Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Leslie Howard. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Leslie Howard. Afficher tous les articles

lundi 26 mars 2018

L'Emprise - Of Human Bondage, John Cromwell (1934)


Philip Carey, jeune homme handicapé d'un pied bot, quitte Paris où il a vainement tenté de devenir peintre, et abandonne toute ambition artistique. Il s'installe à Londres où il s'inscrit à la faculté de médecine. Par l'intermédiaire d'un camarade il fait la connaissance de Mildred Rogers, une serveuse. Il en tombe amoureux. Cette dernière n'éprouve aucun sentiment particulier envers lui mais entend profiter de la situation. Obsédé par cette femme il ne peut se détacher d'elle et continue à lui faire la cour.

L’Emprise est un puissant mélodrame qui marque une date à Hollywood. C’est en effet l’œuvre qui mettra fin à la période dite « Pré-Code ». Les scandales privés des stars hollywoodiennes (dont un Kenneth Anger se délectera plus tard dans son Hollywood Babylone) ont provoqués une indignation publique dans laquelle s’engouffrent les différentes ligues de vertus scandalisés depuis longtemps par l’amoralité galopante du cinéma muet des années 20. C’est l’instauration en 1930 du Code Hays sous la férule du sénateur William Hays et du très catholique censeur Joseph Breen dans le but de véhiculer une image plus saine et morale à l’écran.  Le code est instauré mais pas appliqué par des studios encore libres qui oseront de nombreuses productions audacieuses mais L’Emprise sera une des œuvres qui fera basculer cet état de fait. Le film est une adaptation du roman Of Human Bondage de William Somerset Maugham et, entre légère édulcoration du matériau d’origine et un savant équilibre entre provocation et morale finale attendue, l’ensemble ne semble pas se détacher du modèle du Pré-Code social souvent produit par la Warner. 

La commission Hays exigera plusieurs révisons du scénario de Lester Cohen notamment que la profession de prostituée du personnage de Mildred (Bette Davis), explicite dans le roman, devient une serveuse. Tous ces efforts se verront cependant totalement balayé par l’interprétation de Bette Davis. L’actrice végète alors à la Warner dans des rôles peu marquants mais elle attirera l’attention de John Cromwell qui la repère en femme fatale sudiste dans Ombres vers le sud de Michael Curtiz. Jack Warner refuse cependant de la prêter à la RKO pour un rôle dont la nature sulfureuse à déjà fait fuir des stars installées comme Katharine Hepburn, Ann Harding ou Irene Dunne. Le nabab pense qu’un tel rôle risque de tuer l’aura glamour d’une Bette Davis à la recherche d’une performance marquante et qui finira par obtenir gain de cause. L’Emprise est le film qui impose John Cromwell comme un des maîtres du mélodrame hollywoodien, sa finesse étant un des attraits majeurs de l’ensemble.

Le regard de l’artiste contrarié qu’est le héros Philip Carey guide l’ensemble du film où la beauté réside dans l’imperfection et l’abject dans l’attrayant. C’est ce que cherche à faire comprendre son professeur à Carey face à la joliesse superficielle de ses peintures en lui affirmant qu’il ne sera jamais un artiste. Dès lors Carey va chercher à s’accomplir à baignant de sa bonté les maux de la société en suivant des études de médecine. Le personnage en lui-même représente cette facette, son caractère pur et bienveillant étant altéré par le handicap physique d’un pied-bot. Ce complexe va l’inciter à tomber sous le charme de Mildred dont les atours dissimulent un caractère véniel et intéressé. La première rencontre se place sous le signe du dialogue piquant dans le restaurant (même si la séduction lourde avec le riche client joué par Alan Hale donne des signes avant-coureurs) jusqu’à ce que Carey révèle son pied-bot à Mildred. 

Dès lors le rapport dominant-dominé s’instaure, Carey étant avant tout subjugué par la beauté « parfaite » de Mildred qui peut se jouer des complexes de son prétendant. Cromwell use de diverse manière pour une bascule constante du rêve au cauchemar. Le fondu ou le panoramique flouté amène vers des amorces de moments romantiques dont le procédé formel ferait presque croire qu’il s’agit d’une scène de rêve. A chaque fois, une rebuffade, un mot blessant et une pure manifestation de cruauté ramènera un Carey humilié à la dure réalité - le pire restant cette demande en mariage avorté en tête à tête. La seule scène de romance sera explicitement imaginaire quand Cromwell introduit un cadre dans le cadre illustrant les visions du sommeil agité de Carey. 

