Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Lee Marvin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lee Marvin. Afficher tous les articles

mardi 17 mai 2016

Les Professionnels - The Professionals, Richard Brooks (1966)

1917. Ancien soldat de Théodore Roosevelt et de Pancho Villa, Henry 'Rico' Fardan est engagé par Grant, un magnat texan du pétrole, pour retrouver sa femme Maria, enlevée par des révolutionnaires mexicains conduits par Jesus Raza. En échange, Grant offre une récompense de 100 000 $. Fardan est épaulé dans sa mission par trois autres 'spécialistes' : Hans Ehrengard, ancien cavalier et éleveur de chevaux, Jacob 'Jake' Sharp passé maître dans l'art de manier n'importe quelle arme et enfin Bill Dolworth, spécialiste en explosifs et ami de Fardan avec qui il a opéré nombre de coups de main au Mexique deux ans auparavant...

Au premier abord, The Professionals avec sa promesse d’action et d’aventures portées par un étincelant casting viril semble creuser le sillon des Sept Mercenaires (1960) qui a popularisé ce type de structure dans le western. C’est mal connaître Richard Brooks qui, tout en assurant le quota de grand spectacle livre une œuvre plus subtile qu’il n’y parait. Le côté divertissant semble dominer au départ avec une caractérisation des « professionnels » se faisant dans l’action à travers un générique pétaradant présentant leurs compétences : Rico (Lee Marvin) ex-militaire introduit en instructeur de mitrailleurs, Hans (Robert Ryan) l’expert en chevaux et Jake (Woody Strode) maître en maniement d’armes et plus précisément l’arc. Seul Bill (Burt Lancaster) a droit à une introduction plus comique, sa science des explosifs ne se révélant que plus tard. Avec Burt Lancaster et le cadre du Mexique où se déroulera la mission, on pense immédiatement au classique de Robert Aldrich, Vera Cruz (1954). Ce dernier film obéit à une construction proche du film de Brooks, avec ces deux aventuriers cyniques (Gary Cooper et Burt Lancaster) finissant par s’affronter dans un Mexique à feu et à sang, l’appât du gain de l’un s’opposant à la noblesse d’âme retrouvée de l’autre.

Les héros de Richard Brooks suivent un même cheminement où cependant leur lien au Mexique est plus fort. Rico et Bill sont des anciens compagnons d’armes qui furent gagnés par la fièvre de la révolution. Ce retour sur la terre de leurs combats n’est désormais plus guidé par la cause mais par une lucrative récompense. Brooks met donc en valeur leurs aptitudes militaires qu’il croise à celle plus associée au western classique de leurs acolytes avec le pistage pour Woody Strode et le soin des chevaux pour Robert Ryan. Le froid professionnalisme des soldats s’oppose ainsi à l’humanisme d’un Robert Ryan novice, que ce soit dans la résistance au rude climat du désert ou au sort à accorder aux chevaux ennemis après une embuscade. La raison est en tout cas toujours donnée aux deux soldats, dans la science du combat comme dans l’attitude détachée. 

Le sourire goguenard et carnassier de Burt Lancaster (proche de son personnage de Vera Cruz) se complète ainsi à l’autorité naturelle et au bon sens stratégique de Lee Marvin (qui quant à lui annonce son rôle d’instructeur dans Les Douze Salopards (1967)). L’objectif de la mission se déroulera dans une même maîtrise avant qu’un coup de théâtre fasse tout voler en éclat. Sous la distance de façade, toute cette première partie aura développé en filigrane une certaine nostalgie des hauts faits guerriers qui eurent un sens, un engagement et un certain romantisme pour les personnages. Réprimant ce sentiment par le simple appât du gain, nos héros sont ramenés à leurs doutes quand la mission ne sera pas ce qu’elle parait être avec la vraie nature de la kidnappée (Claudia Cardinale) et du kidnappeur (Jack Palance), ex frères d’armes aussi.

Tout le film change avec ce vacillement. Les scènes d’actions impressionnantes mais mécanique car simples démonstrations du « savoir-faire » militaire des héros prennent un tour plus déchirant. On pense à l’époustouflante embuscade à un contre cinq que mène Burt Lancaster dans un canyon et où sous l’aspect rigolard, chaque exécution est douloureuse notamment Chiquita (Marie Gomez) cessant d’être une simple silhouette pulpeuse par sa mort déchirante. Jack Palance lancera d’ailleurs une superbe tirade en comparant la Révolution aux atours d’une femme dont on est amoureux et recelant plus de plaisir que la maîtresse éphémère que constitue le seul attrait pécuniaire. Aldrich célébrait l’héroïsme américain avec Gary Cooper tout en donnant de beaux atours à l’amoralité symbolisée par Lancaster dans Vera Cruz

