Victime d'un complot ourdi par ses
associés, le banquier Paul Lavond est envoyé au bagne. En prison, il
fait la connaissance d'un chimiste génial qui a découvert un procédé
permettant de rapetisser les animaux. Les deux hommes parviennent à
s'enfuir. Maintenant libre, Lavond entreprend de se venger en appliquant
l'invention du chimiste à ses anciens associés, qu'il souhaite réduire à
l'état de Lilliputiens.
Avant-dernier film de Tod Browning, Les Poupées du diable constitue un nouveau classique du cinéma fantastique pour le réalisateur. Le film adapte le roman Burn Witch Burn
de Abraham Merritt pour une histoire mêlant habilement fantastique et
récit de vengeance. C'est précisément le surnaturel qui rend la
vengeance réalisable avec le bagnard Paul Lavond (Lionel Barrymore)
usant de l'invention du codétenu avec lequel il s'évade pour punir ses
anciens associés responsable de sa déchéance. La faculté de Browning à
déstabiliser avec des images défiant la logique fonctionne à plein ici,
où après la simple étrangeté de la vision de chiens miniaturisés le vrai
malaise s'instaure en appliquant le principe à une malheureuse
servante. Sous son allure frêle la folie du savant (Henry B. Walthall)
et de son épouse et assistante Malita (Rafaela Ottiano) interpelle, le
peu de cas fait de leur cobaye rendant le prodige plus dérangeant que
poétique.
Tout le film tourne autour de ces sentiments
contrastés, Paul Lavond s'avérant tour à tour touchant de détresse face
aux conséquences de son long emprisonnement (sa mère vivant dans la
misère, sa fille jouée par Maureen O'Sullivan qui lui tient une rancœur
tenace) puis impitoyable dans l'exécution de sa vengeance. Une dualité
qu'on retrouve aussi dans son travestissement en vieillarde avenante qui
lui permet d'amadouer ses interlocuteurs et passer entre les mailles de
la police. C'est surtout dans la contradiction entre l'allure innocente
et angélique des poupées et les crimes sordides qu'elles sont
téléguidées à faire que Tod Browning sert les visions les plus
stupéfiantes.
Browning fit concevoir des décors gigantesques au le
directeur artistique Cedric Gibbons pour un saisissant jeu sur les
échelles qui donne aussi à ces séquences une aura étrange,
cauchemardesque et finalement dépourvues de tout émerveillement. Cet
aspect se dévoile parcimonieusement (la scène où Malita fait danser les
deux poupées) par la grâce de stupéfiants effets spéciaux (hormis les
ombres les incrustations son vraiment parfaite pour l'époque), mais
c'est la dimension menaçante et inquiétante qui domine notamment par un
crime nocturne brutal.
La résolution jouera également sur
plusieurs gammes d'émotions, le chaos pour les vrais monstres guidés par
la seule expérience, l'apaisement pour les plus innocents et une belle
fin ouverte où l'on peut aisément imaginer un Paul Lavond apaisé se
retirer définitivement.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner
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