Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 23 août 2016

La Fille dans la vitrine - La Ragazza in vetrina, Luciano Emmer (1961)

Vincenzo, travailleur d'origine italienne, est employé dans une mine de charbon en Belgique. Après avoir survécu à un grave accident, il veut retourner dans son pays. Il fait un détour à Amsterdam en compagnie de son ami Federico. Là, il rencontre une prostituée d'une très grande beauté, Else, dont il tombe éperdument amoureux. Ses perspectives sont alors entièrement bouleversées...

La Fille dans la vitrine est une œuvre qui signe malheureusement le glas de la carrière de Luciano Emmer dans la fiction. Le sujet du film provoque les foudres du parti de la Démocratie chrétienne qui via la censure en imposera de larges coupes avant de lui accorder une sortie réservée aux adultes pour un évident échec commercial. Dégouté Luciano Emmer retournera donc à ses premières amours documentaires durant les 30 années suivantes (notamment pour la RAI) et ne reviendra à la fiction qu'en 2001 avec Une longue, longue, longue nuit d'amour. Rien de scabreux pourtant dans ce beau film où Luciano Emmer revisite avec brio le sujet de son film le plus connu, Dimanche d'août (1950). Dans ce dernier il évoquait à travers un récit choral les hauts et les bas d'un groupe de personnages durant le congé dominical et y observait donc une Italie à la croisée des chemins de la crise d'après-guerre et du boom économique à venir.

 Dix ans plus tard Luciano Emmer s'intéresse ainsi aux travailleurs émigrants italiens avec ces mineurs quittant le pays pour travailler en Belgique. On retrouve l'habile mélange du réalisateur en fiction et documentaire où il capture dans un même mouvement la camaraderie de ce groupe de travailleur mais aussi l'âpreté du travail à la mine. Après avoir introduit le jeune Vincenzo (Bernard Fresson) et ses compagnons, Emmer les fait disparaître en tant qu'individu. La descente à la mine symbolise un oubli du monde (ce zoom arrière voyant la lumière du jour s'éloigner brutalement) et de soi, réduisant chacun à un travailleur anonyme et interchangeable par son visage noir de suie, par son corps disparaissant dans les tunnels exigus, sombres et rocailleux. Ayant frôlé la mort et longuement agonisé après un éboulement, Vincenzo se laisse entraîner par Federico (Lino Ventura) un autre survivant, à un weekend de plaisir à Amsterdam.

Les péripéties des protagonistes de Dimanche d'août étaient à la mesure de leur quotidien de travailleur, entre langueur à la plage ou solitude urbaine. L'oubli recherché par Vincenzo et Federico est donc aussi radical que la dureté de leur tâche en semaine, un weekend avec les prostituées posant en vitrine dans les rues d'Amsterdam. L'habitué Federico sert de guide à son compagnon et au spectateur quant aux codes de ce monde tandis que la caméra d'Emmer arpente crûment l'activité de ces rues des plaisirs et l'aguichage des belles d'âges, physiques et talents variés. Le récit prend son temps, nous faisant explorer les différents bars du quartier où grouille cette diaspora italienne travailleuse venue se relaxer et où le se sexe (même celui non désiré hilarante scène ou Lino Ventura se trouve à son insu dans un bar gay) semble partout pouvoir se monnayer selon les finances et la capacité à communiquer.

La réserve de Vincenzo est tout autant un obstacle que l'attitude balourde de Federico, mais si le second retrouve sa compagne habituelle Corrie (Magali Noël) le premier n'arrive pas à oublier la belle et mystérieuse Else (Marina Vlady) aperçu en voiture. Trouvant le courage de la solliciter il va passer la nuit puis le weekend avec elle. Bernard Fresson loin de certains rôles rustres qui le feront connaître par la suite est surprenant en jeune homme emprunté et amoureux. L'alchimie fonction à merveille avec une troublante Marina Vlady. Elle est d'abord vue comme une vamp distante et avide exprimant le détachement qu'exige ce métier de prostituée, Emmer capturant subtilement son trouble naissant face à l'innocence et au regard timide de ce garçon cherchant le courage de l'aborder et étonnement tendre au moment de "consommer".

