Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Leslie Caron. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Leslie Caron. Afficher tous les articles

samedi 28 décembre 2019

Valentino - Ken Russell (1977)


Biographie de Rudolph Valentino. Le film commence par une séquence d'actualités montrant l'événement suscité par la mort à 31 ans de la star de cinéma Rudolph Valentino (Rudolph Noureev). Des milliers de fans se précipitent dans la maison du défunt. Plusieurs femmes clament l'importance de Valentino dans leur vie et viennent lui rendre un dernier hommage. Chacune se souvient de lui par l'intermédiaire de flashbacks.

Valentino est une œuvre assez mal-aimée dans la période dorée que constituent les années 70 dans la filmographie de Ken Russell. Suite à l’échec commercial et critique du film, Russell considérera d’ailleurs sa décision de le réaliser comme la plus grande erreur de sa carrière. Librement adapté de du livre Valentino, an Intimate Exposé of the Sheik de Chaw Mank et Brad Steiger, Valentino est le biopic de Rudolph Valentino star hollywoodienne du cinéma muet et disparue en pleine gloire. Sur le papier, cela semble le projet idéal pour Russell qui avait déjà donné dans le biopic controversé autour d’une icône, que ce soit la vision nazie de Richard Strauss dans Dance of the Seventh Veils (1970), l’homosexualité coupable de Tchaïkovski dans The Music Lovers (1970) ou Mahler (1974). Russell avait également déjà rendu hommage à une période de l’âge d’or hollywoodien avec sa flamboyante comédie musicale The Boy Friend (1971). On pouvait donc s’attendre à une nouvelle approche anticonformiste et provocatrice mais, s’il n’est pas dénué de quelques excès typique du réalisateur, Valentino est un biopic plutôt respectueux et linéaire dans son développement.

La grande surprise est de voir la star du ballet Rudolf Noureev dans le rôle-titre. Ken Russell l’avait initialement sollicité pour jouer le danseur Vaslav Nijinsky dans une scène reprenant la légende selon laquelle Valentino lui aurai appris le tango à l’époque où il était danseur de salon. Russell se ravise finalement pour en faire son héros et Noureev, cinéphile émérite et fasciné par ce milieu accepte contre toute attente car y voyant des « vacances » dans son agenda alors effréné où il donne jusqu’à 250 représentations par an. Perfectionniste et ombrageux dans le cadre de ses spectacles, Noureev se montrera docile et avide d’apprendre durant le tournage. Ayant lui-même tâté une fois de la réalisation pour la retranscription de son Don Quichotte avec l’Australian Ballet (1973), Noureev saisi immédiatement le sens du mouvement et de la chorégraphie filmée dans la mise en scène de Russell et est séduit par sa personnalité excentrique. Si la ressemblance physique avec Rudolph Valentino restera discutable (tout comme un accent italien au fort relent de russe), Russell trouve néanmoins l’interprète idéal avec un Noureev fondant sa prestation sur l’expressivité corporelle et faciale héritée de son expérience scénique, alliée à une beauté physique parfaitement évocatrice de la star de cinéma.

Ken Russell joue tout au long du film sur les différentes formes de perception que son entourage, son public et ses ennemis peuvent avoir de Valentino. La structure en flashback qui voit lors de ses funérailles les amis de Valentino se souvenir de leur vécu avec lui va dans ce sens et est assez classique. C’est dans l’outrance de cet adieu que Russell sort des clous, mais finalement en s’en tenant au mythe qui entoure Valentino : fans endeuillées et hystériques s’introduisant de force dans la pièce où trône la sépulture de la star, « amis » glamour à la peine fort théâtrale, troupes de Mussolini envoyées pour un hommage au ressortissant italien… Russell passe constamment du visage paisible et sobre du défunt au véritable cirque grandiloquence qui l’entoure durant la cérémonie, comme pour annoncer le décalage entre la simplicité de Valentino et la folie qu’il générera malgré lui. Déjà au bas de l’échelle c’est un objet de convoitise sollicité par des femmes d’âges mûrs en tant que danseur de salon, mais aussi de scandale lors sera la cause d’un fait divers conjugal. Les circonstances l’amènent donc vers son destin hollywoodien du fait de son attrait alors que lui n’aspire qu’à cultiver des oranges en Californie grâce à son diplôme d’agriculture. Le décalage entre ce discours modeste et l’aura que dégage Valentino façonne ainsi une proximité, un capital sympathie, tout en définissant cette inaptitude à la normalité dans le Hollywood des années folles