Plus tard Sam Peckinpah donnera dans l’approche crépusculaire et la nostalgie des « vrais » hommes avec La Horde sauvage (1969) pour rester au Mexique, et dans Pat Garret et Billy le Kid (1973) si on l’étend au western au sens large. Le propos de Richard Brooks est bien plus concret et politisé, Rico et Bill étant une métaphore de la politique américaine. Les personnages auront participé à la Révolution Mexicaine par engagement et volonté de libération comme on pourrait l’interpréter l’action des Etats-Unis durant la Deuxième Guerre Mondiale. 

Leur retour au Mexique pour cette mission les rapprocherait plus de l’impérialisme calculé associé à l’Amérique en ce milieu des années 60 avec la Guerre du Vietnam, les missiles de Cuba. Tout comme dans son précédent et magnifique Lord Jim (1965), l’héroïsme naît cependant du renoncement et peut faire retrouver grandeur d’âme aux héros de Richard Brooks. C'est le sentiment qui domine la cinglante conclusion et qui en fait un film à part, plus proche du sous-genre du « western Zapata » qu’on trouve dans le western spaghetti et une œuvre comme El Chuncho (1966) sorti la même année.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony

 

lundi 28 juillet 2014

La Taverne de l'Irlandais - Donovan's Reef, John Ford (1963)


 Guns et Boats, deux anciens combattants du Pacifique se sont installés en Polynésie. La fille d'un troisième camarade, élevée dans la société puritaine de Boston, vient à la recherche de son père. Alors qu'ils se retrouvent, comme chaque année, dans l'île de Haleakaloa, où habite Guns, pour une rituelle bagarre, cet ancien marin irlandais va donner à la jeune héritière prude et pleine de préjugés une leçon de charité et de joie de vivre.

Donovan's Reef constitue la dernière collaboration entre John Wayne et John Ford. Le film déroule sur un mode bon enfant les motifs majeurs que le duo aura façonné à travers divers films mythique, Wayne retrouvant un emploi de dur à cuir maladroit dans l'expression de ses sentiments et surtout Ford prônant une fois de plus les vertus de tolérance et d'ouverture qui le caractérise. Le cadre paradisiaque (et imaginaire le film fut tourné dans l'Archipel d'Hawaii) de l'île de Haleakaloa en Polynésie Française va servir de révélateur à cette ouverture.

 Guns Donovan (John Wayne), le turbulent Boats Gilhooley (Lee Marvin) et le docteur Deedham (Jack Warden) ont découvert ce havre de paix alors qu'ils étaient mobilisés dans la Guerre du Pacifique et son tombé amoureux de ses habitants et cadre de vie pour ne plus en repartir, Deedham fondant même une nouvelle famille sur place. Ford nous enchante ainsi dès l'ouverture avec une vision de carte postale surannée des plages ensoleillée, des belles autochtones locales tout en dynamitant cette description par les mœurs agitées des occidentaux avec une bagarre homérique entre Donovan et Gilhooley, fêtant un vieil antagonisme dont ils ne se souviennent plus eux-mêmes du motif.

L'élément perturbateur arrivera avec Amelia (Elizabeth Allen) fille aînée de Deedham élevée à Boston et qu'il n'a pas revue depuis son enfance. Celle-ci arrive en vue de le discréditer sur ses mœurs locales afin ainsi d'empocher l'héritage familial. Deedham absent, Donovan va prendre les choses en main en faisant passer les enfants de son ami pour les sien et adoucir le tempérament revêche d'Amelia en lui faisant découvrir la beauté des lieux.

 La confrontation est aussi drôle qu'explosive entre l'ours mal léché ayant du mal à se contenir John Wayne et une très attachante et jolie Elizabeth Allen en citadine pince sans rire. Le charme et l'attirance opère sur un air de défi (le ski nautique, la course à la nage) entre ces deux fortes personnalité tandis qu'en arrière-plan Ford dépeint une beauté insulaire exotique idéalisée dans sa simplicité et son mélange des cultures polynésienne et hawaïenne dans un tout cohérent. 

Les enfants sont de parfaits exemples de ce métissage à travers le regard tendre de Ford, aussi à l'aise et turbulent pour exprimer leur culture occidentale (les leçons de piano endiablées) que les traditions locales comme ce très beau moment où la fille aînée entame un chant envers les dieux des montagnes et surtout la réponse si évidente qu'elle fait à une Amelia circonspecte. Cette vision de carte postale se fait ainsi plus intime et profonde à travers le regard du spectateur et d'Amelia qui aura appris à aimer cette communauté avant de connaître les liens fraternels qui l'y attache. 