Tout le film offre ainsi un va et vient de retour et d’abandon entre Carey et Mildred où cette notion de beauté et d’imperfection s’inverse. Guidé par une obsession amoureuse impossible à éteindre, Carey fait preuve d’une générosité sans faille à chaque nouvelle retrouvaille avec une Mildred de plus en plus avilie. Soudain l’intérieur déteint sur l’extérieur, Carey étant symboliquement guéri de son pied-bot quand la déchéance physique et morale de Mildred ravage ses anciens attraits. 

La prestation de Bette Davis est exceptionnelle (et anticipe de façon plus crue tous les grands rôles de garces magnifiques à venir), le jeu outré, les pose scandaleuse et le maquillage outrageant (réalisé par l’actrice elle-même) explicitant tout ce que la censure du Code Hays chercher à masquer dans l’écriture. L’ultime vision de Mildred, avachie et le regard égarée dans son taudis, est un puissant instantané de déchéance. Hormis ces images fortes, Cromwell aura su se montrer plus ironique précédemment quand une Mildred va se plaindre du caractère « immoral » des œuvres d’arts de nu dans l’appartement de Carey – peu après avoir été repoussée par celui-ci après une séduction grossière. 

Toute relation dominant/dominé tout au long du film inclus cette idée de beau et de laid qui s’entrecroise, s’inverse et s’ignore, particulièrement pour Mildred se plaisant à humilier et ne recherchant que des partenaires lui faisant de même. Ces entraves guident un récit étouffant et claustrophobe qui n retrouve réellement l’extérieur et la lumière du jour que dans la belle dernière séquence entre Leslie Howard et Kay Johnson. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Lobster

samedi 10 octobre 2015

Âmes libres - A Free Soul, Clarence Brown (1931)

La fille d'un grand avocat tombe amoureuse de Ace Wilfong, un truand que son père vient de défendre avec succès. Mais lorsqu'elle veut mettre fin à cette liaison, elle réalise que ce ne sera pas si facile...

Norma Shearer avait incarné dans La Divorcée (1930) une magnifique incarnation de la femme hésitante entre la norme et la rupture, récompensée par un Oscar de la meilleure actrice. Âmes libres exploite cette dualité de la star avec brio et plus d'ambiguïté, puisque dans La Divorcée son personnage se forçait à mener une vie dissolue par revanche alors que ce sera bien plus trouble ici. Jane Ashe (Norma Shearer) a été élevée par son père Stephen (Lionel Barrymore) selon des principes de vie libertaires que l'on ressent dès la scène d'ouverture. Jane nue à la salle de bain demande à son père de lui passer ses sous-vêtements, la trivialité et la promiscuité de la scène laissant longtemps supposer qu'ils sont amants et non pas père et filles. Cette existence sans contrainte morale les oppose à leur famille, incarnation des valeurs bourgeoise américaine qui voit d'un mauvais œil cette frange rebelle aux normes.

Cette liberté va pourtant être questionnée chez chacun des protagonistes et remettre en cause leur valeur. Jane va ainsi tomber sous le charme vénéneux et dominateur d’Ace Wilfong (Clark Gable), et Stephen sombrer définitivement à son addiction à l'alcool. Le lien père et fille se désagrège ainsi progressivement, "l'ouverture" ayant ses limites avec la violente désapprobation de Stephen à l'union de sa fille à ce gangster. Clarence Brown après le badinage initial amène ces moments de ruptures avec une puissance dramatique rare, notamment la séquence muette et bouleversante où Stephen découvre sa fille alanguie dans la garçonnière de Wilfong.

Toutes les œillères et les peurs ordinaires ressurgissent, remettant en cause les élans libertaires initiaux. Le scénario n'oppose cependant pas morale et norme (symbolisé par l'affrontement entre les bas-fonds et cette aristocratie américaine), le malaise naissant plus de la relation père-fille déséquilibrée. Stephen perdu dans les vapeurs alcoolisées ne peut prévenir suffisamment sa fille du danger qu'elle coure tandis que cette dernière endosse sans y parvenir le rôle de parent envers lui pour le guérir de son addiction.

