Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 17 janvier 2018

La Seconde Madame Carroll - The Two Mrs. Carrolls, Peter Godfrey (1947)

L'action se passe en Grande Bretagne. Geoffrey est un peintre méticuleux, pendant les séances de poses en plein air il fait la cour à Sally son nouveau modèle qui n'est pas indifférente à ses avances. À la suite d'une indiscrétion il est obligé d'avouer à Sally qu'il est marié, mais que sa femme est malade, lourdement handicapée et que ces jours sont comptés. On voit ensuite Geoffrey acheter du poison dans une pharmacie, le produit étant classé dangereux. Deux ans après ces événements, Geoffrey et Sally vivent en couple dans une belle résidence bourgeoise en compagnie de Béatrice. Tout semble aller pour le mieux jusqu'au jours où un ancien flirt de Sally se propose de servir d'intermédiaire pour présenter à Geoffrey une élégante jeune femme (Cecily) qui désire se faire portraitiser. D'abord très réticent ce dernier finit par succomber aux charmes de cette jeune personne.

La Seconde Madame Carroll s'inscrit dans une sorte de courant de variation de Barbe-Bleue au sein du cinéma hollywoodien où on peut regrouper des films comme Caught de Max Ophuls (1949), Hantise de George Cukor (1944) ou Le Secret derrière la porte de Fritz Lang (1948) - sans parler des films plus gothique tels que Rebecca ou Le Château du Dragon (1946). Le film de Peter Godfrey loin d'atteindre ces sommets se situe néanmoins dans cette tradition avec un argument plutôt original pour le néo Barbe-Bleue incarné par Humphrey Bogart, l'accomplissement artistique poussant à l'acte criminel. Geoffrey (Humphrey Bogart) est ainsi un peintre de le renouvellement de l'inspiration passe par un changement d'épouse, le nouvel amour et muse obligeant à éliminer radicalement sa prédécesseuse.

On assiste ainsi à cette bascule en ouverture où s'alterne le début radieux du nouvel amour entre Geoffrey et Sally (Barbara Stanwyck) son nouveau modèle, un bonheur que l'épouse légitime ne saurait gâcher. Les grands espaces naturels de la romance naissante jurent ainsi avec l'appartement exigu du ménage légitime. L'épanouissement de Geoffrey s'illustre dans cette esthétique flamboyante reflet de son art inspiré tandis que le confinement et la présence hors--champ de l'épouse qu'il tue à petit feu par empoisonnement la fige finalement dans une ultime peinture macabre.

L'intrigue relance donc le processus de façon plus prolongé avec un Geoffrey désormais marié à Sally mais qui devra bientôt surmonter son inspiration tarie en s'amourachant de la belle Cecily (Alexis Smith) puis en tuant Sally. Humphrey Bogart retrouve un rôle d'époux criminel deux ans après La Mort n'était pas au rendez-vous de Curtis Bernhardt (1945) où déjà la bascule meurtrière se faisait pour la belle Alexis Smith. C'est d'ailleurs un des problèmes du film puisque Bogart n'arrive pas à retranscrire la dimension d'artiste torturé dans sa prestation. L'acteur avait souhaité garder une présence virile à l'écran et avait exigé de débarrasser le personnage des atours trop voyants de peintre (l'occasion d'une bonne blague de Barbara Stanwyck faisant amener une blouse et un béret sur le plateau en faisant croire à un Bogart furieux qu'il s'agissait d'accessoire) mais fait plus passer une simple folie latente qu'une quête de perfectionnement même maladif de son art.

Passé l'entrée en matière la trame s'avère donc assez poussive et prévisible même si Peter Godfrey relève l'ensemble en donnant un ton plus singulier par le cadre anglais du film. Les intérieurs recherchés et chatoyants prennent ainsi une esthétique progressivement plus inquiétante et gothique dans les contours subtils de la photo de Peverell Marley avec quelques séquences très réussies comme le final à suspense et sa pluie battante à l'extérieur. Malheureusement le déroulement laborieux dans ses révélations (la pièce de Martin Vale, grand succès à Broadway semble avoir été fortement simplifiée) - la petite fille un peu trop mature jouée par Ann Carter étant bien utile - et les rebondissements téléphonés (le verre de lait empoisonné repris du Soupçons d'Alfred Hitchcock (1941)) empêchent tout vrai suspense de s'installer malgré la prestation convaincante de Barbara Stanwyck. Inabouti malgré quelques éléments intéressants.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

 

mardi 31 janvier 2017

Quarante tueurs - Forty Guns, Samuel Fuller (1957)

Jessica Drumond, femme au caractère bien trempé, règne d’une main de fer sur une petite ville grâce au soutien d’une armée d’une quarantaine d’hommes. Ce microcosme va soudainement être remis en question avec l’arrivée d’un nouveau shérif dont la vision de la loi et de la justice diffère de celle de la maîtresse des lieux.

