Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 4 février 2016

Miss Pinkerton - Lloyd Bacon (1931)

L'infirmière Adams (Joan Blondell) est appelée au service d'une vieille femme dont le neveu vient de se suicider. Elle est chargée par l'inspecteur de police soupçonnant un meurtre (George Brent) d'espionner les faits et gestes des habitants...

Les films Pré-Code auront souvent célébrés l'émancipation de la femme, en faisant des figure en quête d'indépendance même si celle-ci les faisait passer par un chemin criminel (Blondie Johnson (1933)) ou une certaine déshumanisation dans l'ambition (Baby Face (1933)). Miss Pinkerton participe de manière plus légère à ce mouvement avec son personnage d'apprentie enquêtrice damnant le pion à la police. L'infirmière Adams (Joan Blondell) s'ennuie dans le quotidien monotone de l'hôpital voit une occasion d'égayer cette morne existence lorsqu'elle est appelée au chevet d'une vieille dame dont le neveu vient de se suicider tragiquement. Seulement quelques indices laissent supposer un meurtre et l'inspecteur (George Brent) va faire d'elle son agent infiltré pour tirer les choses au clair.

Lloyd Bacon tisse habilement le mystère à travers l'attitude suspecte d'absolument tous les personnages, du majordome au médecin en passant par la vieille tante elle-même. A cela s'ajoute une atmosphère gothique oppressante qui dénote avec la légèreté du ton, la photo stylisée de Barney McGill magnifiant le décor de Jack Okey avec des jeux d'ombres superbe lorsqu'y défilent des silhouettes nocturnes anonymes. L'aspect comédie est joliment mené aussi avec une Joan Blondell toujours aussi attachante et gouailleuse et qui forme un beau duo avec George Brent, loin de ses rôles de mâle viril et qui incarne ici un mentor tâtonnant et guère fin limier. L'ambiance est donc bien posée mais malheureusement l'enquête est assez laborieuse et peu palpitante malgré la courte durée du film et finalement le script ne met guère en valeur son argument d'enquête au féminin.

Jamais Joan Blondell ne fait preuve de déduction ou de sens de l'observation, traversant le film sans peser sur l'affaire dont la résolution repose presque sur le hasard. Pire, l'héroïne sombre dans le cliché du personnage féminin en détresse hurlant au moindre danger, le courage étant aussi ténu que les talents de détective. Dommage au vu de l'abattage de Joan Blondell pétillante de bout en bout (et qui comme à son habitude dans le Pré-Code nous offre une affriolante petite scène en nuisette). Sur un postulat voisin, mieux vaut voir l'excellent L'Ange Blanc (1931)de William A. Wellman.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

lundi 16 novembre 2015

Wonder Bar - Lloyd Bacon et Busby Berkeley (1934)

Vers 1930, Al Wonder dirige le Wonder bar, un cabaret parisien. Le danseur Harry flirte avec une cliente, Liane Renaud, épouse d'un banquier, ce qui provoque la jalousie de la danseuse Inez, amoureuse d’Harry. Lorsque ce dernier reçoit un bijou de Liane, en cadeau, il essaie de le vendre à son patron. Or, M. Renaud cherche à récupérer son bien...

La collaboration désormais bien rôdée entre Lloyd Bacon et Busby Berkeley parvient a habilement se renouveler avec ce Wonder Bar. Alors que tous les films précédents déroulait une trame quasi identique (la confection d'un spectacle à Broadway) avec comme seule variante la tonalité dramatique ou comique (42e Rue pour le mélo, Prologue pour l'atmosphère festive). On quitte donc les scènes de Broadway pour les cabarets parisiens des Années Folles. Tous les chemins semblent donc les personnages vers l'un d'entre eux, le Wonder Bar et pour diverses raisons. Le danseur Harry (Ricardo Cortez) y mène un double jeu amoureux entre sa partenaire de scène Inez (Dolores del Río) et l'épouse (Kay Francis) d'un prestigieux client. Un homme ruiné pense à s'y suicider dans l'excès, le compositeur (Dick Powell) et le patron (Al Jolson) sont aussi éperdument amoureux d'Inez et pour la caution comique deux couples américains cherchent à s'encanailler avec les gigolos/prostituées locales. Tous ces enjeux se résoudront dans une unité de temps et de lieux durant une soirée festive parmi tant d'autres du Wonder Bar.