Ce panache ressort dans la fange (excellente scène ou en un numéro de danse il ridiculise un Fatty Arbuckle moqueur) tandis la simplicité se dégagera quand il sera au sommet. Ce sont toujours les regards et attentent qu’il suscite chez les autres qui l’éloignent du commun des mortels. On pense ainsi à la scène nous plongeant dans le tournage de Le Cheikh (1921) où le faste du décor et des costumes exotiques dénote avec son attitude humble. L’excès arrive dans la scène d’amour avec Natacha Rambova (Michelle Philips) dont on retient plus la flamboyance (Natacha attirant Valentino s’effeuillant en clin d’œil de la danse des sept voiles) et un cadrage référencé rendant hommage à une fameuse image d’Alla Nazimova. Le désir sincère de l’homme Valentino s’oppose à l’usage que Natacha veut faire de « l’icône » Valentino, elle se refuse d’ailleurs à lui dans l’attente du lien plus officiel du mariage.

La suite des évènements où elle vampirisera la carrière de Valentino par sa mainmise sur choix et son jeu confirmera d’ailleurs cela. Russell offre d’ailleurs une réminiscence de cette étreinte avortée plus tard dans le film. Désormais installé dans une luxueuse villa hollywoodienne, Valentino est harcelé par des fans qui hurlent des psalmodies fiévreuses et incantatoires sous sa fenêtre. Russell par alterne par un montage agressif et des plans d’ensemble grandiloquent la furie des fans à l’extérieur et celle de Natacha tout de rouge vêtue, jalouse non pas en tant que femme mais plutôt comme figure en quête également de lumière. Valentino ne peut être aimé que pour ce qu’il représente, jalousement et par ambition avec Natacha, dans l’idolâtrie la plus démesurée par les fans, ou tendrement mais toujours à distance pour la scénariste June Mathis (belle interprétation de Felicity Kendal).

La détestation opère selon une même démesure. Rudolph Valentino apporta avec lui l’imagerie du latin-lover qui dénotait avec le modèle wasp de rigueur, tout en dégageant une forme de vulnérabilité et féminité loin des canons machistes. Là aussi dès ses premiers pas cette facette est synonyme de calomnie, suspicion et racisme (la fameuse scène de danse avec Nijinsky lancera le fiel homophobe) qui iront en grandissant avec la notoriété. La seule scène vraiment bouffonne et grotesque à la Ken Russell intervient lors d’un court séjour en prison de Valentino où ce dernier est victime des invectives et des maltraitances de ses codétenus quant à sa sexualité. Alors qu’il ne s’était pas gêné pour livrer sa vision gay de Tchaïchovski dans The Music Lover, Russell reste plus mesuré ici.

Les allusions reposent plus sur les dialogues de personnages extérieurs plutôt que sur l’ambiguïté des situations. Valentino semble plus torturé par le regard biaisé sur lui que par sa propre orientation sexuelle, ce qui donnera lieu à un final mémorable. Dans la réalité, Valentino défia d’un combat de boxe un journaliste du Chicago Tribune auteur d’un éditorial l’accusant de féminiser l’image du mâle américain. L’appel resta sans réponse mais Russell en fait une autre interprétation avec un duel qui eut bel et bien lieu, prétexte à une scène où le réalisateur excelle à jouer du grotesque et du grandiloquent. L’objectif est de confondre enfin l’homme et l’icône Valentino aux yeux du public, vulnérable et fier, teigneux et frêle.

Ce Russell relativement plus « sage » se met finalement au service de son prestigieux interprète, le récit, certaines situations et images multipliant les effets miroirs entre Rudolph Valentino et la vraie vie/carrière de Rudolf Noureev - tous deux exilés ayant quittés leur pays pour mener carrière. Une séance photo coquine de Rudolph Valentino sur fond d’Après-midi d’un faune de Debussy trouve ainsi son écho chez Noureev qui a dansé dessus sur scène. De manière plus large Noureev, plus grand danseur de son temps, était sans doute le plus à même de comprendre la vénération folle qui entoura la star déchue. Un Russell un peu plus classique donc (tout est relatif) qui décevra peut-être les amateurs des grands écarts du cinéaste, mais un bien beau film qui ne mérite pas l’oubli dont il est victime quand on évoque les réussites de sa carrière.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Bel Air Classique

samedi 23 janvier 2016

Histoire de trois amours - The Story of Three Loves, Gottfried Reinhardt et Vincente Minnelli (1953)

À bord d'un paquebot, des passagers se remémorent leur plus grande histoire d'amour...