L'échec sera ainsi inévitable en liant ces deux penchants néfastes des protagonistes. Face aux menaces qui les entourent, la fillette réfugiera dans les bras d'un père enfin protecteur au terme d'une séquence intense où Lionel Barrymore se lance dans un monologue final intense. Une scène magnifique (une des plus longues prises -14 minutes- jamais filmée à l'époque) qui contribuera à l'Oscar du meilleur acteur remporté par Lionel Barrymore. La prestation de gangster suave contribuera par ailleurs à la notoriété de Clark Gable, déjà rival amoureux de Leslie Howard ici huit ans avant Autant en emporte le vent.

Sorti en dvd zone 2 chez Warner 

Extrait

lundi 9 décembre 2013

Le 49e Parallèle - 49th Parallel, Michael Powell et Emeric Pressburger (1941)


1940. Un sous-marin allemand qui vient de torpiller un navire marchand anglais arrive dans les eaux territoriales canadiennes. Six de ses hommes, commandés par l'officier nazi Hirt, réussissent à mettre pied sur la côte, quand la Canadian Royal Air Force repère le submersible et le coule...

Le 49e parallèle est une œuvre typique de la politique cinématographique anglaise mise en place par Churchill au début des années 40 soi des productions soutenant l’effort de guerre mais en empruntant des voies plus subtiles pour exprimer cette propagande. Si Michael Powell et Emeric Pressburger ont su se montrer plus aventureux dans ce cahier des charges (Colonel Blimp qui détourne l’ode attendu à un officier britannique pour un résultat plus profond et d’ailleurs détesté par Churchill) Le 49e Parallèle assène son message avec une force peu commune tout laissant planer le spectre de l'invasion allemande en terre anglaise (abordé plus frontalement encore dans la production Ealing Went the day well (1942) saisissant film de guerre).  On suit donc ici l’odyssée meurtrière d’un commando de rescapé d’un sous-marin allemand à travers le Canada. Une des premières scènes du film les voyant malmener les survivants d’un navire coulé donne le ton, montrant cette froideur, détermination et soumission à l’idéologie nazie.

Le script d’Emeric Pressburger est une démonstration en plusieurs temps confrontant différentes couche de la population canadienne aux nazis. La communauté canadienne, la vie paisible et insouciante au sein de ce vrai pays d’accueil est bien sûr largement idéalisée pour la différencier de l’uniformité nazie et représenté tour à tour par un trappeur québécois jovial (Laurence Olivier), le patriarche d’une communauté agricole  (Anton Wallbrook), un épicurien insouciant (Leslie Howard) et enfin un soldat canadien en permission (Raymond Massey). Toute la bienveillance, l’entraide et la douceur de ces canadiens est méprisée et vue comme une affreuse faiblesse par le commando dominé par un Eric Portman monolithique et transpirant le fanatisme. 

Chaque rencontre place pourtant le groupe face à ses contradictions et la bêtise de l’idéologie nazie, cette folie empêchant notamment un Eric Portman tendu comme un arc de faire profil bas quand la situation l’exige ou de prendre la bonne décision. Les avis divergeant sont ainsi sanctionnés par de révoltant écarts de violence filmés de manière sèche et brutale par Powell tel le malheureux sort d’un Laurence Olivier si attachant en quelques scènes. 

La beauté soufflante des paysages canadiens, les traditions et rites locaux (on retrouve le côté explorateur et anthropologue typique de Powell vu dans The Edge of the Word (1937), Je sais où je vais ou A Canterbury Tale (1944)), tout cela est traversé sans un regard par la troupe rivée à son stérile objectif de domination. Des possibilités de rapprochements sont pourtant posées avec les moins fanatiques comme le personnage de Vogel (Niall MacGinnis) dans une scène rappelant l’échange sur la culture du bois entre un paysan anglais et un soldat anglais dans A Canterbury Tale. Dans une petite communauté rurale, Vogel va ainsi retrouver le plaisir de son premier métier de boulanger, prenant conscience de son égarement mais voyant cette rédemption à portée de main brisée par la violence de ses acolytes. 

Comme d’autres productions anglaises de cette période, le film une invitation à la prise de conscience et à l’engagement des nations encore extérieures à la Deuxième Guerre Mondiale. On le verra là avec l’insouciance des canadiens face au drame se déroulant en Europe, que ce soit le trappeur découvrant que la guerre s’est engagé sur le vieux continent, Leslie Howard menant la belle vie faite de pêche et d’études où le nazisme est une simple source de moquerie lointaine. Seul Anton Wallbrook émigrant allemand installé au Canada avec les siens se montrera conscient de la menace, apportant une cinglante réponse à Portman lorsqu’il souhaitera l’enrôler dans une des scènes les plus intenses du film.