Quarante tueurs est un des sommets de Samuel Fuller, le meilleur des quatre westerns (J'ai tué Jesse James (1949), Le Baron de l’Arizona (1949), Le Jugement des flèches (1957)) d’une filmographie plutôt tournée vers le film noir et le film de guerre. Fuller signe pourtant là un jalon majeur du genre qui est alors en pleine mutation. Pilier de l’industrie hollywoodienne grâce au système de double programme jusqu’au milieu des années 50, le western entame une lente érosion de son volume de production au profit de la télévision. C’est l’occasion d’échapper à une certaine forme de classicisme du genre pour une veine plus aventureuse tout en s’inscrivant néanmoins dans la tradition. Ainsi Quarante tueurs par sa dimension romanesque et son personnage féminin fort se situe dans le sillage du tout aussi fameux Johnny Guitare de Nicholas Ray (1954), tandis que Barbara Stanwyck avait déjà incarnée ce type d’héroïne à poigne dans La Reine de la prairie ((1954) d’Allan Dwan ou The Maverick Queen (1956) de Joseph Kane.

Quarante tueurs par cette approche romanesque entrecroise constamment mythologie et démystification. C’est le premier point qui domine lors de la saisissante scène d’ouverture, ce plan d’ensemble aérien sur une vallée déserte où avance une carriole. Un grondement tonitruant se fait entendre, laissant apparaître cette armada de quarante tueurs menée par Jessica Drumond (Barbara Stanwyck) androgyne et tout de noir vêtue. Un véritable ouragan symbole de toute la puissance de Jessica et qui précède celui, météorologique qui la montrera plus tard sous un jour plus vulnérable dans le film. Cette facette mythologique est également présente de manière sous-jacente dans certains éléments du scénario. Le héros Griff Bonnell (Barry Sullivan) et sa fratrie d’hommes de loi est bien sûr une réminiscence de Wyatt Earp, certaines informations (les aventures et étapes précédentes de Bonnell évoquées correspondant à celles réelles de Wyatt Earp) et surtout la caractérisation de dure à cuir taciturne évoquant la célèbre figure de l’Ouest. 

L’intrigue au contraire tend à inverser cette tendance, les failles des personnages reposant justement sur cette aura légendaire désormais pesante. Griff est ainsi las de cette vie d’action et rechigne à tuer. Son premier morceau de bravoure exprime bien cela lorsqu’il stoppera le chien fou Brockie Drumond (John Ericson), frère de Jessica. Alors que Brockie sème la terreur en ville, Griff rechigne presque à intervenir et lorsqu’il le fait, toute l’aura menaçante du tueur aguerri ressurgit (Fuller préfigurant Sergio Leone avec ce gros plan sur les yeux de Griff qui écrase son adversaire rien qu’en avançant vers lui) même s’il le neutralise en l’assommant de son arme plutôt qu’en faisant feu.

Jessica quant à elle s’est élevée à la force du poignet à coup d’intimidation et de corruption, mais en a payée en retour une immense solitude. Jessica et Griff sont des personnages jumeaux, usés par la voie qu’ils ont depuis si longtemps empruntés (la quête de pouvoir pour Jessica, l’application de la loi pour Griff) et voient chacun en leurs petits frères des avatars dégénérés d’eux même. Seules les forces de la nature avec un spectaculaire ouragan les font symboliquement et physiquement tomber de ce piédestal pour les mettre à nu et enfin se rapprocher (superbe scène d’amour, lascive et intimiste dans la pénombre d’une grange et l’heure des confessions respectives). Leur entourage les ramène cependant constamment à leurs existences tumultueuses, de façons plus outrée ou dramatique.

Toute la noirceur et violence du film s’exprime pour montrer cet entourage briser cette quête de quiétude du couple. Fuller use à la fois de la tragédie du dépit amoureux à avec l’homme de main joué par Dean Jagger qui acquiert une profondeur inattendue mais aussi de la pure confrontation, brutale et inattendue. Les fratries défaillantes précipitent le drame et bousculent les sentiments, le cadet Chico sauvant Griff tout en devenant définitivement un tueur, Brockie forçant sa sœur à le laisser à son sort après le crime de trop. Seul Wes Bonnell (Gene Barry sacrément charismatique) semble équilibré dans ses actions et sentiments mais ne peut donc survivre à l’agitation ambiante.