Le drame du film va naître de l'incapacité des hommes à reconnaître dans leur compagne des esclaves tout comme eux recherchant l'oubli dans leur bras. Magali Noël laisse ainsi peu à peu se fissurer son cynisme de façade, jalouse et colérique quand Federico sollicite d'autres femmes au détour du weekend. Lui ne semble voir en elle qu'un repos du guerrier après sa semaine à la mine. La douceur des regards et attitudes d’Else trahissent également d'autres sentiments auquel Vincenzo ne semble pouvoir répondre que par l'expression de son pressant désir physique. Luciano Emmer magnifie Marina Vlady lors de leurs retrouvailles sur les dunes surplombant la plage (également lors de la superbe scène de ballade en barque), délestant sa féminité de tous artifices séducteurs pour simplement capturer une beauté libre et désormais dénué de tout esprit de calcul.

Le machisme italien ordinaire semble pourtant incapable d'entrevoir cette vérité, une situation ou un dialogue maladroit venant toujours rappeler aux femmes leur nature d'objet de consommation éphémère le temps de ce weekend - Vincenzo riant lorsque Else lui demande son avis sur le mariage. Tout le film navigue dans cet entre-deux incertain, mais lorsque les personnages sont à court de mots et se montre les plus empruntés (ce baiser furtif et maladroit de Else à la gare) on ressent comme cette relation pourrait être plus sincère. La belle fin ouverte laisse à l'interprétation la suite possible avec le retour inattendu aux mines. Les retrouvailles en fin de semaine augurent elles une romance (le choix de reprendre à la mine de Vincenzo) ou une débauche ordinaire comme le suggère un dernier dialogue trivial ? Luciano Emmer laisse la réponse à la libre interprétation du cynisme et du côté fleur bleue du spectateur.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Video

vendredi 30 octobre 2015

Dernier domicile connu - José Giovanni (1970)


Marceau Léonetti, policier compétent et énergique, décoré de la Légion d'honneur pour acte de bravoure, arrête par hasard le fils d'un avocat influent qui conduit en état d'ivresse, mais ce dernier promet de se venger. Quelques mois plus tard, l'avocat retourne complètement les faits en décrivant Léonetti comme violent et incompétent. Afin d'étouffer l'affaire, Marceau est muté dans un petit commissariat de quartier. Il y rencontre Jeanne, nouvelle auxiliaire de police, avec qui il fait équipe pour enquêter sur des petits délits dans les cinémas. Entretemps, la hiérarchie de la police a un problème difficile : retrouver pour un procès qui doit débuter dans 10 jours un témoin important disparu depuis plusieurs années. En désespoir de cause, ils soumettent le travail à Marceau en lui faisant croire qu'il s'agit d'un travail de routine peu important. Ce dernier commence alors avec Jeanne une enquête pratiquement désespérée. La seule piste : le dernier domicile connu du témoin...

Belle adaptation par José Giovanni d'une série noire de Joseph Harrington. L'histoire dépeint l'association improbable entre vieux flic endurci mis sur la touche suite à une injustice et une jeune fliquette jouée par une Marlène Jobert débutante. Tout deux sont chargé de manière officieuse de retrouver quelques jours avant un procès un témoin capital insaisissable depuis 5 ans. Le film réussit avec brio exactement là où le 3e Inspecteur Harry échouait lamentablement dans son association entre une bleue et un dur à cuire. Marlène Jobert paraît un peu trop naïve et empotée au début, mais finalement sa sensibilité à fleur de peau permettra de résoudre quelques situations difficile (de manière comique de par son physique attrayant où plus subtile par son tact féminin).

L'autre gros point fort directement issu du roman de Harrington est la description fastidieuse du boulot de flic. Le début amuse lorsque le duo traque les pervers dans les cinémas de la capitale, mais le tout devient captivant avec le souci quasi documentaire de montrer le travail de longue haleine que constitue la recherche d'un individu. Longues marches forcées dans tout Paris, même questions répétée jusqu'à plus soif à des quidam peu avenant et méfiant envers la police, consultation de registres imposants tout y est... Même si les héros vont retrouver leur homme en un temps record, la procédure pour y parvenir aura été détaillée comme rarement au cinéma.

