Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 1 mai 2018

Cinq pièces faciles - Five Easy Pieces, Bob Rafelson (1970)


Robert « Eroica » Dupea (Jack Nicholson), pianiste virtuose, a quitté depuis deux ans le cocon d'une famille bourgeoise pour prendre la route et vivre de petits métiers. Il travaille aujourd'hui comme ouvrier sur une plateforme pétrolière de Californie et vit avec Rayette (Karn Black). Mais cette vie qu'il a rêvée ne lui convient pas et il ne trouve sa place ni au côté de ses camarades ouvriers, ni dans son couple.

Cinq pièces faciles est une des œuvres emblématiques du Nouvel Hollywood. Le film est une production issue du giron de BBS, société de production à l’importance majeure dans l’avènement du Nouvel Hollywood et révélée par le succès d’Easy Rider de Dennis Hopper (1969). Cinq pièces faciles doit son existence à une des révélations d’Easy Rider, Jack Nicholson qui amène le scénario de Carole Eastman à son ami Bob Rafelson lui-même co-fondateur de BBS. Le film consacrera à la fois le réalisateur et l’acteur encore loin de son statut de star.

Le film reflète grandement le désenchantement et les désillusions des seventies à travers le destin de Robert Dupea (Jack Nicholson). C’est un héros à sa place nulle part, fuyant son environnement bourgeois et sa formation de pianiste virtuose pour les milieux populaires et l’exercice de petits métiers. De ses origines bourgeoises naît un sentiment d’étouffement et de convention insupportable et son « éducation » le rendra constamment extérieur au prolétariat dans lequel il essaie de se fondre. Le récit l’exprime à travers le jeu tour à tour sobre, excessif et surtout toujours puissamment tourmenté de Jack Nicholson pas encore affublé de ses tics carnassiers. Bob Rafelson orchestre ce mal-être perpétuel sans distinction de classe. L’amour trop ardent et la médiocrité de la petite amie Rayette (Karen Black) surgit autant dans l’intime que dans une simple partie de bowling et les beuveries tout comme le laborieux travail de chantier n’offrent guères de perspective. Plus tard le côté dysfonctionnel de la famille que retrouvera Robert s’avérera tout autant une impasse pour lui.
Le seul refuge entre ces différents mondes semble être la musique pour le héros ce qui nous donne deux des plus belles scènes du film. 

La première laisse éclater sa frustration de façon jubilatoire quand en plein bouchon routier il grimpe dans un camion contenant un piano pour en jouer dans un concert de klaxons. La seconde montrera au contraire l’apaisement et la mise à nu qu’amène chez lui le piano quand il en jouera à la demande de Catherine (Susan Anspach), compagne de son frère dont il est tombé amoureux. Bob Rafelson souligne moins une opposition ou critique de classe (nous ne sommes plus dans Le Lauréat) que la profonde indécision de son héros, typique de la perte d’idéaux d’alors et qui se manifeste à l’image par une déambulation sans but sur les routes, dans les bars… Dès qu’un soupçon de responsabilité ou de sérieux vient s’immiscer dans sa quête, Robert doit s’en détourner que ce soit en rudoyant Rayette ou en désamorçant son émotion par cynisme quand il jouera pour Catherine – une scène d’enregistrement laborieuse associe également la musique à cette beauté gâchée par le surgissement du « réel ». 

Les deux figures féminines reflètent d’ailleurs cela, l’une aveugle le poursuivant coûte que coûte et l'autre consciente de ses failles se refusant à une romance plus poussée. L’accomplissement ne peut plus être artistique, spirituel ou communautaire, Robert reflète une génération confrontée à la désillusion du réel ET des utopies. Bob Rafelson ayant lui-même fuit ses origines nanties pour bourlinguer rend superbement vrais les atermoiements de Jack Nicholson poignant de vulnérabilité. La splendide fin ouverte perpétue cette fugue éternelle de la plus belle et sobre des façons. 

Sort en dvd zone 2 français chez Columbia 

jeudi 27 mai 2010

Le Facteur sonne toujours deux fois - The Postman always ring twice, Bob Rafelson (1981)



Un remake du classique des années 40 et nouvelle adaptation du roman de James Cain (également adapté à la sauce néo réaliste par Visconti dans Les Amants Diaboliques) assez réussie. La trame suit plutôt fidèlement celle de l'original avec quelques petits changement qui en modifie quelque peu la portée. Le bon gars dépassé par les évènements incarné par John Garfield devient un petit escroc sans envergure sous les traits de Jack Nicholson, Jessica Lange s'avère plus fragile et attachante que l'archétype de femme fatale incarnée par Lana Turner et la portée sociale est évincée pour se focaliser sur le couple vedette.

La voix off fataliste typique du film noir et la narration en flashback disparaissent aussi. Si la scène la plus chaude de l'original était la mythique apparition de Lana Turner en mini short blanc, l'ambiance est nettement plus torride et moite ici. Libérée du poids de la censure le récit libère son côté charnel avec des amants qui ne cesse de se poursuivre, se battre et se griffer avec en point culminant la célèbre scène où Jack Nicholson prends sauvagement Jessica Lange sur la table de la cuisine ou encore celle où pour simuler les séquelles d'un accidents il se frappe mutuellement le tout finissant par une étreinte sauvage en plein air.

Un peu comme l'original le récit tire un peu en longueur sur la conclusion qui s'éternise en poussant les conflits des personnages jusqu'au point de rupture. Cela reste néamoins plus intéressant que du neo film noir façon La fièvre au corps qui se contentait de singer les codes classiques avec une touche d'érotisme soft.

Pour sa seconde collaboration avec Rafelson, Jack Nicholson offre une de ses meilleurs prestations, mélange de dureté masculine et d'amour pathétique typique des héros désarçonné des 70's et se demarquant de celle de John Garfield dans l'original. Jessica Lange est quant à elle impressionnante de sensualité et d'émotion et prouvait là qu'elle n'était pas la potiche entrevu dans le remake de King Kong, premier rôle qui ne jouait que sur sa plastique.