Le chaos intérieur des personnages et leur insatisfaction se répercutera peu à peu dans le filmage de l’action, alors que tout au long du film amour et coups de feux constituaient deux espaces séparés. Cette idée culmine dans la confrontation finale incroyablement violente, où Griff abat son ennemi d’une rage exprimant autant la vengeance que la frustration de ne pas être auprès de celle qu’il aime. C’est paradoxalement en les mettant ainsi à nu et les brisant que Samuel Fuller autorise le rapprochement final, la posture et la domination ne pouvant plus entraver un couple qui s’est vu tel qu’il est et peut s’aimer. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta et bluray chez Sidonis

 

mardi 19 juillet 2016

Obsessions - Flesh and Fantasy, Julien Duvivier (1943)

Un homme, obsédé par un rêve, consulte un ami qui lui lit trois récits dans lesquels le rêve et les prédictions ont eu une influence prépondérante. Dans le premier, une jeune fille laide approche le jeune homme qu'elle aime, à la faveur d'un bal masqué. Dans le second un homme devient assassin malgré lui. Et dans la troisième, un acrobate a rêvé qu'il se tuerait en faisant son numéro à la vue d'une certaine femme brune.

Obsessions est une des belles réussites de la période américaine de Julien Duvivier et constitue pour Universal une manière de surfer sur le succès de Tales of Manhattan, un film à sketches que le réalisateur signa à la Fox l’année précédente. Duvivier se trouve pleinement dans son élément ici à travers trois sketches dont les sources d'inspiration diverses - un scénario original pour le premier et le troisième segment, une adaptation de la nouvelle d'Oscar Wilde Le Crime de Lord Arthur Saville pour le second - forment un tout cohérent autour du thème de la destinée. Celle-ci est une source de bonheur ou de tourments pour qui sait se détacher ou se soumettre à la connaissance, à l’interprétation qu'il en aura au cours des différentes histoires. C’est un questionnement que l’on trouve tout au long de la filmographie de Duvivier : cette destinée transcende la quête d’ailleurs dans La Bandera (1935), l’écrase dans Pépé le Moko (1937) et représente la source de variations intradiégétiques - le jeu narratif de La Fête à Henriette (1952) - ou extradiégétiques à travers les deux fins de La Belle équipe (1936). L'argument de départ tient dans la rencontre de deux amis à leur club, l'un (Robert Benchley) confiant à l'autre son trouble. La veille, une voyante lui a prédit qu'il agirait d'une certaine façon tandis que dans la nuit un rêve prémonitoire le montrait faire l'exact contraire. Son ami va donc lui faire lire trois histoires qui le guideront dans son dilemme. Les trois sketches se tiennent plutôt tous bien, les deux premiers captivent par leur esthétique et leur atmosphère tandis que l'émotion sera au rendez-vous surtout dans le troisième.

La première histoire se déroule à La Nouvelle-Orléans en plein Mardi Gras. La jeune Henrietta (Betty Field) n'est pas de la fête, rongée par la rancœur. Son physique disgracieux la complexe et la noie dans la solitude, à contempler son voisin étudiant (Robert Cummings) dont elle est amoureuse et qui ne la voit pas. Un être mystérieux lui donne alors un masque sous lequel elle paraîtra belle aux autres, le charme s'estompant le matin. L’ambiance nocturne est envoûtante et l'animation, les farandoles et les costumes de ce Mardi Gras forment un tourbillon aux contours de rêve éveillé et de pure féérie. Ce foisonnement visuel s'estompe progressivement pour laisser se découvrir et s'aimer les deux amoureux fraîchement rencontrés. Betty Field (dont l'allure masquée préfigure Les Yeux sans visage) au jeu volontairement forcé au départ avec ce maquillage qui l'enlaidit finit par exprimer une fragilité et une retenue surprenantes une fois masquée, l'émotion fonctionnant par sa voix douce, ses regards et sa gestuelle délicate. Enfin préoccupée par l'autre et non plus par son propre mal-être, Henrietta va enfin découvrir qu'elle peut être belle dans ce très joli moment. Il s’agit donc ici d’accepter le coup de pouce du destin pour s’améliorer.

La deuxième histoire voit l'avocat Marshall Tyler (Edward G. Robinson) victime d'une prédiction du voyant Podgers (Thomas Mitchell) qui lui annonce qu'il commettra un meurtre. Perturbé par la nouvelle, Tyler cherche à devancer l'événement et à commettre un crime, sans succès jusqu'à la pirouette finale. Le déroulement est attendu mais la mise en scène de Duvivier instaure une ambiance gothique oppressante, portée par les jeux d'ombres expressionnistes de la photographie de Stanley Cortez et des décors conçus par Robert Boyle. La savoureuse prestation schizophrène d’Edward G. Robinson permet une interprétation ambigüe entre pur cauchemar à tendance psychanalytique et vrai récit surnaturel dans lequel une destinée fatidique sera venue punir ce personnage arrogant.