L'attachement insidieux qui se crée avec le témoin traqué est également très bien vu à travers le regard tendre que posent sur eux les personnes interrogée. L'empathie des enquêteurs pour cet homme et sa petite fille devient également celle du spectateur, si bien que quand ils apparaissent finalement on ne leur veut que du bien. Belle galerie de seconds rôle notamment un Michel Constantin redoutable en homme de main adepte du coup de poing américain qui s'offre un beau mano à mano en pleine rue avec Ventura (impeccable comme toujours) offrant le seul vrai moment d'action du film qui réussit néanmoins à être passionnant de bout en bout.

Sur le fond, on est loin du Pacha de Lautner, autre grand polar policier sorti à cette époque où le flic était tout puissant. Le ton se fait réaliste et austère avec des personnages qui tâtonnent et doute, mais surtout la police est sacrément égratignée, entre Ventura sacrifié au début pour satisfaire les exigences d'un avocat au bras long et surtout une conclusion amère où l'affaire est résolue mais au pris d'une terrible perte. Le score de François Roubaix est hypnotique à souhait et accentue l'ambiance toute particulière de l'oeuvre.

Dvd zone 2 chez Studio Canal


Bande annonce

mardi 22 novembre 2011

Ne nous fâchons pas - Georges Lautner (1965)

Antoine Beretto est un malfrat qui a élu domicile sur la Côte d'Azur après s'être retiré des affaires. Deux amis viennent lui rendre visite et les ennuis commencent...

Ne nous fâchons pas venait conclure la trilogie comico policière de Lautner (Les Tontons Flingueurs, Les Barbouzes) et marquait la fin d'un cycle, Lino Ventura ayant décidé, après les excès de ce film, de revenir à des univers plus sérieux. Lautner reviendra bien à la comédie policière déjantée avec Laisse aller c’est une valse, mais celui ci sera plus imprégné de la forte personnalité « franchouillarde » de Jean Yanne et ne distillera pas le sentiment d’aboutissement de Ne nous fâchons pas.

Les situations entrevues dans Les Barbouzes et Les Tontons sont ici poussées dans leurs derniers retranchements grotesques. Une nouvelle fois, l’ouverture semble s’inscrire dans le policier classique, où un Lino Ventura voulant se faire rembourser une dette par Jean Lefebvre se retrouve confronté à un redoutable gangster anglais. Après cette mise en place parfaite, le film part totalement en roue libre avec un Lautner multipliant les situations les plus absurdes et les gags surréalistes. Le final vengeur, où la bande de Ventura multiplie les attentats farfelus contre l'Anglais, est assez inoubliable, les dialogues d’Audiard s'intégrant toujours aussi bien. Difficile en effet de garder son sérieux lors d’une séquence en voiture où Constantin, proposant de prendre le volant à Ventura qui vient de pulvériser un décor et multiplier les tonneaux , voit ce dernier lui répondre « Je peux pas quand je conduis pas j'ai peur ».

La vague notion de réalisme et d’inscription dans un genre est ici totalement annihilée par un sentiment de liberté et de folie tous azimuts. Le film échappe finalement à sa nationalité pour lorgner vers les comédies et parodies psyché anglo- saxonnes qui inondaient les écrans, comme la série des Matt Helm, Notre Homme Flint, Modesty Blaise ou encore la première version de Casino Royale. Les ennemis anglais permettent d’ailleurs à Lautner d'aborder cet humour typique et d’orienter le film vers une pure ambiance « Swinging London », les hommes de main du méchant arborant de parfaits look de mods et roulant en mobylette sur une bande son rock psyché des plus réussie. À l’apogée du mouvement, autant musical que vestimentaire, Lautner prouve qu'en France aussi, on pouvait réaliser de grandes œuvres pop. Cette influence moderne se manifestera de nouveau dans Le Pacha , avec la bande son de Gainsbourg et un Jean Gabin s’aventurant dans des boites de nuit hippies.

