Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 25 mars 2016

Les Poupées du diable - The Devil-Doll, Tod Browning (1936)

Victime d'un complot ourdi par ses associés, le banquier Paul Lavond est envoyé au bagne. En prison, il fait la connaissance d'un chimiste génial qui a découvert un procédé permettant de rapetisser les animaux. Les deux hommes parviennent à s'enfuir. Maintenant libre, Lavond entreprend de se venger en appliquant l'invention du chimiste à ses anciens associés, qu'il souhaite réduire à l'état de Lilliputiens.

Avant-dernier film de Tod Browning, Les Poupées du diable constitue un nouveau classique du cinéma fantastique pour le réalisateur. Le film adapte le roman Burn Witch Burn de Abraham Merritt pour une histoire mêlant habilement fantastique et récit de vengeance. C'est précisément le surnaturel qui rend la vengeance réalisable avec le bagnard Paul Lavond (Lionel Barrymore) usant de l'invention du codétenu avec lequel il s'évade pour punir ses anciens associés responsable de sa déchéance. La faculté de Browning à déstabiliser avec des images défiant la logique fonctionne à plein ici, où après la simple étrangeté de la vision de chiens miniaturisés le vrai malaise s'instaure en appliquant le principe à une malheureuse servante. Sous son allure frêle la folie du savant (Henry B. Walthall) et de son épouse et assistante Malita (Rafaela Ottiano) interpelle, le peu de cas fait de leur cobaye rendant le prodige plus dérangeant que poétique.

Tout le film tourne autour de ces sentiments contrastés, Paul Lavond s'avérant tour à tour touchant de détresse face aux conséquences de son long emprisonnement (sa mère vivant dans la misère, sa fille jouée par Maureen O'Sullivan qui lui tient une rancœur tenace) puis impitoyable dans l'exécution de sa vengeance. Une dualité qu'on retrouve aussi dans son travestissement en vieillarde avenante qui lui permet d'amadouer ses interlocuteurs et passer entre les mailles de la police. C'est surtout dans la contradiction entre l'allure innocente et angélique des poupées et les crimes sordides qu'elles sont téléguidées à faire que Tod Browning sert les visions les plus stupéfiantes.

Browning fit concevoir des décors gigantesques au le directeur artistique Cedric Gibbons pour un saisissant jeu sur les échelles qui donne aussi à ces séquences une aura étrange, cauchemardesque et finalement dépourvues de tout émerveillement. Cet aspect se dévoile parcimonieusement (la scène où Malita fait danser les deux poupées) par la grâce de stupéfiants effets spéciaux (hormis les ombres les incrustations son vraiment parfaite pour l'époque), mais c'est la dimension menaçante et inquiétante qui domine notamment par un crime nocturne brutal.

La résolution jouera également sur plusieurs gammes d'émotions, le chaos pour les vrais monstres guidés par la seule expérience, l'apaisement pour les plus innocents et une belle fin ouverte où l'on peut aisément imaginer un Paul Lavond apaisé se retirer définitivement.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

vendredi 8 juin 2012

L'Étoile du destin - Lone Star, Vincent Sherman (1952)


L'histoire de la lutte pour la réunion du Texas aux Etats-Unis: un aventurier, Burke, est chargé par le président texan de retrouver le vieux héros de l'indépendance, Sam Houston, et de le convaincre de se rallier aux USA.

Un western qui vient saluer avec une belle touche de romanesque un moment historique de l'histoire des USA : l'annexion de l'état indépendant du Texas à l'union. Le script de Borden Chase équilibre plutôt bien ce croisement romantico historique de l'intrigue en greffant formidablement personnages forts et destins individuels à des enjeux qui les dépassent.

L'introduction est ainsi un modèle du genre dans sa manière d'introduire le contexte historique et les forces en présences entre indépendantistes souhaitant un Texas libre (par fierté, ambition personnelle ou par crainte de la réaction du voisin mexicain après les évènements de Fort Alamo) et les chantre de l'annexion pensant que l'acte apportera la paix et la sérénité à l'Etat. Notre trio de héros se situe entre ces deux voies mais le scénario loin d'être manichéen y apporte néanmoins des contrastes intéressant.

Devereaux Burke (Clark Gable) est un aventurier cynique pour qui l'annexion sera un moyen de s'enrichir (en vendant son bétail à l'armée lors de l'inévitable conflit avec le Mexique) s'il remplit sa mission en retrouvant Sam Houston (Moroni Olsen) seul homme capable de faire basculer le vote et réfugié chez les indiens. Thomas Craden (Broderick Crawford) est lui un indépendantiste convaincu mais dont la ferveur nourrit des ambitions plus personnelles. Martha Ronda (Ava Gardner) est quant à elle la figure la plus pure, indépendantiste sincère et pensant sa cause juste.

L'histoire offre un formidable chassé-croisé entre ces trois personnages qui passent le film tour à tour à s'allier puis s'opposer, être sincère puis se tromper mutuellement. Clark Gable est comme à son habitude parfait dans son registre détaché dissimulant une sincérité inattendue et après un début de film où on le découvre calculateur amusé son armure se fend lorsqu'il croise la route d'Ava Gardner. Il faut tout le talent de l'actrice pour faire exister le personnage intéressant sur le papier mais qui manque parfois de consistance notamment dans la description de son engagement politique.