Elizabeth Allen amène cela avec beaucoup d'émotion et de finesse (pour ce qui est son rôle cinéma le plus fameux semble-t-il dommage au vu du charme et du charisme déployé) passant de la caricature de l'occidentale coincée à lunettes à la femme épanouie, la bascule se faisant symboliquement lors de cette scène réjouissante où elle se déleste d'un maillot de bain d'un autre âge pour en révéler un autre qui épouse ses formes au point de perturber le stoïque John Wayne. 

Les moments d'actions, le machisme rigolard et les bagarres ne semblent finalement qu'un prétexte et un enrobage au vrai sens du récit. Cela n'empêche pas de se délecter de séquences hilarantes comme la grande bagarre entre un Lee Marvin sérieusement alcoolisé et une troupe de marins australiens.Un film sans conflit et bienveillant dont la conclusion entremêle parfaitement la plénitude et ouverture attendue et la romance la plus chahutée avec la fessée la plus romantique qui soi. Un des films les plus attachant de la fin de carrière de Ford.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount (attention étrangement pas de sous-titres français sur le dvd mais la vf est bien là)



lundi 21 octobre 2013

Les Inconnus dans la ville - Violent Saturday, Richard Fleischer (1955)

Un vendredi après-midi, trois hommes débarquent dans une petite ville américaine: Harper, Chapman et Hill. Ces trois personnages sont là pour attaquer la banque, le samedi à midi, heure de la fermeture. Leur venue, et ce jour sanglant, vont faire tomber les masques et révéler le lourd passé de certains habitants de la cité.

Fleischer signe un des polars les plus brillants et singulier des années 50 avec cet excellent Violent Saturday. Le film constitue un mélange inédit entre polar (et plus précisément ici film de casse) et le mélodrame tel qu'il se pratique au cours de cette décennie. Ce croisement des genres opère de façon symbolique dès la séquence d'ouverture et la vision de cette exploitation minière qui en plus de nous confronter à la réalité économique de la ville exprime la bascule inattendue qui aura cours durant le récit avec cette tonitruante explosion dans laquelle s'inscrit en couleur vive le titre.

Deux trames narratives vont par la suite évoluer en parallèle avant de se rejoindre dans la dernière partie. D'abord celle attendue à savoir l'intrigue criminelle qui voit trois malfrats arriver le vendredi dans la petite ville de Bradenville pour attaquer sa banque le lendemain à l'heure de la fermeture. Chaque truand est dépeint de manière schématique le réduisant à son rôle dans cette entreprise criminelle et caractérisé avec brio par Fleischer en quelques vignettes, que ce soit le cerveau Stephen McNally (séduisant et amical monsieur tout le monde à la conversation facile), J. Carrol Naish le vieux de la vieille flegmatique et la brute épaisse Lee Marvin dont la violence contenue et l'anxiété se devinant à l'inhalateur qui ne le quitte pas est palpable d'emblée.

C'est ensuite un récit choral qui se développe où l'on suivre diverses destinée individuelles plus ou moins fouillées parmi différents habitant de la ville : un père de famille (Victor Mature) perdant du crédit aux yeux de son fils car il n'est pas un héros de guerre, un riche héritier (Richard Egan) alcoolique et dépressif à cause de sa épouse infidèle (Margaret Hayes), un directeur de banque libidineux (Tommy Noonan) reluquant d'un peu trop près la jolie infirmière locale (Virginia Leith) ou encore une employée de bibliothèque endettée (Sylvia Sydney).

La manière d'évoquer les problèmes des uns et des autres dans une sorte d'envers du décor contredisant la forme attrayant (cinémascope, technicolor) nous place plus dans une tradition de mélodrame provincial alors très en vogue durant les années 50. On pense à Douglas Sirk évidemment mais aussi à des films tel que Comme un torrent (1958) de Vincente Minnelli ou Peyton Place (1957) de Mark Robson dans cette volonté de montrer les noirs secrets se dissimulant sous la belle imagerie americana.

Le scénario de Sydney Boehm (déjà responsable de façon moins poussée de ce mélange des genres avec ses scripts de La Rue de la mort (Anthony Mann, 1950) et Règlements de comptes (Fritz Lang, 1953)) nous rend ainsi les destinées de chacun palpable au lieu de victimes collatérales entraperçues lors du hold-up, on aura de vrais personnages qu'on aura vu exister et dont le sort nous concerne.