Le casting parvient néanmoins à s’imposer malgré la furie de l’ensemble, Ventura, en gros sanguin faisant des efforts pour se contrôler (le titre y fait d'ailleurs référence) est parfait, tout comme le génial Michel Constantin (que l’on retrouvera à de nombreuses reprises chez Lautner) et Mireille Darc, bien aidés par un Audiard livrant quelques-unes de ses plus belles saillies :

« Dans ces poids-là, j'peux vous l'embaumer façon Cléopatre, le chef-d’oeuvre égyptien, inaltérable!
- Mais on vous demande pas de conserver, on vous demande de détruire!
- Ahh! Euuuh... j'vous proposerais bien le puzzle "le congolais" : 32 morceaux plus la tête. Ou alors le cubilot de Vulcain : 10 tonnes de fonte, quinze-cents degrés, et vot' petit jeune homme se retrouve en plaque d'égout ou en grille de square.
- Non, NON! Ni en poignée de porte, ni en lampadaire, c'que j'veux c'est plus le voir, là!
- Mon ami tient un commerce
. »

Pas aussi maîtrisé que Les Tontons Flingueurs, moins cohérent que Les Barbouzes, Ne nous fâchons pas est pourtant le plus fascinant des trois films, installant la France dans l’esprit d’une époque, tout en gardant son identité propre. Peu s’y sont risqués depuis, dans le cinéma hexagonal, et aucun avec le génie de Lautner.

Sorti en dvd chez Gaumont


mardi 8 novembre 2011

Les Barbouzes - Georges Lautner 1964)

Le film commence par la mort d'un marchand d'armes, Benar Shah, et son enterrement qui réunit, autour de sa veuve Amaranthe, un quatuor de barbouzes. Il y a son faux cousin français Francis Lagneau, son faux psychanalyste allemand Hans Müller, son faux frère de lait soviétique Boris Vassilieff et son faux confesseur suisse Eusebio Cafarelli. Tous sont là pour récupérer les secrets et l'héritage de l'industriel (des brevets sur des armes atomiques), mandatés par leurs gouvernements respectifs. Il faut aussi compter avec les dollars de l'Américain O'Brien et la présence de nombreux Chinois dans les passages secrets du château. Le Français dispose d’une autre arme pour arriver à ses fins : la séduction.

Un an après Les Tontons Flingueurs, la même équipe remettait le couvert, et c'est cette fois le film d'espionnage qui passe à la moulinette farceuse de Lautner. Si Les Tontons Flingueurs gardait une patine un peu plus classique en respectant sa trame de film policier malgré le délire ambiant, il en va tout autrement ici avec un scénario en roue libre et non dénué de baisse de régime. Cela est largement rattrapé par le foisonnement d'idées, de rebondissements et de ruptures de tons tous azimuts. La scène d'ouverture, avec son escalade de coups fourrés entre agents dans le train annonce l'esprit : tout est possible.

La voix off farceuse, le texte faussement sérieux vantant les mérites du métier de barbouzes et la présentation loufoque des différents agents secrets, c'est quasiment la Rubrique à brac de Gotlib mise en image, et on se dit que le OSS 117 de Jean Dujardin doit bien plus au film de Lautner qu'aux romans ou films sortis à la même époque (Ventura arrogant et goguenard, le patriotisme second degré assumé, la photo du Général De Gaulle).

Se reposant beaucoup moins sur les dialogues d'Audiard, Lautner fait preuve de bien plus de maîtrise que sur Les Tontons et l'humour essentiellement visuel fait mouche à chaque fois : les pièges que se tendent les espions sont à mourir de rire (la chasse d'eau piégée de Lino Ventura), les moments totalement décalés hilarant (Mireille Darc qui se maquille comme si de rien n'était, en pleine baston dantesque) et l'invasion du château par les chinois (déjà une grande peur à l'époque) grandiose.

Hormis Gotlib déjà cité, l’influence de la bd franco-belge est manifeste, et l’hystérie qui traverse l’ensemble évoque les planches les plus azimutées de Franquin, notamment l’album de Spirou et Fantasio QRN sur Bretzelburg, à l’intrigue d’espionnage tout aussi rocambolesque. Lautner, très en phase avec son époque au vu des éléments qu’il intègre dans ces films (ce que Ne nous fâchons pas confirmera), a très certainement plus que jeté un œil à ces œuvres, tant le parallèle semble évident.

On retrouve aussi, en plus amplifié et maîtrisé, plusieurs des aspects développés dans Les Tontons Flingueurs, ce grain de folie « bd » en plus, avec les cadrages alambiqués, les contre-plongées surprenantes très bd dans l'esprit, les purs moments expressionnistes et outrés à la Orson Welles...