 La transition se fait à même le récit précédent pour amorcer le dernier sketch. Charles Boyer est un funambule victime d'un rêve prémonitoire avant son numéro, au cours duquel il chute lorsque crie une femme qui a les traits de Barbara Stanwyck. Il finira par la rencontrer en chemin pour sa prochaine prestation à Londres. Barbara Stanwyck dégage charme, mystère et fragilité avec son brio habituel et forme un beau couple avec un Charles Boyer parfait de séduction. Le sketch résume bien le fil rouge du film où l’on ne sait si cette destinée annonce une menace inéluctable planant sur le couple s’il reste ensemble, ou si elle célèbre au contraire leurs sentiments dans un magnifique dilemme rédempteur. Au passage, Duvivier fait preuve d’un brio formel éblouissant pour illustrer le numéro virtuose de Charles Boyer. La séparation finale, chargée d’émotion, achève de faire de ce segment le meilleur du film. Un quatrième sketch fut d'ailleurs coupé au montage : le mort découvert au début la première histoire en était issu, tueur emporté dans une tornade et ayant échoué là. Universal préféra couper cette partie pourtant coûteuse - notamment une spectaculaire scène de tornade - finalement recyclée et complétée de scènes additionnelles dans Destiny (1944) de Reginald LeBorg.

Sorti en dvd zone 2 français chez Universal 

vendredi 27 mai 2016

La Reine de la prairie - Cattle Queen of Montana, Allan Dwan (1954)

Sierra Nevada Jones (Barbara Stanwyck) et son père arrivent enfin avec leur troupeau d’un millier de têtes dans les plaines riantes et verdoyantes du Montana où ils souhaitent désormais s’installer. Mais ils sont attaqués le soir même par un groupe d’Indiens qui massacrent les cow-boys et font fuir les bovins. Quasi seule survivante, Sierra Nevada est emmenée et soignée par la tribu indienne Blackfoot dont font pourtant partie ses agresseurs. En fait, Colorados, le fils du chef, les a recueillis ne sachant rien des exactions de Natchakoa qui s’est acoquiné avec McCord, un Rancher local souhaitant rester seul propriétaire de la vallée.

La Reine de la prairie ne constitue pas le meilleur opus de la grande série de westerns de série B que signa Allan Dwan durant les années 50 à la RKO. Le scénario comporte pourtant les éléments thématiques de grands classiques de l’époque, que ce soit la veine pro-indienne ou encore cette évocation de la tyrannie des grands propriétaires terriens. La volonté de Dwan sera pourtant surtout de délivrer le spectacle le plus trépidant possible ce qui rendra ces questionnements assez superficiels dans une œuvre assez fantaisiste.

Le brio de Barbara Stanwyck dans le western n’est plus à prouver et son rôle ici annonce la propriétaire impitoyable de Quarante Tueurs (1957) de Samuel Fuller. On retrouve cette détermination mais ici avec un personnage plus vulnérable et attachant, bien décidé à reconquérir les terres volées par l’infâme McCord (Gene Evans) avec l’aide de l’indien Natchakoa (Anthony Caruso). Tout est ici affaire de duo interracial, celui maléfique formé par McCord et Natchakoa trouvant son pendant positif à travers Sierra Nevada Jones (Barbara Stanwyck) et Colorado (Lance). Lorsque les desseins criminels dominent, ce sont les travers de l’homme blanc qui semblent prendre le pas sur la nature indienne, Natchakoa cédant à la cupidité mais aussi aux vices du whisky. A l’inverse la sagesse indienne de Colorado apaise et guide Sierra Nevada qui surmontera ses préjugés dans sa quête de vengeance.

L’intrigue va des uns aux autres dans une suite de rebondissement mouvementés où le gunfighter Farrell (Ronald Reagan) est plus difficile à situer, employé par McCord mais aidant régulièrement Sierra Nevada. La véritable identité du personnage s’inscrira avec cohérence dans la mécanique narrative du récit mais pas forcément dans l’émotionnelle. Toute la construction tend vers une romance interraciale entre Sierra Nevada et Colorado, subtilement esquissée dans leur interaction mais aussi leur rapport aux autres (chacun fustigé dans son camp pour s’être lié à l’autre race) et comme effrayé de son audace le film estompe complètement cet aspect dans sa dernière partie pour amener lourdement un rapprochement de Barbara Stanwyck et Ronald Reagan. 

