Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 11 juin 2018

Local Hero - Bill Forsyth (1983)

MacIntyre, américain célibataire vivant bien, avec une maison et une Porsche, doit aller en Écosse sur l'ordre de son patron, chef de Knox Oil qui veut construire une usine pétrochimique sur une plage du nord de l'Alba. Mac et un collègue doivent négocier avec les habitants qui, s'ils l'acceptent, n'auront plus rien mais seront riches. Mac sympathise petit à petit avec les habitants et apprécie de plus en plus les paysages, remettant ainsi en question la pertinence de sa mission.

Local hero sera l'œuvre de la reconnaissance internationale pour Bill Forsyth après le salut critique et le succès local de ses deux premiers films That sinking feeling (1979) et Gregory's Girl (1981). Dans ces deux films, Forsyth en abordant tour à tour le film de casse décalé ou la chronique adolescente amusée montrait par la truculence de ses protagonistes un autre visage d'une Ecosse à l'arrière-plan social et urbain sinistre. Avec Local hero, le réalisateur poursuit cette idée mais en adoptant le point de vue d'un personnage extérieur amené à être subjugué par l'Ecosse. Il s'agit de MacIntyre (Peter Riegert), agent d'une compagnie pétrolière envoyé dans un village qu'elle souhaite remplacer par une usine pétrochimique. Dans un premier temps le récit semble donner dans le cliché tant dans le cynisme de Mac en jeune yuppie arrogant que dans le cadre pittoresque du village (imaginaire) de Ferness. Cependant Forsyth distille dès le départ çà et là quelques éléments soulignant la solitude de cette vie de cadre dynamique (Mac célibataire et sans ami la veille de son départ) où la vacuité d'être en haut de la pyramide avec un Burt Lancaster délicieusement décalé.

Bill Forsyth n'invente pas avec Local hero le postulat du citadin confronté à un environnement atypique, et d'autant plus en Ecosse avec des classiques anglais comme The Maggie d'Alexander Mackendrick (1954) ou Je sais où je vais de Michael Powell et Emeric Pressburger (1946). Cependant le réalisateur sort des sentiers battus dans en évitant une attendue caractérisation pittoresques des habitants. Les quelques moments attendus sont certes bien là (comme une scène de beuverie au pub) mais sans une construction classique allant de la confrontation à l'acceptation. Les habitants sont en effets largement ouverts à la manne de la compagnie en échange de leur logis et notre héros mène tranquillement les négociations tout en s'imprégnant des lieux. C'est le décalage entre cette absence d'opposition avec l'attachement qu'il se découvre pour les lieux qui change peu à peu la perception. Mac se pose ainsi en observateur charmé par les mœurs locales (l'ardeur amoureuse de l'hôtelier Urquhart (Peter Lawson) et son épouse) et surtout par son cadre.

Le paysage est le vrai personnage secondaire du film, dans lequel Forsyth fond son héros qui s'y déleste progressivement de ses atours et préoccupations citadines. Un somptueux panorama de plage en fin de jour perd sa silhouette dans le lointain avant de peu à peu la figer en plus grand comme pour illustrer sa connexion avec les lieux dans des séquences magiques comme une pluie de comètes ou une aurore boréale. Forsyth donne un contour quasi féérique à ces passages, à leur épiphanie nocturne répondant une humeur bucolique de jour - et une photo fabuleuse de Chris Menges dans les deux cas - lorsque son associé Oldsen (Peter Capaldi) tombera amoureux de la belle océanographe Marina (Jenny Seagrove). La majesté grandiose se conjugue à des détails plus anodins (l'insert sur la montre de Mac laissée dans l'eau, ce dernier anticipant les raids à moto du chauffard local...) pour nous signifier l'intégration à ces lieux et cette communauté.

Local hero est donc un film à l'équilibre parfait entre humanisme et pure atmosphère (qui évite l'autre cliché qui guettait, celui mythologique/mystique) dans une trame volontairement lâche qui laisse les choses se dérouler sans conflit. Ainsi le premier obstacle au projet intervient dans les dernières minutes (soit quand plus personne ne souhaite le voir se réaliser) et le potentiel rebondissement autour du mensonge amoureux entre Oldsen et Marina est désamorcé avant même d'avoir pu exister. Ce village, cette plage, ces récifs et ces attachants habitants sont un arrêt paisible (le personnage du pêcheur russe, le pasteur africain) dans un monde matérialiste voire même un appel pour ceux qui en sont las avec l'arrivée triomphale du personnage de Burt Lancaster lors du final. Une réussite qui sera un immense succès en Angleterre (où il raflera le BAFTA du meilleur réalisateur) et aux Etats-Unis où il sera distribué par la Warner.