Une nouvelle fois, le casting est exceptionnel en tout point. Lino Ventura (seul à être un tantinet sérieux et stoïque) est parfait en espion dur à cuire et touchant en séducteur maladroit, mais c’est surtout Francis Blanche, espion russe en roue libre, qui fait des étincelles aux côtés de Bernard Blier, diablement roublard en faux prêtre. Plongée au milieu du chaos, Mireille Darc montre des capacités de timing comique phénoménales, qui ne feront que s'améliorer dans ses films suivants.

Sorti en dvd chez Gaumont

Bande-annonce génialissime

mercredi 26 octobre 2011

Les Tontons Flingueurs - Georges Lautner (1963)


Fernand Naudin (Lino Ventura), un ex-truand reconverti dans le négoce de machines agricoles, à Montauban. Sa petite vie tranquille va basculer lorsque son ami d'enfance, Louis dit le Mexicain, un gangster notoire, de retour à Paris, l'appelle à son chevet...

Celui-ci, mourant, confie à Fernand, avant de s'éteindre, la gestion de ses « affaires » ainsi que l'éducation de sa petite Patricia (Sabine Sinjen), au mécontentement de ses troupes et sous la neutralité bienveillante de maître Folace (Francis Blanche) son notaire, qui ne s'émeut pas trop de la querelle de succession à venir.

Fernand Naudin doit affronter les frères Volfoni – Raoul (Bernard Blier) et Paul (Jean Lefebvre) – qui ont des visées sur les affaires du Mexicain : un tripot clandestin, une distillerie tout aussi clandestine, une maison close, etc. D'autres "vilains" vont se révéler être très intéressés par la succession dont Théo et son ami Tomate.


Grand classique tardif de la comédie policière à coup de rediffusions télé massive, Les Tontons Flingueurs ne fit guère sensation auprès du public et de la critique lors de sa sortie, au point que Lautner entama dans la foulée son film suivant, Des Pissenlits par la racine, presque pour s’excuser. Adapté du roman de Albert Simonin (auteur de Touchez pas aux grisbi et Le cave se rebiffe, portés à l’écran par Sautet et Gilles Grangier et qui formaient sur papier une trilogie avec Les Tontons) l’intrigue classique du genre est progressivement dynamitée par Lautner, qui applique ici pour la première fois la formule de plusieurs de ses films à venir.

Situations décalées (le vieux gentleman qui vient voir Ventura durant la fusillade finale), personnages plus loufoques les uns que les autres (mention spéciale à Claude Rich en fiancé précieux et surtout Robert Dalban en majordome pseudo anglais et ancien cambrioleur) pour un grand numéro comique.

Ça démarre donc sobrement, avec ce récit de rivalité et de succession chez les gangsters, pour peu à peu joyeusement se dérider, au point d'en oublier l'argument policier en plein milieu de film avec une séquence de beuverie mémorable où les bandes de Ventura et Blier se rabibochent. Contrairement aux apparences, le script (bien éloigné du livre, bien qu’adapté par Simonin lui-même) fut suivi rigoureusement et cette scène cultissime tournée le plus sérieusement du monde.

La réalisation de Lautner est pleine d'invention, parvenant à bien mettre en valeur les acteurs lorsqu'ils lancent les dialogues géniaux de Michel Audiard (avec des gros plans savamment distillés cachant la pauvreté ou l'absence de décor) et traduisant par l'image le côté décalé de l'ensemble avec pas mal de plans et de cadrages expressionnistes alambiqués, évoquant le cinéma d'Orson Welles. Casting grandiose, avec un Lino Ventura bien moins monolithique qu’ailleurs et qui se lâche comme rarement (la danse dans la maison pour éviter les balles), Bernard Blier en grande gueule trouillarde et son frère incarné par Jean Lefebvre.

On retrouvera d’autres futurs habitués dans des seconds rôles comme Horst Franck et Venantino Venantini. Échec relatif à sa sortie, le film s’inscrira petit à petit dans l’inconscient collectif grâce à ses fameuses répliques notamment. Il ouvrira surtout la voie aux deux autres films réunissant la même équipe (Les Barbouzes et Ne Nous fâchons pas formant une géniale trilogie), le souvenir du tournage euphorique n’ayant pas été entamé par l’insuccès.

