Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 31 décembre 2013

Les Cendres du temps Redux - Dung che sai duk, Wong Kar Wai (1994)


Ouyang Feng vit seul dans le désert de L'Ouest depuis que la femme qu'il aimait l'a quitté. Il engage des tueurs à gages experts en arts martiaux pour exécuter des contrats. Son cœur meurtri l'a rendu cynique et sans pitié, mais ses rencontres avec amis, clients et futurs ennemis vont lui faire prendre conscience de sa solitude.

Les Cendres du temps voyait Wong Kar Wai délaisser le spleen urbain de ses premiers films pour s’aventurer dans le wu xia pian. Comme tout jeune spectateur de Hong Kong, Wong Kar Wai a grandi avec les films du genre et notamment les films de la Shaw Brothers. Il adapte d’ailleurs ici une saga de Jin Yong, maître de la littérature martiale de nombreuses fois transposé au cinéma. Bien évidemment, Wong Kar Wai va livrer une vision toute personnelle du wu xia pian tout en essayant de respecter les canons du genre.

L’univers du Jiang hu (le monde des arts martiaux), les capacités martiales des protagonistes et leurs exploits, tout ceci est en arrière-plan pour Wong Kar Wai qui déleste ses héros  de toute dimension légendaire pour en faire de simples êtres humains rongés par leurs fêlures. Le pivot du récit est Feng (Leslie Cheung), intermédiaire de tueur vivant seul dans le désert depuis que la femme qu’il aimait (Maggie Cheung) l’a quitté pour épouser son frère. Tandis que son propre drame se révèle par fragments, la rencontre avec des clients et autres bretteurs chevronnés au fil des saisons va faire découvrir l’envers et les terribles sacrifices qu’exige ce monde du Jiang hu. Wong Kar Wai montre des personnages las de cette éternelle quête de pouvoir et de puissance dans laquelle ils se sont perdus, l’amour servant de révélateur pour le meilleur et pour le pire. 

Dès lors les prouesses martiales et les combats virtuoses sont les barouds d’honneur d’une époque révolue, où les héros n’en en plus que le nom, rattrapé par leurs tourments sentimentaux.  Lin Ching-hsia magnifie ainsi sa célèbre figure androgyne avec cette jeune femme schizophrène et rendue folle par une promesse d’amour non tenue, condamnée à voir ses personnalités s’affronter. 

Tony Leung Chiu Wai sachant qu’il s’apprête à perdre la vue préfère mourir au combat plutôt que de voir son épouse (Charlie Young) assister à sa régression. Une épouse convoitée par son ami Yaoshi (Tony Leung Ka Fai) qui coupable préfèrera sombrer dans l’oubli alcoolisé par culpabilité. L’invincible Qi (Jacky Cheung) perd de sa superbe quand son détachement arrogant s’effrite et le rend vulnérable car ses pensées son perturbée par celle qu’il aime (Carina Lau). 

Les affrontements chorégraphiés par Sammo Hung caractérisent ainsi les héros dans l’action par leur gestuelle. Stylisée et poétique pour Ling Ching-hsia dont la double personnalité s’exprime autant par les traits androgynes de l’actrice que par un montage gracieux. Les adversaires ne sont que des ombres pour le bretteur aveugle Tony Leung Chiu Wai, Wong Kar Wai s’attardant sur son visage résigné pour exprimer le sentiment pesant et d’inéluctable quant à son sort. 

Il se bat surtout contre lui-même et s’offrir une fin digne, même si au coup fatale ses pensées iront vers celle qu’il a laissée au loin. La vélocité et la puissance de Qi sont au contraire magnifiée dans une dilatation du temps récurrentes dans les gimmicks visuels du réalisateur, mais ce n’est que pour mieux le ramener à son humanité lorsqu’il perd un doigt dans un combat pourtant bien moins périlleux.

Les tourments des hommes ne sont que poussière dans le défilement du temps et la manifestation des éléments et mieux vaut ne pas se perdre dans de vaines quête de pouvoir ou s’abandonner à un passé douloureux. Au fil des drames auxquels il assiste, Feng revivra son histoire et finira par comprendre, ce désert étant un lieux où se perdre et s'oublier.

Wong Kar Wai dans cette version redux appuie bien plus ces aspects que dans son montage initial en ajoutant numériquement d’irréelles manifestations naturelles, en retravaillant sa lumière et surtout en ajoutant ce chapitrage en saison qui rend la construction et l’idée générale plus limpide. Le désert semble aussi infini et confus que le désespoir des personnages, tous magnifié quel que soit leur temps à l’écran (divine apparition finale de Maggie Cheung) et constituant le plus beau casting du cinéma de Hong Kong des années 90. 