The Story of Three Loves est un charmant film à sketches où se dessine trois visages de l'amour tour à tour tragique, éphémère, dangereux et rehaussé par le faste de la MGM dans un somptueux et dépaysant (Londres, Rome et Paris) écrin romantique.

The Jealous Lover de Gottfried Reinhardt

Charles Coudray, directeur d'un célèbre corps de ballet et passager d'un paquebot voguant sur l'océan, revoit sa douloureuse histoire d'amour à Londres : pourquoi n'a-t-il mis qu'une seule fois en scène son chef-d'œuvre Astarte ?

Un premier sketch sur lequel plane l'ombre des Chaussons Rouges (1948) de Michael Powell et Emeric Pressburger. La présence de Moira Shearer en danseuse étoile contribue bien sûr à l'analogie mais aussi le thème de l'histoire avec une héroïne déchirée entre sa vocation et une existence ordinaire. Quand Powell et Pressburger en faisait un enjeu existentiel, le scénario y ajoute un élément plus concret avec la jeune Paula Woodward (Moira Shearer) contrainte de renoncer à la danse à cause d'un problème cardiaque. Assistant nostalgique à un ballet du célèbre directeur Charles Coudray (James Mason), elle s'attarde pour exécuter quelques figure après le spectacle et attire l'attention de ce dernier. Un segment captivant qui sonne comme le rendez-vous manqué entre la muse et son pygmalion. La romance s'amorce et se conclut tragiquement alors que les protagonistes se subjuguent mutuellement.

Paula revit à travers l'intérêt et le regard exalté de Charles, lui faisant la démonstration de son talent au péril de sa vie. Un don de soi que ressent Charles captivé et on devine que le lien naissant sera bien lus qu'artistique. Moira Shearer intense et effectuant chaque pas comme s'il était le dernier est fabuleuse d'intensité dans le geste et l'interprétation et Gottfried Reinhardt (fils de Max Reinhard et qui devait en connaître sans doute un lot sur la mise en valeur scénique) capture magnifiquement par le montage et sa mise en scène le lien profond se créant entre regardant et regardée : impossible de s'arrêter pour elle et de décrocher le regard pour lui. La chorégraphie de Frederick Ashton exprime bien cette dimension de grâce et de tragédie dans le décor presque hors du temps de la demeure de James Mason. Malgré le côté redite en format court des Chaussons Rouges une belle réussite qui frustre même pas sa conclusion abrupte.


Mademoiselle de Vincente Minnelli

Une gouvernante française, Mademoiselle, se remémore son étrange romance. La riche famille Clayton Campbell, séjournant à Rome, lui a confié l'éducation de leur jeune fils Tommy âgé d'une douzaine d'années. Mademoiselle s'applique à apprendre le français et la poésie à son élève récalcitrant, mais rêve de rompre son monotone quotidien d'enseignante ne serait-ce que pour quelques heures. Madame Pennicott, une dame âgée qui n'est autre qu'une sorcière, a reçu le souhait de Tommy aspirant à devenir rapidement adulte.

 Ce deuxième sketch laisse à Vincente Minnelli la possibilité d'exprimer son attrait pour le conte avec ce Cendrillon au masculin. Jeune garçon insensible à la douceur et l'âme romantique de sa gouvernante française Mademoiselle (Leslie Caron), Tommy (Rick Nelson) n'aspire qu'à devenir adulte pour faire ce qui lui plaît. Une étrange sorcière (Ethel Barrymore) va exaucer son vœu et une fois adulte (sous les traits du beau Farley Granger) il va succomber à des émotions nouvelles en tombant amoureux de Mademoiselle le temps d'une nuit.

Minnelli filme une délicieuse rêverie, pleine d'urgence et de candeur où une Rome de studio brille de mille feux pour accompagner cette brève romance. La caméra aérienne et les idées visuelles en pagaille marque la rétine avec ce panoramique dévoilant la transformation de Tommy où le mouvement de grue nous introduisant dans l'histoire. Farley Granger, gauche et dépassé est très attachant, tout comme une Leslie Caron à croquer de candeur juvénile tandis qu'un scénario astucieux revisite les motifs de conflit entre l'enfant et sa gouvernante pour en faire ceux du rapprochement des deux amoureux comme l'utilisation (et la prononciation) du mot "suspendu" en français. Un petit bijou là aussi un peu frustrant, une telle histoire avait le potentiel pour un film à part entière.