Le scénario manque de rigueur et de profondeur dans son déroulement riche en facilités. Les indiens fantaisistes, l’enchaînement ininterrompu d’action et les enjeux simplistes amène une naïveté qui ramène à la dimension la plus désuète du western alors en pleine mue durant ces années 50. On ne serait pas loin de parler de serial de luxe si ce n’était le brio formel d’Allan Dwan. Tombé amoureux des paysages du Montana, Dwan filme avec une égale inspiration l’immensité verdoyante de cette plaine, les guet-apens dans l’ombre des sous-bois. L’aspect contemplatif (magnifique plongée et profondeur de champs quand Barbara Stanwyck observe les voyageurs de la plaine depuis les hauteurs de la forêt) alterne avec une nervosité idéale dans les nombreux gunfights et combats à mains nues. 

Barbara Stanwyck illustre bien ce mélange d’élégance et l‘action, tour à tour masculine, bravache et en remontrant aux hommes puis délicate et féminine dans une volonté sincère (les liens naissant avec Colorado) ou calculée (lors de la seule fois où on la verra en robe pour amadouer McCord). Dwan croit tellement peu à la romance entre celle-ci et Ronald Reagan qu’il l’expédie avec une rare désinvolture, l’énergie de l’ensemble primant sur le reste. Même si loin de la richesse de Quatre étranges cavaliers (1954) et de l’émotion du Mariage est pour demain (1955), La Reine de la prairie reste un agréable divertissement.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta et Sidonis 

lundi 24 novembre 2014

Stella Dallas - King Vidor (1937)

Stella est une jeune femme issue de la classe ouvrière. Elle a l’ambition d’épouser Stephen Dallas, un homme issu d’une autre classe, montant ainsi dans la « haute ». Elle n’y arrivera pas, ou si mal, et Stephen sera de plus en plus distant vis-à-vis de Stella. Le ménage finit par sombrer, et Stella se retrouve seule avec sa fille Laurel, pour laquelle elle se bat afin de lui assurer un avenir meilleur.

King Vidor signe un de ses plus beaux films dans ce mélodrame où l'on retrouve les questionnements sociaux parcourant toute son œuvre. La thématique de l'ascension sociale, Vidor l'aura exploré à travers la vision de l'immigrant et du rêve américain (The Wedding Night (1935), Une Romance Américaine (1944)) de la romance impossible (Ruby Gentry (1952) ou encore du libre-arbitre avec Le Rebelle (1949). Cette fois ce sera à travers une bouleversante relation mère-fille que se posera cette idée dans Stella Dallas, seconde adaptation (après celle muette d'Henry King de 1925) du roman éponyme d’Olive Higgins Prouty.

Stella (Barbara Stanwyck) est une jeune femme issue de la classe ouvrière qui se morfond dans la monotonie et la médiocrité de son milieu modeste. Dès le départ la condescendance avec laquelle elle juge ses semblables annonce le drame à venir. Sa première apparition est significative de son attente biaisée de la haute société, posant au portail de la maison familiale avec un livre intellectuel à la main afin d'attirer l'attention de l'aristocrate Stephen Dallas (John Boles) qui rentre régulièrement par là. Ce livre on devine aisément qu'elle ne l'a pas lu et symbolise la vision superficielle qu'elle a de la haute société, une ascension relevant plus de l'apparat et du luxe que de l'intellect.

Elle réussira néanmoins à séduire et épouser Stephen Dallas mais malgré la naissance de leur fille Laurel, l'époux comprendra vite qu'il n'a servi que de passerelle vers les clubs prestigieux et les bals prestigieux pour une Stella pas du tout disposée à une vie familiale paisible. On comprend vite que cette aisance, cette assurance et ce flegme simple et inné sera forcément inaccessible pour notre héroïne dont l'ascension ne se sera faite que par le mariage mais pas dans l'état d'esprit. Un constat cruel et pessimiste où le milieu d'origine semble constamment nous poursuivre mais Vidor évite pourtant de rendre Stella antipathique par l'illustration de son indéfectible amour maternel.