Le tournage sera de longue haleine pour que Wong Kar Wai parvienne à cette vision, autant par ses hésitations qu’un budget restreint qui épuiseront l’équipe durant les deux ans de tournage entre 1992 et 1994 (Wong Kar Wai ayant même le temps de tourner Chungking Express entre deux interruptions). Le résultat, un chef d’œuvre de wu xia pian introspectif après lequel courra vainement un Zhang Yimou sur son douteux Hero (à la beauté toc et au fond discutable) et finalement n’ayant qu’un vrai beau descendant, le récent The Grandmaster où Wong Kar Wai inflige le même traitement au film de kungfu.

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez ARP

lundi 11 novembre 2013

Police Story - Ging chaat goo si, Jackie Chan (1985)


L'inspecteur de la police de Hong Kong Chan Ka Kui se voit confier la protection d'une femme, assistante d'un parrain de la mafia que Chan essaye de mettre sous les verrous depuis plusieurs mois. En moins de 48h, il va devoir faire face à cette mission, à sa fiancée qui le croit infidèle et à la horde de mafieux qui veut le mettre hors-circuit.

L’immense succès du Marin des mers de Chine (1982) avait permis à Jackie Chan de réellement se réinventer en sortant son personnage du carcan restrictif du kung fu pian. Après ce trépidant film d’aventure, Jackie Chan tout en conservant la loufoquerie de la figure cinématographique qu’il s’était inventé pouvait désormais l’inscrire dans des genres très divers comme le polar avec Police Story (1985). Jackie s’était déjà placé du côté des agents de la loi dans la série des Flic de Hong Kong (1985) avec ses acolytes des « lucky stars » (Sammo Hung à la réalisation, Yuen Biao au casting entre autres) mais les films étaient encore fortement teintés de comédie alors que Police Story malgré quelques moments légers est un polar pur et dur.

Même si prétexte à moult bagarres et cascades, c’est donc à une vraie intrigue policière que l’on aura droit avec ce long et hargneux face à face entre le jeune flic fougueux Ka Kui (Jackie Chan) et  dangereux parrain de la mafia (incarné par le grand Chu Yan tâtant de la comédie). Le film s’ouvre sur une scène d’anthologie avec un guet-apens policier qui tourne court et qui verra Jackie arrêter le truand au terme d’une course-poursuite dantesque. 

Au programme un bidonville basé sur une colline entièrement rasé par des voitures lancée à tout allures et dévastant les bicoques de fortunes dans une apocalypse de tôle froissée où les plans larges comme ceux depuis l’intérieur des véhicules laissent bouche bée (séquence copiée en nettement moins impressionnant 20 ans plus tard par Michael Bay dans Bad Boys 2). 

La charte implicite des films de Jackie Chan ne semble alors pas complètement instaurée (pas de sexe, pas de morts et une orientation plus grand public) lors de cette ouverture et le reste du film avec fusillade, débordement sanglants et mort en pagaille, le réalisateur n’aseptisant pas le genre dans lequel il s’inscrit (et qui explosera à Hong Kong l’année suivante avec Le Syndicat du crime). Les quelques scènes légères et de quiproquos permettent de mettre en valeur les deux faire-valoir féminin joué par les stars en devenir Maggie Cheung et Ling Ching Hsia dans des moments de vaudeville amusant.

 Sorti de ces quelques écarts, Jackie Chan réajuste à sa mesure une figure à la Inspecteur Harry avec ce flic se heurtant à la corruption et à la lourdeur administrative (prête à le manipuler pour parvenir à ses fins) et qui prendra brutalement les choses en main pour rétablir la justice.  Tout comme il avait adapté à sa jovialité et vulnérabilité son héros d’art martiaux par rapport à Bruce Lee, Jackie Chan refaçonne ce flic dur à cuire dépassé à sa mesure. Il ne s’imposera pas par la peur qu’il inspire mais par sa hargne et détermination. 

Cela se concrétisera dans un final mémorable où Jackie défie ses adversaires dans un centre commercial transformé e chant de batailles pour 15 minutes de verres brisés, cascades kamikazes (cette descente d’un arbre de noël où il se brulera d’ailleurs gravement la main) et de coups qui font mal. Jackie Chan s’impose définitivement comme un héros universel en s’imposant dans le polar urbain pour ce monument du film d’action qui donnera lieu à de nombreuses suite et déclinaisons.

Sorti en dvd et bluray chez HK Vidéo

mardi 2 juillet 2013

L'Auberge du Dragon - San lung moon haak chan, Raymond Lee et Tsui Hark (1992)


Au temps de la dynastie Ming, le pouvoir est peu à peu tombé aux mains des eunuques. L'un d'eux règne en despote en éliminant tous ses rivaux. En pleine fuite, Chow et son amante s'arrêtent à L'Auberge du Dragon avant de passer la frontière. Dirigée par une tenante ne manquant pas de charmes et sachant en user, cette auberge accueille dans la foulée l'eunuque et ses hommes que ce couple fuyait et qui sont à leur recherche. Commence dans ce lieu isolé une traque sans pitié...