Cet éveil canadien se fera progressivement, l’opposition étant bien plus coriace après les cruelles morts initiales. La confrontation finale avec Raymond Massey est ainsi un grand moment, la lâcheté du nazi comme le courage et l’entraide des peuples pour s’opposer à la tyrannie s’exprimant par un engagement symbolique des Etats-Unis pour renvoyer l’ennemi là où il saura être puni. Les hommes plutôt que les nations expriment leur volonté ici face au bloc uniforme nazi dans une dernière scène magistrale. Une belle réussite qui transcende la commande.

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Carlotta

Extrait

 

mercredi 29 août 2012

L'Aventure de minuit - It's Love I'm After, Archie Mayo (1937)


Un acteur vaniteux, Basil Underwood (Leslie Howard), est l'éternel fiancé de sa partenaire Joyce Harden (Bette Davis) à qui il promet toujours le mariage. Une spectatrice emballée, Marcia (Olivia de Havilland), vient faire une déclaration d'amour à l'artiste. Basil est sollicité par Henry Grant (Patric Knowles) fiancé de la jeune femme et fils d'un vieil ami afin de se rendre détestable auprès d'elle et stopper cette passion. Souhaitant se laver de ses fautes passé avant son mariage, Basil accepte et s'invite dans la famille pour le weekend...

Une merveille de screwball comedy digne des grands classiques du genre et assez inexplicablement méconnue, sans doute à cause de son casting qui aura peu eu l'occasion de déployer ses talents comique avec ce trio Leslie Howard (qui confirmera l'année suivante dans l'irrésistible Pygmalion d'Anthony Asquith), Bette Davis et Olivia de Havilland. L'histoire nous plonge dans le quotidien orageux du couple d'acteur shakespearien formé par Basil Underwood (Leslie Howard) et Joyce Harden (Bette Davis). Ces deux-là ne fonctionnent que dans le conflit permanent, l'égo surdimensionné de Basil n'ayant d'égal que le tempérament volcanique et la jalousie (justifiée) de Joyce.

La mémorable scène d'ouverture les voyant interpréter sur scène le dernier acte de Roméo et Juliette donne le ton avec notre couple échangeant phrases assassines en douce et se déstabilisant mutuellement afin d'être l'attraction principale. Pourtant dans le public, une spectatrice vit le moment intensément tant elle est folle d'amour pour Basil, c'est la jeune Marcia (Olivia de Havilland) qui ira même lui déclarer sa flamme en coulisse. Tout cela au grand désarroi de son fiancé Henry qui va solliciter Basil afin qu'il dégoute Marcia de ses charmes. Ne reculant jamais devant la performance et souhaitant s'absoudre de ses infidélités passée avant une énième demande en mariage à Joyce, Basil accepte le défi et s'invite pour le weekend dans la richissime famille de Marcia.

Le potentiel de ce pitch prometteur sera génialement exploité grâce à l'abattage des acteurs du scénario à rebondissement de Casey Robinson et du rythme effréné qu'instaure Archie Mayo. Leslie Howard jusque-là cantonné aux rôles de dandy romantique et d'intellectuel délivre là une prestation comique de haut vol. Il incarne là l'acteur narcissique dans toute sa splendeur, soliloquant du Shakespeare à toute occasion et en recherche constante de l'attention générale. On peut d'ailleurs y voir un second degré réjouissant sur lui-même puisqu'il jouait l'année précédente dans une adaptation de Roméo et Juliette signée George Cukor au côté de Norma Shearer.

Le voir ainsi tirer vers l'exagération ridicule les poses de héros romantique torturé est donc d'autant plus savoureux. Il retrouve ici Bette Davis avec laquelle il tourna L'Emprise (1934) et La Forêt pétrifiée (1936). Réticente au départ et n'ayant accepter que sur l'insistance du producteur Hal B. Wallis, cette dernière rayonne en actrice versatile,féroce puis radieuse, capricieuse puis jalouse et offre un répondant intense à Howard toutes leurs scènes communes étant chargée d'électricité. Enfin Olivia de Havilland en ingénue se pâmant d'amour est parfaite, maniant la niaiserie de son personnage juste ce qu'il faut pour le rendre drôle sans le ridiculiser. Tous trois sont au diapason en poussant loin la caricature mais réussissant à rester attachant (notamment la faiblesse toute masculine d'Howard sous l'arrogance) et maintenir l'intérêt pour les enjeux.