Cela se ressentira particulièrement pour le rôle pourtant secondaire de Sylvia Sydney dont le désespoir est d'autant plus fort par rapport à ce que l'on sait d'elle lorsque Lee Marvin lui arrache négligemment la liasse de billet qu'elle vient déposer. La fatalité du film noir se laisse déborder par le côté soap opera du mélodrame dans un tout harmonieux, comme si l'horlogerie suisse peu à peu défaillante de L'Ultime Razzia (pour citer un autre grand film de casse se mélangeait au gout du rebondissement improbable du Secret Magnifique.

Fleischer gère parfaitement ces va et vient dans sa mise en scène. Le découpage est minime pour au contraire exploiter les possibilités du cinémascope et le réalisateur usera notamment de cette largeur du cadre pour exprimer par l'image ces sentiments contrastés. Un plan de la scène du restaurant montre ainsi dans au sein de la même image différents personnages aux pensées bien éloignées : Lee Marvin et son acolyte installé discutant du coup en vue, le banquier regardant d'un œil concupiscent l'infirmière dansant amoureusement sur la piste avec un Richard Egan ivre mort dans un flirt étrange.

Ce sera aussi l'occasion de laisser un peu plus exister les gangsters lors d'une discussion nocturne où Lee Marvin se confie à Stephen McNally, Fleischer les accompagnants en plan fixe le temps de cet échange sans découpage (les gros plans étant rares voire absents du film). L'enferment et la destinée tragique inéluctable s'exprime également par cette approche subtile et symbolique (les barreaux d'escaliers dissimulant le couple Fairchild lorsqu'ils se réconcilient, la colline bouchant l'horizon lorsque le banquier traverse la rue) et la bascule vers la violence se fera dans un plan lourd de menace où Lee Marvin s'avance avec détermination depuis le centre de l'écran.

L'évolution "héroïque" de Richard Mature tout comme les croyances ébranlées des amish (très bon Ernest Borgnine dans un petit rôle de patriarche) est plus attendue mais est l'occasion d'une scène d'action mémorable qui annonce la violence rurale du Peckinpah des Chiens de Paille. Déroulant avec autant de brio la mécanique du polar que les chemins de traverse du mélo, un grand film surprenant et captivant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

Extrait

mercredi 3 juillet 2013

Le Point de non-retour - Point Blank, John Boorman (1967)

C'est pour le compte de son ami Reese que Walker, accompagné de sa femme, récupère dans la prison désaffectée d'Alcatraz un magot de 93 000 dollars. L'opération réussit. Reese abat Walker et emmène sa femme, qu'il convoitait depuis longtemps. Seulement Walker n'est pas mort et n'a de cesse de châtier Reese et ses complices.

En 1964 Don Siegel réalisait A bout portant mémorable remake du classique Les Tueurs de Robert Siodmak (1946) et faisait avec cette œuvre charnière la bascule du film noir vers le polar urbain, nouvel étendard plus au gout du jour du genre policier. On en retrouve deux protagonistes avec Lee Marvin et Angie Dickinson dans Point Blank premier chef d'œuvre du genre signé John Boorman qui frappe un grand coup avec ce qui est seulement son deuxième film. John Boorman adapte ici Comme une fleur, première aventure de Parker, le héros dur à cuir d'une série de romans que lui consacre Donald E. Westlake sous le pseudonyme de Richard Stark.

L'argument est simple : trahi par son ami Reese (John Vernon) et sa propre épouse lors d'un coup, Walker (Lee Marvin) est abattu et laissé pour mort mais il va revenir pour se venger et récupérer son butin. Pitch simple pour un traitement qui l'est nettement moins. L'ouverture montrant la préparation, la réussite du vol et la trahison se déroule dans un kaléidoscope de scènes et d'images à la chronologie bouleversée (on découvre d'abord le corps inerte de Marvin avant de comprendre la raison de son état). Le mélange de polar nerveux et d'onirisme halluciné prend d'emblée avec ce traitement et permet de soutenir une interprétation qui tient tout au long du film : Walker n'a jamais quitté l'île d'Alcatraz et toute l'intrigue est le long songe d'un homme agonisant imaginant sa vengeance.

Les transitions surprenantes nous embarquent dans un espace mental étrange qui nous fait douter de la réalité de tout ce que l'on voit. Walker plus mort que vif parvient à s'extirper de sa geôle et à nager tandis qu'en voix-off un speaker narre l'histoire d'Alcatraz, voix venant du bateau touristique qui ramène notre héros retapé en ville et bien décidé à faire payer la note à ses ennemis. Boorman multiplie les idées de mise en scène alambiquées nous plaçant dans l'esprit perturbé et déterminé de Walker, les attitudes décalée de celui-ci renforçant le malaise.