L'Auberge du dragon est typique de l'entreprise de rénovation et de réappropriation entamée par Tsui Hark depuis la création de sa société de production FilmWorkshop. Stigmatisé au début de sa carrière pour son côté rebelle et les partis pris trop extrêmes de ses premières œuvres (Butterfly Muder (1979), Histoire de Cannibale (1980) et le furieux L'Enfer des armes (1980)) Tsui Hark allait trouver la formule magique parfaite pour enfin rencontrer le succès, croiser avec brio ses velléités moderniste avec la tradition du cinéma de Hong Kong. Il le ferait dans un premier temps en produisant les polars de John Woo avec le diptyque Le Syndicat du crime et The Killer, qui transposait dans le film policier la tradition du film de chevalerie et la fraternité sanglante sacrificielle chère à Chang Cheh (Un seul bras les tua tous, La Rage du Tigre)...

Il contribuait à inventer un nouveau genre qui allait s'avérer fructueux dans la production locale avec le polar hongkongais tout en l'inscrivant dans un récit archétypal de la tradition de la péninsule. Ce travail allait se poursuivre avec le succès de Histoires de Fantôme Chinois (1986) où il adaptait le conte traditionnel chinois de Pu Song Ling tout en remakant la première adaptation de la Shaw Brothers The Enchanting Shadows réalisée par une de ses idoles Li Hang-Hsiang en 1960. Là encore une vraie révolution puisque le film allait relancer le wu xia pian fantastique, faire traverser les frontières au cinéma de Hong Kong et inventer une forme novatrice tout en initiant le romantisme éthéré à la Tsui Hark. Le début des 90's marque l'apogée de cette démarche avec la refonte du mythique héros chinois Wong Fei Hung sous les traits de Jet Li dans la grandiose saga des Il était une fois en Chine (surtout la trilogie initiale).

Avec L'Auberge du Dragon, Tsui Hark paie son tribut à l'un de ses maîtres, le grand King Hu dont il remake Dragon Gate Inn (1967). Le film original était le deuxième volet de la trilogie des auberges de King Hu après une L'Hirondelle d'or (1966) (le 3e étant le plus tardif L'Auberge du Printemps (1974)) à la production houleuse lui faisant claquer la porte de la Shaw Brothers et s'exiler pour produire ses films en indépendant à Taïwan. Dragon Gate Inn allait remporter un immense succès dans toute l'Asie et devenir un classique absolu dont l'aura irait bien au-delà des amateurs du genre comme le prouve l'hommage plus auteurisant et nostalgique que lui rendrait Tsai Ming-liang dans son Goodbye, Dragon Inn (2003).

Producteur omnipotent (et réalisateur officieux même s'il en laisse le crédit à son homme à tout faire Raymond Lee) Tsui Hark fait une nouvelle fois brillamment se percuter tradition et modernité dans sa relecture. L'histoire est la même sous la Dynastie Ming le sauvetage par le chevalier Chow Wai-on (Tony Leung Ka-fai) des deux enfants d'un ministre assassiné par un infâme chef eunuque (Donnie Yen) et qu'il tente de faire sortir du pays avec l'aide de son amie Mo-yan (Ling Ching Hsia).

Dans leur fuite, ils échouent à l'Auberge du Dragon située dans le désert en bordure de frontière et dirigée par la truculente et avide Jade King (Maggie Cheung). Poursuivants et poursuivis vont cohabiter dans l'auberge et se livrer à une redoutable partie d'échec afin de sortir vainqueur. Tsui Hark reproduit donc avec fidélité la trame, les motifs narratifs et visuels (le prologue introductif similaire ainsi que la pétaradante bande son d'origine et son thème principal inoubliable) mais aussi la métaphore politique de Dragon Gate Inn. Dans l'original le chevalier se posait comme rempart à l'oppression représenté par l'eunuque et symbolisait le point de vue de King Hu face à la Révolution culturelle de la Chine Maoïste avec cette frontière comme ultime espace de liberté figurant Taïwan. La métaphore est la même chez Tsui Hark cinq ans avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997.

Tsui Hark s'approprie le film en laissant s'exprimer ses penchants féministes. Le chevalier incarné par Tony Leung Ka-fai n'est plus le héros mais l'enjeu d'un triangle amoureux entre Ling Ching Hsia et Maggie Cheung, vrais personnages centraux. Chacune incarne une figure différente et complémentaire de la féminité. Ling Ching Hsia retrouve ici son rôle récurrent de femme androgyne tourmentée, tout à la fois sabreuse chevronnée et femme amoureuse. Dissimulant un cœur vibrant d'amour sous ses traits farouches, l'actrice fait preuve d'une retenue qui ne rend que plus poignante la discrète manifestation de ses sentiments tel ce regard intense lors des retrouvailles avec Chow Wai-on ou plus tard lorsqu'elle se pensera trompée elle noiera sa tristesse dans l'alcool et des larmes discrètes. A l'inverse Maggie Cheung est une femme gouailleuse, séductrice et sans scrupules obnubilée par le profit (quitte à transformer les clients trop pressant en menu du jour de l'auberge).