Sortie en dvd chez Gaumont

Bande-annonce génialement décalée



Et une pincée de poésie signée Michel Audiard tout de même:

Patricia, mon petit... Je voudrais pas te paraître vieux jeu ni encore moins grossier. L'homme de la Pampa parfois rude reste toujours courtois mais la vérité m'oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les briser menu !

Vous avez beau dire, y'a pas seulement que de la pomme, y'a aut'chose. Ça serait pas dès fois de la betterave, hein ?

Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît.

samedi 9 avril 2011

Razzia sur la chnouf - Henri Decoin (1955)


Après un séjour aux États-Unis, Henri Ferré, alias "Le Nantais", revient à Paris pour restructurer le réseau de drogue. Son correspondant, Paul Liski, lui trouve une couverture pour traverser les mailles policières en lui offrant le bar "Le Troquet", qui a pour caissière la très belle Lisette. Celle-ci va très vite tomber amoureuse de Ferré. Pendant que le Nantais découvre tous les rouages de cette filière de la drogue, la police, bien décidée à démanteler ledit réseau, n'hésite pas à employer les grands moyens pour parvenir à ses fins...

Le touche à tout Henri Decoin réalisait avec Razzia sur la chnouf l'un des plus remarquable et atypique polar de son temps. Adapté d'un roman d'Auguste Le Breton (à qui le polar français doit une fière chandelle au cinéma entre Du rififi chez les hommes, Le Clan des Siciliens et quelques autres tous issus de ses livres) le film donne à découvrir un univers angoissant et fascinant pour les spectateur de l'époque, celui du trafic de drogue. Jean Gabin incarne ainsi un truand chevronné convoqué des Etats-Unis pour réguler le fonctionnement d'un réseau de trafiquant sur Paris. Amorcée durant les années quarante dans le cinéma américain, l'idée d'un monde du crime géré comme une véritable entreprise (et qui aboutira bien plus tard au Parrain) trouve là une incarnation française en tout point crédible.

Tout les aspects logistiques et commerciaux inhérents au trafic de drogues sont donc traités en profondeur, au gré des pérégrinations de Gabin qu'on suit lorsqu'il souhaite remonter toutes les filières de son business afin de les évaluer. On découvre ainsi les différents mode de transport vers la France (un cheminot joué par Jean Sylvère qui finira très mal) ou l'étranger notamment par le port du Havre. Ce dernier point décrit une réalité sur la France comme point de jonction du trafic mondial entre les Etats-Unis, le Moyen-Orient et l'Asie et le film est en avance sur son temps pour dépeindre ce qu'on connaîtra sous le nom de la French Connection, concrètement abordé bien plus tard dans le classique de William Friedkin entre autre.

La revente locale et ordinaire se dévoilera elle lors d'une longue et surprenante séquence nocturne où Gabin traverse différents points de ventes et échanges, du restaurant le plus huppé au bouge le plus sordide ou encore le métro, les méthodes les plus discrètes et raffinées côtoyant les plus directes. On est pas loin du documentaire tant Decoin va loin dans la description des junkies (un panneau au générique entend pourtant bien nous montrer comme la drogue est néfaste...) que ce soit celle jouée par Lila Kedrova où les vrais fumeurs de marijuana aperçus dans un sordide bar créoles et dont les spasmes de transes hantent longtemps.

On sent une influence manifeste tout au long du film du Touchez pas au grisbi de Jacques Becker qui a fait sensation l'année précédente. Decoin y reprend le duo Gabin/Ventura et surtout le même chef opérateur Pierre Montazel pour un éclairage clair/obscur assez proche. Decoin (qui reprend presque à l'identique un moment du Becker lors d'une courte scène de bouffe commune entre Gabin et Ventura) y reproduit le rythme nonchalant et l'atmosphère parisienne nocturne du film de Becker où un faux sentiment de lenteur se voit régulièrement brisé par d'inattendues explosions de violence.

A ce titre le duo de tueur joué par Lino Ventura et Albert Remy s'avère particulièrement menaçant dans son détachement et sa brutalité comme cette terrible scène où il passe le chimiste à tabac. Gabin fait preuve de sa prestance et autorité naturelle, rendant plutôt sympathique un personnage aux actes répréhensibles qui s'expliquera lors d'une surprenante conclusion où une nouvelle fois le film s'avère très novateur. Très belle réussite donc, un des sommet du policier français.

