Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 12 août 2013

Le Complot des Clans - Chu Liu Xiang, Chu Yuan (1977)


De nombreux meurtres sont perpétrés par un combattant secret. Tous les regards se portent vers Chu Liu-xiang, populaire maître en arts martiaux. Celui-ci, afin de prouver son innocence, va se charger de partir à la recherche du coupable.

En 1977, Chu Yuan avait révolutionné le film martial avec son excellent La Guerre des Clans qui sortait définitivement le genre du récit chevaleresque machiste et sanglant qui dominait jusque-là sous la férule de Chang Cheh. Le film était la première adaptation d’un roman Gu Long, auteur à succès et considéré comme le Alexandre Dumas hongkongais. Son univers si particulier trouvait son illustrateur idéal avec Chu Yuan, avec univers lorgnant sur la fantasy où des combattants aux facultés surnaturelles se déchirent pour la domination du Jiang-hu, le monde des arts martiaux. Ces histoires empruntent nombres d’éléments à la culture occidentale et délaissent la rigueur historique d’un King Hu pour une approche nettement plus orienté serial et récits à mystère où l’érotisme est également bien plus prononcé. Chu Yuan signait donc un chef d’œuvre du genre avec La Guerre des Clans qui offrait rien moins qu’une relecture du Parrain à la sauce wu xia pian (film de sabre chinois). Le film allait donc lancer une véritable mode d’adaptation des romans de Gu Long à Hong Kong et Chu Yuan signerait certains de ces meilleurs films avec certaines d’entre elles.

Le Complot des Clans arrive donc un an après La Guerre des  Clans et adapte les aventures d’un personnage phare de Gu Long, Chu Liu-xiang. Au croisement de James Bond et Sherlock Holmes, ce personnage charmeur allie séduction, dextérité martiale et intelligence dans des histoires reposant autant sur l’action les enquêtes où sont mises en avant ses capacités de déduction. Il est ici parfaitement incarné par le charismatique Ti Lung dans une aventure croisant les intrigues de trois romans de Gu Long (qui en consacra huit à son héros fétiche).

L’efficacité narrative de Chu Yuan se mélange idéalement aux récits à rebondissement de l’auteur avec une ouverture magistrale qui pose les enjeux avec concision. Trois chefs de clans sont mystérieusement assassinés en étant empoisonnés par l’Eau magique, substance uniquement trouvable dans un palais isolés uniquement composés de femmes et dotées de pouvoir surnaturels. Les soupçons se portent immédiatement sur le seul homme capable d’une telle audace, notre héros  Chu Liu-xiang qui a donc un mois pour démasquer le vrai coupable.

Ti Lung tout en prestance et décontraction est pour beaucoup dans l’attrait du film. Le combat est réellement le dernier recours quand pour le reste il use largement plus de sa malice, l’influence de James Bond se ressentant notamment lors d’une scène de casino assez typique quand pour le reste son phrasé amical, son goût pour le déguisement seront des atouts précieux. . Dans cette logique privilégiant la réflexion sur l’action, les combats sont finalement autant des joutes verbales que physiques où Chu Liu-xiang jaugera constamment ses adversaires, dupant les plus limités (la ravissante mais nunuche Ching Li coutumière de ce type de rôle) et faisant preuve d’astuce pour soutirer des informations.

Les rares démonstrations de force lui servent plutôt à se mettre un ennemi potentiel dans la poche tel ce moment où le redoutable Point-Rouge (Ling Yun) payé pour le tuer lui devient redevable après qu’il ait écarté une araignée venimeuse de son épaule en plein combat. Cette légèreté  apparente du héros contraste avec une vraie ambiance mystérieuse où les fameux décors studios de la Shaw Brothers privilégient les scènes nocturnes  baignant dans le surnaturel plus inquiétant à l’enquête menée par Chu Liu-xiang. 