Le spectateur occidental voit surtout en Maggie Cheung l'héroïne papier glacé de In The Mood For Love (2000) ou Irma Vep (1996) mais l'actrice eu un registre bien plus varié à Hong Kong et magnifiquement exploité par Tsui Hark ici (et plus tard dans la merveille absolue Green Snake (1993)). Tout en pose lascive, accent vulgaire et regard aguicheur, l'actrice sait ici distiller le dilemme d'une Jade solitaire, trop souvent abandonnée par les voyageurs de passage et se raccrochant à ses bénéfices comme refuge à sa détresse.

Ses manœuvres pour retenir Chow Wai-on tiendront autant de l'intérêt pécuniaire à le trahir qu'au réel sentiment qu'elle ressent pour lui. Les plus beaux moments du film sont du coup ceux où il s'oublie de son intrigue politique pour capturer avec sensualité la rivalité amoureuse des deux femmes (ce combat virevoltant où elles se dénudent mutuellement et dont les accents saphiques annoncent les atmosphères de Green Snake) où le duel torride entre Tony Leung Ka-fai et Maggie Cheung durant leur fausse nuit de noce.

Parallèlement Tsui Hark retrouve la veine stratégique de King Hu et celle plus serialesque de Chu Yuan pour rendre haletante la partie se jouant entre nos héros et les agents de l'eunuque. Jeu de dupes, tout en regards et dialogues à double sens (chacun sait qui est qui sans vouloir se révéler) alternent ainsi avec des combats virtuose s'exprimant dans les zone les plus secrets de l'auberge, personne ne cédant du terrain. Cette tension palpable éclate enfin dans un extraordinaire final où les héros vont affronter le redoutable eunuque en pleine tempête de sable. Donnie Yen est un formidable méchant, quasiment invincible qui va causer mille souffrances à ses adversaires.

Tsui Hark qui s'était tant retenu jusqu'ici laisse libre cours à sa frénésie avec un combat absolument furieux qui anticipe par son côté saccadé ceux de The Blade (1995). Travelling rageur balayant des kilos de sable et rendant l'action indistincte, caméra virevoltante ayant du mal à accompagner l'action tourbillonnent ici tout en restant dans la tradition de ballet aérien du wu xia pian classique.

L'hystérie en plus et avec comme beau symbole le plus barbare mais au cœur pur contribuant à vaincre le noble à l'âme damnée. Un chef d'œuvre qui égale si ce n'est (allez osons) dépasse l'original, Tsui Hark poursuivant sur sa lancée en tutoyant de nouveau les légendes de Hong Kong avec ses chef d'œuvres que sont Green Snake (1993) et The Lovers (1994). Il a récemment réalisé un second remake du King Hu avec Dragon Gate, la légende des Sabres volants, on doute qu'il égale cette version réalisée en plein boom créatif.


Sorti en dvd zone 2 français chez HK Vidéo dans un coffret consacré à Maggie Cheung et contenant aussi le génial "Green Snake"

lundi 30 mai 2011

Peking Opera Blues - Do ma daan, Tsui Hark (1986)


1913, en pleine révolution démocratique chinoise. Le Général Tsao fait son retour à Pékin accompagné de sa fille Tsao Wan (Brigitte Lin), fraîchement rentrée de ses études à l’étranger. Celle-ci se mêle à un groupe révolutionnaire pour contrer les plans de son père. Au cours de sa mission, elle recevra l’aide inattendue de Sheung Hung (Cherie Chung) et Pat Neil (Sally Yeh), deux femmes elles aussi aux prises avec une hiérarchie masculine...

Lorsqu’il crée sa société de production FilmWorkshop en 1984, l’ambition de Tsui Hark est de présenter des films populaires et ambitieux, à travers lesquels il pourrait exprimer pleinement toutes les sensibilités qui le caractérisent. Jusqu’ici son côté expérimental (Zu les guerriers de la montagne magique) ou vindicatif (L’Enfer des armes) avait à chaque fois pris le dessus, provoquant l’échec commercial sans appel de chacun de ses films. Avec la FilmWorkshop, Tsui Hark souhaite désormais pratiquer un cinéma accessible tout en maintenant sa personnalité. Le premier film du studio Shanghai Blues, sera un beau témoignage de ces nouvelles dispositions. Cette charmante comédie romantique voyait Tsui Hark mêler son amour pour la screwball comedy américaine et sa nostalgie pour le Hong Kong d’antan. Peking Opera Blues, premier grand film de cette nouvelle ère va définitivement lancer la FilmWokshop.

Tsui Hark avait déjà mis en scène des personnages féminins marquants comme la jeune fille rebelle de L’Enfer des Armes et la reine des glaces de Zu, cette dernière étant déjà jouée par l’actrice Ling Ching Hsia, véritable symbole de l’androgynie chez le réalisateur puisqu’elle sera plus tard l’inoubliable Asia l’Invincible, guerrier hermaphrodite de Swordsman 2.
Les rôles précités s’inscrivaient cependant dans des films typiquement masculins alors que Peking Opera Blues voit Tsui Hark laisser enfin éclater ses penchants féministes. Il ne sera par conséquent pas étonnant de voir les principaux thèmes et genres abordés s’incarner à travers les personnalités et le cheminement des trois héroïnes.