Rien ne se passe ainsi comme prévu, Howard malgré ses bonnes intentions n'étant pas insensible au charme d'une Olivia de Havilland (les deux se retrouveront bien sûr en Ashley et Mélanie dans Autant en emporte le vent) à croquer de charme sous l'œil courroucé du fiancé (Patric Knowles un peu transparent au sein de la folie ambiante). On rit franchement plus d'une fois devant les attitudes odieuses de goujateries d'Howard en roue libre (l'arrivée nocturne bruyante dans la maison, le petit déjeuner épique) et une De Havilland énamourée qui lui pardonne tout à son plus grand désespoir.

Le meilleur moment reste lorsqu'il s'introduit dans la chambre de la jeune femme et qu'il se montre très entreprenant afin de l'effrayer et qu'au contraire elle s'avère encore plus pressante que lui. Mayo s'avère particulièrement inventif pour tirer ses situations loufoques dans leurs derniers retranchement notamment grâce au majordome déjanté de Basil génialement joué par Eric Blore tel cette scène où il imite sans succès tous les champs d'oiseaux possible pour prévenir son maître en fâcheuse posture (pas de chance une voilière se trouve juste à côté) de l'arrivée de Bette Davis.

Porte qui claquent, quiproquos en pagaille et gags s'enchaînent donc joyeusement jusqu'à un final où la morale bien malmenée jusque-là (De Havilland attendant Howard dans sa chambre d'hôtel) sera finalement sauve. Basil jamais aussi charmant que face à une partenaire le malmenant peut retrouver Joyce tandis que Marcia semble enfin avoir ouvert les yeux sur la mentalité des "acteurs". Et cette réplique de nous achever définitivement, Marcia s'avérant guérie de son amour pour Basile et lui un peu moins de son amour pour lui-même.

Marsha : '' I was in love with Clark Gable last year. If I can get over him, I can certainly get over you !''
Basil : ''Who's Clark Gable?


Tordant !

Sorti en dvd zone 1 chez Warner dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres.


lundi 12 décembre 2011

Le Mouron Rouge - The Scarlet Pimpernel, Harold Young (1934)


En France, sous la Terreur, des membres de l'aristocratie sont sauvés de la guillotine par les coups de mains audacieux d'un individu qui se fait appeler le Mouron rouge. Agissant sous divers déguisements, il leur permet de trouver refuge sur le sol anglais. Exaspéré, Robespierre, confie à l'ambassadeur Chauvelin la tâche primordiale de le démasquer. Celui-ci fait pression sur madame Blakeney, une connaissance française, mariée à un intime du Prince de Galles, afin qu'elle obtienne les renseignements décisifs...

Après l'immense succès de La Vie Privée d'Henri VIII, Alexander Korda persévérait dans le filon du récit historique sautillant (ici plus orienté film d'aventures) avec The Scarlet Pimprenel. Le film est souvent considéré comme la meilleure adaptation du personnage de la Baronne Orczy, héros d'une pièce puis d'une série de neuf romans. C'est ici le premier de la série qui est adapté. Le personnage très populaire sera notamment une des sources d'inspiration de Johnston McCulley pour Zorro, le cadre de la Révolution Française laissant place à son équivalent mexicain et les deux héros ayant les même caractéristiques avec un alter ego falot et insignifiant empêchant tout soupçon.

Le Mouron Rouge aura connu quatre adaptations muettes (deux en 1917, en 1919 et en 1928) avant celle de Korda qui demeure la plus populaire. Pour surfer sur le succès de La Vie Privée d'Henri VIII le producteur tenta même d'imposer Charles Laughton dans le rôle mais après l'annonce le mécontentement (justifié) des lecteurs des romans fut tel qu'il opta finalement pour le plus approprié Leslie Howard tandis que du film de 1933 on retrouve néanmoins Merle Oberon qui a entretemps entamé une liaison avec Korda.