La fille Laurel (Anne Shirley qui n'a en fait que 11 ans d'écart avec Barbara Stanwyck) sera à la fois l'élément qui fera prendre conscience de ses limites à Stella mais aussi celui montrant l'accession possible à un ailleurs plus enrichissant (même si forcément par l'union entre aristocratie et milieu populaire). L'écart se creusera progressivement entre la mère et la fille, le tempérament tapageur de Stella s'avérant un frein de plus en plus encombrant à la progression de Laurel dont la beauté, l'élégance et le caractère discret attire les meilleurs partis. Une fête d'anniversaire désertée par des mères refusant de voir leurs filles côtoyer cette femme vulgaire, des moqueries en sourdine dans un palace où les robes et le maquillage extravagant de Stella dénotent, tout semble pouvoir provoquer une dissension inévitable entre elles.

Contrairement à Mirage de la vie (1959) auquel on pense beaucoup (le problème racial en moins évidemment) l'aspiration individuelle ne domine jamais, mère et fille préférant se sacrifier plutôt que d'affronter le désobligeant regard extérieur. Laurel tourne ainsi le dos aux beaux prétendants et à leurs riches familles par amour pour sa mère qu'elle ne souhaite pas voir raillée. Anne Shirley est particulièrement touchante dans son interprétation très sensible et délicate, la scène où elle semble deviner le sacrifice de sa mère étant réellement bouleversante. Stella quant à elle comprenant qu'elle est un poids pour sa fille et découvrant à son tour les renoncements de cette dernière va littéralement s'en aliéner l'affection pour son salut.

L'amour ne peut que tirer vers le bas et ne fait pas disparaitre les clivages sociaux, Stella découvrant trop tard cette terrible évidence. Barbara Stanwyck livre une de ses plus incandescentes interprétations, victime de ne pouvoir rester qu'elle-même dans ses attitudes outrancières mais capable de tous les abandons et sacrifices pour sa fille. On retrouve la tendresse de Vidor pour les classes populaires par ces scènes faussement comiques où une Stella pomponnée traverse les salons prestigieux d'un palace, pensant que les gens de "la haute" s'habillent ainsi mais n'attirant que les regards amusés dans un décalage saisissant.

Cette élévation sociale qu'elle a ratée (autant par elle-même que par les barrières sociales), elle l'observera de loin pour Laurel dans un magnifique final. Un magnifique mélodrame qui valut une nomination à l'Oscar pour une Barbara Stanwyck qui surmonta tous les obstacles (malgré le choix de King Vidor et ses grands rôles passés chez Wellman notamment, le producteur Samuel Goldwyn pas convaincu et la trouvant trop jeune osa lui faire passer des auditions) pour interpréter ce qui reste un de ses plus grands rôles.

Sorti en dvd zone 1 chez Warner (avec la version muette de 1925 incluse en bonus) et doté de sous-tires français

Extrait

lundi 8 septembre 2014

Ladies They Talk About - Howard Bretherton et William Keighley (1933)

Arrêtée pour complicité dans le braquage d’une banque, Nan Taylor (Barbara Stanwyck) tente de séduire le procureur David Slade (Preston Foster) qui résiste, et l’envoie en prison. Elle y fait la rencontre de plusieurs codétenues et cherche à s’évader grâce à l’aide de ses anciens complices. L’évasion tourne mal, et les hommes sont tués. À sa sortie, Nan est prête à tout pour se venger.

Ladies They Talk About est un Pré Code typique par son questionnement social sur la rédemption, sa dualité entre provocation et morale bienveillante et bien sûr son flamboyant personnage féminin typique des "mauvaises filles" qui traverse le genre. L'originalité viendra du cadre encore inédit du récit à l'époque, la prison de femmes. Nan Taylor (Barbara Stanwyck) est une criminelle endurcie depuis son plus jeune âge où elle n'a cessé de fréquenter les maisons de correction. Son charme et allure innocente représentent des atouts irrésistible dès qu'il s'agira d duper son interlocuteur et c'est ainsi que nous la découvrons, faisant les yeux doux à un agent pour qu'il lui ouvre plus tôt les porte de sa banque et permette à ses complices de s'y introduire et la dévaliser.

Malheureusement et en dépit de sa perruque blonde, un policier l'ayant arrêtée par le passé va la reconnaitre et deviner sa possible complicité malgré l'absence de preuve. Nan va cependant user d'un dernier atout en séduisant le procureur et ancien camarade d'enfance David Slade (Preston Foster) qui va user de son influence pour la libérer. Nan lui avoue néanmoins sa réelle culpabilité avant sa sortie et Slade incorruptible la fait envoyer à la prison pour femme de San Quentin où elle va longuement ruminer sa vengeance.