Ling Ching Hsia, déchirée entre ses convictions politiques et son amour pour son père (au détour d'une très belle scène entre les deux lorsqu'elle se démasque) trouve là son plus beau rôle. Femme d’action à l’allure – une nouvelle fois - garçonne et androgyne, elle délivre un mélange de force et de fragilité admirable. Tsui Hark lui réservera pour la seule scène où elle se montre vraiment féminine un des instants les plus charmants et légers du film, lorsque les trois héroïnes détendues se prélassent au coin du feu. A travers son personnage, Tsui Hark aborde certains sujets politiques qui seront au centre des thématiques des premiers volets de la saga Il était une fois en Chine. L’arrivée des occidentaux en Chine, les bienfaits (l’émancipation et l’éducation des jeunes Chinoises parties étudier en Europe) et les dérives (l'arrivée de la corruption, la disparition des valeurs de la Chine ancestrale) qui en découlent sont en effet une des préoccupations principales du réalisateur, moderniste et conservateur à la fois.

Le personnage de Sally Yeh (déjà présente dans le précédent Shanghai Blues et renforçant l’aspect diptyque des deux œuvres) symbolise ouvertement le féminisme du réalisateur. Celle-ci est frustrée dans ses ambitions d’actrice, les femmes étant encore interdites de scène à cette époque. Bien que tourné en dérision et plutôt attachant, son directeur de troupe de père représente pourtant toute cette Chine arriérée que Tsui Hark fustige par ses positions progressistes.

La troisième héroïne Cherie Lung compose quant à elle une sorte de petite sœur à protéger, très attachante, coquine et vénale à la fois. Dans un registre plus comique que les deux autres, ses multiples gaffes et actes intéressés font le lien entre les différents fils narratifs introduisant ses deux partenaires. Ses trois archétypes féminins installés, Tsui Hark va pouvoir laisser éclater un plaisir de raconter parmi les plus jubilatoires de sa filmographie.

Après le très beau Shanghai Blues où il prenait ses marques sur une orientation plus grand public, Tsui Hark montre enfin dans Peking Opera Blues tous les éléments qui feront la domination de la FilmWokshop sur le cinéma de Hong Kong pour les dix ans à venir. La reconstitution historique tout d’abord, qui fera plus tard les délices des meilleurs films du studio, est ici de toute beauté. La fascination et la nostalgie de Tsui Hark pour un certain type de cinéma à l'ancienne s’expriment pleinement ici. Photo diaphane aux teintes bleutées, décors studio somptueux (la magnifique séquence sous la neige entre les trois héroïnes) et ambiance rétro, tout est fait pour caresser l’œil du spectateur par une esthétique chatoyante. Toute la "dream team" des bijous à venir de la FilmWorkshop est d’ailleurs ici réunie pour la première fois : James Wong à la musique, Ching Siu Tung qu’on ne présente plus à la chorégraphie, David Wu au montage et Poon Hang-Sang (à l’œuvre dans Histoire de Fantômes chinois entre autre…) à la photo.

Le tout se joue dans une intrigue trépidante et galvanisante où Tsui Hark convoque tous les genres. Typique de l’aspect "fourre-tout" du cinéma hongkongais, se croisent donc film historique, d’espionnage et grosse comédie dans le plus pur style serial, où rebondissements et coups de théâtres s’enchaînent sans répit. Le rythme haletant se fait encore tolérable en comparaison d’autres films plus frénétiques du réalisateur (tendance typique de la FilmWorkshop), en réalisant une de ses œuvres les plus accessibles.

Le cadre du monde du spectacle s’avère particulièrement pertinent sur le fond comme dans la forme. Le personnage de Ling Ching Hsia joue difficilement son rôle d’agent double, fille aimante mais forcée de trahir son père dont elle ne partage pas les opinions politiques. Ce dernier ne lui en tiendra d’ailleurs pas rigueur lorsqu’il le découvrira, faisant passer avant tout sa fibre paternelle dans une scène d’adieu déchirante. Sally Yeh au contraire n’arrive pas à jouer son rôle de jeune fille chinoise modèle et introvertie, pour s’acharner à être elle-même par tous les moyens, une artiste de talent. Cherie Lung navigue elle de l’une à l’autre, cherchant sa personnalité, son « rôle » à tenir : amie sincère ou petite fouine vénale courant après son butin.

