce n'est dans une scène ajoutée de certains montages européens) et sans que l'on trouve à y redire tant l'on avait d'yeux que pour les amours étranges de Scottie et Madeleine/Judy.

Sorti en edvd zone zone 2 français et dans un superbe bluray chez Universal

dimanche 11 septembre 2011

Pris au piège - Caught, Max Ophuls (1949)


Leonora, une jeune fille qui rêve de réussite sociale, rencontre Smith Olhrig, un homme très riche, séduisant et froid, qui décide de l'épouser pour contredire son psychanalyste à qui il raconte sa déception après qu'elle n'ait point cédé à ses avances conquérantes. La jeune fille se laisse prendre au piège, et épouse son vrai-faux prince charmant, qui la délaisse aussitôt qu'il en a fait sa chose, la considérant plus comme un accessoire décoratif, que comme sa femme.


Sans être le meilleur de la période américaine d'Ophuls, Caught est un film tout à fait prenant. Comme souvent chez Ophuls, il est question d'une jeune fille jouet des hommes où au drame va s'ajouter une fable morale un peu lourde par moments mais rendue limpide par la mise en scène inspirée d'Ophuls. Leonora Eames (Barbara Bel Geddes) est donc une jeune fille frivole rêvant de château en Espagne et de réussite sociale, une artificialité de caractère appuyée dès le générique faisant défiler les pages d'un catalogue de mode.

Ses vœux semblent s'exaucer lorsqu'elle croise la route du magnat Smith Olhrig (Robert Ryan) mais réellement amoureuse elle découvre bientôt qu'elle ne dépasse pas pour lui le statut d'objet qui une fois acquis, n'a plus aucun intérêt. La scène du psychanalyste où il décide de se marier par défi est ainsi lourde de sens sur la nature du personnage de Olhrig, véritable enfant gâté dont le monde n'est qu'un magasin de jouet où il peut se servir, la moindre contrariété le faisant trépigner avec de psychosomatique alerte cardiaque.

On a parfois associé le portrait de ce magnat à William Randolph Hearst (inspirateur de Citizen Kane comme on le sait) mais il semble que Libbie Block auteur du livre dont Caught s'inspirait d'un autre excentrique tyrannique notoire à savoir Howard Hughes. Ophuls qui eut maille à partir avec Hughes lors du tournage de Vendetta dont il fut renvoyé (tout comme un Preston Sturges déclinant) dû donc se délecter de cette discrète revanche et l'interprétation extraordinaire d'un odieux Robert Ryan est là pour le souligner.


Lasse des brimades de son époux, Leonora décide de de retourner à la "vraie" vie et va s'amouracher de James Mason, médecin idéaliste et en tout point l'opposé de Olhrig. Le script a la main un peu lourde dans les dialogues sentencieux, personnages (la meilleur amie de Leonora...) et situation un peu caricaturale pour asséner le message qu'on a bien compris (Et Leonora assez vite aussi) : non l'argent et la richesses seuls ne font pas le bonheur. Il faut tout le brio de James Mason parfait en médecin concerné des quartiers populaires pour ne pas tourner à la démonstration. Barbara Bel Geddes s'avère moins convaincante, sa fadeur sied bien au personnage au départ mais lorsqu'elle se reprend en main on ne sent jamais s'estomper cette fragilité finalement.

C'est lorsque Ophuls exprime ces thématiques par sa mise en scène que le film trouve toute sa force. On a donc clairement là avec cette dichotomie monde des nantis/milieux populaires une sorte de métaphore entre la vie et la mort. Dès sa première apparition, la voix d'Olhrig surgit des ténèbres avant de se dévoiler tout de noir vêtu, spectral et inhumain.

Dans l'immense résidence de Long Island où vivent les époux Ophuls multiplie les plans-séquences, travelling et mouvement d'appareils soulignant le vide et l'absence de vie des lieux. Les cadrages amples séparent constamment les personnages dans les décors pour appuyer le fossé affectif entre eux. A l'inverse la chaleur et la tendresse de la relation entre Barbara Bel Geddes et James Mason se ressent par les décors plus exigus ou plus peuplés tendant toujours à les rapprocher, que ce soit la très bruyante salle d'attente du cabinet, le bar et sa piste de danse bondées.


Le film déçoit néanmoins dans une dernière partie un peu laborieuse à la conclusion expédiée qui ne parvient pas tout à fait à équilibrer son happy-end qui résulte quand même d'un élément tragique, une fausse couche. La seconde collaboration entre Ophuls et Mason sera la bonne avec Les Désemparés bien meilleur que cette inégale tentative desservie par sa production mouvementée.
Sorti en dvd zone 2 français chez Wild side

Extrait