Le récit semble ainsi devoir évoquer le cheminement moral possible de Nan mais prendra pour cela des détours inattendus. On découvre ainsi l'univers prison et ses détenues où il ne règne absolument pas une atmosphère de repentance. Les figures hautes en couleurs, inquiétante et truculentes sont légions, assumant parfaitement les raisons qui les ont menées là dans une énumération savoureuse de leurs crimes. Ces femmes semblent assumer cette forme d'émancipation jusqu'au bout, évoquant amusées leur méfait sans que le moindre dialogue ou situation ne les juge (l'ancienne tenancière de maison close...), la prison étant absoute de toute les règles de l'extérieur à l'image de cette prisonnière noire invectivant une aristocrate blanche la traitant en subalterne.

Sous leurs allures rebelles, elles sont toutes observées avec une humanité s'attardant autant sur leur frustration physique (avec ce dialogue soulignant le manque le plus douloureux "la liberté et les hommes" et l'érotisme latent traversant tout le film) et morale où chacune recréera un semblant d'environnement personnel dans la décoration de sa cellule.

Nan est bien évidemment le symbole de tout cela avec son déchirement amour/haine pour celui qu'il l'a envoyée en prison. On ne sait si elle veut sortir pour se réfugier dans ses bras ou le faire payer, Barbara Stanwyck par sa prestation incandescente maintenant le doute jusqu'au bout, notamment une dernière scène où son regard haineux marque durablement. Personnage volcanique et ne s'en laissant pas compter, Nan reste d'ailleurs fidèle à elle-même jusqu'au bout puisque la rédemption est plus amenée à être sentimentale que morale, au vu d'un des derniers rebondissements où elle aide des complices à s'évader.

Les figures féminines apparaissent ainsi impétueuses et passionnées (à l'image du pendant négatif de Nan, Susie (Dorothy Burgess obsédée par Slade), plus libres malgré leurs écarts que les hommes toujours unidimensionnels (David Slade et sa facette religieuse en tête). La prise de conscience et l'apaisement final ne peut ainsi venir que d'un éveil personnel, la morale et les regards des autres ne semblant jamais avoir eu prise sur l'indomptable Nan.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner consacrée au Pré Code

samedi 26 avril 2014

L'Ange Blanc - Night Nurse, William A. Wellman (1931)


Lora Hart (Barbara Stanwyck) postule pour un emploi de nurse dans un hôpital puis obtient son diplôme d'infirmière. En travaillant chez un particulier, elle découvre une sordide machination : deux enfants sont victimes d'un chauffeur (Clark Gable) qui utilise leur mère alcoolique, sous son emprise. Il veut les tuer progressivement afin de profiter de l'argent de leur mère.

Wellman signe un Pré Code singulier qui navigue entre mélodrame, film noir et comédie avec une cohérence toute relative. Barbara Stanwyck sera notre point de repère, navigant par sa bonté et bienveillance entre les différentes ruptures de ton du récit. Elle incarne Lora Hart, jeune femme totalement investie dans sa vocation d'infirmière et la dévotion aux autres, cela nous étant signifié dans un premier temps par sa volonté d'accéder à la formation au poste.

On suivra donc son parcours jusqu'à l'obtention de son diplôme où Wellman grâce au contrepoint plus détaché que représente Joan Blondell appuie tout la conviction de Barbara Stanwyck, tout en instaurant un ton léger et badin dans les situations de comédie romantique (la relation avec le mauvais garçon joué par Ben Lyon) et même un côté coquin bienvenu jouant de manière amusée sur la dimension fantasmatique de l'uniforme avec nos nurses vue en petites tenues plus d'une fois.

Toutes les qualités de l'héroïne seront par la suite mises à l'épreuve lors d'une situation révoltante où elle assiste aux maltraitances de deux fillettes par une mère alcoolique et son chauffeur (Clark Gable) souhaitant profiter de leurs biens avec leurs décès naturel. Cette trame sordide va sans doute un peu trop vite dans son déroulement mais Wellman orchestre suffisamment de moments forts dans l'émotion, le pathétique et la cruauté pour marquer durablement.

La véritable loque humaine imbibée et égocentrique qu'est cette mère indigne offre une image révoltante quand on voit les frêles silhouettes des fillettes dépérir car affamée. Clark Gable (époque pré moustache et dans l'esprit de ses premiers rôles très négatif) offre une sorte de Némésis à Barbara Stanwyck, un ange noir face à l'ange blanc ne répondant que par la brutalité et imposant une présence diablement inquiétante dans un rôle initialement prévu pour James Cagney (mais que la Warner réorienta vers des premiers rôles après le succès de L'Ennemi Public (1931)).