Sorti en dvd zone 2 français chez M6 Vidéo 

jeudi 7 janvier 2016

That Sinking Feeling - Bill Forsyth (1979)

Ronnie, Wal, Andy et Vic sont quatre adolescents qui s'ennuient, chômeurs de la ville triste et pluvieuse de Glasgow. Ronnie a l'idée de réaliser le casse d'éviers en acier inoxydable qui pourrait rapporter gros.

Local Hero (1983) sera le film de la reconnaissance internationale pour le cinéaste écossais Bill Forsyth, précédé par le succès critique de la charmante chronique adolescente Gregory's Girl (1981). Ce second film constituait l'aboutissement du brouillon que constitue That Sinking Feeling réalisé deux ans plus tôt. Les deux films partagent un casting quasiment identique puisque Bill Forsyth repris les jeunes acteurs recrutés au sein de du Glasgow Youth Theatre. Après une formation à la National Film and Television School et une expérience de monteur au sein de la BBC, Bill Forsyth retourne à son Ecosse natale pour fonder sa compagnie de production Tree Film. Il s'y spécialise dans le documentaire (genre où il fit ses premières armes en 1964 après avoir été recruté sur petite annonce) mais aspire à passer à la fiction. Ce sera chose faite avec That Sinking Feeling qui aura l'insigne honneur d'être le premier film à être entièrement produit et financé (pour le minuscule budget de 5000 livres) en Ecosse, tous les tournages précédents au sein du pays ayant toujours été des coproductions anglaises ou hollywoodiennes.

L'expérience documentaire du réalisateur et une filiation évidente avec Ken Loach se ressent dès l'ouverture du film. Dans Kes (1969), l'environnement du jeune héros le condamnait à un certain déterminisme social où l'amour pour son faucon constituait une respiration dans un futur le poussant vers la délinquance ou le maintien dans ce milieu modeste et ouvrier. On pourrait penser que le constat de That Sinking Feeling, la délinquance constituant désormais la seule voie pour ces post adolescent au chômage. Tout pousse à la sinistrose avec ce Glasgow tout en désolation urbaine grisâtre ou déambule les protagonistes déprimés par leur poches vides et inactivités.

Bill Forsyth va pourtant aller à rebours de ce spleen ambiant avec un récit sacrément ludique. La scène d'ouverture donne le ton en évoquant par l'humour cette misère sociale lorsqu'un des héros (John Hughes) passe devant un stand de sandwich et s'éloigne l'air ahuri et gêné quand il verra qu'il n'a pas les 45 pences demandés. Tous les personnages sont introduit selon ces deux niveaux de lectures amusés et pathétiques, que ce soit Ronnie (Robert Buchanan) se plaignant devant la statue d'un héros national de ne pas trouver de job, sans parler de cet autre protagoniste testant en magasin des chaînes hi-fi qu'il n'a bien évidemment pas de quoi se payer.

Lassé de ce marasme Ronnie a une idée de génie pour renflouer le groupe, organiser le cambriolage de ce qui constitue la gloire industrielle locale, des éviers en aciers inoxydable. On est ainsi parti pour une sorte de variante écossaise du Pigeon (1958) de Mario Monicelli : les préparatifs, l'exécution en passant par l'écoulement du butin constitue un ensemble sacrément loufoque. Parmi les moments les plus tordants on verra le travestissement grossier en vue de séduire le gardien de nuit, le running gag du patron endormi et ronflant victime de la mixture de l'étudiant en médecine du groupe (afin d'emprunter son camion à son insu) ou la vente en forme de moquerie de l'art contemporain.

Malgré les problèmes de rythmes et le côté un peu inégal d l'ensemble, c'est vraiment le capital sympathie qui domine d'autant que Forsyth fait preuve d'un vrai brio formel. Cette art de la rupture de ton, du rebondissement inattendu et de cette équilibre entre l'anodin et l'humour potache fonctionne pourtant bien et trouvera un aboutissement avec le plus maîtrisé Gregory's Girl.

Sorti en dvd zone 2 anglais et bluray (sous-titres anglais) à la BFI 


mardi 9 juin 2015

Gregory's Girl - Bill Forsyth (1981)

Une petite ville d'Ecosse. Le timide et boutonneux Gregory ne pense qu'aux filles mais n'ose les aborder. Dorothy jolie et sexy, réussit grâce à son adresse à obtenir un poste dans l'équipe de football du collège. Eperdument amoureux d'elle. Gregory réussit à vaincre sa peur et lui propose un rendez-vous. Mais celle qui viendra n'est pas celle qu'il attend.