Il est donc normal que deux des meilleurs moments du film se jouent sur une scène. Une scène comique tout d’abord, dans laquelle Sally Yeh profite de la confusion pour enfiler le costume et enfin s’exprimer sur les planches, suscitant l’admiration de tous, avant qu’une Cherie Lung moins douée donne un tour plus ouvertement comique à cet instant. Vient ensuite la conclusion splendide où Tsui Hark livre sa réinterprétation de To be or not to be. Pourchassé par la police militaire, tous nos héros se réfugient dans le théâtre. Les hommes en uniformes assistent au spectacle tout en inspectant les lieux, tandis que les héros, déguisés et sur scène, s'éclipsent tour à tour des lieux au nez et la barbe de leurs ennemis. Cette ultime représentation se conclura par un moment épique : une course poursuite haletante sur les toits, anthologique scène d’action dont Tsui Hark a le secret.

Parfait condensé du cerveau en ébullition de Tsui Hark, Peking Opera Blues sera un immense succès au box office de Hong Kong, mettant pour de bon sur les rails la FilmWorkshop, mais ceci est une autre histoire… De fantômes chinois...

Toujours inédit en dvd zone 2 français, se pencher donc sur la très belle édition hongkongaise parue chez Fortune Star et dotée de sous titres anglais.

mercredi 29 décembre 2010

Jiang Hu : The Bride with white hair - Bai fa mo nu zhuan, Ronny Yu (1993)


Yi-hang, un jeune guerrier au service de la secte du Wou-tang, qui oeuvre pour la chasse aux hérétiques, rencontre la Louve, une sorcière au service de Tsi, l'ennemi juré de Wou-tang. Tous deux tombent amoureux, ce qui va entraîner des conséquences désastreuses dans leurs camps respectifs...

Cette relecture de Romeo et Juliette constitue probablement un des plus beaux films produits à Hong Kong dans les années 90 et qui doit sa grande réussite aux grands talents de ses instigateurs mais aussi une suite de hasards et contrainte qui en firent un objet unique en son genre. Le film s'inscrit dans la vague du renouveau du wu xia pian (film de sabre chinois) qui tombé en désuétude dans les 80's au profit du polar retrouvait les faveurs du public après le succès du chaotique mais grandiose Swordsman II produit (et en partie réalisé) par Tsui Hark. Le genre pullule donc sur les écrans et lorsque Ronny Yu novice en la matière (tout ces précédents films se déroule dans un cadre contemporain) décide de s'y frotter le maître mot est de contourner tout les clichés s'y rapprochant.

Ce qui aura motivé le réalisateur à se lancer c'est la magnifique histoire de ce Bride with the white hair issue d'un roman de Liang Yusheng et dont il pense donner une illustration marquante après les deux adaptations ayant déjà été réalisé. Solide metteur en scène mais sans génie jusqu'ici (ni même après) Ronny Yu déploie là une magnificence visuelle alors totalement à contre courant d'un cinéma hongkongais dont le côté bricolé constitue un des grands charmes. Les costumes sont donc dessinés par Emi Wada (célèbre pour son travail chez Kurosawa notamment le magnifique Ran), la photo Peter Pau (futur oscarisé pour Tigre et Dragons) et le couple vedette sera incarné par les deux acteurs les plus glamour de Hong Kong à savoir Leslie Cheung et Ling Ching Hsia.

Dès la magnifique introduction sur les personnages enfants, leur lien indéfectible mais aussi le poids de leur entourage se dessine. Yi-hang (Leslie Cheung) est un jeune orphelin est durement entraîné au arts martiaux dans le but de devenir le futur maître de la secte Wu Tang. Cependant sa nature légère et espiègle le place bien loin de ses préoccupations et s'est après s'être perdu en forêt pour échapper à son labeur qu'il est sauvé des loups une fillette toute de blanc vêtue qu'il n'oubliera jamais. Quelques années plus tard il découvrira qu'elle s'avère être La Louve, exécutrice sanguinaire des Tsi ennemis juré de son camp.

Le film dessine un pur univers de fantasy et de légendes où chacun des deux mondes qui s'oppose s'avère aussi néfaste l'un que l'autre. Les Wu Tang sont rongé par les intrigues de palais pour le pouvoir, et déploie une violence et une haine sans discernement pour le moindre ennemi. Yu y fustige là un certain rigorisme clanique voir religieux qui ne laisse pas la place au doute et à la nuance, ce que ne peut supporter le personnage rebelle de Leslie Cheung. Les éclairages se font alors sobre, l'ambiance solonelle et feutrée, tout le contraire de l'ennemi Tsi. Là on on donne dans la luxure et la dépravation, les éclairages se font rougeoyant et baroques dans un décor extravagants d'outrance. Tout cet excès est symbolisé par les grands méchant du films, des frères et soeurs siamois décadents et schizophrènes.

L'histoire rapproche donc deux figures destinés à être le bras armés de leur camps mais qui n'en ont cure une fois retrouvé. Leslie Cheung (une nouvelle fois magnifique de charisme) n'est guère intéressé par le pouvoir et La Louve découvre un bonheur insoupçonnée dans les bras de cet homme qui l'aime pour elle et pas l'usage qu'il pourrait en faire. Le plus beau symbole de ces sentiments est la scène où il lui donne un nom alors qu'elle n'était jusque identifié que sous son aura guerrière. Chose rare dans un film tout public hongkongais, le film ose des scènes d'amours aux élans lascif et passionné (il faudra le Green Snake de Tsui Hark pour retrouver pareil fougue) longuement filmé par la caméra amoureuse de Ronny Yu.