Le récit nous plonge en pleine France sous la Terreur où les aristocrates sont décimés à longueur de journées sous la guillotine. Hormis un dialogue au début soulignant qu'ils l'ont sans doute un peu cherché aussi, le film (et donc le roman) présente plutôt les nobles comme des victimes tandis que le peuple révolutionnaire passe pour une horde de barbares assoiffés de sang. Une des premières scènes est des plus parlantes avec des spectatrices bien installée devant l'échafaud (et en profitant pour tricoter !) et en transe à chaque fois que la funeste lame de la guillotine s'abat.

On prend donc un pur plaisir romanesque sans prêter attention à une quelconque véracité historique pour se laisser emporter quand entre en scène le Mouron Rouge pour sauver une famille de nobles promises à une mort certaine. Ce premier exploit donne le ton avec un héros jouant plus de sa tête que de ses muscles où on le découvre adepte du déguisement, des faux-semblants et des plans alambiqués, aidés d'une dizaine de fidèles complices.

On revient ensuite en Angleterre où les évènements se lient avec brio au destin du héros et permet d'explorer plus avant sa personnalité. Leslie Howard est absolument irrésistible dans son double jeu, meneur déterminé pour les intimes et dandy superficiel gouailleur hilarant aux yeux de tous les autres. Tous les autres dont sa propre épouse Marguerite (Merle Oberon magnifique) qui ne reconnaît plus celui qu'elle a épousé dans cet homme frivole et oisif. Les échanges entre eux sont passionnant avec un Leslie Howard subtil dissimulant une vraie mélancolie face à la détresse de son épouse qui s'éloigne de lui mais à qui il ne peut révéler la nature de ses activités. L'histoire sera donc aussi celle de leur réunion à travers les évènements qui vont se jouer.

A l'image de son héros, les rebondissements donnent essentiellement dans la manipulation et la dissimulation avec une pure intrigue d'espionnage. Raymond Massey ambassadeur de France (et en fait agent mandaté par Robespierre) se rend en Angleterre pour démasquer le Mouron Rouge en faisant du chantage à Merle Oberon dont il a emprisonné le frère en France. Ce nœud de complots est prenant de bout en bout et réserve son lot de grands moments (Howard qui nargue Massey dans la bibliothèque ou qui lui apprend à faire sa cravate, la conclusion) notamment cette splendide scène où Merle Oberon devine la double identité de son époux.

Production Korda oblige, la reconstitution est un régal de tous les instants pour les yeux entre les vues en hauteur du décor parisien, les somptueux intérieurs des demeures anglaises et les tenues flamboyantes de Merle Oberon. Tout juste pourra t on peut être reprocher un certain statisme dans la mise en scène de Harold Young, cela aurait pu être plus enlevé. La courte durée du film et des acteurs au sommet de leur art (Massey parfaitement sournois en méchant, Leslie Howard redisons le parfait et Merle Oberon qui porte toute la charge émotionnelle avec talent) font passer ses défauts et on passe un très bon moment. Le succès du film engendrera une suite trois ans plus tard avec James Mason et Sophie Stewart en remplacement de Leslie Howard et Merle Oberon. On en reparle bientôt...

They seek him here, they seek him there,
Those Frenchies seek him everywhere.
Is he in Heaven, is he in Hell,
That damn'd, elusive Pimpernel ?


Disponible dans une flopées d'éditions souvent médiocre donc choisir celle éditée en zone 2 anglais par DVD Network qui comprend le film et sa suite en plus doté de sous-titres anglais.

Extrait

samedi 7 mai 2011

Pygmalion - Bernard Shaw's Pygmalion, Anthony Asquith et Leslie Howard (1938)

Le professeur Henry Higgins, alors qu'il étudie de loin les manières d'une pauvre vendeuse à la sauvette de Piccadilly Circus, parie avec un collègue qu'il peut, en quelque temps et a titre d'expérience, complètement corriger l'allure et le langage de celle-ci, pour en faire une femme de la haute société.

Si la transposition musicale My Fair Lady reste la version désormais la plus connue de la fameuse pièce de George Bernard Shaw, celle ci connu une adaptation plus classique avec ce film de 1938. Shaw signe d'ailleurs lui-même le scénario tandis que la mise en scène se partage entre le plus aguerri Anthony Asquith et Leslie Howard dont c'est la première réalisation.