Gregory's Girl est une charmante chronique adolescente qui reste le grand classique du réalisateur écossais Bill Forsyth dont c'est le second film. Son premier essai That Sinking Feeling (1981) avait connu un succès d'estime avec ce récit d'un casse rocambolesque par une bande d'adolescent fauché. Pour ce faire, Forsyth avait recruté son jeune casting au sein du Glasgow Youth Theatre et l'on retrouve une grande partie de la distribution dans Gregory's Girl dont Robert Buchanan, Billy Greenlees, et bien sûr John Gordon Sinclair. Le budget très modeste du film oblige à un tournage austère où les costumes des acteurs seront leurs propres vêtements, y compris la jolie Dee Hepburn obligée d'emprunter son très seyant petit short blanc à sa sœur tandis que le mystérieux personnage déguisé en pingouin qui traverse sans but le récit n'est autre que le fils d'un des producteurs. Cette économie, ce naturel et spontanéité marquent le film pour le meilleur du début à la fin.

Dans une petite bourgade d'Ecosse, Gregory est un adolescent timide et emprunté qui comme tous les garçons de son âge est déjà obnubilé par les filles. Cet intérêt se traduira d'abord de la façon la plus "hormonale" lors de la scène d'ouverture où il reluque avec ses camarades une infirmière en train de se changer. C'est ensuite au cœur qu'il sera foudroyé lorsque la jolie Dorothy (Dee Hepburn) cherchera à intégrer la défaillante équipe de foot du lycée.

Très douée avec le ballon (Dee Hepburn très convaincante s'étant entraînée près de six semaines pour être crédible) Dorothy en vraie jeune fille moderne allie charme et allure sportive, Bill Forsyth érotisant joliment son élégante silhouette (ce premier entraînement où elle enlève son survêtement) en endossant le regard de Gregory émerveillé par son assurance et ses jambes nues. Dès lors Dorothy devient la coqueluche de l'école et suscite le désir d'autres garçons (et entraînant des moments cocasse comme quand elle sera embrassée y compris par les adversaires après avoir marquée un but en match) au grand dam de Gregory trop timide pour tenter sa chance.

John Gordon Sinclair est absolument irrésistible e très attachant en grand dadais ahuri, dégageant une candeur charmante dans son obsession amoureuse et la maladresse dans laquelle il se vautre en présence de Dorothy. Muet d'amour ou enchaînant les banalités tout en ne tenant pas en place (cette inconstance se reportant sur le terrain où il est un piètre gardien de but), l'acteur est confondant de naturel et l'empathie immédiate pour tous les grands timides. Bill Forsyth avait débuté sa carrière en produisant de court documentaires et cela se ressent dans son approche. A part son enjeu amoureux, le film est dénué de vraie intrigue et se constitue plutôt de moments épars mettant en scène Gregory ou encore ses camarades tout aussi empoté que lui quant à la séduction.

Hormis une brève rencontre avec le père de Gregory, les parents sont quasiment absents du récit l'immaturité étant systématiquement rattaché à nos jeunes garçons en rut. Les filles semblent déjà beaucoup plus à leur aise dans leurs aspirations mais également la séduction (voir la longue scène finale où Gregory est désarçonné), même au plus jeune âge avec Madeline (Allison Forster) jeune sœur de Gregory et conseillère de cœur. Une idée originale (reprise des lustres plus tard dans 500 jours ensemble (2010)) qui contredit d'ailleurs le cliché des rapports fraternels conflictuels avec des charmantes scènes pleine d'esprit entre Gregory e Madeline, sans ajouter un caractère adulte forcée à cette dernière qui reste une fillette de dix ans certes très intelligente.

Le film captive ainsi dans sa chronique adolescente et son traitement naturaliste, réussissant à surprendre jusqu'au bout. L'adolescence est plus ponctué de moment anodins et d'ennui qui marquent par la suite par nostalgie que de vrais pics émotionnel tel que décrits dans les trames des teen movie habituels. Dès lors Forsyth désamorce la réunion amoureuse attendue lors du final pour aller dans une autre direction. La versatilité adolescente est ainsi parfaitement saisie dans l'épilogue où l'objet de tous les désirs s'estompe pour laisser place à un autre que l’on n’a pas vu venir.

Les regards énamourés et le bégaiements pour celle si inaccessible laissant place à une complicité, un naturel et un plaisir commun qui amène une autre forme de romance plus significative de cette période de la vie. Un petit bijou qui deviendra un classique du cinéma anglais des 80's, remportant un grand succès y compris aux USA (où il est redoublé à cause des impayables accents écossais). Bill Forsyth lui donnera une suite tardive en 1999, Gregory's Two Girls.

Sorti en dvd zone 2 anglais et en bluray anglais doté de sous-titres anglais