Equilibrium de Gottfried Reinhardt

Accoudé sur une rampe du paquebot, Pierre Narval se souvient de son histoire d'amour à Paris. Acrobate, il s'est retiré du métier après le décès de son partenaire au cours d'un numéro de trapèze et dont il se sent responsable. Il sauve de la noyade Nina Burkhart, une jeune femme italienne qui a voulu se suicider en se jetant du haut d'un pont.

 Un dernier sketch qui se déleste de l'imagerie féérique des deux précédents, l'émerveillement venant des prouesses physiques des protagonistes. Sauvant du suicide la jeune italienne Nina (Pier Angeli), le trapéziste Pierre Narval (Kirk Douglas) voit en elle la partenaire idéale à ses numéros. Retiré du métier suite à un drame, il voit en cette jeune femme dépressive ne craignant pas la mort celle qui ne cèdera pas à ses émotions dans les airs. Pourtant en se découvrant une culpabilité commune face à un passé tragique, c'est précisément leurs sentiments naissants et la confiance qui en découle qui rendra leur duo fusionnel. Le film est vraiment impressionnant dans ses numéros de voltige, si Pier Angeli semble constamment doublée par contre Kirk Douglas (hormis des plans d'ensemble plus lointain et dangereux) donne vraiment de sa personne avec brio.

Peu d'artifices narratifs ou d'ornement musical pour ce sketch, Gottfried Reinhardt cherchant à faire partager le détachement des personnages et décrivant méticuleusement le processus d'apprentissage du trapèze. L'alchimie entre un intense Kirk Douglas et une Pier Angeli plus flottante fait passer subtilement l'émotion (la vraie romance des deux en coulisse se ressentant) qui culmine dans le lâcher prise d'un ultime numéro vertigineux. Comme les deux autres segments il y avait matière à un long mais ce sketch bien construit ne laisse pas le petit sentiment d'inachevé des deux autres. Un beau film à sketch à l'esthétique chatoyante qui lui vaudra d'ailleurs une nomination aux Oscars pour sa direction artistique.

Sorti en dvd chez Warner dans la collection Warner Archives sans sous-titres 

vendredi 10 août 2012

Gigi - Vincente Minnelli (1958)


À Paris, l'éducation de la jeune Gigi, dont la mère célibataire est accaparée par son travail à l'Opéra-Comique, est confiée à sa grand-mère Mamita et à sa tante Alicia. Cette dernière, qui a vécu richement entretenue, concocte pour Gigi une vie galante semblable à celle qu'elle a connue. Mais les plus grandes joies de Gigi sont les plaisirs simples comme ces moments partagés avec l'élégant et riche Gaston Lachaille lors des visites régulières que celui-ci rend à la famille amie.

Vincente Minnelli réalisait un de ses classiques les plus plébiscités avec ce merveilleux Gigi et définissait pour le grand public la version définitive du roman éponyme de Colette. Paru en 1942, le roman aura connu avant Minnelli trois transpositions scéniques dont une à Broadway en 1951 avec Audrey Hepburn en Gigi (qui refusa de reprendre le rôle au cinéma), et un film français réalisé par Jacqueline Audry en 1949.

Le projet naît de la volonté du producteur Arthur Freed de tirer du récit une comédie musicale à grand spectacle et pour ce faire il va solliciter le célèbre duo de compositeurs et paroliers Alan Jay Lerner/ Frederick Loewe déjà responsable aux côtés de Minnelli des mémorables partitions d'Un Américain à Paris, Tous en scène et Brigadoon. C'est donc à nouveau Minnelli qui sera sollicité pour mettre en scène cette production qui a la particularité de n'être constituée que d'acteurs français pour son trio vedette avec Maurice Chevalier, Leslie Caron (déjà interprète de Gigi dans une pièce sans succès mais qui convaincue par les compositions de Lerner et Loewe fait une nouvelle tentative) et le french lover d'Hollywood Louis Jourdan, Dirk Bogarde longtemps envisagé n'ayant pu se libérer du contrat le liant à J. Arthur Rank.

Le film s'ouvre sur une présentation idyllique de ce Paris idéalisé et romantique de la Belle Époque avec comme maître de cérémonie Maurice Chevalier, vieux beau enjoué qui n'a pas renoncé à la vie de grand séducteur. Le romantisme s'atténue lors de la présentation amusée des rapports amoureux et des catégories de femme qui compose ce monde : les femmes mariées ennuyeuses, inaccessibles et les autres, séductrices en quête d'homme richement dotés et aptes à les entretenir. Sur l'air de la chanson Thank Heavens for Little Girls l'héroïne Gigi (Leslie Caron) nous est introduite dans toute sa jeunesse fougueuse avec la grande interrogation de l'intrigue à savoir le rang dans lequel elle va se situer...