Comme déjà dit les contraintes de tournages apportèrent des atouts inespérés au film. La production est contrainte de construire un studio pour satisfaire les exigences de Yu mais le tournage en pleine canicule de juillet oblige à tourner essentiellement de nuit pour ne pas épuiser les acteurs en lourd costume d'époque. Du coup les séquences de jour acquièrent une aura étrange et irréelle tandis les moments nocturne déploie alors une majesté féérique d'autant plus saisissante.

Les séquences de combat donne également dans le jamais vu puisque Yu soucieux d'uniquement utiliser ses acteurs durant les affrontements compense leur carences martiales en jouant avec les vitesse de filmages ralenties sur le tournages puis accéléré en post production (le montage de David Wu est prodigieux) pour un résultat bluffant de poésie et d'inventivité (il faut imaginer les jeux sur la vitesse de l'image d'un Wong Kar Wai mais dans le cadre du cinéma d'art martiaux) ou le décor souple permet les mouvements de caméra les plus fous. L'affrontement extraordinaire avec les siamois en conclusion est ainsi sacrément virtuose.

Les séquences d'anthologies pullulent notamment dans la dernière partie. Le sacrifice de Ling Ching Hsia (qui malgré la facette guerrière délaisse son aspect androgyne pour un de ses plus beaux personnages tragique) qui traverse de terrible épreuves pour échapper à son camp s'oppose donc à la terrible lâcheté momentanée de Leslie Cheung qui va provoquer le drame. La Louve ayant tout abandonnée pour l'homme qu'elle aime ainsi trahi manifeste sa détresse par cette chevelure brusquement blanchie par la douleur. Y-hang ainsi damné pour avoir douté de sa belle devra surmonter la solitude de toute une vie et courir après une légende hypothétique pour espérer la voir revenir. Tragique et flamboyante conclusion pour ce grand film qui distille une incroyable gamme d'émotions et de personnages complexe en 1h25 à peine.

Le film fut un immense succès à Hong Kong et le premier wu xia pian à obtenir une authentique renommée internationale (les histoires d'amours sont toujours universelles). C'est également un traumatisme esthétique qui se ressent encore aujourd'hui dans les avatars récents du genre comme le Hero de Zhang Yimou qui (sans parler du fond navrant) néanmoins lorgne plus vers la pub pour du parfum que la splendeur de Ronny Yu. Le film connaîtra une suite la même année mais bien moins intéressante car trop simpliste sans les nuances du roman.

Sorti en dvd zone 2 chez Studio Canal et doté d'une passionnante interview de Ronny Yu sur la confection du film.

mardi 25 mai 2010

Chungking Express - Chong qing sen lin, Wong Kar Wai (1994)


L'histoire de deux flics lâchés par leur petite amie. Le matricule 223, qui se promet de tomber amoureux de la première femme qui entrera dans un bar à Chungking House, où il noie son chagrin. Le matricule 633, qui chaque soir passe au Midnight Express, un fast-food du quartier de Lan Kwai Fong, acheter à la jolie Faye une salade du chef qu'il destine à sa belle, une hôtesse de l'air.


Le romantisme et la nostalgie sont les deux sentiments qui guident les plus beaux films de Wong Kar Wai. Le réalisateur n’illustre la romance que sous l’angle de la mélancolie qu’il se plaît à figer dans un passé fantasmé et fétichisé (les 60’s de Nos années sauvages (1990) et In the Mood for love (2000)), des genres revisités (le film de sabre des Cendres du temps (1994), celui de kung-fu dans The Grandmaster (2013)) ou même son propre imaginaire avec le fascinant 2046 (2004).  Lorsqu’il daigne filmer l’amour dans son immédiateté, cela donnera le fiévreux Happy Together (1997) finalement parsemé de ruptures et de retrouvailles. Le sentiment amoureux ne s’incarne le plus souvent que dans le regret de ce qui fut ou de ce qui aurait pu être pour Wong Kar Wai. Cette idée va s’incarner de façon positive dans son film le plus conceptuel, lumineux et attachant de sa filmographie. Avec Chungking Express, cette nostalgie de l’amour disparu se guérira par l’exaltation de celui naissant et espéré.