Les bruit de pas envahissent ainsi la bande son tandis que Walker cadré en biais avance vers l'appartement de l'épouse indigne et y pénètre sans précaution pour tirer dans le tas au ralenti. On navigue dans le psychédélique expérimentale le temps d'une bagarre hargneuse dans une boite de nuit où s'affirme l'invulnérabilité quasi surnaturelle du héros ("la ballade" en voiture où il secoue un acolyte sans que lui-même n'ai la moindre égratignure) ainsi que son caractère omniscient.

Une vieille amie serveuse lui révèle tout ce qu'il veut savoir sans question, il traverse tel un spectre (malgré un stratagème ingénieux) l'immeuble le conduisant à Reese et cette détermination à récupérer son dû dont la teneur ridicule étonne constamment ses adversaires (93 000 dollars pas plus pas moins) font de lui un être presque abstrait et dévoué à son seul but. Lee Marvin est un véritable monolithe dont l'humanité ne s'exprime qu'à travers le regard des autres (le flashback de son épouse sur leur rencontre, l'étreinte avec une Angie Dickinson peu avare de ses charmes le provoquant alors qu'il n'a pas un regard pour elle), taiseux, menaçant et cognant avant de discuter.

On retrouve aussi cette dimension abstraite à travers cet insaisissable ennemi que constitue l'Organisation, groupe de décideurs plus insignifiant les uns que les autres anticipant l'idée largement utilisée par la suite d'une pègre gérée comme une multinationale à col blanc où le sang versé tout comme l'argent abondant circule dans l'ombre. Boorman filme Los Angeles comme une ville aride et fantomatique où l'on aura plus aperçu les villas abandonnées, les terrains vagues glauques et les parkings déserts que les palmiers.

Le film oscille constamment entre une urbanité tout de même assez prononcée et cet aspect parc d'attraction inquiétant. On est définitivement convaincu d'être dans l'illusion lors de la dernière partie de plus en plus étrange où la répétitivité et le mimétisme entre les scènes qu'instaure Boorman rappelle la bizarrerie des rêves les plus profonds. Naturellement tout s'achève là où tout a commencé, à Alcatraz. Walker en retrait assiste à une relecture du vol d'ouverture dont il n'est plus un acteur et alors qu'il peut enfin récupérer son butin va se volatiliser.

Le rêve/cauchemar arrive à son terme et enfin satisfait, Walker va pouvoir retourner dans l'ombre. Quand le film expérimental rencontre le vrai cinéma de genre divertissant, cela donne cet ovni novateur auquel ne pourra jamais prétendre un Refn animé de velléités voisines dans ses dernières productions. Loin de cette sophistication, une autre adaptation fort divertissante verra le jour plus tard avec Payback (1999) de Brian Helgeland où un Mel Gibson teigneux reprend le rôle de Parker.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

mardi 9 avril 2013

Règlement de comptes - The Big Heat, Fritz Lang (1953)


À la suite du suicide d'un de ses supérieurs, le détective Dave Bannion prend conscience du degré de corruption qui règne chez ses collègues, dans sa hiérarchie et dans le monde politique. La pègre locale décide de le supprimer en piégeant sa voiture, mais c'est sa femme qui meurt dans l'explosion. Aidé d'une amie d'un des criminels, Bannion se lance alors dans une croisade qui va l'amener aux frontières entre justice et vengeance.

Un des sommets de la période américaine de Lang où l'urgence du polar va donner une belle intensité dramatique à ses thèmes de prédilection que la vengeance où le héros seul contre tous. Le scénario déploie ici une spirale implacable où tous s'agence vers une inéluctable tragédie. Dave Bannion (Glenn Ford) sera ici le grain de sable venant troubler le cycle de la corruption ordinaire en s'intéressant de trop à ce qui s'apparente à un suicide banal. Mais le suicidé est un policier et comme l'intrigante introduction nous le montre, il détenait un secret qui va s'avérer lier sa veuve (Jeanette Nolan), le nabab Mike Lagana (Alexander Scourby) et la police locale. Trop confiant, Bannion va laisser filer un indice qui causera la mort d'une innocente et éveillera sa curiosité et sa détermination.

Lang dépeint là un monde corrompu où la paranoïa est de mise pour le héros Glenn Ford de plus en plus menacé, des avertissements de ces supérieurs douteux au coup de fil anonyme jusqu'à une agression plus concrète qui va en faire une figure vengeresse typique du héros langien. Là comme souvent en voulant se faire justice le personnage finit par dangereusement ressembler à ce qu'il pourchasse. Lang usant de sa figure du double crée donc le temps d'une scène au mimétisme entre l'homme de main sadique joué par Lee Marvin et Glenn Ford s'apprêtant à étrangler l'odieuse veuve.