La Grande Dépression plane évidemment sur le film, dans ses meilleures aspects avec la solidarité et l'implication des deux infirmières que jouent Joan Blondell et Barbara Stanwyck (cette entraide féminine annonçant celle de Convoi de femmes (1951) notamment) dont les origines prolétaires soudent les liens immédiatement. Un prolétariat que l'appât du gain peut pourtant pervertir à l'image de Clark Gable profitant de nantis si détachés des réalités qu'ils en négligent leur propre enfants. Dès lors la justice ne peut s'exprimer qu'à travers les laissées pour compte vertueuses (que sont nos infirmières voire même par le bootlegger au grand cœur joué par Ben Lyon, tous se substituant aux institutions pour le meilleur et notamment avec un final radical et assez osé.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner consacrée au Pré Code

Extrait

lundi 10 mars 2014

Baby Face - Alfred E. Green (1933)


Après la mort de son père dans l'incendie d'un bar minable qu'il tenait dans le sud des USA, Lily Powers écoute les conseils d'un client qui l'encourage à quitter la ville et à utiliser les hommes pour réussir au lieu d'être utilisée par eux. Débarquée à New York, elle se fait engager dans une banque et gravit les échelons de la hiérarchie, en même temps que les étages du building, en séduisant les hommes, du chef du personnel au directeur, les renvoyant au fur et à mesure qu'elle n'en a plus besoin.

Baby Face s'affirme comme une réponse de la Warner au sulfureux Red-Headed Woman produit par la MGM l'année précédente et où Jean Harlow gravissait en usant de ses charmes les échelons de la haute société. Bien que marqué chacun par le spectre de la Grande dépression, les deux films diffèrent pourtant dans le ton et principalement à cause de la personnalité de leurs actrices et héroïnes. Red-Headed Woman justifiait par un ton rigolard et coquin les exactions de Jean Harlow dont le capital sympathie faisait tout passer. Le ton sera bien plus sombre dans Baby Face faisant office de vrai manifeste féministe pour justifier l'attitude de Lily Powers (Barbara Stanwyck).

Celle-ci a grandi dans la véritable fange d'un quartier pauvre d'une ville du sud des États-Unis. Servante dans le bar miteux de son père, elle y est régulièrement confrontée au machisme et à l'attitude libidineuse des répugnants clients qui entre mains baladeuses et remarques salaces donne une vision désastreuse de la gent masculine. Les hommes s'avèrent des porcs indignes de confiance dont le dégout de Lily remonte à loin, un dialogue suggérant que son propre père a déjà abusé d'elle et ce dernier n'hésitant pas à la donner en pâture aux les plus puissants et pouvant contribuer à ses affaires. Lorsque ce géniteur indigne meurt accidentellement, le seul homme l'ayant jusque-là soutenue la pousse à endosser son destin. Son attrait physique ayant toujours fait d'elle la proie des hommes doit désormais devenir une arme lui servant à les dominer et accéder aux sommets.

Dès lors les airs aguicheurs, les robes moulantes et les regards brûlants constitueront des pièges implacables dans lesquels tous les hommes se laisseront prendre. Baby Face s'avère moins ouvertement "sexy" que Red-Headed Woman et son festival de nudité mais bien plus provocateur. Les hommes tels qu'ils sont dépeints justifient ainsi pleinement l'attitude de l'héroïne. Lily arrive en guenilles et sans le sou au pied de l'immense building qui abrite la banque et la caméra d'Alfred E. Green arpente les étages de l'extérieur au fil de son ascension. À l'intérieur, les chefs de service, directeur et vice-président succombent à tour de rôle, leur rang, âge et supposée morale étant balayés par le désir irrépressible qu'éveille en eux Lily. Les tenues se font plus sophistiquées, la séduction plus subtile et les cibles à conquérir toujours puis puissantes.

Barbara Stanwyck est comme d'habitude formidable, la froide détermination se lisant constamment sous les attitudes provocantes et son propre passé difficile et misérable déteint aisément dans la vérité que véhicule le personnage. La présence glaciale dissimule pourtant un vrai dépit se révélant par intermittences, que ce soit ce soir de Noël passé en solitaire où le Terrible fait divers qu'elle va provoquer mais comme toujours l'inconsistance masculine fera disparaître tout état d'âme. La rencontre avec un homme sachant ce qu'elle est (George Brent) mais prêt à l'aimer au-delà du simple assouvissement charnel pourrait peut-être faire vaciller l'ambitieuse. C'est en tout cas ce que suggère le beau final même si justifié par la censure qui refusa la conclusion initiale bien plus cinglante et amorale. Une séquence retrouvée en 2004 et incluse lors de la restauration du film, dommage qu'elle ne soit pas visible sur le DVD mais Baby Face demeure un des Pré-code les plus brillants de l'époque.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner

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