Sorti en dvd dans une belle édition chez Gaumont

lundi 28 mars 2011

Marie-Octobre - Julien Duvivier (1959)


Le film raconte les retrouvailles d'un groupe d'ex-résistants, dont certains s'étaient perdus de vue depuis la fin de la guerre. Ils dînent ensemble dans la demeure de leur ancien chef, Castille, qui a été arrêté et tué dans ce lieu même, évènement qui a précipité la chute du réseau. Cette soirée est organisée par Marie-Octobre, nom de code de l'ancienne estafette du réseau, et du propriétaire actuel des lieux, François Renaud-Picart. En réalité, ils ont organisé la réunion pour percer le mystère de la mort de Castille : un ancien membre de la police allemande leur a avoué que c'était grâce à un traître qu'ils avaient réussi à les découvrir ce soir-là.

Près de 15 ans après et sur un mode moins polémique que Le Corbeau, Marie-Octobre usait à nouveau du thriller pour rappeler le spectre de la délation qui plana sur la France aux heures sombres de l'occupation allemande. La trame, simple et imparable se noue autour d'un huis-clos entre anciens camarades résistants réunis en l'honneur de leur ancien chef Castille tué par la Gestapo. Les retrouvailles se font truculentes et conviviales, permettant de cerner les personnalités de chacun et les traits distingués qui se retourneront contre eux lorsque les raisons de cette entrevue éclateront : démasquer parmi eux le traître qui jadis causa le démantèlement du réseau et la mort de Castille.

Il s'ensuit alors une redoutable partie d'échecs où tout le monde alternera entre accusateur et coupable potentiel, la tension faisant sortir maintes révélations teintant d'ambiguïté les agissements de chacun en temps de guerre, l'amitié même entre les anciens amis et la mémoire même du chef défunt. Impossible d'anticiper l'issue et de deviner le coupable notamment grâce à un casting exceptionnel, parmi les impressionnant du cinéma français de l'époque. Bernard Blier est donc un avocat peu regardant sur la morale, Lino Ventura (dont la présence est telle qu'il est le seul qu'on ne soupçonnera jamais Duvivier l'a bien compris c'est le seul sur lequel il ne laisse planer aucun doute) un sanguin propriétaire de music-hall, Serge Reggiani un sentimental à l'ambivalence troublante auquel on peut ajouter Paul Meurisse, Noël Rocquevert, un truculent Paul Frankeur et Paul Guers ancien séducteur converti dans les ordres.

L'ensemble est dominé par une troublante et déterminée Danielle Darrieux, muse de chacun des hommes présents et possible enjeux de la traitrise passée. Ils jouent tous parfaitement leur partitions bien aidés par un scénario ménageant les rebondissements avec une science diaboliques du suspense et également les dialogues fabuleux de Henri Jeanson. Tour à tour cinglants, ironique ou franchement comique ( le Nous n'allons tout de même pas te dresser un Arc de triomphe en margarine lancé à Paul Frankeur par Noël Roquevert lorsque ce dernier se vante des victuailles fournies durant la guerre pour se défendre m'a plié de rire) ils transforment le film en joute verbale virtuose ou tout peu basculer à la moindre erreur d'élocution, d''oubli ou d'omission d'un détail.

En dépit de la nature de l'histoire on est heureusement très loin du théâtre filmé. Duvivier délivre en scène tour à tour inquisitrice avec ses plongées lourdes de sens sur l'assemblée ou l'accusé potentiel, les cadres se font larges pour ajouter à la confusion ou plus serré pour capter la moindre défaillance en gros plan. Les mouvements de caméras jouent également de cette suspicion en se promenant de l'un à l'autre des protagonistes, devenant l'instrument de cette culpabilité et de ce malaise ambiant. Le découpage, l'agencement des personnage dans le décors et le jeu sur le champs contre champs forment un tout incroyablement pensé qui ajoute à la maîtrise fabuleuse dont fait preuve Duvivier pour faire naître la tension. Hormis quelques étranges petits interludes sur un match de catch se déroulant à la télévision, la tension ne se relâchera jamais jusqu'à une conclusion implacable et tragique. Grand film.

Sorti dans une très belle copie chez chez Pathé

Extrait