On pense (en beaucoup moins fouillé) au même mimétisme qui s'opérait entre Arthur Kennedy et Mel Ferrer dans son western L'Ange des Maudit et comme dans ce dernier, la solution viendra d'un personnage féminin sacrificiel, Marlène Dietrich dans le film de 1952 et ici par une magnifique Gloria Grahame. Fiancée frivole de la brute épaisse Lee Marvin, elle est très convaincante dans sa prise de conscience où elle s'offre une rédemption morale poignante contrebalancé par une terrible déchéance physique.

Lang tourna le film dans la durée record de quinze jours et cette urgence se ressent dans le rythme trépidant du film mais aussi dans son côté un peu schématique (les scènes familiales sont trop appuyées pour que l'on ne se doute pas qu'un drame va arriver, même si le moment d'attente au moment du rebondissement en question est magnifiquement géré par Lang). Le casting impeccable rattrape largement ce petit défaut avec un Glenn Ford menaçant mais toujours auréolé de ce petit soupçon d'humanité qui l'empêche de basculer, Lee Marvin pas si souvent en action mais qui convainc sans peine de sa perversion et bien sûr Gloria Grahame magnifique. Un tout bon Lang.

Sorti en dvd zone 2 français chez Columbia


jeudi 8 décembre 2011

Sept hommes à abattre - Seven Men from now, Budd Boetticher (1956)


Le sheriff Ben Stride (Randolph Scott) a récemment perdu son épouse, tuée lors d’un hold-up. Il cherche les sept hommes responsables pour les tuer. Durant son parcours, il aide des pionniers, John et Annie Greer (Gail Russell), à désembourber leur chariot puis accepte, après qu’ils ont longtemps insisté, de les accompagner afin de les protéger d’Indiens Chiricahuas. Dans un relais de diligence abandonné, ils croisent Bill Masters (Lee Marvin), qui se joint à eux, dans le but affiché d’aider Ben Stride mais surtout de récupérer le butin du hold-up.

Seven Men from now est le film qui lance une des associations les plus fructueuses du western américain des années 50 entre le réalisateur Budd Boetticher, le scénariste Burt Kennedy et l’acteur Randolph Scott. Le succès du film lancera la carrière du débutant Kennedy tandis que Boetticher verra dans l’épure et la limpidité de son script l’illustration parfaite de figure récurrente de son cinéma avec le héros taciturne en quête de vengeance. Randolph Scott s’avérera l’interprète idéal de leur vision et lui si souvent cantonné dans l’ombre d’autres acteurs de western comme John Wayne, Gary Cooper ou James Stewart se créera à son tour un type de personnage dont l’influence s’étendra notamment à Clint Eastwood dans Josey Wales. C’est d’ailleurs à John Wayne que Boetticher doit la rencontre avec ces deux partenaires, le Duke réparant ainsi l’outrage commis quelques années plus tôt lorsqu’il charcuta au montage (sur les conseils de John Ford) La Dame et le Toréador, un des projets les plus personnels de Boetticher (sur sa grande passion de la corrida) qu’il produisait.

Sept hommes à abattre porte au summum les préceptes du western de série B, qualificatif qu’on doit plus associer aux moyens qu’à l’ambition. Le script de Kennedy tisse ainsi une ligne claire narrative où chaque élément s’agence dans une construction limpide dans un film dense d'à peine 1h15. Une leçon de narration classique en somme où le récit va constamment de l’avant, sans fioritures et nourrissant les personnages au gré de leur actions, discrète ou plus spectaculaire. La détermination et la soif de vengeance de Randolph Scott est captée dès l'ouverture saisissante, la faiblesse de caractère du brave type John Greer également de manière symbolique lorsqu'il se montre incapable d'extirper son charriot embourbé et les sentiments naissant entre Scott et Gail Russel se devinent en un regard (l’expression des sentiments se faisant avec une sobriété bouleversante lorsqu’il se retient de l’embrasser avant de la quitter).

