Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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samedi 20 novembre 2010

Notre Histoire - Bertrand Blier (1984)


Abordé dans un compartiment de première classe d'un train par une jeune femme désemparée qui s'offre à lui, un garagiste s'installe dans la vie de celle-ci contre son gré.

Un des Blier les plus déroutants qui trouve en partie les raisons de sa forme atypique dans sa genèse. En effet le réalisateur désireux de longue date de travailler avec Alain Delon, avait finit par avoir l'accord de celui ci par le producteur Alain Sarde avec comme seule condition d'avoir Nathalie Baye comme partenaire. Blier se retrouve ainsi avec un casting en or pour son prochain film mais pas d'histoire, d'autant qu'il doit rédiger son scénario à toute vitesse vu l'emploi du temps de ministre de Delon. Le résultat de cette gestation dans l'urgence va donner un drôle de film, brinquebalant, chaotique et génial.

L'ouverture si elle est surprenante reste encore dans des voies "conventionnelles" comparé à la suite. Alain Delon, quarantenaire dépressif et alcoolique se fait aborder dans le compartiment d'un train par Nathalie Baye pour une étreinte destinée à en rester là. Il n'en sera rien puisque Delon se raccroche maladivement à cette apparition en s'installant chez elle, en vain puisqu'il s'avère que Donatienne (Nathalie Baye) est encore plus torturée et autodestructrice que lui.

Progressivement, la construction est de plus en plus déterminée par les émois des personnages plutôt que par un un fil narratif classique. Si on avait l'habitude chez Blier de cette tonalité entre rêve et cauchemar, réalité et absurde dans Buffet Froid ou Calmos, l'idée est poussée ici au summum de ses possibilités. Alain Delon (qui était encore un très grand acteur à l'époque) malmène brillamment son image en promenant tout du long une mine hébétée et abrutie par les hectolitres de bières qu'il ingurgite. C'est donc du long songe, de la vision hallucinée et des angoisses d'un alcoolique qu'il est question avec son non sens, ses flottements et son rythme laborieux. Cette option laisse plusieurs fois le spectateur dubitatif tant on se demande où Blier veut aller (le long épisode avec Galabru et le voisinage) d'autant qu'il s'amuse constamment à redéfinir le sens de ce qui nous est raconté par l'intermédiaire des personnages qui au coeur même du récit expliquent où se moquent du scénario.

Le coeur du récit, c'est la tour à tour mystérieuse, sensuelle, torturée Nathalie Baye chimère après laquelle court Delon, celle derrière laquelle tous son mal être et besoin d'affection se manifeste. La conclusion semble donner un sens à tout ce qui à précédé, mais rien n'est moins sûr. Amours perdus ou retrouvé, déception amoureuse ou souvenir magnifié, tout est possible tant la douleur de l'absente aura déterminé l'avancée en montagne russe de cette histoire, leur histoire.

Malgré l'insuccès public et critique, les audaces de Blier seront récompensé par un César du scénario et du meilleur acteur pour Delon, et les expérimentations tentées ici trouvant une forme plus accessible dans le plébiscité Trop belle pour toi.

Sorti en dvd chez Studio Canal

Extrait

mercredi 11 août 2010

Calmos - Bertrand Blier (1976)


Deux hommes, exténués par les femmes, abandonnent tout pour aller s'installer dans un village perdu. Ils y rencontrent un curé truculent et soiffard qui les rappelle aux plaisirs simples de la vie. Bientôt, leur exemple inspire des milliers d'hommes et des cohortes de mâles déboussolés quittent alors les villes, fuyant l'hystérie féministe des années 1970. Mais bientôt arrive un escadron d'amazones nymphomanes.

Lorsqu'il s'agit d'évoquer les Blier les plus audacieux et provocateurs, il est de bon ton de citer le foudroyant Les Valseuses, la thématique risquée de Préparez vos mouchoirs (et son pendant Beau-Père) ou encore l'étonnant Tenue de soirée. Pourtant avec Calmos Blier réalisait un véritable OVNI du cinéma français aussi discutable qu'hilarant.

Le film s'inscrit dans la veine d'un certain cinéma très gaulois et vulgaire qui rencontrait le succès dans les 70's tel le fameux Les Galettes de Pont Avent ou encore Comme la lune de Joël Seria. Dans ces deux films, le plus grand comédien français de l'époque, Jean Pierre Marielle. C'est ses prestations mémorables qui portait haut sous le côté trivial la drôlerie, mélancolie et désespoir de ces oeuvres outrancières. Il n'est donc pas étonnant de le retrouver dans Calmos dont la truculence et l'extraordinaire duo formé avec Jean Rochefort rendent les dérapages divers plus acceptable. Le film n'est en effet rien de moins qu'une charge contre le féminisme montant des années 70 largement discutable sur le fond mais dont la forme farceuse tirant sur le grand n'importe quoi permet de relativiser ce qui n'est finalement qu'une provocation de sale gosse.

On suit donc les mésaventure de Jean Pierre Marielle et Jean Rochefort, las de l'oppression des feminine qui décident de partir en retraite à la campagne où ils pourront en toute sérénité s'adonner aux plaisir les plus terre à terre: boire, manger, dormir... Leur initiative est bientôt suivie par d'autres mâles mais c'est sans compter sur la résistance des femmes frustrée qui décident de reprendre les choses en main de manière radicale. Le film débute comme une chronique de spleen masculin décalée avant de partir dans une escalade rabelaisienne totalement déjantée et vulgaire, bourrée d'idée folles et de scènes autres : l'ouverture où Marielle dévore sa baguette et son pâté devant l'entrejambe d'une femme (il est gynécologue) donne le ton.

La suite est à l'avenant avec Marielle agressant verbalement une femme lui ayant demander le chemin, des hordes d'amazones usant des hommes comme objets sexuels à la chaîne dans une sorte d'usine vouée au coït.... Marielle et Rochefort en roue libre totale s'en donne à coeur joie sur des dialogues mémorables tout comme le reste d'un casting plutôt prestigieux qui se lâche comme jamais dont Brigitte Fossey, Dominique Lavanant ou Valérie Mairesse dans des situations dépassant les normes de la bienséance.

Pas sûr que tout ce petit monde assume autant aujourd'hui cette "chose" dans leur filmographie et on se demande comment un producteur a pu financer pareil objet, le fond comme la forme serait irrecevable en ces heures de politiquement correct. Sans aucun doute le Blier le plus fou, avec une conclusion à la hauteur du spectacle qui a précédé où nos héros retourne à l'état foetal en se réfugiant dans... Un vagin géant. Si un film français devait incarner les folles années Hara Kiri, Fluide Glacial ou L'Echo des Savanes ce serait celui là.

Sorti en dvd chez Studio Canal

Extrait