Notre couple de héros ne semble guère paré pour cette société au rapport homme/femme si cynique mais y réagissent de façon bien différente. Gaston Lachaille (Louis Jourdan) s'ennuie à mourir au milieu de ces femmes fardées et à l'affection trop forcée dont le but est de constamment lui solliciter quelque argent ou cadeau.

Il se plonge pourtant de plein pied dans ce train de vie qu'il abhorre poussé par son oncle Honoré (Maurice Chevalier) et ne s'amuse vraiment qu'en compagnie de l'espiègle et insouciante Gigi. Celle-ci d’un côté protégée par sa grand-mère et de l’autre préparée par sa tante à cette future vie de courtisane goute au contraire aux plaisirs et joies simple loin des paillettes.

Leslie Caron qui approchait déjà plutôt de la trentaine est absolument merveilleuse en jeune et innocente jeune fille dont le naturel contrebalance la fausseté et le calcul des autres figures féminines (hormis la bienveillante grand-mère magnifiquement interprété par Hermione Gingold), entre Eva Gabor génialement frivole et Isabel Jeans en tante Alicia ex grande séductrice éduque sa nièce au même chemin.

Dès lors malgré la flamboyance des décors, costumes (le tournage fut partagé entre réels extérieurs à Paris pour l'essentiel -Les Tuileries, Le Jardin du Luxembourg, le Parc Monceau, le Bois de Boulogne entre autres- et intérieurs studios à Hollywood) et fêtes endiablées se cache un récit assez glauque où le cynisme s'affirme sous l'émerveillement notamment lors du bien nommé morceau The Gossips où chaque convive et sa maîtresse se voit épié et jugé durant une sortie au restaurant.

Minnelli parvient pourtant à distiller une merveille d'atmosphère romantique grâce au lien de camaraderie enjouée puis d'affection empruntée entre le beau couple formé par Louis Jourdan et Leslie Caron. Louis Jourdan retrouve son emploi habituel de séducteur faisant courir les jeunes femmes innocente à leur perte mais trouve à qui parler avec l'énergique Gigi qu'il devra apprendre à aimer.

D'abord en voyant en elle une belle jeune femme en plein épanouissement et plus la fillette d'antan, puis en lui offrant un cadre de vie respectable (les dialogues allant assez loin quant à la "proposition" scandaleuse de Jourdan).

La dernière partie est une petite merveille d'émotion entre le sacrifice à la frivolité de Gigi pour l'homme qu'elle aime (I'd rather be miserable with you than miserable without you) et la prise de conscience de celui-ci lorsqu'elle réitère les inepties de ses conquêtes habituelle. Minnelli cette fois n’orchestre pas de grandes séquences virtuose à la manière des conclusions d’Un Américain à Paris ou Brigadoon pour illustrer ce moment mais en reste à l’échelle modeste et attachante de son héroïne lorsqu’elle entonne un déchirant Say a Prayer for Me Tonight avant son premier soir dans le monde.

Alors que les dialogues auront tout au long du film surlignés les sentiments des personnages, ce premier rendez-vous sordide ne sera interrompu que par un Louis Jourdan horrifié de ce qu’il a fait de Gigi. Pour ne pas éteindre la franchise et l'innocence qui l'attire chez elle il devra la traiter différemment des autres qui n'ont jamais comptées.

Un petit bijou auquel malgré les moyens Minnelli donne finalement un tour très intimiste (le décor principal restant le modeste appartement où se croisent Gigi et Honoré) et qui sera un de ses plus grands triomphes récompensé par neuf Oscars (mais rien pour Leslie Caron qui l'aurait mérité) record de l'époque battu l'année suivant par Ben-Hur.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

vendredi 28 octobre 2011

La Chambre indiscrète - The L-Shaped Room, Bryan Forbes (1962)


Jane, enceinte et célibataire, prend une chambre dans un hôtel minable. Elle est entourée d'étranges voisins.

Avec ce second film Bryan Forbes délivrait un magnifique mélodrame en plus d'offrir à Leslie Caron une de ses plus mémorables prestations. Adapté d'un roman de Lynne Reid Banks (plus connue pour sa série de livre pour enfant L'Indien du placard que sur ce type de sujet très adulte) le film aborde un sujet tabou sous un angle inattendu. Il est donc ici question de la difficile condition des mères célibataires à travers le récit Jane, jeune française (le personnage était anglais dans le livre le choix de Leslie Caron explique ce changement de nationalité) exilée à Londres et qui en début de film loue une chambre dans un hôtel insalubre.