Randolph Scott est comme toujours parfait : monolithique, taiseux, mais dissimulant toujours une humanité et fragilité poignante qui révèlera ici une terrible culpabilité le rongeant pour la mort de sa femme. En antagoniste parfait, Lee Marvin campe un extraordinaire et flamboyant méchant qui annonce son rôle de L’Homme qui tua Liberty Valance. Goguenard, séducteur et impitoyable tueur, Bill Masters (à la manière d’un Lancaster dans Vera Cruz la relation Scott/Marvin rappelle d’ailleurs celle Lancaster /Cooper du film d’Aldrich) parvient pourtant à être étonnamment attachant grâce au charisme de l’acteur qui lui apporte une nonchalance et une décontraction irrésistible (cette scène où il assassine un complice en prenant presque la pose…).

Cette sobriété et efficacité maximale de l’ensemble se répercute bien sûr dans la mise en scène de Boetticher. Toute velléités esthétisante est abandonnée pour comme toujours se mettre au service de l’histoire. Les cadrages précis n’usent du cadre naturel que pour ce qu’il est, un espace à traverser. On ne pousse plus avant la description que sur les lieux doivent abriter un morceau de bravoure tel les rocheuses de l’affrontement final dont la topographie n’aura aucun secret pour nous en une poignée de plans. De même, la violence surgit de manière sèche et foudroyante (le face à face d’ouverture, la mort de John Greer) à l’image du duel final sans atermoiements ni étirement à la Leone mais un règlement de compte pur et simple.

Un vrai chef d’œuvre du western dont la simplicité exemplaire en fait une des incarnations les plus pures et emblématiques du genre. Après cette immense réussite Boetticher, Kennedy et Scott poursuivront leur collaboration dans une série de cinq westerns (The Tall T, Decision at Sundown, Commanche Station, Ride Lonesome, tous traité sur le blog) où ils affineront et apporteront des variations diverses à la recette magique découverte sur ce parfait Sept Hommes à abattre

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

Extrait avec un grand numéro de Lee Marvin

mardi 26 juillet 2011

Duel dans le Pacifique - Hell in the Pacific, John Boorman (1968)

En 1944, un officier de marine japonais et un pilote de l'armée de l'air américaine échouent dans une petite île inhabitée du Pacifique sud. Seuls, ils doivent alors coopérer pour survivre...

L’Homme en phase ou contre la nature, son questionnement sur sa place dans l’univers, ses penchants guerriers… Des grands thèmes qu’on retrouve tout au long des meilleurs films de John Boorman comme Zardoz, Excalibur, Délivrance ou encore La Forêt d’émeraude. Pourtant, ces œuvres ne sont finalement que des extensions dans d’autres univers de tout ce qui se trouvait à l’état brut dans Hell in the Pacific, magistral troisième film du réalisateur et qui lancera définitivement sa carrière internationale. Avec un pitch minimaliste, Boorman réalise une des œuvres les plus puissantes sur les clivages culturels et raciaux entre les hommes.

Duel dans le Pacifique partage l’auguste honneur, avec Le Limier de Mankiewicz, d’être un des rares films à n’avoir que deux protagonistes tout au long de son récit. Bien que finalement délesté de certains de ses partis pris les plus extrêmes (le film devait être au départ entièrement muet, finalement seule la première moitié ira dans ce sens), l’exercice s’avère hautement périlleux. Boorman ose en effet narrer une histoire reposant sur l’hostilité et la haine que se vouent deux hommes sans pratiquement montrer de réels affrontements physiques entre eux. La seule scène donnant dans cette veine guerrière est une scène d’hallucination, chacun s’imagine tué par l’autre alors qu’ils se font face sur la plage. Séquence unique mais qui sera bien évidemment utilisée en masse lors de la promotion du film pour renforcer son aspect belliqueux alors que Boorman usera d’outils bien plus subtils.

Boorman fonctionne sur plusieurs niveaux pour illustrer l’affrontement entre le japonais Toshiro Mifune et l’américain Lee Marvin (qui retrouvait Boorman pour la seconde fois après Le Point de non retour). Physique tout d’abord en faisant de la nature hostile de l’île la source de toutes les oppositions des héros. La possession de l’eau, denrée rare, détermine ainsi la puissance et la domination alternée de l’un sur l’autre. Le goût de Boorman pour les forêts, foisonnante et impénétrable s’exprime pour la première fois ici et fera école dans d’autres grands films des années à venir.

Le jeu de cache-cache, le duel à distance et certaines séquences reprise telles quelles (Lee Marvin couvert de boue pour se camoufler, la fuite en radeau) annoncent ainsi le Seul au Monde de Robert Zemeckis et surtout la dernière partie du fameux Predator de John McTiernan. Le ton naturaliste n’empêche d’ailleurs pas Boorman de s’adonner aux fameux effets psychédéliques dont il a le secret, à coups de panoramiques déstabilisants ou de vision subjective saccadée.