Les apparitions spectrales du tueur masqué jouent bien de cet aspect avec un ennemi insaisissable ayant toujours une longueur d’avance et semant la mort parmi les témoins interrogé par Chu Liu-xiang. On traversera ainsi nombres de demeures abandonnées, cimetières et autre crique isolées d’où le danger peut surgir à tout moment et comme souvent la solution ne sera pas aussi surnaturelle que l’on pense. 

Bien que simplifiée, l’intrigue du roman est donc rondement menée et captive avec cette histoire d’héritier d’un guerrier japonais assassiné et dont les enfants furent recueillis par des chinois. Chu Liu-xiang devra retrouver ces mystérieux descendants en quête de vengeance jusqu’à une sacrée surprise lorsqu’il découvrira leur identité. La dernière partie du film nous emmène dans le fameux Palais de l’Eau Magique où le décor immaculé et rococo sert encore une atmosphère différente.  

La résolution reposera sur une trame empruntant beaucoup (c’est presque un petit remake en soi) à Intimate Confession of a Chinese Courtesan (1972) autre grand classique de Chu Yuan dont on retrouvera là la thématique vengeresse, le triangle amoureux et la sulfureuse dimension saphique. Betty Pei Ti en souveraine indestructible et amoureuse y trouve également un rôle quasi identique. 

Le réalisateur conclut donc l’aventure sur une note passionnelle et sanglante typique de son style auquel s’ajoute un Chu Liu-xiang impuissant face au drame en marche. Palpitant et virtuose, Le Complot des Clans est une grande réussite qui par son succès relancera de plus belle le fructueux filon des adaptations de Gu Long et installera Chu Liu-xiang en tant que héros récurrent. Une suite bien moins réussie fut d’ailleurs produite l’année suivante avec la même équipe L’île de la Bête (1978). Grand admirateur de Chu Yuan, Tsui Hark fera bien plus tard un mémorable remake du Complot des Clans avec le survolté Swordsman 2 (1992).

 Sorti en dvd zone chez Wild Side dans la collection Shaw Brothers

dimanche 1 mai 2011

Intimate Confession of a Chinese Courtesan - Ai Nu, Chu Yuan (1972)


La belle Ai Nu (Lily Ho), kidnappée par des brigands, est tenue prisonnière dans une maison close dirigée par l’envoûtante Lady Chun (Betty Pei Ti). Elle devient rapidement la proie des hauts responsables de la ville qui viennent assouvir leurs fantasmes. Après une tentative d’évasion échouée, elle mettra au point sa terrible vengeance contre tous ceux qui ont abusé d’elle …

Les mythiques studios Shaw Brothers, lorsqu'ils avaient réorienté leur production vers le cinéma d'arts martiaux au début des années 60 avaient conservé un certain élan féminin issue de la tradition de l'Opéra de Pékin. Dans celui-ci, tout les rôles devaient être tenus par des femmes, vraies vedette de cet art y compris les rôles masculins et cette tradition fut conservée pour un temps au cinéma. Ainsi dans le premier succès massif du studio dans le genre L'Hirondelle d'Or de King Hu l'actrice Chang Pei Pei tient elle un double rôle masculin/féminin, et bien que l'on distingue aisément ses traits féminins c'est une convention tout à fait acceptée par le public local (mais qui décontenancera un temps celui qui découvre ce cinéma). La donne allait changer avec l'arrivée du réalisateur Chang Cheh dont les films étaient truffés de héros masculins à la virilité hypertrophié, chantre de l'amitié virile (certains y virent même un homosexualité sous-jacente) et du combat sacrificiels.

Le basculement se fit notamment ressentir dans Le Retour de L'Hirondelle d'Or réalisé par Chang Cheh qui relègue donc Chang Pei Pei héroïne du premier film au second plan au profit de Johnny Wang Yu et son charisme animal. Durant des années la donne sera donc inversée et les femmes désormais réduite aux utilités dans les films d'actions de la Shaw Brothers. Jusqu'à ce fameux Intimate Confession of a Chinese Courtesan qui ramène la femme au centre dans un élan sulfureux et féministe.