Lloyd Bacon mène tous ses registres avec brio grâce à son sens du rythme et un riche casting. Dolores del Rio affole autant qu'elle émeut en amoureuse éperdue (et une première apparition mémorable en négligé blanc) tandis que Ricardo Cortez allie séduction et vilénie avec brio. Kay Francis n'est pas en reste niveau séduction et amène un jeu plus subtil que del Rio dans le dépit amoureux et on savourera le grand numéro de maître de cérémonie sautillant d'Al Jolson (géniale scène sur ses origines russes).

Les séquences musicales ne constituent pas ici le clou du récit puisqu'elles n'en sont pas l'enjeu et constituent plutôt une spectaculaire ponctuation des états d'âmes des personnages. La valse d'ouverture est typique de l'emphase de Berkeley et illustre l'euphorie et le romantisme de la vie parisienne, démultipliant les danseurs derrière des colonnes, confondant les couples dans une série de fondus au noir sur la piste et les unissant dans d'impressionnantes formes géométriques. Plus tard un tango furieux illustrera la liaison destructrice de Harry et Inez, sans le moindre artifice grandiloquent si ce n'est un fouet claquant sur une Inez soumise et folle d'amour. Le film fait preuve également d'une certaine audace pour le meilleur et pour le pire.

 Le plus osé sera cette scène dont on se demande comment elle a pu passer entre les filets du Code Hays où un homme vient demander une danse à un couple sur la piste et ignore la jolie jeune femme pour choisir son partenaire. L'allusion gay est même surlignée par une envolée maniérée d'Al Jolson Boys will be boys! Woo ! (une scène ouvrant d'ailleurs le documentaire The Celluloid Closet (1996) sur l'imagerie gay à Hollywood). Cette ouverture est contrebalancé par le controversé Goin’ to Heaven on a Mule numéro musical concluant le film.

Al Johnson grossièrement peinturluré en noir y accède ainsi à un paradis truffés de clichés raciste où le ciel est un havre composé de cuisse de poulet frit, arbres aux côtes de porc et pastèques. Consternant d'autant que contrairement aux autres scènes musicales on cherche encore le lien avec la trame du film, ce racisme n'étant même pas atténué par la scénographie et la chorégraphie pauvres de la séquence. Un moment gênant qui gâche un peu la conclusion plutôt réussit quant au sacrifice d'Al Jolson.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

mercredi 11 novembre 2015

The Office Wife - Lloyd Bacon (1930)

Dirigeant d'une importante maison d'édition, Lawrence Fellowes s'implique corps et âme dans son travail. Lorsque sa secrétaire éprouve de forts sentiments envers lui, ce dernier décide de la licencier sur le champ. Pourtant, quand sa remplaçante, Anne Murdock, arrive dans l'entreprise, à la grande surprise de tous, Lawrence tombe rapidement sous son charme.

Les films Pré-Code tournant autour de la relation homme/femme au bureau sont souvent synonymes de guerre des sexes où le féminisme se conjugue à la revanche sociale dans ce contexte de Grande Dépression. On pense à des réussites comme Baby Face (1933) ou Female (1933) et dont The Office Wife qui les précède prend le contrepoint avec un pure romance teinté de récit de mœurs. La scène d'ouverture exprime ainsi l'ambiguïté du lien entre un dirigeant et secrétaire, la complicité et connaissance mutuelle développant une relation "maritale" parallèle sans le sexe.

Cela n'empêche pas les sentiments comme va le constater Lawrence Fellowes (Lewis Stone) directeur d'une maison d'édition bichonné par sa secrétaire qui va défaillir lorsqu'elle apprendra son mariage à venir. La nouvelle venue Anne Murdock (Dorothy Mackaill) semble être une "gold digger" typique du Pré-Code cherchant à séduire son patron mais cette promiscuité va finalement la faire succomber à son tour d'autant que Lawrence Fellowes n'est pas indifférent non plus à ses charmes.