Dans l'ensemble le film est très fidèle à la pièce si ce n'est certains personnages secondaires un peu moins développés et la conclusion bien plus sentimentale et romantique que le cynisme de la pièce. On suit donc les aventures de Eliza Doolitle (Wendy Hiller dans son premier rôle cinéma et qui fut aussi la première Eliza Doolittle dans la pièce de Shaw), jeune fleuriste sans éducation des rues qui se voit prise en main sur un pari par le professeur Higgins (Leslie Howard) qui s'est juré de lui donner la prestance et la diction d'une duchesse en six mois.

Le script conserve toute la causticité et l'humour méchant de la pièce à travers le personnage hautain et méprisant de Higgins magistralement incarné par un Leslie Howard sautillant et rudoyant plus qu'à son tour Wendy Hiller. Cette dernière donne dans un registre à mi chemin entre le loufoque (hilarante scène où on tente de lui donner un bain) par les manières et le parler rustre de l'héroïne et une dimension plus profonde et intériorisée, ce dernier dominant au fil de l'avancée du film et de l'acquisition du savoir par Eliza Doolitle.

L'origine théâtrale se ressent clairement par la construction du film obéissant à celle des actes de la pièce et se divisant donc en cinq grandes et longues séquences abordés de manières constamment variées par Asquith. Les deux premiers "actes" (la rencontre farfelue en pleine rue, la mise en place du pari et le début de l'apprentissage) donne ainsi volontairement dans le pur théâtre filmé avec son verbe assassin, le défilé de personnages délirants (Wilfried Lawson d'une vulgarité grandiose n Mr Doolitle) et l'abattage du duo Hiller/Howard, elle en victime ne s'en laissant pas compter et lui en professeur tyrannique et odieux. Les séquences d'apprentissage par leur montages (signé David Lean !) dynamique aux multiples invention visuelles se chargent donc d'apporter l'énergie empêchant le tout d'avoir un aspect trop figé.

La mise en scène s'enhardit au fil des progrès de Eliza Doolitle et la première hilarante sortie pour un thé, par son jeu des champs contre champs et la disposition des personnages dans l'espace. On constate l'extraordinaire travail effectué sur les intonations et les modulations de voix à travers la prestation de Wendy Hiller et l'impression que donne son personnage pas encore mûr, la diction quasi parfaite désormais exprimant encore des anecdotes vulgaires. l'important n'est pas seulement la manière de dire mais ce qui est prononcé également. Cette nuance se voyant approfondi en conclusion lorsque Eliza fera remarquer à Higgins que c'est autant le regard respectueux porté sur elle que que son attitude propre qui en fera réellement un Lady. Wendy Hiller est constamment sur la corde raide du cabotinage et de la caricature mais fait finalement preuve d'une maîtrise surprenante, toujours cette étincelle de mélancolie lorsqu'elle en fait des tonnes en pauvresse ignare et le regard malicieux en coin quand elle donne dans un registre ouvertement dramatique.

Tout cela fait merveille dans le sommet du film qu'est la superbe scène de bal où Eliza dégage une grâce et un mystère inattendu qui époustoufle l'assistance. Mais savoir c'est finalement être conscient de sa position et en décalage avec comme elle va le constater lors d'une cruelle séquence où son statut de simple cobaye éclate au grand jour. Le récit passionne lorsqu'il aborde cet entre deux troublant où se trouve Eliza, trop éduquée pour retourner dans un milieu qui n'est plus le sien, et d'origine trop modeste pour intégrer celui que ses nouvelles manières exige. Wendy Hiller est à nouveau épatante et Howard tout aussi brillant par sa goujaterie suscitant une incompréhension totale des sentiments d'Eliza.

Les derniers échanges désormais d'égal à égal même si tirant un peu trop en longueur sont brillants dans le renversement des forces, le marionnettiste Howard étant totalement dépassé par la vivacité de sa création désormais libre de ses pensées. Le film conserve ainsi toute l'acidité de la pièce tout en ménageant une issue plus romantique attendue lors de la belle conclusion où est néanmoins restée malgré le rapprochement des héros l'audace de ne pas les marier ce qui surpris grandement le public de théâtre à l'époque. Superbe adaptation donc qui eu d'ailleurs une influence directe sur la pièce puisque tout les ajouts du film (les scènes d'apprentissages, le bal et le phonétiste hongrois qu'on y rencontre) furent intégré par la suite par Shaw dans les futures représentations de la pièce.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

Extrait des 10 premières minutes