Pour faire passer les excès les plus divers dans un film d'exploitation, la vengeance est le motif le plus efficace qui soit et Chu Yuan réalise là un des fleurons du genre. Ai Nu (Lily Ho) est une jeune fille enlevée par d'infâme tenancier de maison close qui dressent ensuite leur prisonnière de la manière la plus impitoyable. Les premières scènes donnent le ton avec des images à l'érotisme bien plus prononcé que ce que la relativement prude Shaw Brothers a donné voir jusqu'ici, avec la nudité de ces jeunes filles et les maltraitances sadiques qu'elles ont à subir. Ai Nu plus résistante et rebelle que les autres va pourtant être contraintes de céder face à la détermination de la plus redoutable des adversaires, la tenancière lesbienne Lady Chun (Betty Pei Ti) qui nourri une trouble attirance pour elle. Ai Nu va ainsi subir un terrible baptême du feu en étant livrée en pâture à quatre notables libidineux lors d'une séquence cauchemardesque. Après ce traumatisme, elle revient à des disposition plus amicales et cède même aux avances Lady Chun, mais ce n'est que pour mieux nourrir sa vengeance.

Chu Yuan est un des réalisateurs les plus doués de la Shaw Brothers (et qui triomphera quelques années plus tard avec ses adaptations de Gu Long le Alexandre Dumas de Hong Kong) et si le résumé laisse à imaginer un film vulgaire et putassier, tout n'est en fait que subtilité et élégance. Le film fit sensation à sa sortie par l'illustration d'un amour saphique donnant ici dans l'érotisme soft et tout en retenue. Chu Yuan gorge le film de symbole qui permettent de distinguer les émotions des personnages à divers moments au delà des prestations ambigües de Lily Ho (formidable de fragilité puis de haine vengeresse) et Betty Pei Ti (impitoyable et aimante à la fois et d'une beauté renversante).

Pour qui connaît la culture chinoise la symbolique de la couleur est très importante. Lorsqu'elle est exhibée aux notables qui vont la violer Ai Nu est vêtue d'une robe jaune, symbole de la fertilité et appuyant donc la toute puissance masculine à ce moment là. Lorsque heureuse elle accepte la vie de courtisane, elle arbore une robe blanche synonyme de deuil en Chine qui exprime ainsi son innocence perdue mais aussi les desseins vengeurs qu'elle médite sous son masque de bonheur. Plus tard c'est dans une robe rouge écarlate qu'elle tuera un des notables qui ont abusé d'elle.

Cette vengeance dévoile d'ailleurs les élans féministes du film sous les excès puisque Ai Nu punit ses agresseurs dans leurs travers typiquement masculins. Parmi les plus marquants on peut citer ce vieux pervers que par malice Ai Nu amène à s'empoisonner par abus d'aphrodisiaque. Pourtant étrangement le propos se fait plus trouble au fil de l'avancée du film. La jeune innocente dont nous accompagnons la vengeance se fait progressivement aussi impitoyable et retorse que ses ennemis quand à l'inverse Lady Chun tombée amoureuse se fait moins cruelle et défend Ai Nu envers et contre tout.

Cette volte face morale se ressent d'autant plus dans la conclusion et donne tout son sens au titre (Ai Nu en plus d'être le nom de l'héroïne signifie esclave de l'amour en chinois) puisque Ai Nu trébuche par les derniers sentiments nobles qui lui restent (preuve qu'elle n'a pas totalement basculé) alors que son amante la soumet à son amour intense par un ultime acte de détermination froide.

Ambiance trouble et sensuelle, sophistication et raffinement extrême des décors et joutes martiales sangle et virtuose, Ai Nu est un des joyaux les plus vénéneux de la Shaw Brothers. Un grand film au féminin. Chu Yuan fera un remake raté de son oeuvre en 1984, l'esthétique léché cédant au kitsch et l'érotisme retenu cédant à une vulgarité plus explicite...

Sortie en dvd zone 2 français chez TF1 Vidéo



Et extrait du beau générique de début