L’autre point remarquable est la manière dont Boorman délivre quelques saillies politiques à travers la caractérisation de ses personnages. Toshiro Mifune, exprime une haine aveugle et farouche envers Lee Marvin dès son arrivée sur l’île, avant même que celui-ci suscite la moindre menace. Cette animosité viscérale se fait ainsi le reflet du régime impérial japonais qui éveillait ainsi les bas instincts de ses soldats envers l’ennemi américain, appuyé par les yankees, hurlé par Mifune lorsqu’il traque son ennemi. Du côté de Lee Marvin, le sous-texte est plus sournois encore. En situation de faiblesse face au japonais déjà installé sur l’île, il se montre conciliant afin de pouvoir lui soutirer de l’eau.

Cependant, dès que la situation le permettra, il n’hésitera pas à l’humilier ouvertement (ce moment où il lui urine dessus du haut d’un arbre) et tentera d’investir son espace. L’allusion au comportement des colons américains envers les Indiens, certes pas évidente est pourtant bien réelle, Lee Marvin adoptant exactement le même comportement pour occuper la place. Visuellement, Boorman traduit le fossé séparant ses protagonistes par des idées simples mais efficaces, en exploitant au maximum la topographie de l'île (bien aidé par la photo splendide de Conrad Hall). L’illustration la plus frappante est la coupure opérée dans le plan par le jeu sur les focales et la profondeur de champ qui sépare distinctement les personnages à l’image, à des distances plus ou moins éloignées. Cette figure est utilisée surtout en début de film lorsque l’affrontement bat son plein et réapparaît judicieusement dans la cruciale dernière scène.

La première partie aura porté le combat à son summum, les deux héros se dominant et se rabaissant l’un l’autre à tour de rôle. Pourtant, Boorman semble laisser l’espoir hypothétique d’une entente dans le fait qu’aucun ne franchisse le pas qui consiste à tuer l’autre. L’occasion se présentera plusieurs fois mais par peur de la solitude ou par une forme de respect pour l’autre, l’acte ne sera finalement pas perpétré. La faune de l’île, en isolant les héros les rapproche également. Les conflits idéologiques s’estompent pour faire front commun et s’enfuir de cet enfer tropical. Affronter l’autre coûte des efforts, et surtout oblige à l’entretenir si on ne se décide pas à le tuer. De cette facette purement pragmatique vont surgir peu à peu les scènes de franche camaraderie sous les différences culturelles.

Des différences qui, si elles provoquent des désaccords certains (tout le passage où les deux proposent des méthodes opposées pour construire un radeau), servent au final l’entreprise par leur complémentarité. Le tournage s’étant en grande partie reposé sur l’improvisation, ces moments-là sont confondants de naturel. Boorman laisse longuement la caméra tourner, et ses personnages échanger, se disputer, se réconcilier dans une mise en scène naturaliste dépourvue des effets agressifs du début du film. Les deux acteurs sont au sommet de leur art avec un Lee Marvin faisant preuve de sa décontraction et de son air goguenard habituel. Toshiru Mifune tout en tension, exprime à merveille le relâchement progressif de son personnage peu à peu en confiance en compagnie de ce « yankee ».

La traversée difficile de l’Océan pacifique en radeau scellera leur amitié nouvelle mais les clivages les rattraperont bientôt. Jean-Jacques Rousseau n’est pas loin dans le message final du film. C’est en effet lorsqu’ils retrouvent un semblant de civilisation en investissant une base américaine abandonnée que les hostilités reprennent. Ce sont des éléments typiques du monde moderne qui font ressurgir la tension dans les attitudes (l’alcool réanimant l’agressivité) et la méfiance envers l’étranger (les photos de japonais torturés du magazine Times vues par Mifune). Deux hommes ayant appris à se traiter d’égal à égal et à s’apprécier, sortis d’une nature dangereuse mais rédemptrice, reprennent soudain leurs réflexes de méfiance.

C’est l’Homme et ses lois qui pervertissent et créent les différences (et donc les conflits) parmi ses semblables, la nature les mettant tous au même niveau. On ne peut que regretter que Boorman ait dû céder à une conclusion plus spectaculaire mais un peu hors sujet, alors qu’on retrouve en bonus sur le dvd la scène de fin originale bien plus cinglante et sans espoir. Fort heureusement, cela n’entache pas la force du propos et la puissance évocatrice du film.

Sorti en dvd zone 2 français mais l'édition est à fuir car cumulant recadrage, image digne d'une vhs et absence de VO une castastrophe ! Se tourner plutôt vers le zone 1 sorti chez MGM et disposant de sous-titres français.

Extrait