Engoncé dans la lourde logistique de son film de son film de sabre Les Cendres du temps, Wong Kar Wai doit faire face à une énième interruption de tournage. Chungking Express fait donc figure de récréation avec un tournage modeste dont le seul but est de lui redonner le plaisir de filmer. Comme souvent il s’attache à un lieu avec le quartier de Lan Kwai Fong à Hong Kong, théâtre d’une variation sur le même thème avec deux récits jumeaux : un policier en proie au chagrin d’amour retrouve la flamme par une nouvelle rencontre. Ce sera d’abord l’ombre avec le couple improbable constitué de Takeshi Kaneshiro et Ling Ching Hsia. L’esthétique donne dans des fulgurances stylisées capturant un Hong Kong grouillant et cosmopolite en suivant les activités louches de Ling Ching Hsia. Les effets de dilatations et d’accélérations, la caméra à l’épaule et la photo naturaliste de Christopher Doyle magnifie l’urbanité nocturne où qu’arpente Ling Ching Hsia. Elle s’oppose au réalisme ambiant par cette présence mystérieuse et iconique dont les atours (perruque blonde, lunettes noires et gros imper) masquent autant la vraie apparence que les sentiments. A l’inverse c’est le spleen introspectif qui domine avec un inconsolable Takeshi Kaneshiro. Les traits juvéniles, la voix-off naïve et les idées ludiques (le défis des trente boites d’ananas périmées, sa manière singulière de tomber amoureux de Ling Ching-hsia) pour montrer sa détresse l’entoure d’une facette poétique très attachante. Lorsqu’ils se rencontrent enfin, Wong Kar Wai joue à la fois du côté papier glacé de Ling Ching Hsia que de la candeur de Kaneshiro, les non-dits et la musique jazzy amenant l’intimité et la promiscuité. Lasse de courir, elle peut enfin s’abandonner sur son épaule. Las de se morfondre il trouve un nouvel objet d’affection. L’unité de temps rend cette brève rencontre la rend d’autant plus fugitive mais le jour levé tout a changé. En exposant furtivement ses failles, elle peut s’évaporer débarrassée de ses artifices et lui est revigoré et prêt à reprendre le cours de sa vie.

La seconde histoire donne dans un charme plus immédiat. Cette fois, c’est Tony Leung Chiu Wai, fraîchement largué, qui va voir débouler l’ouragan Faye Wong dans sa vie. Quand  le premier récit jouait de l’immédiateté et du hasard pour la convergence d’une rencontre inattendue, c’est la répétitivité des situations, de la bande-son (California Dreamin’ des Mamas and Papas en boucle) et des habitudes qui éveillent le sentiment amoureux. Des idées narratives brillantes (le changement de menu progressif de Tony Leung laissant deviner son célibat) accompagne une mise en scène s’amusant une nouvelle fois de la candide et du meurtri. Wong Kar Wai introduit Faye Wong de façon presque anonyme avant de la figer en un plan fixe, une façon d’isoler le personnage tout en exprimant sa timidité.

 
Elle observe et s’intéresse à distance au mal-être de son client, s’effaçant sous son côté enjoué ou carrément à l’image. Le réalisateur multiplie les plans en amorce à travers une vitre, du fond du bar ou en faisant le ménage elle trépigne secrètement d’amour. Cette grande sœur d’Amélie Poulain ne peut se déclarer que secrètement, en changeant la vie de son aimé par l’intrusion dans son quotidien. Porté par une actrice solaire, Wong Kar Wai nous plonge dans une charmante béatitude lorsque Faye Wong s’immisce en douce chez Tony Leung pour arranger son appartement à son insu. L’attente envoute autant que l’espérance de la rencontre et déclaration, mais sous un jour bien plus chaleureux que la retenue douloureuse de In the Mood for Love.

Impossible pour le spectateur de ne pas tomber amoureux de Faye Wong éblouissante de fraîcheur et de spontanéité – sa réaction lorsque Tony Leung lui rapportera son cd, preuve qu’elle est démasquée. On espère et craint avec elle d’être remarqué, on s’amuse de son influence secrète et la jubilation baigne même la bande-son qui laisse voir ses talents de chanteuse (sa profession initiale) le temps d’une belle reprise cantonaise du Dreams des Cranberries. Le film transpire la fougue juvénile et trouve même cette patte nostalgique si particulière à Wong Kar Wai par ses éléments ancrés dans les 90’s (les pagers, les boîtes vocales à consulter…) tout en saisissant avec une acuité idéale le Hong Kong de l’époque (et son architecture improbable de Hong Kong comme personne avec la fenêtre de Tony Leung donnant sur un escalator).


Une fois de plus la romance reste chaste et platonique (hormis les flashbacks avec l’hôtesse de l’air), la première histoire jouant sur le souvenir et la seconde sur l’attente. Quoi de plus douloureux qu’une passion perdue, quoi de plus enivrant qu’un amour espéré ? Chungking Express est le grand film des rêveurs romantiques plutôt que celui des amoureux, à l’image de son réalisateur.


Trouvable facilement en dvd zone 2 et ressortie récemment en Blue ray

Un des plus beaux moments du film



Autre joli moment Faye Wong démasquée !



*Les reprises de tubes pop anglo saxon en cantonais sont fréquents chez Wong Kar Wai, dès As Tears Go By on avait droit à une savoureuse version du Take My breath away, ou encore Karma Koma dans Les Anges Déchus.