Lloyd Bacon va de la caricature assumée à une finesse progressive pour exprimer l'évolution de la relation. Pour Anne, l'abus grossier de ses charmes (minaudage, jupe remontée) s'estompe au fil de la connaissance mutuelle et Lawrence indifférent à la séduction agressive est à l'inverse très sensible aux attentions de celle qui le connaît finalement mieux que son épouse. La romance se développe dans un quotidien et des habitudes n'existant pas dans la vraie vie de couple de Lawrence et de plus en plus envahit par la secrétaire délicieusement jouée par Dorothy Mackaill. Assez charmant donc et où l'on appréciera la courte présence d'une Joan Blondell débutante qui nous gratifie d'un passage en petite tenue typiquement Pré-Code.

Sorti en dvd zone 2 chez Warner dans leur collection dédiée au Pré-Code 

Extrait

dimanche 18 octobre 2015

42e Rue - 42nd Street, Lloyd Bacon (1933)

Julian Marsh (Warner Baxter), célèbre producteur de Broadway, lance un nouveau spectacle malgré sa santé fragile. La production est financée par un vieil homme fortuné, amoureux de Dorothy Brock (Bebe Daniels), la vedette de la comédie musicale....

42nd Street marque la première collaboration du chorégraphe Busby Berkeley à la Warner, et dont le succès conjugué à celui de Gold Diggers of 1933 la même année l'imposera à Hollywood. Le film est aussi son premier avec le réalisateur Lloyd Bacon, remplaçant au pied levé Mervyn LeRoy et qui deviendra un complice sur de nombreuses production à venir. Le film (adapté d'un roman de Bradford Ropes) définit l'archétype des comédies musicales dépeignant la confection d'un spectacle. 42nd Street se démarque cependant toujours de ses héritiers par son profond ancrage dans le contexte de la Grande Dépression. Contrairement à l'euphorie de Prologue, Bacon/Berkeley suivant et à la trame voisine, le spectacle n'est jamais une fête dans 42nd Street. Ayant voué son existence et laissé sa santé à Broadway, le metteur en scène Julian Marsh (Warner Baxter) joue son va-tout avec un nouveau spectacle.

Le prestige de ses triomphes passé doit enfin se conjuguer à un succès financier alors que l'on devine qu'il a tout perdu dans le krach boursier. Chacun à leur échelle, cette tension et peur concerne l'ensemble des personnages participant au show. La vedette Dorothy Brock (Bebe Daniels) aura ainsi sacrifiée son seul amour Pat Denning (George Brent) au succès, faisant d'elle le jouet du mécène libidineux Abner Dillon (Guy Kibbee). Cette idée se prolonge à la troupe de danseuses pour lesquels le spectacle représente plus un gagne-pain possible qu'une réelle aspiration artistique. Lloyd Bacon dépeint cela dans un mélange de mélodrame et de vraie trivialité, la séquence d'audition alternant caractérisation truculente des danseuses (Ginger Rogers en tête et castée par Mervyn LeRoy avec lequel elle sortait et qui la dirigera dans Gold Diggers of 1933) et la peur pour la petite chose fragile et innocente qu'est la nouvelle venue Peggy Sawyer (Ruby Keeler).

L'espace de ce monde du spectacle n'est que douleurs, efforts et anxiété entre des danseuses à bout de force et Julian Marsh se désagrégeant tout autant par l'exigence qu'il leur impose. Cela reste pourtant un lieu d'oubli de soi quand l'extérieur n'a que déception à offrir, entre romance triviale/sordide et le vrai déchirement sentimental tel cette séquence ou Pat Denning et Dorothy Brock se séparent presque comme on rompt un contrat par la seule cause de leur trajectoire professionnelle divergente. Leurs émotion trahit pourtant la supposée froideur du procédé et bouleverse par son inéluctabilité. Le seul rayon de soleil, la seule amenant une aura de conte de fée à l'ensemble est Peggy, magnifiquement interprétée par Ruby Keeler. De son engage à son apprentissage ainsi que du final en vedette, tout son parcours relève du miracle transcendant le contexte social difficile. Elle est le moteur faisant dépasser aux autres protagonistes leurs intérêt (le couple Pat/Dorothy) ou leur anxiété (Julian Marsh enfin attachant dans le rush final).