Elle impose cependant une vraie présence et autorité face à Gable et un an avant leur réunion bien plus célébrée dans Mogambo l'alchimie est déjà là et offre quelques belles scènes romantiques. Le grand enjeu du film est finalement de voir les personnages renoncer à leur convictions et aspirations personnelles pour le bien du Texas mais aussi le leur dans ce geste de sacrifice.

Pour Gable il s'agira de retrouver un héroïsme sincère et désintéressé pour mériter l'amour d'une Ava Gardner qui renoncera à son tour cédera sur ses positions pour le meilleur. Des efforts que n'est pas près de consentir le mémorable méchant campé par un Broderick Crawford impressionnant de charisme et de détermination mais qui conserve une vraie noblesse malgré ses actes néfastes.

Le film bien que très bavard au travers de ses différents enjeux aligne tout de même les morceaux de bravoure plutôt efficace. La mise en scène de Vincent Sherman bien que sans génie offre quelques vues grandioses des paysages naturels (la poursuite dans le désert notamment) et si on peut être déçu par la mollesse de certains affrontements (le combats contre les apaches au début assez violent pourtant) d'autres sont formidables comme cet éclair de violence durant la traque autour de la rivière.

Le final est même très impressionnant avec un siège héroïque face à des indépendantistes enragés menés par Crawford. Là tout y passe, manœuvre stratégique simple et efficace (le double rideau défensif masqué des assiégés) et rebondissement en pagaille et un long mano à mano bien brutal entre Gable et Crawford.

Sherman se montre réellement inspiré avec quelques idées de mise en scène démentes comme cette caméra accroché à une poutre s'apprêtant à être fracassée contre une barrière. Donc sans être un classique du genre un très bon western qui a le mérite d'être relativement instructif malgré les raccourcis sur cette période charnière.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner

mercredi 11 mai 2011

Les Invités de huit heures - Dinner at Eight, George Cukor (1933)


Millicent Jordan met tout son temps et son énergie à organiser un dîner en l’honneur de Lord et Lady Ferncliffe, sans se préoccuper des problèmes de son mari Olivier Jordan avec son entreprise maritime au bord de la faillite. On suit ainsi les préparatifs du dîner et la galerie de personnages pittoresques invités à la soirée : l'ancienne actrice Carlotta Vance, gênée financièrement cherche à vendre ses actions; Dan Packard, homme d’affaires arriviste, veut s’accaparer l’entreprise d'Olivier Jordan ; sa femme, Kitty, une extravertie friande de chocolat, attend son médecin, accessoirement son amant ; Larry Renault, amant de la fille des Jordan et acteur has-been en proie aux pires difficultés... Le dîner s’annonce plein de rebondissements.

Cadre mondain, portrait au vitriol et préoccupation sociale, Dinner at Eight porte en lui ce qui fera le sel des meilleurs films à venir de Cukor comme Indiscrétions ou Vacances notamment. L'intrigue se présente comme un long happening de présentation de ce qu'on pense être le climax du film avec ce fameux dîner mondain qui donne son titre au films. Adapté d'une pièce de George Kaufman et Edna Ferber, le scénario entrecroise les destins des futurs invités avant l'évènement aborde ainsi des genres et des tons bien divers en dressant le portrait plus ou moins reluisant des différents protagonistes.

On tâte du vaudeville le plus outré avec le couple vulgaire formé par une Jean Harlow survoltée et un Wallace Beery bougon, de la comédie de moeurs enlevée avec la très snob et angoissée maîtresse de cérémonie joué par Billie Burke ou du drame conjugal le temps d'une scène poignante entre le médecin coureur de jupons et son épouse résignée avec Karen Morley (qui fait formidablement exister son personnage le temps d'une scène) et Edmund Lowe.

L'autre thème sous-jacent est celui du basculement d'une époque à une autre, d'une mentalité et vision de l'existence à une nouvelle plus moderne mais pas forcément meilleure. La crise de 1929 dont les effets se font encore ressentir permet ainsi d'alterner la vision d'un Lionel Barrymore à bout de force dont l'entreprise familiale décline, en opposition à l'arrivisme impitoyable de l'homme d'affaire vulgaire élevé à la force du poignet qu'incarne un Walter Beery.

La même idée s'exprime dans les personnages vieillissants d'acteurs, de manière pathétique mais plutôt humoristique avec Marie Dressler (à l'autodérision jubilatoire il fallait oser le bon mot sur son double menton) et carrément tragique pour John Barrymore, saisissant en star déchue et ruinée. Clairement la figure la plus tragique du film, abaissée plus bas que terre et faisant définitivement basculer l'ensemble dans une touche bien plus tragique.

Du coup malgré l'aspect plutôt enlevé de l'ensemble, une atmosphère douce amère se fait plutôt dominante devant ses ses tonalités contrastées où la mise en scène de Cukor sert totalement ses personnages tel ce long plan fixe lors de l'échange entre le médecin et son épouse ou l'ellipse remarquable de subtilité lors de l'amorce de chantage de la femme de chambre de Jean Harlowe. Conçu par David O' Selznick pour surfer sur le succès du all star cast de l'année précédente Grand Hotel (évoqué ici sur le blog), Les Invités de Huit Heures lui est supérieur en tout point même si Cukor fera bien mieux par la suite.


Sorti en dvd zone 2 français chez Warner, avec un amusant documentaire d'époque consacré à Jean Harlow grande attraction du film sur laquelle a largement jouée la promotion.