Son comportement étrange, sa mine apeurée et la fragilité qu'elle dégage révèle d'emblée que quelque chose ne va pas et on découvrira qu'elle est enceinte. Cependant l'amitié et la chaleur exprimé par ses voisins (dont Brock Peters l'accusé de To Kill a Mockinbird ici en trompettiste enjoué) la déride vite et elle noue bientôt une histoire avec Tobey un aspirant écrivant. Seulement comment lui avouer son état sans craindre qu'il la quitte ?

Au vu de la période de sortie du film dans une Angleterre encore très moralisatrice (et des films du mouvement Free Cinema qui aborde la question de manière fort glauque comme Saturday Night and Sunday Morning) on devrait voir la grossesse de l'héroïne comme un poids et l'enjeu dramatique tourner autour de sa décision d'avorter. Si cette facette demeure, ce n'est pas le pivot du film, bien au contraire. Jane n'est pas une adolescente coupable d'un moment d'égarement mais une jeune femme de 27 ans ayant jusque-là vécue dans un milieu bourgeois étouffant (il faut voir sa mine terrifiée lors de sa première nuit dans sa chambre miteuse) et qui s'en est coupée en donnant sa virginité au premier flirt venu à son arrivée à Londres. Malgré cette erreur on constate alors que le sexe est pour elle une manière d'affirmer son indépendance.

La société ne l'entend pourtant pas de cette manière et le script multiplie les situations de répressions sexuelle plus ou moins affirmée : une policière qui vient interrompre dans un parc un innocent signe d'affection entre Tobey et Jane, la réaction dégoûtée de Brock Peters qui traite Jane de whore après avoir entendu ses ébats à travers la mince cloison séparant leurs chambres... Ce jugement moral est global et n'a pas de limite sociale.

Dans ce contexte, la grossesse d'une femme seule est une tâche dans le paysage, une tâche qu'il faut effacer. L'avortement synonyme d'autonomie et de libération pour la femme prend donc étonnement là une notion moralisatrice en étant l'outil permettant de faire disparaître la disgrâce. Alors que Jane hésite quant à la décision à prendre, absolument tous les personnages lui recommande d'avorter dans des séquences que Forbes rend terriblement oppressante comme cette entrevue avec un médecin désinvolte au début(pour lequel les options se résument à épouser le père ou avorter), la potion offerte par une voisine de bonne foi pour provoquer une fausse couche et surtout le mépris de Tobey lorsqu'il apprendra la vérité.

Dès lors, aller au bout de sa grossesse et élever son enfant signifie une affirmation de soi pour une Jane qui s'assume et ne dépend plus du regard des autres (le film a d'ailleurs adouci un élément intéressant du livre où l'hôtel était habité par des prostituées auxquelles l'héroïne dans son sentiment de culpabilité pouvait se trouver associée). Leslie Caron offre une prestation époustouflante ou le désespoir se dispute au courage et à la détermination. Ardente ou hébétée et en plein doute, elle dégage une intensité et une émotion de tous les instants. Sa performance lui vaudra un Golden Globe et une récompense au BFTA ainsi qu'une nomination à l'Oscar. La mise en scène sobre de Bryan Forbes saisit tous ses tourments porté par le beau noir et blanc de la photographie de Douglas Slocombe avec une poésie qui permet d'illustrer d'étonnement osées scènes charnelle mais cela aurait été un comble si le film avait été timoré là-dessus vu le sujet.

L'affiche annonce la couleur avec ce Sex is not a forbidden word comme slogan. Une belle et touchante fin ouverte laisse désormais Jane maîtresse de son destin même s'il lui en a coûté. La conclusion du livre était plus ouverte encore puisque Jane en laissant le manuscrit (nommé The L-Shaped Room) dans la chambre vide de Tobey lui disait qu'elle l'avait apprécié mais que l'histoire "n'était pas finie" et Lynne Reid Banks donna en effet deux suites à son ouvrage. Pour les amateurs de pop anglaise et fans des Smiths, le sample de "Take Me Back To Dear Old Blighty" entendu au début de leur chanson "The Queen is dead" provient d'une des séquences du film.

Sorti en dvd zone 2 anglais et dépourvu de sous-titres

Extrait