Au contraire de Prologue faisant montre d'une grandiloquence et d'une sophistication qui nous emmènera dans une véritable réalité alternative, les séquences musicales de 42nd restent solidement ancrées au réel. Les passages sur scène alternent avec les coulisses en ébullition (quand le réel s'estompera totalement dans Prologue), les cadrages et la mise en scène laissant d'ailleurs toujours laisser deviner justement que l'on se trouve sur une scène.

Les thématiques des séquences (le mariage et son issue plus ou moins heureuse, la promiscuité des couchettes de train en route pour la lune miel, un meurtre dans une ruelle) prolonge ainsi les angoisses et problématiques des spectateurs tout en insérant le grain de folie de Berkeley (le mouvement de caméra arpentant la ruelle dans la séquence de meurtre, les chorégraphies géométrique) même si la vraie folie et démesure interviendra avec Prologue. Le final avec l'auteur seul face aux réactions de son public et désormais dépossédé de sa création achève de conclure le film loin du happy-end et de la magie associée à Broadway, toujours un pied dans la cruelle réalité.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner 

jeudi 8 octobre 2015

Picture Snatcher - Lloyd Bacon (1933)

Tromperie, vol, malhonnêteté... Ils peuvent vous mener tout droit en prison comme être la clé de votre réussite professionnelle ! Danny Kean, escroc tout juste sorti de Sing Sing, use de son talent criminel pour se faire embaucher par le virulent et racoleur tabloïd Picture Snatcher. Appliquant ses méthodes louches à son nouvel emploi, il devient un photographe sournois et insaisissable. Obtenant le cliché secret et interdit de l'exécution d'une meurtrière, il parvient à la faire publier dans la presse...

James Cagney en ce début des années 30 se spécialise dans les rôles de canailles, dangereuses et brutales dans les films de gangsters (L'Ennemi public (1931) plus tard Les Anges aux figures sales (1938) et Les Fantastiques années 20 (1939) et attachantes en dépit de leur mauvais penchant dans les films Pré-Code plus sociaux (Hard to Handle (1933) ou Le Bataillon des sans-amour (1933)). Picture Snatcher se situe dans la seconde catégorie, Lloyd Bacon nous dépeignant avec entrain et efficacité la rédemption de Danny Kean (James Cagney).

Le début du film déploie tout une imagerie associée au film de gangster avec de prendre un virage surprenant. Danny Kean fraîchement sorti d'une peine de trois ans de prison est chaleureusement accueilli par ses anciens acolytes avec forte dose de luxe, filles et bénéfices accumulés en son absence. Kean va pourtant les cueillir à froid en annonçant son retrait du monde du crime pour celui du journalisme où on lui a proposé une place. Malheureusement ses mauvais penchants de gangsters lui serviront bien plus dans son ascension que ses talents de rédacteurs.

En vrai dur à cuir essuyer les coups de feu en zone dangereuses ne lui fait pas peur et l'ancien escroc n'a aucun scrupule à duper les témoins pour une photo à scandale lucrative et va ainsi devenir le parfait "picture snatcher". Kean n'a pas changé de mentalité mais seulement de milieu même s'il ne s'en rend pas encore compte. Le bagout de James Cagney rend le personnage attachant en dépit de ses actes répréhensibles toujours tournés vers la dérision (le pompier trompé) jusqu'au moment où il ira trop loin et se mettra son entourage à dos. C'est dans son rapport aux autres que Kean va prendre conscience de son attitude, par la romance assez conventionnelle avec la jeune Pat Nolan (Patricia Ellis) et surtout à travers l'amitié attachante avec son rédacteur en chef alcoolique McLean (Ralph Bellamy) et l'étonnante relation amour-haine avec le policier qui l'arrêta jadis.

Lloyd Bacon alterne ainsi les joyeux moments de comédie néanmoins teintés d'une certaine noirceur avant de boucler la boucle lors d'un final rédempteur qui retrouve la férocité du film de gangster avec un gunfight dantesque confrontant Kean à ce qu'il ne souhaite plus être. Le scénario lui fait cependant user de méthodes discutables pour parvenir à ses fins même si l'investigation et le but final plus noble en font un vrai acte de journaliste. Un bon point finalement puisque même avec un meilleur fond le personnage n'est pas aseptisé et reste une teigne comme le montre un épilogue romantique mais néanmoins brutal.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner